lundi 24 avril 2023

Bluegrass & Co. par Dominique Fosse

 

Irene KELLEY

"Snow White Memories" 

  Cri du 💚

Après avoir composé pour les autres (Ricky Skaggs, Alan Jackson, Trisha Yearwood, Loretta Lynn, Rhonda Vincent, Claire Lynch, …) et tenté une carrière solo dans la musique country, Irene Kelley a commencé à enregistrer des albums bluegrass il y a dix ans (Pennsylvania Coal, Le Cri du Coyote n° 140). Snow White Memories est son quatrième disque bluegrass et c’est le troisième à être Cri du Cœur. Irene a écrit dix des onze chansons, certaines avec d’autres songwriters de renom (Ronnie Bowman, Donna Ulisse), d’autres avec sa fille Justyna. Certains textes (Six Feet Down, Safe Travels My Friend) sont d’autant plus prenants que la voix d’Irene Kelley est naturellement émouvante. C’est une interprète délicate et elle s’est en plus entourée de chanteurs de choix pour les harmonies vocales: Trisha Yearwood, Ronnie Bowman, Darin & Brooke Aldridge, ses deux filles, ou tout simplement elle-même sur la ballade 4th of July In My Hometown (rien que le titre fleure bon le story telling country ou bluegrass). Pour couronner le tout, Irene est accompagnée d’une pléiade de musiciens tous meilleurs les uns que les autres. Les rythmiques sont excellentes. Les Krüger Brothers interviennent dans Come Some Winter Morning avec un son de banjo qui n’appartient qu’à Jens Krüger. On repère le banjo de Matt Menefee dans Wild Mountain Stream, la mandoline d’Adam Steffey dans Carolina Special, celle de Jesse Brock dans 4th of JulyScott Vestal adapte le son de son banjo aux chansons, plus doux sur une ballade, plus sec et métallique dans le très rythmé et entrainant Satan Get Behind Me. Irene Kelley pousse son style jusqu’au newgrass avec Can I Tell You, reprise du groupe Kansas, particulièrement percutante avec Vestal au banjo et le dobroïste Josh Methany. Rob Ickes, Aubrey Haynie, Billy Contreras, Mike Bub et Brownyn Keith-Hynes sont aussi de la fête. Snow White Memories, sorti fin janvier, postule d’ores et déjà au titre d’album bluegrass de l’année. 

 

Andy LEFTWICH

"The American Fiddler" 

Cri du 💚

En 2001, Andy Leftwich est devenu à 20 ans le fiddler de Kentucky Thunder, le groupe de Ricky Skaggs. Il l’est resté pendant 15 années durant lesquelles il s’est affirmé comme un des meilleurs violonistes bluegrass de sa génération, a beaucoup enregistré pour d’autres artistes, mais n’a gravé qu’un album instrumental sous son nom (Ride en 2003) (deux autres avec le trio de jazz Three Ring Circle - Rob Ickes et Dave Pomeroy). En 2016, il a quitté Kentucky Thunder et s’est consacré à des activités religieuses, en continuant la musique de manière plus discrète. Il a enregistré un second album solo - passé inaperçu - combinant ses aspirations religieuses et musicales (Instrumental Hymns). On n’avait donc quasiment plus entendu Andy Leftwich depuis bientôt sept ans et c’est une demi-surprise de le voir réapparaître avec un album flambant neuf et pour tout dire enthousiasmant. The American Fiddler est un album 100 % instrumental dans lequel Andy nous propose de très bonnes compositions à dominante bluegrass (le fiddle tune Kimper County, l’incandescent Pikes Peak Breakdown) tout en abordant la musique irlandaise (The American Fiddler) et la musique new acoustic (Over Cincinnati, Back To The Garden). Il joue aussi du jazz gitan en reprenant Made In France de Bireli Lagrene et a inclus quelques classiques du bluegrass: Sally Goodin’ enregistré en public avec Ricky Skaggs & Kentucky Thunder, Big Mon et Liberty. Andy Leftwich joue magnifiquement du fiddle sur tous les titres mais aussi de la mandoline sur la plupart et même de la guitare dans Back To The Garden. Ses accompagnateurs jouent tout aussi superbement: pas une surprise de la part de Scott Vestal, Bryan Sutton ou Cody Kilby mais un musicien moins connu comme le banjoïste Matt Menefee réalise de très jolies choses, notamment en triolets dans Made In France. Il y a un joli duo de mandolines avec Sierra Hull dans Big Mon. Leftwich réussit l’alliance de l’ancien et du moderne dans Through The East Gate, illustrée par la présence de Mark Schatz au banjo clawhammer et celle de Scott Vestal en picking. L’accordéoniste Jeff Taylor apporte sa touche aux titres celtiques et manouche. Andy Leftwich est devenu un musicien rare, ne ratez pas The American Fiddler

 

Greg BLAKE & HOMETOWN

"The View from Home" (2022)

La plupart des amateurs français ont découvert le formidable chanteur et guitariste Greg Blake avec le groupe Jeff Scroggins & Colorado au festival bluegrass de La Roche-sur-Foron en 2017. On le retrouvera avec plaisir lors de la prochaine édition avec The Special Consensus. En attendant, il nous propose un disque avec sa propre formation, Hometown (Todd Davis - banjo, Brian McCarty - mandoline, Grant Cochran - basse). Les albums de Colorado ne rendaient pas vraiment toute la puissance que Greg Blake peut dégager sur scène et c’est à nouveau le cas avec Hometown. The View From Home rappelle par plusieurs aspects les années 60-70, la musique des Country Gentlemen ou de Seldom Scene. Pas tant parce qu’on trouve dans le répertoire de l’album des songwriters associés à ces groupes (Randall Hylton, Pete Goble, John Starling, Pete Kuykendall), plutôt pour la voix, le phrasé de Greg Blake et les harmonies vocales de McCarty et Davis, les rythmiques également. Parmi les titres qui évoquent le plus les Country Gentlemen, A Hundred Miles To Go est pourtant une composition de songwriters actuels, Terry Foust et Mark Brinkman. In The Wind, Livin’ In The Past, Since My Baby’s Gone et Georgia Girl sont selon moi les titres les plus réussis. Greg Blake chante avec beaucoup de chaleur Gardens And Memories mais ce n’est malheureusement pas la chanson la plus marquante du répertoire de Seldom Scene

 

Tim STAFFORD & Thomm JUTZ

"Lost Voices" 

Tim Stafford affectionne les albums en duo avec ses partenaires d’écriture. Il en a déjà publié deux en collaboration avec Steve Gulley (Le Cri du Coyote n° 120 et n° 169) et un autre avec Bobby Starnes (Le Cri n° 142). Cette fois, c’est au tour de Thomm Jutz, un des meilleurs songwriters bluegrass de ces dix dernières années, qui s’est affirmé depuis quelques temps comme un artiste à part entière, avec trois albums solo ainsi qu’un disque en duo avec la violoniste des Steeldrivers, Tammy Rogers. Tim et Thomm (oui, je sais, c’est rigolo) ont écrit ensemble les quatorze chansons de Lost Voices dans le style storytelling qu’ils affectionnent. Le meilleur exemple est The Ballad Of Kinnie Wagner au sujet d’un criminel spécialiste des évasions dans les années 20. C’est un des quatre titres arrangés avec une formation bluegrass complète - Tammy Rogers (fiddle), Ron Block (banjo), Shawn Richardson (mandoline) et Mark Fain (basse). Les autres sont Take That Shot, la chanson la plus punchy de l’album, une valse et Callie Lou, une ballade que Tim et Thomm ont eu l’intelligence de faire interpréter par Dale Ann Bradley (ils chantent bien mais Dale Ann Bradley, c’est la classe au-dessus). Les dix autres titres sont arrangés à deux voix / deux guitares (Stafford et Jutz sont tous deux d’excellents guitaristes). The Standing People sort du lot grâce à sa jolie mélodie et Enough To Keep You Going For A While par sa mélancolie. J’ai bien aimé la variété donnée par le fingerpicking de Thomm Jutz au trainsong The Queen & Crescent et au joli blues The Blue Grays. Vaudeville Blues a un petit côté Doc Watson agréable. Les autres titres sont moins marquants et auraient sans doute été mieux mis en valeur par des arrangements plus fournis. 

 

The GIBSON BROTHERS

"Darkest Hour" 

Parmi les formations de premier plan, les Gibson Brothers sont aujourd’hui les seuls représentants des duos de frères, une tradition qui, des Delmore aux Osborne en passant par Bill & Charlie Monroe et Jim & Jesse, a marqué la musique hillbilly et le bluegrass. La notoriété de Leigh et Eric Gibson a été grandissante ces 30 dernières années mais je n’avais pas du tout aimé leur dernier album, Mockingbird, consacré à la musique country. Dans Darkest Hour, ils récidivent pour moitié puisque six chansons reçoivent des arrangements bluegrass et six autres un habillage country avec batterie, lap steel et guitare électrique. Je me suis surpris moi-même à aimer autant les premières que les secondes. Parmi les titres country, j’ai particulièrement apprécié le honky tonk Shut Up And Dance avec la guitare électrique incisive (c’est mieux que canine ou molaire) de Guthrie Trapp, la jolie mélodie (composée par Leigh) de Your Eyes Say His Name, bien mise en valeur par le fiddler Eamon McLoughlin (ex-Green Cards, excellent sur tout l’album) et la ballade musclée The Good Day. Parmi les chansons bluegrass, c’est surtout Heart’s Desire qui se distingue. Jolie mélodie (composée cette fois par Eric), bon duo vocal, le dobro de Jerry Douglas et toujours le fiddle créatif de McLoughlin. La valse Darkest Hour est très bien interprétée par Leigh. Les musiciens sont particulièrement en évidence dans Dust. What A Difference A Day Makes, So Long Mama et la ballade I Feel The Same Way As You sont d’autres chansons bluegrass où Eric, Leigh et leurs accompagnateurs montrent tout leur savoir-faire. Si comme moi vous avez été déçus par le précédent album, Darkest Hour a largement de quoi vous réconcilier avec la musique des Gibson Brothers, même quand ils font de la country. 

 

Shane McGEEHAN

"Your Love For Me Is Gold" 

Your Love For Me Is Gold est le premier album solo de Shane McGeehan, habituellement contrebassiste de Serene Green, une formation de Pennsylvanie qui a déjà enregistré deux albums. Musiciens les plus discrets des groupes bluegrass, les contrebassistes enregistrent rarement sous leur nom. Ce que Your Love For Me Is Gold met essentiellement en valeur, ce sont les qualités de compositeur et de chanteur de McGeehan. Il n’y a aucun solo de contrebasse dans ce disque alors que, curieusement, Shane McGeehan a choisi d’inclure quatre instrumentaux dont trois compositions personnelles. Il accompagne à la guitare Alex Heargraves (fiddle - le musicien le plus brillant sur l’album) sur l’instrumental Wilted Lilly Waltz. J’aime bien le côté alerte, presque joyeux de The Lovesick Teenager. Monsac, un peu swing, est moins typique du bluegrass. Le quatrième instrumental est une composition classique (tempo rapide) de Brett Kretzer, mandoliniste de l’album. Le guitariste Chris Luquette (Frank Solivan & Dirty Kitchen), Ellery Marshall (banjo) et Jack Devereux (fiddler de Town Mountain) sont les autres musiciens présents sur l’album. Il y a presque un cinquième instrumental avec La Danse de Mardi-Gras (Balfa Brothers) puisque les chants (en cajun) sont réduits à la portion congrue. Le titre vaut surtout pour le fiddle d’Alex Heargraves. Shane McGeehan a aussi écrit cinq des huit chansons. Il interprète joliment seul à la guitare There’s Always Room In Hell. Le honky tonk Communication Blues a la même mélodie que T For Texas. McGeehan a une voix claire, un peu trainante qui va bien au très classique Your Love For Me Is Gold et à la ballade countrygrass The Farmer. Il fait également une bonne interprétation de Don’t Step Over An Old Love des Stanley Brothers avec une harmonie vocale féminine très agréable et reprend Stranger In This House qu’Elvis Costello avait écrit pour George Jones.

mercredi 5 avril 2023

Disqu'Airs par Éric Allart & Jean-Christophe Pagnucco

 

Rob ICKES & Trey HENSLEY

"Living In A Song" (2023)

Ceux qui connaissent le superbe Yonder enregistré par Jerry Douglas et Peter Rowan en 1996, et qui se sont mangé comme votre serviteur le duo magique au festival country de Craponne sur Arzon, savent que la formule du duo dobro-guitare forme un combo très polyvalent, ancré dans la modernisation conjointe du country-blues et du hillbilly des années 1930. C’est cette plasticité impressionnante qui ressort de l’album. Si on avait pu mesurer le niveau instrumental cosmique du duo à La Roche sur Foron dans un idiome Bluegrass et Newgrass, ici, le répertoire explore avec succès une grande variété de styles, enrichis par la présence posée et pertinente de fiddle, de percussions, et même d’accordéon diatonique sur un titre zydeco. C’est l’album idéal à offrir aussi bien au novice qu’au compulsif. Il y a tout là-dedans. Une ballade où Trey Hensley évoque vocalement Merle Haggard, du blues rock, une version au drive dingue de Way Downtown, du country blues. Si on trouve du bluegrass et du hillbilly dans le panel, force est de constater que l’objet devrait séduire au-delà du "milieu" tant sa qualité est massive et subtile. Intemporel, personnel et accessible : la virtuosité n’écrase jamais par son exubérance les chansons. Si Trey Hensley n’est pas un chanteur lead spectaculaire, il a plus le timbre et les intonations d’un bon chanteur country actuel, le résultat est plus que convaincant. C’est chaud, attachant, diablement riche. Comme un goût d’indispensable. (Éric Allart

 

Matt HILLYER

"Glorieta" (2023)

Depuis la dissolution de Eleven Hundred Springs, le chanteur lead Matt Hillyer trace son chemin avec une intégrité qui force le respect. L’homme a réussi à combiner une forte personnalité, à savoir un style immédiatement reconnaissable, avec un sens de la modernité toujours appuyé sur une maitrise parfaite des fondamentaux. J’aime sa voix: haute, claire, puissante et sans artifices. Les mélodies sont riches et vont parfois taper dans le folk-rock des années 70. La formule orchestrale est dépouillée sans être minimaliste: on appréciera le mixage des back-ups de fiddle, instrument roi du CD avec la toujours réjouissante lead guitar de Matt, encore chargée de plans rockabilly qui twanguent comme il se doit. On se délectera des touches tex-mex, et de l’hommage à Buddy Holly sur Stolen Kisses. C’est bougrement roboratif et c’est le genre d’opus qui pourrait foutre définitivement la honte au mauvais pop-rock surproduit de Nashville. Mais pour cela il faudrait avoir du goût et des oreilles. Cet album ne contient pas que de la musique: il est plein d’images. Il réjouit aussi bien les oreilles que l’imaginaire. (Éric Allart

 

Collectif de la Mellon/ACLS Community College Faculty Fellowship

"We are for Egypt" (2022)

Voici un drôle d’objet qui m’a été offert par Camille Moreddu dont nous avons ici même présenté le travail universitaire d’ethno- musicologie sur les pas de Sidney Robertson. Il s’agit d’un projet d’enregistrement dans le sud de l’état de I’Illinois de plusieurs artistes locaux investis dans les musiques traditionnelles. Pas un conservatoire folk au sens strict, mais un rassemblement de dix titres interprétés par des formations très diverses où le contemporain voisine le plus archaïque. Ces gens sont professionnels, semi-pros ou amateurs et l’on est bien forcé de reconnaitre le niveau élevé de l’ensemble: ça chante, ça joue et, cerise sur le gâteau, la qualité de l’enregistrement à Carbondale, université du sud Illinois, n’a rien à envier aux studios des majors. Le menu est constitué par des blues ruraux de Rip Lee Pryor, du old-time, de la country music de bonne facture (Miss Jenny and The Howdy Boys). On trouve une chanson hispanique chanté en espagnol (Somos Igual par Regina Zavala), mais le plus émouvant est la version en français de La Guillannnée l’héritage médiéval le plus fascinant des chansons de jour de l’an telles que pratiquées encore à l’instar du Mardi Gras cajun où les convives font le tour des maisons pour demander la charité. Camille Moreddu a retrouvé sur place des descendants de colons français qui la pratiquaient encore de façon phonétique sans en comprendre tout à fait les paroles. Camille a intégré le groupe et donne à ce petit bijou une saveur particulière. Hors des circuits commerciaux, mais illustrant ce qui se pratique à l’échelle locale, voici de quoi documenter de façon attachante le corpus actuel de ce qui constitue cet objet mal défini que l’on nomme parfois americana. (Éric Allart)

Fab ZOREIL

"Blues sur Paname" (Autoproduit, Kebra’s Records, 2021)

Nous sommes sûrement nombreux à avoir été émus, à l’aube des années 90, par les premières minutes de l’album Osez Joséphine, d’Alain Bashung qui, entre quelques splendeurs légitimement mises en lumière par les médias nationaux, débutait par J’écume, un blues épais sur lequel le chanteur mythique déroulait, de sa voix unique, un texte surréaliste et habité. C’est à peu de choses près le même frisson qui parcourt l’échine de l’auditeur qui pose sur sa platine le tout nouvel album de Fab Zoreil, Blues sur Paname, opus épais qui voit ce dernier, guitariste chanteur auteur compositeur, poser ses textes inimitables, souvent surréalistes sur un canevas tour à tour bluesy, rock et reggae. Pas de doute: la french touch est là, tatouée sur des vocaux écorchés et passionnés, et la guitare prolonge la voix de son maître, jamais dans la démonstration mais bien dans une sculpture sonore que ne renierait pas Neil Young servi par son Crazy Horse des dernières années. La signature sonore est d’autant plus personnelle que c’est en duo guitare électrique / batteur que le répertoire est ici défendu, ce qui laisse judicieusement beaucoup d’espace sonore pour orner le chant déclamatoire de ces textes rageurs volontiers subversifs, dont Higelin ou Bohringer ne renieraient sûrement pas la filiation. Cette "chanson rock et blues sans concession" ravira ceux qui préfèrent aux courants mainstreams le danger des chemins escarpés et exigeants, tel que ceux creusés ici par Fab Zoreil, guitariste chanteur vagabond, qui aura recueilli ses influences de Lyon à Paris, en passant par la Réunion, et son fidèle et exemplaire batteur Olivier Hurtu. Jetez une oreille au crescendo intense de The Devil, entrez dans la transe des Vieux Chicots, et pleurez sur Ma Chanson. Fab Zoreil sert ici admirablement un propos original, sur la fond comme sur la forme, dont la sincérité et l’exigence signe la marque des vrais artistes. (Jean-Christophe Pagnucco

 

Hervé LECHÂBLE

"L’inutile et l’agréable" (Autoproduit, L’inutile et l’Agréable, 2022)

Musicien depuis 20 ans, le chanteur guitariste auteur-compositeur parisien Hervé Lechâble publie ces jours-ci son tout premier album, L’inutile et L’agréable, dont le packaging est aussi élégant et chaleureux que son contenu. En 13 vignettes d’une chanson française acoustique et délicate, laquelle repose sur l’habile et harmonieux picking du maître de maison, Hervé Lechâble nous emmène doucement dans un univers personnel où un blues jazzy et chaleureux (Mon vieux veston, L’entendrez-vous?) habille une belle poésie surréaliste (Un éléphant dans la cuisine, Chats toujours), pour des compositions toujours surprenantes et rassurantes, comme les vignettes des jours passés dont la chaleur ressurgit pour gonfler le cœur dans les instants de doute (Rennes, je reviens et son accordéon enveloppant). Dans L’inutile et L’agréable, le blues et la chanson font bon ménage (Harmonica Blues, Susie Blues, L’entendrez-vous?) et convoquent avec élégance et révérence le fantôme de Nino Ferrer (J’ai tant rêvé de vous) et des heures tardives du duo Dutronc / Lanzmann (L’idiot) pour inaugurer une œuvre originale dont on attend avec impatience les prochains édifices. À écouter absolument. (Jean-Christophe Pagnucco

 

Justine BLUE

"True" (WNL Production, Kebra Records, 2023)

Le timbre vocal unique de Justine Blue, de même que le cachet personnel et puissant ses compositions, saisissent dès les premiers instants de cet opus, True qui, après un EP et plusieurs singles, chacun très remarqués dans le microcosme bluesy français, fait paraître ces jours-ci ce premier album riche de 13 titres dont 11 compositions originales qui, fait suffisamment rare pour être remarqué dans le production dite blues en hexagone, le sont réellement. Comme son nom l’indique, True est placé sous le signe de la sincérité, et permet de saisir, en si peu de notes, davantage de la personnalité de cette chanteuse talentueuse et inclassable, même si l’on devine des influences qui l’ont marquée sans jamais la museler. Après avoir été remarqué au Tremplin Blues sur Seine, avoir foulé les scènes canadiennes, la chanteuse montpelliéraine, propose une œuvre d’un rare aboutissement, aux effluves blues (Bye Bye Big Blues), classic soul (Talk About It) et jazzy (What Am I To Do), New Orleans (Rock Me Baby) ou plus généralement americana (It Makes Me Feel All Right) au service de textes profonds et parfois engagés (comme le bouleversant Fallin, sur les accidents de vie entraînant vers le fond). Au rayon des reprises, elles-mêmes sont un manifeste au rythme, au métissage, au groove omniprésent des influences comme des créations, puisque se succèdent Willie and the Hand Jive, de Johnny Otis revu et délicieusement corrigé par le marqueur laid back du mythique album 461 Ocean Boulevard d’Eric Clapton, et Yellow Moon, l’hymne voodoo des apôtres louisianais que sont les Neville Brothers, évadés des Meters pour retrouver leur chemin dans la voix envoûtante de Justine Blue. Les arrangements sont inventifs, le jeu des musiciens époustouflants… Gageons que le train du succès est sur les rails pour une véritable artiste, dont ce bel album est le plus beau véhicule pour la révéler au monde. À écouter absolument. (Jean-Christophe Pagnucco

 

Tio MANUEL

"¡ Ocho !" (El Tio, La Fugitive, Kebra Records, 2023) 

Le 8ème album de Tio Manuel, fièrement intitulé ¡ Ocho !, déboule dans les bacs (et sur ces maudites plates-formes) pour célébrer ce printemps 2023 en fanfare, et reprendre le propos exactement là où il l’avait laissé avec 7th Road, précédent effort remarqué et salué par la critique. Toujours très personnel, le répertoire ici proposé est au métissage, l’anglais percutant l’espagnol pour ce bouillant guitariste chanteur francophone mais qui, culturellement, a intégré le melting pot propre au courant americana dans ce qu’il offre de plus intéressant. Si la couleur musicale globale, baignée d’influences blues, n’est pas sans évoquer les dernières heures de Tom Petty & The Heartbreakers, la voix, détachée à souhait, la guitare saignante, l’orgue et les chœurs, nous rappelle que le plus beau véhicule d’un artiste interprète reste ses chansons, dont la qualité détermine beaucoup de choses. Le Voyage, au propos "kerouacain" en diable, évoque Neil Young, The Moment, le précité Tom Petty, Heading to Sorbas voit convoquer le fantôme de Link Wray, Box of Pictures ne serait pas renié par Van Morrison, tandis que Buckets of Rain est habilement emprunté à Bob Dylan, qui doit être étonné que ce petit titre enfoui à la fin du copieux Blood On The Tracks soit devenu un véritable standard folk blues. A l’évidence des influences répond néanmoins la réussite éclatante dans la construction de ce répertoire qui, justement, n’est ni évident, ni éculé, et demeure diaboliquement personnel. A se procurer, à écouter, à savourer et à applaudir en concert: Tio Manuel a bien des choses à dire et bien des routes caillouteuses à sillonner. (Jean-Christophe Pagnucco)

vendredi 31 mars 2023

L'art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Tommy EMMANUEL

"Accomplice Two" 

Le superguitariste de Nashville avait commencé ses aventures en duo avec des CGP (Certified Guitar Players, selon Chet Atkins) sur l’imposant Accomplice One, suivi d’un Accomplice Series vol. 2 et 3 avec Richard Smith, puis Mike Dawes. Il continue ici avec la même diversité en invitant des artistes country de grande amplitude. Seul le titre change. Jerry Douglas, spécialiste du Dobro, illumine Mama Knows. David Grisman traite le standard jazz Seven Come Eleven dans le style bluegrass. Le Nitty Gritty Dirt Band rajeunit Tennessee Stud de Buck Owens et le Del McCoury Band aborde Sweet Temptation. Jorma Kaukonen joue country-blues pour Another Man Done a Full Go Around. Superbe jeu en slide des survivants de Little Feat sur Cajun Girl. Le travail de recherche personnel de Tommy Emmanuel brise dans ses compositions personnelles Precious Time avec la vocaliste Sierra Hull et Richard Smith sur Son Of a Gun. Le fingerpicking en duo avec Billy Strings sur Doc’s Guitar / Black Mountain Rag est rien moins qu’extraordinaire. La grande découverte est Molly Tuttle, une très jeune guitariste-chanteuse en duo avec Tommy Emmanuel dans White Freight Liner Blues de Townes Van Zandt. Disque incontournable… (Romain Decoret

 

TAJ MAHAL

"Savoy" (Stony Plain)

Taj Mahal utilise son statut de légende pour explorer les diverses avenues du blues et du jazz. Son dernier disque en compagnie de Ry Cooder, recréait le premier album de Sonny Terry & Brownie McGee. Ce nouveau projet est totalement différent, consacré à l’American Songbook et à la mythique salle du Savoy, où les big bands de jazz accueillaient volontiers les bluesmen. L’idée a été planifiée par Taj Mahal depuis deux décennies, attendant le bon moment. Finalement c’est devenu une réalité en compagnie du producteur John Simon (The Band, Leonard Cohen, Blood Sweat & Tears, Gordon Lightfoot). Enregistré avec les meilleurs musiciens de San Francisco, le disque est un tribute au Savoy Ballroom de Harlem où jouaient Duke Ellington, Louis Jordan, Louis Armstrong. Musicalement, c’est une exploration des grandes chan-sons de l’époque. Stompin’ At The Savoy de Lionel Hampton, Summertime de George Gershwin, Moon Indigo de Duke Ellington, Is You Is Or Is You Ain’t My Baby de Cab Calloway, Lady Be Good de Lester Young, Caldonia de Louis Jordan, Sweet Georgia Brown de Louis Armstrong et le monumental One For My Baby (And One More For The Road) de Johnny Mercer & Harold Arlen pour Frank Sinatra. Taj Mahal mène son groupe de studio avec sa National Steel. Probablement un autre Award de l’Americana Music Association pour Taj Mahal. (Romain Decoret

 

Bella WHITE

"Among Other Things" (Rounder Records)

Cette jeune chanteuse-guitariste de 22 ans représente le futur du bluegrass avec son second disque. Un parcours compliqué, elle est née Isabelle Farley White à Calgary, Alberta, au Canada, en 2000. Son père est de Virginie et musicien de bluegrass. Dès son plus jeune âge, Bella est exposée à la musique des Appalaches, bluegrass, old time country et folk. Elle fait ses débuts sur scène à 13 ans et après le collège s’installe à Boston où elle partage pendant un an une maison avec des musiciens de la Berklee School Of Music, ce qui la dote d’un solide jeu de guitare acoustique. En 2020 elle part pour Nashville et enregistre un premier disque Just Like Leaving. Le showbiz de Nashville fond devant cette jeune musicienne talentueuse. Le nouveau disque a été enregistré au studio Five Stars de Topanga Canyon, le centre des songwriters country californiens. Le guitariste est Buck Meek, et Pat MGonigle est au violon. Bella White a écrit toutes les chansons. Numbers est pur country, avec une pedal-steel et Flowers On My Bedside est fait pour les cow-boys qui pleurent dans leur bière. Marylin traite de l’amitié , alors que Rhododendron est la force éternelle de la nature, qu’il faut savoir préserver. Le futur du bluegrass? Il était temps… (Romain Decoret

 

GA-20

"Live In Loveland" (Colemine/Karma Chief Records)

Leur nom, il est bon de rappeler, est la référence d’un ampli combo Gibson 20w des fifties favorisé par tous les grands de Earl Hooker à Hound Dog Taylor, Bo Diddley et Chuck Berry. En deux disques, Lonely Soul (2019) et GA-20 Does Hound Dog Taylor (2021) le jeune trio a explosé sur la scène internationale. Mais il n’était pas question pour eux de faire deux fois la même chose, ni de se laisser enfermer dans un hypothétique cliché Chicago blues . Avec Crackdown (2022), Matt Stubbs, Pat Faherty et Tim Carman s’orientèrent d’un côté plus garage que blues, un amalgame de barroom country et rock, comme on l’entend dans le Tennessee ou en Louisiane. De là s’imposait ce nouveau disque live: cinq titres de Crackdown, trois de Lonely Soul et des reprises obscures de Harold Burrage (I Cry For You) ou de Little Walter (My Baby’s Sweeter). Enregistrés en direct-sur-bande dans la Plaid Room de Loveland, Ohio, les GA-20 exsudent ce type spécial d’énergie, ces phéromones qui n’apparaissent que devant une authentique audience et que les producteurs ont tant de mal à capter en studio. Le back-beat peut être country ou funky avec des riffs venus de Memphis, ou encore New Orleans, comme dans Just Because de Lloyd Price. Les GA-20 passent en radio aussi bien à la BBC que sur SiriusXM de Nashville. La haute énergie dans l’inspiration traditionnelle, il était temps! (Romain Decoret

 

Chris DUARTE

"Ain’t Giving Up" (Mascot/Provogue)

Le guitariste d’Austin, Texas, fait partie de l’ultime phase du règne de Stevie Ray Vaughan. Parmi ceux qui la vécurent, certains comme Bert Willis ou Pat Boyack, ont disparu ou sont retournés dans l’anonymat, d’un point de vue mondial car le circuit texan reste gigantesque et viable, alors que d’autres sont toujours actifs, tels Van Wilks et Chris Duarte. Pour ce dernier, ce nouveau disque n’est que son 15ème en studio sur plus de 30 ans de carrière. Il aborde ici une large vista musicale de blues outlaw, d’americana (quelle désignation détestable!) et aussi de country alternatif. Le producteur est Dennis Herring (Buddy Guy, The Hives, Elvis Costello). Cela ne signifie pas du tout un retour aux affaires roots, car Chris Duarte reste actuel par ses orientations et ses compositions. Big Fight est un instantané metal-rock d’un gig texan qui tourne mal, tout le monde étant armé au Texas. Gimme Your Love est une ballade alt.country qui évite la sentimentalité banale. Les séances ont été enregistrées live en studio avec du maté-riel analogique et un minimum d’overdubs, laissant la place aux riffs étourdissants de Chris Duarte et à sa maîtrise élusive du Texas Shuffle, un beat difficile à reproduire. Il y a aussi sa dédication à CETTE période du Texas blues signée SRV. Chris l’aborde avec délicatesse et respect dans l’instrumental Can Opener avant de lâcher les chevaux sur les sept minutes de Week Days. The Right Stuff! (Romain Decoret

 

Ally VENABLE

"Real Gone" (Ruf Records)

Ally Venable est de Kilgore, Texas. Elle a commencé la guitare à 12 ans (elle en a maintenant 30) en jouant de la country-music. Elle change après avoir entendu les Texas bluesmen d’Austin et enregistre son premier disque, un EP, quand elle a 14 ans. Elle ne perd pas de temps et écrit ses propres morceaux seule ou avec des guitaristes comme Lance Lopez, Gary Hoey ou Devon Allman (le fils de Greg Allman). En 2015 et 2016, Ally est nommée meilleure guitariste de l’année au Texas Blues Awards, ce qui est un signe d’excellence au Texas, vu le nombre de prétendantes! Elle est considérée comme l’héritière de Sue Foley, Susan Tedeschi et Joanna Connors. Elle y est parvenue en jouant et tournant inlassablement mais aussi en connectant le hard-rock au blues et à la country. Pour son cinquième album, produit par Tom Hambridge, Ally Venable joue metal sur Kick Your Ass ou Hold My Ground avec un son à la fois cru et recherché. Two Wrongs est un exemple de cette alchimie sonique. Même ses blues, Gone So Long, Any Fool Should Know, Justifying, sonnent plus metal que traditionnels. La seule exception étant Texas Louisiana en duo avec Buddy Guy, alors que Broken & Blue avec Joe Bonamassa se situe à la croisée des chemins. Espérons la voir sur une scène française malgré la récession économique annoncée… (Romain Decoret)

dimanche 26 mars 2023

Du Côté de chez Sam, par Sam Pierre

 

Gwil OWEN

"The Road To The Sky" 

Gwilym Emyr Owen III, plus connu sous le nom de Gwil Owen a une longue carrière qui dure depuis près de quatre décennies. Quelques noms lui sont souvent associés. Il y a d'abord Jeff Finlin avec qui il a joué dans les années 1980 au sein de The Detonators puis de The Thieves. Il y a ensuite Kevin Gordon, David Olney et Will Kimbrough, partenaires d'écriture. Tous les quatre sont présents d'une manière ou d'une autre dans The Road To The Sky (qui serait le neuvième album solo de Gwil): Will qui a coécrit Where The West Wind Blows et Change, ainsi que Jeff et Kevin qui chantent respectivement sur Ghost Town et When The Songwriter's Gone. À l'énoncé de ce titre, on pense évidemment au regretté David Olney, présent ici par la coécriture de So Much et She Does It All With Her Eyes et par les dernières notes de guitare du disque. L'album a été produit par Joe McMahan (habituel partenaire de Kevin Gordon) et, autour de Gwil (guitare et chant), on trouve Joe McMahan (guitare, lap steel, pedal steel, voix), Dave Jacques (basse), Bryan Owings (batterie) et Tony Crow (claviers) avec quelques invités qui ont pour noms Shannon McNally (voix sur quatre titres), James Westfall (vibraphone sur Murder), Chris Carmichael (cordes sur deux titres) et Jim Hoke (flûte sur So Much). C'est un album globalement assez rock, dans la veine de Bruce Springsteen, mais aussi de David Olney dont on se souvient qu'il a débuté comme rocker avec ses X-Rays, il y a plus de quarante ans. Quelques ballades comme Magic Child et Heaven In Our Hands, ou encore le titre final, She Does It All With Her Eyes, sont dominées par le piano de Tony Crow comme pour apporter une forme de respiration à Joe McMahan dont la guitare est particulièrement électrique et inspirée dans Sweeping The Road To The Sky. The Road To The Sky est le type même du disque qui, par sa qualité d'écriture et d'interprétation, peut plaire aussi bien aux amateurs de rock qu'à ceux de folk, dans la lignée de groupes comme Little Feat, par exemple. 

 

Melissa CARPER

"Ramblin' Soul" 

Melissa Carper a beaucoup œuvré pour la musique old-time au sein de différents groupes qui ont pour nom Campton Ladies, Carper Family, Buffalo Gals Band, Sad Daddy. En 2021, son album solo Daddy's Country Girl parcourait des horizons plus vastes. Moins de deux ans plus tard, Ramblin' Soul continue à nous emmener dans les allées des musiques populaires américaines du vingtième siècle. Pour l'occasion, Melissa a délaissé sa contrebasse, se contentant de chanter (fort bien) les chansons qu'elle a elle-même composées. En effet, sur les treize titres de l'album on ne note que deux reprises (Hanging On To You de l'amie Brennen Leigh et Hit Or Miss d'Odetta) ainsi qu'une coécriture (I Do What I WANNA, avec Gina Gallina, sa partenaire des Campton Ladies). La basse de Dennis Crouch, les guitares (y compris pedal steel) de Chris Scruggs et le fiddle de Billy Contreras nous emmènent du western swing (Texas, Texas, Texas) au rockabilly (Zen Buddha, I Do What I WANNA) et au rock & roll (1980 Dodge Van). Il y a aussi les ballades qui tirent des larmes (That's My Only Regret, I Don't Need To Cry). Hit Or Miss est très bluesy, alors que Ain't A Day Goes By a des accents gospel avec un orgue quasi-liturgique et un piano joués par John Pahmer. Autre beau moment du disque, Holding All The Cards évoque le jazz des années 30 par la grâce de la clarinette de Rory Hoffman qui répond au swing du piano. Le fiddle devient violon sur From I Recall et ce bel album se referme avec Hanging On To You, hanté par un orgue très sixties. 

 

Loudon WAINWRIGHT III

"Lifetime Achievement" 

Il y a plus de cinquante ans, en 1970, Loudon Wainwright III débarquait sur nos électrophones avec sa voix éraillée, sa guitare et son harmonica, pour son premier disque, un 33 tours simplement revêtu de son nom et de sa photo en noir et blanc sur fond de mur de briques. C'était un album déjà en dehors des modes pour quelqu'un que l'on classait parmi les nouveaux Dylan (il devait d'ailleurs plus tard enregistrer Talking New Bob Dylan). En 2022, il est toujours là avec Lifetime Achievement, la voix est la même, le jeu de guitare aussi. Loudon est parfois seul, parfois accompagné de ses habituels complices Chaim Tennenbaum et David Mansfield et, si certains titres sont plus orchestrés, on reste dans un terrain familier dont il ne s'est que rarement éloigné. Parfois nostalgique et triste, parfois drôle à la limite du loufoque (It avec juste les voix de Loudon et Chaim), le songwriter reste hanté par l'âge et le vieillissement et, quand il chante How Old Is 75?, où il s'accompagne au banjo, il fait le constat qu'il a déjà vécu un an de plus que sa mère et treize ans de plus que son père. Rappelez-vous Older Than My Old Man Now paru en 2012 et Surviving Twin paru en 2017. Il évoque parfois des souvenirs personnels comme dans Town & Country où il se souvient de sa mère: "My dear mother was afraid of the country / She'd say: Don't go there Loudie, It's shady and it's shitty / She was raised in the country, what could that poor woman know?" ("Ma chère mère avait peur de de la ville / N'y va pas, Loudie, c'est sombre et merdique / Elle avait été élevée à la campagne, que pouvait savoir cette pauvre femme?"). Cet album est-il le couronnement d'une vie? Non, à en croire le premier couplet du morceau-titre, son trophée principal est tout autre: "I have lived a lifetime / And it's hard to be believed / I'm near the end, time's almost up / So what have I achieved? / I have done and won some things / Awards, I have a few / But the biggest prize, the great surprise / Is I managed to win you" ("J'ai vécu toute une vie / Et c'est difficile à croire / Je suis près de la fin, le temps est presque écoulé / Alors qu'ai-je réalisé ? / J'ai fait et gagné certaines choses / Des récompenses, j'en ai quelques-unes / Mais prix le plus important, la grande surprise / Est que j'ai réussi à te gagner). Lifetime Achievement ne remportera sans doute aucune coupe (voir l'illustration de la pochette) mais, pour qui suit et aime Loudon le Troisième depuis longtemps, il sera comme le symbole d'une certaine forme d'éternité. 

 

Angela PERLEY

"Turn Me Loose" 

Lorsque j'ai écouté pour la première fois Turn Me Loose par Angela Perley, je ne me rappelais pas son album précédent 4:30 que j'avais pourtant chroniqué pour le Cri du Coyote (n° 162) en concluant "cette jeune personne est incontestablement une des belles surprises de l'année". J'allais écrire la même chose, je vais donc simplement dire qu'elle est une belle confirmation. Entre folk, country et rock & roll, avec parfois des accents psychédéliques (Star Greamer, Near You), Angela représente une belle synthèse de ce qui se faisait de mieux aux USA à la charnière des sixties et des seventies, tout en se gardant bien de tout passéisme. Les guitares sont électriques, et même la pedal steel de Brandon Bankes (producteur de l'album) sait parfois sonner plus rock que country, un peu comme celle de Rusty Young aux débuts de Poco. Chris Connor (guitare électrique et harmonies), Jake Levy (batterie) et Nate Smith (basse) constituent l'ossature du disque aux côtés de Brandon et Angela (voix et guitare électrique). Les compositions, toutes originales, font mouche et la voix d'Angela est à la fois assurée et pleine d'émotion en est le parfait véhicule. On sent l'expérience de la scène au travers de l'interprétation d'une artiste de l'Ohio qui est active depuis 2010 avec son groupe The Howlin' Moons. Après Plug Me In (country-rock), Here For You et Ripple nous emmènent très vite vers des horizons plus rock 'n' roll avant que Praying For Daylight n'amorce un virage plus orienté vers les ballades. 

 

Alex MILLER

"Miller Time" 

Voici un artiste que ce disque aurait dû mener vers l'Avenue Country il y a un an. Sans doute un problème de réglage de son GPS est-il responsable du fait qu'il ne soit présenté qu'aujourd'hui dans ma rubrique. Ce doux géant de tout juste 18 ans au moment de la sortie de Miller Time semble en effet l'un des plus aptes à reprendre le flambeau de la country music traditionnelle et l'emmener loin, porté par le grand souffle d'air frais qu'il a provoqué. Son passage à American Idol, saison 19, lui a permis de rencontrer une large audience et, dès lors, les choses se sont accélérées pour lui. C'est ainsi qu'il a joué au Ryman Auditorium, s'est produit dans différents États (Kentucky, Missouri, New York, Washington, Wisconsin) et a joué en première partie de Hank, Jr, Josh Turner, Lee Brice, Rhonda Vincent et Shenandoah. Il a été signé par Billy Jam Records, label basé a Nashville, et a ainsi pu enregistrer son premier album, produit par Jerry Salley qui a coécrit quatre chansons avec lui. On ne peut que s'enthousiasmer à l'écoute de Miller Time. Qu'il chante des compositions originales ou des reprises, notamment Freeborn Man, auquel il donne une nouvelle jeunesse, ou I'm Gonna Sing de Hank Williams (qui clôture l'album avec la participation vocale des Oak Ridge Boys), Alex démontre qu'il a parfaitement intégré les codes du genre, alternant chansons rythmées entre honky-tonk et western swing (comme le premier single de l'album Don't Let The Barn Hit You) et ballades d'amour perdu, sans un côté larmoyant excessif (Through With You, I'm Over You So Get Over Me), avec une mention spéciale pour le superbe Kentucky's Never Been This Far From Tennessee. Difficile, à l'entendre, de croire qu'Alex Miller n'a pas encore vingt ans. Il symbolise bien le futur de la country-music, pas celle qui se vend mais celle qui touche au cœur. Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans saluer les musiciens qui contribuent à faire de ce premier album une totale réussite. Outre les voix de Jerry Salley et des Oak Ridge Boys déjà cités, on peut entendre Brent Mason (guitare électrique), Mike Johnson (steel guitar), Jason Roller (guitare acoustique et fiddle), Dirk Johnson (claviers), Kevin Grantt (basse) et Robb Tripp (batterie). 

 

Tim GRIMM

"The Little In-Between" 

Tim Grimm n'est pas un nouveau venu puisqu'il a déjà une quinzaine d'album à son actif depuis Heartland paru à la toute fin du dernier millénaire. L'homme qui est aussi acteur et fermier continue à nous délivrer ses histoires pleines d'humanité, sur un lit de mélodies sensibles et riches à la fois, dans la veine de ceux qui l'ont inspiré, au premier rang desquels, Ramblin' Jack Elliott, Greg Brown, Tom Paxton (à qui il a consacré un album), John Prine et Woody Guthrie. Le nouvel album de Tim, The Little In-Between est l'un de ses plus personnels à ce jour, écrit en trois mois intenses au cours de l'hiver 2021-22. Il retrace son voyage entre les collines du sud de l'Indiana et la prairie de l'Oklahoma mais aussi son voyage intérieur d'un passé riche vers un futur inattendu (sic). Il chante le plus souvent à la première personne pour mieux mettre en valeur cette exploration personnelle. Si Tim a enregistré voix et guitare à Norman, Oklahoma, le violoncelle d'Alice Allen a été enregistré à Pencaitland en Écosse. Quant à Sergio Webb (guitare électrique et steel guitar), Mark Clark (batterie) et Justin Bransford (basse), ils ont été enregistrés par Jono Manson (qui vient lui-même de publier un album) à Santa Fe, New Mexico. Les premières notes, les premiers mots de The Leaving, donnent le ton de ce que seront les huit autres titres, délivrés comme des confidences, avec un violoncelle très présent. Le deuxième morceau, Lonesome All The Time, a un rythme country un peu plus sautillant et fait penser à un autre maître, Townes Van Zandt. Cette fois, c'est la steel guitar de Sergio Webb qui donne le ton. Tim Grimm trouve son inspiration dans la vie de tous les jours, la sienne et celle de ceux qui l'entourent. C'est ainsi que New Boots évoque ses parents et leur quotidien ordinaire. Les préoccupations sociales ne sont jamais loin et quand il chante I Don't Know This World, il le fait sous la forme d'un constat un peu désabusé. Les titres ont souvent un goût doux-amer, mais c'est quand même l'espoir qui finit par l'emporter avec le morceau final, Bigger Than The Sky: "There is love and love can keep you curious / Keep you dancin' and making art at night / Keeps you funny, feeling young and not too serious / Helps you walk and live your life in a broad daylight" (Il y a l'amour et l'amour peut vous garder curieux / Vous faire danser et faire de l'art la nuit / Vous garder drôle, vous faire sentir jeune et pas trop sérieux / Vous aider à marcher et à vivre votre vie au grand jour). Nous avons perdu quelques de nos plus grands songwriters ces dernières années, mais il reste encore des anciens, de grand talent, qui aident les plus jeunes à reprendre le flambeau. Tim Grimm est assurément de ceux-là.

jeudi 23 mars 2023

Bluegrass & Co. par Dominique Fosse

 

Junior SISK

"Lost & Alone" 

Junior Sisk est depuis une vingtaine d’années une des principales voix du bluegrass classique et sa notoriété n’a pas faibli avec la dissolution de son groupe, Rambler’s Choice. Bien au contraire, son dernier album, Load The Wagon (Le Cri du Coyote 166) a été un franc succès, nommé parmi les albums de l’année 2021 par IBMA. Junior a repris la même équipe pour Lost & Alone, soit Heather Berry Mabe (guitare, voix), Doug Bartlett (fiddle) et les excellents Jonathan Dillon (mandoline) et Tony Mabe (banjo). Il a juste changé de bassiste. 

C’est encore et toujours du classique de chez classique (avec son timbre nasillard, Junior Sisk peut-il chanter autre chose?), mais vraiment bien fait… Les solistes sont bons (Dillon particulièrement) et l’accompagnement est toujours dynamique (I’m Chasin’ All Memories Down est le meilleur exemple). C’est encore mieux quand il y a une pointe d’originalité dans la mélodie (I Wanna Be Where You Are) ou l’arrangement (le banjo clawhammer dans Up There On The Hillside). Le mélancolique Patches On My Heart, The Lonely Side of Goodbye de Randall Hylton et le classique des Louvin Brothers, Take My Ring From Your Finger, plairont à tous les amateurs de bluegrass traditionnel. 

 

STILLHOUSE JUNKIES

"Small Towns" 

  Cri du 💚

Stillhouse Junkies est un trio de Durango dans le Colorado, composé de Fred Kosak (guitare, mandoline), Alissa Wolf (fiddle) et Cody Tinnin (contrebasse). J’avais bien aimé leur premier album, Over The Pass paru en 2018 (Le Cri du Coyote 158). Sur ce disque, il y avait un second guitariste, quelques musiciens supplémentaires, une grande variété de styles mais on sentait quand même que l’influence du bluegrass était dominante. Je ne sais pas à quoi ressemble leur second album, Calamity, paru en 2020, que j’ai malheureusement raté mais Small Towns marque une nette évolution par rapport à Over The Pass. Les Stillhouse Junkies jouent toutes les chansons avec trois instruments. Il n’y a que Becky Buller qui vient apporter un second fiddle à El Camino, la seule chanson écrite et chantée par Alissa (chaque musicien interprète ses propres compositions). Sur les trois titres où Fred Kosak joue de la mandoline ou de la mandole, il ne me semble pas qu’il double avec une partie de guitare. Et pourtant, avec seulement trois instruments (et trois voix), les douze chansons sont à la fois énergiques et intenses. Les musiciens remplissent l’espace avec des rythmiques de guitare frénétiques, une contrebasse dynamique et un fiddle qui complète les chants avec une créativité toujours renouvelée. 

Pour donner la bonne mesure de leur évolution, les Stillhouse Junkies reprennent trois titres de leur premier album. 1963 est débarrassé de la flûte qui lui donnait des airs irlandais dans Over The Pass. Le boogie On The House swingue davantage sans pedal steel. Compositions, chants, parties instrumentales, tout est réussi dans ce disque. Le groupe montre une cohésion exceptionnelle. L’intensité ne faiblit pas quand la guitare passe de la rythmique au solo. Il y a de longues parties instrumentales notamment dans Over The Pass (également sur le premier album), Five Doors Down In Leadville et River Of Lost Soul qui dure près de 7 minutes. Quelques accents cajun dans Evergreen, une rythmique de guitare rock sur une contrebasse jouée à l’archet dans River Of Lost Souls. Stillhouse Junkies est un groupe très talentueux et original, jusque dans le choix de la seule reprise figurant sur l’album, Never Going Back Again, une chanson atypique (très peu de paroles) de Fleetwood Mac, tirée de l’album Rumours dont ils font une jolie version avec une grosse rythmique de contrebasse qui offre beaucoup de liberté au fiddle. 

 

Mr SUN

"Extrovert" 

Bientôt 50 ans que Darol Anger est apparu sur le devant de la scène qu’on ne nommait pas encore new acoustic, à la création du David Grisman Quintet, et il semble toujours avide de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres musicales, tout en restant dans un carré (bien large il est vrai) compris entre jazz, bluegrass, musique classique et new acoustic (ceux qui considèrent que la musique new acoustic est elle-même une fusion du bluegrass et du jazz, n’auront plus qu’un triangle). La dernière aventure de Darol Anger s’appelle Mr Sun, un quartet formé avec Joe K Walsh (ex-mandoliniste des Gibson Brothers), le guitariste Grant Gordy (David Grisman Sextet) et le contrebassiste Aidan O’Donnell qui a remplacé Ethan Jodziewicz depuis le premier album. Extrovert est le second. 

Parmi les musiciens new acoustic, Anger est un de ceux qui ont été le plus influencés par le jazz et ça s’entend de nouveau dans Extrovert. Better Git It In Your Soul est un titre de Charlie Mingus. A Real Dragon de Anger fait à certains moments penser à Weather Report. Danny Barnes composé par Grant Gordy est du jazz qui s’amuse, avec un arrangement travaillé et une bonne partie de contrebasse. Impro jazz d’Anger également dans un arrangement de Blackbird des Beatles dont la magnifique mélodie est bien rendue. The Amen Corner (Anger) et Murmuration (Gordy) ont encore des accents et des impros jazz mais sont plus proches de l’idée que je me fais de la new acoustic. The Traveler’s Prayer est un joli blues lent de Walsh. Breaker’s Breakdown (Anger) est l’instrumental le plus bluegrass. Comme son titre peut l’indiquer, c’est un fiddle tune mais il est joué dans un esprit swing. Anger y exploite à merveille les sons les plus graves de son violon 5 cordes. Ces huit instrumentaux sont très bien joués par les quatre musiciens et on ne s’ennuie jamais, mais pour donner encore plus de variété, Mr Sun a ajouté trois chansons, interprétées par Joe K Walsh. Pour Tamp Em Solid, le groupe a conservé une guitare en fingerpicking comme dans la version originale de Ry Cooder. The Fiddler Of Dooney, composé par Walsh, est chaloupé, un peu dans le style de Tim O’Brien. Extrovert s’achève en beauté par une version bien dynamique de Just A Little Lovin’, un swing de Eddy Arnold

 

UNSPOKEN TRADITION

"Imaginary Lines"

J’avais bien aimé Myths We Tell Our Young, l’album de Unspoken Tradition paru en 2019 (Le Cri du Coyote 162). Imaginary Lines est dans la continuité. Le groupe a désormais deux chanteurs lead avec le nouveau contrebassiste Sarvanan Sankaran. Il a la même tessiture aiguë que Audie McGinnis mais avec un très léger falsetto qui rend son chant délicat. On retrouve une majorité de titres dynamiques, souvent accrocheurs (Carolina And Tennessee), sur lesquels brillent particulièrement le style Scruggs de Zane McGinnis (banjo) et le fiddle de Tim Gardner. Ty Gilpin (mandoline) profite d’un tempo plus calme (Back On The Crooked Road de Tim Stafford et Jon Weisberger) pour s’illustrer en fingerpicking. L’ensemble est assez moderne et c’est tant mieux car j’aime moins le seul titre où le bluegrass de Unspoken Tradition est plus classique (The Old Swinging Bridge). Imaginary Lines est un disque réussi mais il y a deux chansons qui sortent encore davantage du lot: Bounty Hunter, reprise d’une jolie chanson mélancolique parue en 1979, et Crooked Jack, magnifique adaptation en bluegrass d’une chanson irlandaise, formidablement interprétée par ce diable de John Doyle (cf. The Transatlantic Sessions).

Amanda COOK

"Changes" 

Le premier album d’Amanda Cook, One Stop Along The Road, m’avait bien plu, le second, Deep Water, beaucoup moins, du coup j’ai boudé les deux suivants. J’ai peut-être eu tort car Changes (son cinquième disque si vous comptez bien) est une complète réussite. Presque tout le répertoire est dû à des signatures prestigieuses: Becky Buller, Brad Davis, Suzanne et Sidney Cox, Jeff Partin (l’excellent dobroïste de Volume Five et Mountain Heart) et carrément trois titres de Thomm Jutz. Il y a aussi deux compositions de Troy Boone, mandoliniste de Amanda Cook Band. Changes mériterait d’ailleurs d’apparaître sous le nom du groupe et non de sa chanteuse car Amanda a enregistré les dix chansons entièrement avec ses propres musiciens à l’exception d’une intervention d’Aaron Ramsey (coproducteur de l’album) à la guitare dans Stars. Presque tous les morceaux sont menés de bout en bout par le banjo de Carolyne Van Liedrop au jeu sec et au drive impeccable. Troy Boone est un mandoliniste subtil et il a un son superbe (Carried Away, Ohio). George Mason est un fiddler créatif (Another Highway This Time). Brady Wallen (guitare) prend lui aussi régulièrement sa chance en solo. C’est du très bon bluegrass contemporain, bien arrangé, avec deux titres plus classiques (Back To My Home, Lay Me To Rest) et un arrangement plus moderne (Stars). Amanda Cook a une jolie voix qui sait se faire énergique sur les titres les plus rapides. Les harmonies vocales sont aussi réussies que le reste. J’attends le sixième album avec impatience. 

 

JOHNNY & The YOOAHOOS

"Marionette With The Mandarin" 

La prestation de Johnny & The Yooahoos sur la petite scène de la Roche Bluegrass l’été dernier avait provoqué un tel enthousiasme dans le public qu’à peine leur set achevé, Christopher Howard Williams, Président du festival, avait annoncé que le groupe allemand se produirait sur la grande scène en 2023 (ils sont effectivement programmés le 4 août à 19 heures). Si l’on ne perçoit qu’une partie des qualités entendues à La Roche-sur-Foron sur leur premier album Marionette With The Mandarin, c’est sans doute parce qu’il date de 2020, trois ans seulement après la formation des Yooahoos. La voix du guitariste Bernie Huber notamment est moins impressionnante que ce qu’on a pu entendre en concert l’an dernier. Par contre, on retrouve les qualités d’écriture de Bernie et des frères Johnny (mandoline) et Bastian (banjo, dobro) Schuttbeck. Coming Home Soon, assez classique, How Hope Works, très moderne, et Mind Prohibition Waltz, la plus originale, sont mes chansons préférées. Les trois chanteurs ont tendance à chanter trop aigu à mon goût (Meeting Is Over, Nothing But A Tear To Dry) mais les arrangements sont plein de trouvailles vocales et d’invention instrumentale. La longue descente de banjo en intro de Meeting Is Over, la balade I Used To Live et l’arrangement de Somehow But Still (qui dure plus de sept minutes) en sont les plus belles illustrations. Vivement le 4 août à 19 heures. 

 

Terry BAUCOM’s DUKES OF DRIVE

"Here In The Country" 

Comme dans les trois albums précédents, le banjoïste Terry Baucom et ses musiciens font ce qu’il faut pour mériter leur nom de Dukes of Drive. Les dix chansons sont très rythmées. Il y a notamment trois titres rapides qui permettent aux trois solistes de donner la pleine mesure de leur talent. Pourtant, deux musiciens ont changé depuis le dernier disque, mais Will Clark (mandoline) et Clint Coker (guitare) sont aussi talentueux que leurs prédécesseurs. Par contre, les Dukes avaient avec Joey Lemons et Will Jones deux bons chanteurs qui n’ont pas été remplacés. Clark interprète huit chansons et ce n’est pas au niveau attendu d’un groupe professionnel. Cindy Baucom (l’épouse de Terry) chante les deux autres titres. C’est un peu mieux mais très insuffisant pour vous recommander Here In The Country.