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lundi 13 octobre 2025

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

Ralph McTELL & Dave PEGG

"The Old Pals Act" 

J'avais chroniqué récemment dans la rubrique Disqu'Airs l'enregistrement public des GPs datant de 1981. Plus de quarante ans après, en novembre 2024, deux des membres de ce supergroupe du folk anglais, Ralph McTell et Dave Pegg ont enregistré un album au cours de divers concerts de la tournée The Old Pals Act (un nom qui avait été donné aux régiments qui s'étaient formés au début de la première guerre mondiale à partir de groupes sociaux déjà constitués, dans des mines ou des usines, des bureaux et des entreprises et même des théâtres). Ils nous proposent treize compositions de Ralph, ainsi que One Too Many Mornings de Bob Dylan et Pretty Boy Floyd de Woody Guthrie. Ralph chante, joues des guitares six et douze cordes et de l'harmonica. Dave joue ukulélé basse, mandoline et bouzouki des Ozark tout en assurant les harmonies vocales. Que dire de cet album, si ce n'est que c'est beau comme un concert de Ralph McTell dont la voix chaude n'a pas changé (il a eu 80 ans juste après ces concerts, en décembre). Dave Pegg ajoute une dimension supplémentaire aux compositions, dont on connaît la qualité intrinsèque, en faisant sonner ses cordes comme lui seul sait le faire. Écoutez notamment Pretty Boy Floyd dont l'interprétation ne ressemble à aucune autre. Mais cela est valable pour les autres titres comme Sweet Mystery, From Clare To Here, The Girl From The Hiring Fair, Zimmerman Blues, Let Me Down Easy ou encore le superbe Somewhere Down The Road sur lequel les deux vieux potes prennent congé.


 

 

Tim GRIMM

"Bones Of Trees" 

Si Tim Grimm ne figure pas au panthéon des songwriters américains, ce Bones Of Trees démontre qu'il mériterait d'y occuper mieux qu'un strapontin. Ce doit être au moins le cinquième de ses albums que je chronique pour Le Cri du Coyote, ce qui ne représente pas le tiers de sa discographie solo entamée en l'an 2000 avec Heart Land. S'il a consacré une partie de son œuvre à la vie rurale, à sa vie au milieu des forêts de l'Indiana, il fait partie de ces trop rares artistes dont la guitare fait encore la chasse aux fascistes et aux guerres, sans relâche. Parmi ses influences figurent Bob Dylan, John Prine et Tom Paxton (cf. l'album Thank You Tom Paxton paru en 2011) mais aussi Woody Guthrie. En 2016, alors que la menace Trump se profilait, il avait écrit Woody's Landlord dont il avait publié une version familiale avec son épouse aux harmonies et ses fils au banjo et à la basse. Il a actualisé cette composition, devenue Woody's Landlord Revisited, avec cette fois Mark "Sergio" Webb à la guitare électrique. Chacun sait que ce landlord s'appelait Fred Trump et l'on sourit à l'idée, suggérée par le songwriter, de Donald et Arlo jouant ensemble dans le bac à sable. Woody Guthrie est également présent en filigrane sur In The U.S.A. dont le dernier couplet reprend les mots de Blowing Down That Old Dusty Road (Going Down The Road Feelin' Bad), non sans évoquer aussi Bob Dylan avec ces mots: ""Are we just a pawn in this game". Pour Hunting Shack, l'hommage musical à Johnny Cash & The Tennessee Three est évident et donne une nouvelle occasion à Sergio Webb de démontrer son savoir-faire. Il est d'ailleurs (à part Tim évidemment) le seul élément permanent sur tous les titres, aux guitares, au dobro, au mandocello ou au banjo. Pour ce qui est des compositions, en dehors des titres politiques (à ceux déjà cités, il faut ajouter Broken Truth), il y a des titres dont l'inspiration est plus personnelle: Gettin' Older (dont le seul énoncé indique le sujet), Bow And Arrow, Up In The Attic et une chanson qui se distingue par son orchestration celtique, Mists Of Ennistymon. Tim y évoque un certain Patrick Shannon, venu du Comté de Clare, en Irlande pour débarquer sur l'île de Cap Breton, au Canada, et qui n'est autre que son trisaïeul. À côté de ses compositions, Tim chante deux reprises. La première, Christmas In The Trenches (avec Sergio au mandocello) de John McCutcheon, est tout à fait dans la lignée de ses propres compositions. La seconde est plus surprenante à priori puis qu'il s'agit d'une chanson de Susan Werner (qui compose et s'accompagne au piano), Barbed Wire Boys, où Sergio Webb fait merveille au dobro. Et comme il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte, Tim Grimm termine avec le très poétique Hadley's Banjo qui est en fait un hommage appuyé à Sergio Webb, citant notamment Richard Dobson et Pinto Bennett pour qui il avait officié. Tim Grimm vient d'avoir 65 ans et il n'a jamais été meilleur, héritier légitime des grands disparus que sont John Prine et David Olney, avec qui il a beaucoup de points communs. 


 

 

Ed DUPAS

"Codename California" 

Ed Dupas n'est pas seulement un singer-songwriter américain de plus. Ses productions discographiques ne sont pas nombreuses et avant Codename California, il n'avait publié que trois albums: A Good American Life (2015), Tennessee Night (2017) et The Lonesome Side Of Town (2019). J'avais écrit, à propos de ce dernier disque (Le Cri du Coyote n°163): "un disque vivement conseillé à qui n'aurait pas envie de suivre Sturgill Simpson dans ses aventures électriques". Depuis, Sturgill a débranché ses guitares et changé de nom et, après six ans de silence, Ed est de retour. C'est en 2019, après la mort de son père, que le songwriter, né à Houston et établi dans le Michigan après avoir grandi à Winnipeg, a appris que ses parents avaient quitté la Californie en 1971 alors que sa mère était enceinte de quatre mois. Ces six années ont été pour Ed celles de la remise en question. Il avait l'impression que, sur son dernier album, sa voix n'était pas la sienne, que ses compositions lui étaient étrangères. En pleine période de COVID a germé en lui l'idée d'un album avec pour thème central la Californie ou plutôt dont la Californie serait comme le Point Omega de Teilhard de Chardin (c'est Ed Dupas qui le dit). Au cours d'un séjour à Los Angeles, notre homme s'est imprégné de l'ambiance des lieux, notamment à Laurel Canyon où beaucoup de choses ont commencé dans les années 1960. Ces neuf mois précédant son retour dans le Michigan ont permis à Ed de redécouvrir sa voix musicale, de se reconnecter à l'authenticité dont il s'était éloigné, de se replacer, comme il le dit, dans l'œil du cyclone, le seul endroit où la paix est possible. Codename California est un album de dix chansons, toutes de sa plume, dont le son est moins country que sur les précédents, tendant davantage vers le folk-rock que l'on aimait entendre à la charnière des sixties et des seventies. La voix est claire, les textes sont riches et respirent la sincérité. Ed Dupas est ici accompagné du guitariste et co-producteur Michael Crittenden (qui s'est également chargé de l'enregistrement et du mixage), mais aussi, entre autres de Drew Howard et Tony Pace qui se partagent pedal steel, lap steel et dobro. Après Codename California, arrive Barbed Wire Cross avec la voix de Drew Nelson. Parmi les autres titres remarquables, il y a Box Of Lonely Men, peut-être mon favori de l'album (la chanson évoque un bar, refuge des hommes solitaires, et la barwoman dont ils sont tous un peu amoureux) mais aussi Queen Of Hearts avec la voix de Caroline Barlow, My Only One avec les cordes de Sav Madigan et Katie Lasron ou encore Holy Land, introduit par un son d'orgue liturgique et qui évoque la rencontre fortuite avec un prêtre, Father Gordon, dans un restaurant. Ed Dupas espère que nous aurons autant de plaisir à écouter cet album qu'il en a eu à le réaliser. En ce qui me concerne, c'est gagné.


 

 

Shawn CAMP

"The Ghost Of Sis Draper" 

Vous connaissez tous Shawn Camp. Non content d'être la voix principale des Earls Of Leicester, il a joué et chanté avec Ronnie Bowman, Garth Brooks, John Carter Cash, Guy Clark, Mark Collie, Paul Craft, Steve Earle, Gibson Brothers, Nanci Griffith, Kris Kristofferson, Jim Lauderdale, Ruby LovettWillie Nelson, Angaleena Presley, John Prine, Jim Rooney, Peter Rowan, Billy Joe Shaver, Philippe Cohen Solal et ses Monshine Sessions, Mac Wiseman et d'autres encore. Il a aussi coécrit un certain nombre de chansons avec Guy Clark et c'est cela qui a donné sa naissance à The Ghost Of Sis Draper. Les deux hommes avaient notamment écrit Sis Draper et The Death Of Sis Draper (Sis Draper était une joueuse de fiddle que Shawn avait connue dans l'Arkansas). Nous voici donc aujourd'hui avec quatorze titres dont Guy et Shawn avaient partagé l'écriture à l'exception de New Cut Road dû à Guy seul. Quant à Old Hillbilly Hand-Me-Down, il a été écrit à trois avec Verlon Thompson (qui chante ici des harmonies). Le disque a été enregistré en un seul jour (le 22 août 2024) avec les mêmes musiciens. Shawn (guitare et chant) est accompagné par Tim Crouch (fiddle), Chris Henry (mandoline), Jimmy Stewart (dobro), Cory Walker (banjo) et Mike Bub (basse). Disons-le tout de go, ce disque est un vrai moment de bonheur, tant la qualité des musiciens se situe au plus haut niveau. Et puis il y a la spontanéité, la qualité exceptionnelle des compositions.En ce qui concerne les chansons, je citerai en premier lieu Magnolia Wind (dont Emmylou Harris et John Prine nous avaient offert une émouvante version sur le disque-hommage This One's For Him) et The Cornmeal Waltz, mais aussi Hello Dyin' Day, Soldier's Joy 1864, Grandpa's Rovin' Ear et The Ghost Of Sis Draper, mais c'est l'ensemble qui ne peut que réjouir tout amateur de country music aux couleurs old-time et bluegrass.


 

 

Otis GIBBS

"The Trust Of Crows" 

Otis Gibbs n'avait pas publié d'album depuis Hoosier National en 2020, disque avec lequel il avait effectué un virage électrique. Dès l'introduction de Holy River Blues, le premier titre de The Trust Of Crows, son dixième album depuis 2002, on sait que la tendance va se confirmer. "Wise is the man who earns the trust of crows" (sage est l'homme qui gagne la confiance des corbeaux), assène Otis dans ce titre, et c'est un peu le fil conducteur du disque, parti d'un constat fait par le songwriter lorsqu'il est arrivé à East Nashville alors qu'il nourrissait les oiseaux, assis sur un porche. Comme pour les précédents albums, Thomm Jutz est producteur et guitariste et Lynn Williams est à la batterie. Ils sont rejoints par Dave Jacques (basse) et Finn Goodwin-Bain (orgue). Les titres s'enchaînent sans temps mort, certains plutôt paisibles (Eastside, Maybe In Memphis), d'autres plus immédiatement accrocheurs (Ditchweed), mais tous ont pour point commun un sens de l'observation du monde qui nous entoure que seul un sage peut posséder. Après un Tennessee aux accents chaleureux, presque country, c'est le très blues Mountains qui nous emporte. On retrouve la même alternance avec les titres suivants, Unloved Flower, une longue ballade rock chargée d'électricité, et Empty Spaces, un blues lent où la voix d'Otis, râpeuse et forte à la fois, se charge d'une émotion particulière. On connaît la qualité des compositions d'Otis depuis longtemps, mais cette voix est la force principale du disque. Notre homme n'a jamais semblé aussi concerné par ce qu'il chante et le dialogue permanent entre guitares et voix est aussi à mettre au crédit de Thomm Jutz qui a su maintenir au long des dix titres un parfait équilibre. Certains préfèreront sans doute un Otis Gibbs plus acoustique, dans la lignée de Woody Guthrie, comme dans ses premiers enregistrements, mais il leur sera difficile de nier qu'il a atteint de nouveaux sommets avec The Trust Of Crows. Quand les dernières notes de Drawn To Darkness retentissent et que les derniers mots sont chantés ("I'll spend my aging days earning the trust of crows" / je passerai mes vieux jours à gagner la confiance des corbeaux), on comprend que le cercle se referme et on est prêt à repartir pour un tour.


 

 

James McMURTRY

"The Black Dog And The Wandering Boy" 

James McMurtry, fils de Larry et père de Curtis, est une figure incontournable de la scène musicale du Texas. Depuis Too Long In The Wasteland (paru en 1989), il nous envoie régulièrement de ses nouvelles via un album généralement nourri au blues-rock. The Black Dog And The Wondering Boy doit être son treizième disque (dont deux live), et à défaut de nous surprendre, il nous ravit car l'homme n'a rien perdu de son énergie ni de sa verve, quand il s'agit d'écrire des textes forts. L'album commence par Laredo (une chanson de Jon Dee Graham) avec des guitares rugissantes. On se dit qu'on est plus proche duTexas de ZZ Top que de celui de Townes Van Zandt. C'est Tim Holt qui assure la plupart des parties de guitare électrique aux côtés de James qui, lui, alterne entre électrique et acoustiques (six cordes, huit cordes baryton et douze cordes). Les guitares se font plus discrètes sur South Texas Lawman où le rythme est martelé de manière lancinante par la batterie de Daren Hess (c'est Cornbread alias Michael Taylor qui assure la plupart des batteries de basse). Est-ce l'homme de loi ou James qui dit ces mots: "I used to be young, I used to be bold / I used to be strong as any man / I used to be bold, nobody bothered me / I can't stand to be old, it don't fit me"? (J'étais jeune, j'étais audacieux / J'étais aussi fort que n'importe quel homme / J'étais audacieux, personne ne m'embêtait / Je ne peux supporter d'être vieux, cela ne me convient pas). Les guitares sont de nouveau en avant pour The Color Of Night (avec un solo de Tim Holt) qui précède Pinocchio In VegasCurtis McMurtry fait une apparition (banjo et harmonies). Le violoncelle de Diane Burgess apporte une réelle fraîcheur à ce titre et au suivant, Annie. Puis vient le morceau-titre avec un solo de guitare de Cornbread, l'ambiance redevenant plus lourde avant un Back To Cœur d'Alene qui nous emmène en Idaho au son de l'orgue de Red Young. Un titre à l'atmosphère très différente, mais également l'un des plus politiques, Sons Of The Second Sons, voit la participation de Will Sexton avec un instrument turc, le cümbüs, sorte de luth à long manche similaire au banjo. Sailing Away suit, avec la guitare tremolo de Don Dixon et l'orgue de Bukka Allen, avant que l'album ne se referme sur la seconde reprise du disque, Broken Freedom Song de Kris Kristofferson. Sur ce titre, BettySoo est à la guitare acoustique et aux harmonies (elle chante sur quatre autres titres et joue même de l'accordéon sur Back To Cœur d'Alene). C'est une belle conclusion à cet excellent disque, en même temps qu'un hommage à une autre figure légendaire du Texas. Aux côtés de Bruce Sprigsteen, Steve Earle et quelques autres dont Tim Grimm et Otis Gibbs, James McMurtry continue à être une voix qui compte, une voix porte-colère dans l'Amérique de Trump. La qualité de ses textes, l'énergie communicative de ses compostions, la voix, l'absence de concessions, tout cela est intact depuis trente-six ans maintenant et, comme il l'écrit en conclusion des courtes notes insérées dans le disque, "There will be more trials". 


 

dimanche 26 mars 2023

Du Côté de chez Sam, par Sam Pierre

 

Gwil OWEN

"The Road To The Sky" 

Gwilym Emyr Owen III, plus connu sous le nom de Gwil Owen a une longue carrière qui dure depuis près de quatre décennies. Quelques noms lui sont souvent associés. Il y a d'abord Jeff Finlin avec qui il a joué dans les années 1980 au sein de The Detonators puis de The Thieves. Il y a ensuite Kevin Gordon, David Olney et Will Kimbrough, partenaires d'écriture. Tous les quatre sont présents d'une manière ou d'une autre dans The Road To The Sky (qui serait le neuvième album solo de Gwil): Will qui a coécrit Where The West Wind Blows et Change, ainsi que Jeff et Kevin qui chantent respectivement sur Ghost Town et When The Songwriter's Gone. À l'énoncé de ce titre, on pense évidemment au regretté David Olney, présent ici par la coécriture de So Much et She Does It All With Her Eyes et par les dernières notes de guitare du disque. L'album a été produit par Joe McMahan (habituel partenaire de Kevin Gordon) et, autour de Gwil (guitare et chant), on trouve Joe McMahan (guitare, lap steel, pedal steel, voix), Dave Jacques (basse), Bryan Owings (batterie) et Tony Crow (claviers) avec quelques invités qui ont pour noms Shannon McNally (voix sur quatre titres), James Westfall (vibraphone sur Murder), Chris Carmichael (cordes sur deux titres) et Jim Hoke (flûte sur So Much). C'est un album globalement assez rock, dans la veine de Bruce Springsteen, mais aussi de David Olney dont on se souvient qu'il a débuté comme rocker avec ses X-Rays, il y a plus de quarante ans. Quelques ballades comme Magic Child et Heaven In Our Hands, ou encore le titre final, She Does It All With Her Eyes, sont dominées par le piano de Tony Crow comme pour apporter une forme de respiration à Joe McMahan dont la guitare est particulièrement électrique et inspirée dans Sweeping The Road To The Sky. The Road To The Sky est le type même du disque qui, par sa qualité d'écriture et d'interprétation, peut plaire aussi bien aux amateurs de rock qu'à ceux de folk, dans la lignée de groupes comme Little Feat, par exemple. 

 

Melissa CARPER

"Ramblin' Soul" 

Melissa Carper a beaucoup œuvré pour la musique old-time au sein de différents groupes qui ont pour nom Campton Ladies, Carper Family, Buffalo Gals Band, Sad Daddy. En 2021, son album solo Daddy's Country Girl parcourait des horizons plus vastes. Moins de deux ans plus tard, Ramblin' Soul continue à nous emmener dans les allées des musiques populaires américaines du vingtième siècle. Pour l'occasion, Melissa a délaissé sa contrebasse, se contentant de chanter (fort bien) les chansons qu'elle a elle-même composées. En effet, sur les treize titres de l'album on ne note que deux reprises (Hanging On To You de l'amie Brennen Leigh et Hit Or Miss d'Odetta) ainsi qu'une coécriture (I Do What I WANNA, avec Gina Gallina, sa partenaire des Campton Ladies). La basse de Dennis Crouch, les guitares (y compris pedal steel) de Chris Scruggs et le fiddle de Billy Contreras nous emmènent du western swing (Texas, Texas, Texas) au rockabilly (Zen Buddha, I Do What I WANNA) et au rock & roll (1980 Dodge Van). Il y a aussi les ballades qui tirent des larmes (That's My Only Regret, I Don't Need To Cry). Hit Or Miss est très bluesy, alors que Ain't A Day Goes By a des accents gospel avec un orgue quasi-liturgique et un piano joués par John Pahmer. Autre beau moment du disque, Holding All The Cards évoque le jazz des années 30 par la grâce de la clarinette de Rory Hoffman qui répond au swing du piano. Le fiddle devient violon sur From I Recall et ce bel album se referme avec Hanging On To You, hanté par un orgue très sixties. 

 

Loudon WAINWRIGHT III

"Lifetime Achievement" 

Il y a plus de cinquante ans, en 1970, Loudon Wainwright III débarquait sur nos électrophones avec sa voix éraillée, sa guitare et son harmonica, pour son premier disque, un 33 tours simplement revêtu de son nom et de sa photo en noir et blanc sur fond de mur de briques. C'était un album déjà en dehors des modes pour quelqu'un que l'on classait parmi les nouveaux Dylan (il devait d'ailleurs plus tard enregistrer Talking New Bob Dylan). En 2022, il est toujours là avec Lifetime Achievement, la voix est la même, le jeu de guitare aussi. Loudon est parfois seul, parfois accompagné de ses habituels complices Chaim Tennenbaum et David Mansfield et, si certains titres sont plus orchestrés, on reste dans un terrain familier dont il ne s'est que rarement éloigné. Parfois nostalgique et triste, parfois drôle à la limite du loufoque (It avec juste les voix de Loudon et Chaim), le songwriter reste hanté par l'âge et le vieillissement et, quand il chante How Old Is 75?, où il s'accompagne au banjo, il fait le constat qu'il a déjà vécu un an de plus que sa mère et treize ans de plus que son père. Rappelez-vous Older Than My Old Man Now paru en 2012 et Surviving Twin paru en 2017. Il évoque parfois des souvenirs personnels comme dans Town & Country où il se souvient de sa mère: "My dear mother was afraid of the country / She'd say: Don't go there Loudie, It's shady and it's shitty / She was raised in the country, what could that poor woman know?" ("Ma chère mère avait peur de de la ville / N'y va pas, Loudie, c'est sombre et merdique / Elle avait été élevée à la campagne, que pouvait savoir cette pauvre femme?"). Cet album est-il le couronnement d'une vie? Non, à en croire le premier couplet du morceau-titre, son trophée principal est tout autre: "I have lived a lifetime / And it's hard to be believed / I'm near the end, time's almost up / So what have I achieved? / I have done and won some things / Awards, I have a few / But the biggest prize, the great surprise / Is I managed to win you" ("J'ai vécu toute une vie / Et c'est difficile à croire / Je suis près de la fin, le temps est presque écoulé / Alors qu'ai-je réalisé ? / J'ai fait et gagné certaines choses / Des récompenses, j'en ai quelques-unes / Mais prix le plus important, la grande surprise / Est que j'ai réussi à te gagner). Lifetime Achievement ne remportera sans doute aucune coupe (voir l'illustration de la pochette) mais, pour qui suit et aime Loudon le Troisième depuis longtemps, il sera comme le symbole d'une certaine forme d'éternité. 

 

Angela PERLEY

"Turn Me Loose" 

Lorsque j'ai écouté pour la première fois Turn Me Loose par Angela Perley, je ne me rappelais pas son album précédent 4:30 que j'avais pourtant chroniqué pour le Cri du Coyote (n° 162) en concluant "cette jeune personne est incontestablement une des belles surprises de l'année". J'allais écrire la même chose, je vais donc simplement dire qu'elle est une belle confirmation. Entre folk, country et rock & roll, avec parfois des accents psychédéliques (Star Greamer, Near You), Angela représente une belle synthèse de ce qui se faisait de mieux aux USA à la charnière des sixties et des seventies, tout en se gardant bien de tout passéisme. Les guitares sont électriques, et même la pedal steel de Brandon Bankes (producteur de l'album) sait parfois sonner plus rock que country, un peu comme celle de Rusty Young aux débuts de Poco. Chris Connor (guitare électrique et harmonies), Jake Levy (batterie) et Nate Smith (basse) constituent l'ossature du disque aux côtés de Brandon et Angela (voix et guitare électrique). Les compositions, toutes originales, font mouche et la voix d'Angela est à la fois assurée et pleine d'émotion en est le parfait véhicule. On sent l'expérience de la scène au travers de l'interprétation d'une artiste de l'Ohio qui est active depuis 2010 avec son groupe The Howlin' Moons. Après Plug Me In (country-rock), Here For You et Ripple nous emmènent très vite vers des horizons plus rock 'n' roll avant que Praying For Daylight n'amorce un virage plus orienté vers les ballades. 

 

Alex MILLER

"Miller Time" 

Voici un artiste que ce disque aurait dû mener vers l'Avenue Country il y a un an. Sans doute un problème de réglage de son GPS est-il responsable du fait qu'il ne soit présenté qu'aujourd'hui dans ma rubrique. Ce doux géant de tout juste 18 ans au moment de la sortie de Miller Time semble en effet l'un des plus aptes à reprendre le flambeau de la country music traditionnelle et l'emmener loin, porté par le grand souffle d'air frais qu'il a provoqué. Son passage à American Idol, saison 19, lui a permis de rencontrer une large audience et, dès lors, les choses se sont accélérées pour lui. C'est ainsi qu'il a joué au Ryman Auditorium, s'est produit dans différents États (Kentucky, Missouri, New York, Washington, Wisconsin) et a joué en première partie de Hank, Jr, Josh Turner, Lee Brice, Rhonda Vincent et Shenandoah. Il a été signé par Billy Jam Records, label basé a Nashville, et a ainsi pu enregistrer son premier album, produit par Jerry Salley qui a coécrit quatre chansons avec lui. On ne peut que s'enthousiasmer à l'écoute de Miller Time. Qu'il chante des compositions originales ou des reprises, notamment Freeborn Man, auquel il donne une nouvelle jeunesse, ou I'm Gonna Sing de Hank Williams (qui clôture l'album avec la participation vocale des Oak Ridge Boys), Alex démontre qu'il a parfaitement intégré les codes du genre, alternant chansons rythmées entre honky-tonk et western swing (comme le premier single de l'album Don't Let The Barn Hit You) et ballades d'amour perdu, sans un côté larmoyant excessif (Through With You, I'm Over You So Get Over Me), avec une mention spéciale pour le superbe Kentucky's Never Been This Far From Tennessee. Difficile, à l'entendre, de croire qu'Alex Miller n'a pas encore vingt ans. Il symbolise bien le futur de la country-music, pas celle qui se vend mais celle qui touche au cœur. Je ne voudrais pas terminer cette chronique sans saluer les musiciens qui contribuent à faire de ce premier album une totale réussite. Outre les voix de Jerry Salley et des Oak Ridge Boys déjà cités, on peut entendre Brent Mason (guitare électrique), Mike Johnson (steel guitar), Jason Roller (guitare acoustique et fiddle), Dirk Johnson (claviers), Kevin Grantt (basse) et Robb Tripp (batterie). 

 

Tim GRIMM

"The Little In-Between" 

Tim Grimm n'est pas un nouveau venu puisqu'il a déjà une quinzaine d'album à son actif depuis Heartland paru à la toute fin du dernier millénaire. L'homme qui est aussi acteur et fermier continue à nous délivrer ses histoires pleines d'humanité, sur un lit de mélodies sensibles et riches à la fois, dans la veine de ceux qui l'ont inspiré, au premier rang desquels, Ramblin' Jack Elliott, Greg Brown, Tom Paxton (à qui il a consacré un album), John Prine et Woody Guthrie. Le nouvel album de Tim, The Little In-Between est l'un de ses plus personnels à ce jour, écrit en trois mois intenses au cours de l'hiver 2021-22. Il retrace son voyage entre les collines du sud de l'Indiana et la prairie de l'Oklahoma mais aussi son voyage intérieur d'un passé riche vers un futur inattendu (sic). Il chante le plus souvent à la première personne pour mieux mettre en valeur cette exploration personnelle. Si Tim a enregistré voix et guitare à Norman, Oklahoma, le violoncelle d'Alice Allen a été enregistré à Pencaitland en Écosse. Quant à Sergio Webb (guitare électrique et steel guitar), Mark Clark (batterie) et Justin Bransford (basse), ils ont été enregistrés par Jono Manson (qui vient lui-même de publier un album) à Santa Fe, New Mexico. Les premières notes, les premiers mots de The Leaving, donnent le ton de ce que seront les huit autres titres, délivrés comme des confidences, avec un violoncelle très présent. Le deuxième morceau, Lonesome All The Time, a un rythme country un peu plus sautillant et fait penser à un autre maître, Townes Van Zandt. Cette fois, c'est la steel guitar de Sergio Webb qui donne le ton. Tim Grimm trouve son inspiration dans la vie de tous les jours, la sienne et celle de ceux qui l'entourent. C'est ainsi que New Boots évoque ses parents et leur quotidien ordinaire. Les préoccupations sociales ne sont jamais loin et quand il chante I Don't Know This World, il le fait sous la forme d'un constat un peu désabusé. Les titres ont souvent un goût doux-amer, mais c'est quand même l'espoir qui finit par l'emporter avec le morceau final, Bigger Than The Sky: "There is love and love can keep you curious / Keep you dancin' and making art at night / Keeps you funny, feeling young and not too serious / Helps you walk and live your life in a broad daylight" (Il y a l'amour et l'amour peut vous garder curieux / Vous faire danser et faire de l'art la nuit / Vous garder drôle, vous faire sentir jeune et pas trop sérieux / Vous aider à marcher et à vivre votre vie au grand jour). Nous avons perdu quelques de nos plus grands songwriters ces dernières années, mais il reste encore des anciens, de grand talent, qui aident les plus jeunes à reprendre le flambeau. Tim Grimm est assurément de ceux-là.

jeudi 16 juin 2011

Sweet Revenge, 16 juin 2011

Les artistes folk nord-américains parcourent l'Europe et, sans parler du Royaume-Uni où ils sont quasiment chez eux, ils ont une cohorte d'admirateurs aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Allemagne. En revanche, malgré leur désir de jouer en France, ils en trouvent rarement l'opportunité. La faute à qui? Certainement pas au Cinéma Jean Vigo de Gennevilliers qui propose chaque mois une affiche de qualité devant, malheureusement, une salle trop peu remplie. Le dernier concert de la saison, le 18 juin, présentera la Britannique Jancis Harvey avec Heather Joyce, Anglo-Canadienne et Parisienne d'adoption. Deux jours plus tard, un autre organisateur, qui ne manque pas de bon goût, vous propose d'entendre le 20 juin, les Canadiennes de Madison Violet qui se produiront au Sentier des Halles. Deux rendez-vous à ne pas manquer, avant la Fête de la Musique, pour mieux aborder l'été.




Madison Violet est un duo féminin composé de Brenley MacEachern et Lisa MacIsaac, qui chantent, composent et jouent de la guitare. Elle sont originaires de Nouvelle Ecosse, au Canada, et No Fool For Trying (True North Records) est leur troisième album. Depuis leurs débuts, elles ont évolué d'un style plutôt pop à un Americana du meilleur tonneau. Les amateurs de belles mélodies et d'harmonies vocales aériennes trouveront ici plus que leur compte. Madison Violet est sans doute le meilleur duo féminin en provenance du Canada depuis les sœurs McGarrigle avec qui on trouve beaucoup de points communs, notamment la qualité du songwriting. Pas de confusion cependant, Brenley et Lisa sont bien de leur temps, et l'on sent que leur folk s'est nourri à la source du rock. Les textes sont souvent autobiographiques, teintés de tristesse quand il s'agit d'évoquer des disparus comme le frère de Brenley (« The Woodshop »), tragiquement assassiné, ou Denny Doherty, des Mamas and Papas (« Hallways Of Sage »). Les guitares me font souvent penser à Neil Young dans ses moments acoustiques, la production de Les Cooper (qui joue par ailleurs de différentes guitares ou de claviers) est au dessus de tout reproche. Pour moi, les meilleurs titres sont ceux où Lisa sort son violon, parfois rejoint par la mandoline de Les ou le banjo de Chris Coole.





Au Canada toujours, David Francey vient de publier son neuvième album Late Edition (Laker Music). Ce natif d'Ecosse, à la voix chaude et aux textes pleins d'une humanité aux accents poétiques s'est entouré ici de véritables pointures: Kieran Kane (mandoline, banjo, guitare), Fats Kaplin (violon, accordéon, guitare), Richard Bennett (guitare, bouzouki) et Lucas Kane (fils de Kieran (batterie). Le titre de l'album est dû au fait que la plupart des titres ont été écrits en réaction à l'actualité, qu'elle soit personnelle, locale ou internationale. Comme d'habitude, avec David, on savourera la qualité des textes, la proximité d'un artiste que l'on écoute comme un vieil ami qui aurait écrit les chansons rien que pour nous. Mais le plaisir est aussi dans la richesse de la mise en son de cet album enregistré dans les conditions du live dans un studio de Nashville. On goûte les interventions de chacun des invités, sans réserve aucune. Un grand cru.




Bruce Cockburn, un autre Canadien, a lui plus de quarante ans de carrière et une trentaine d'albums à son actif. Il est respecté de tous, même si sa célébrité n'est que toute relative chez nous. Cinq ans après son dernier album studio, l'infatigable défenseur des causes nobles (paix, justice, écologie, démocratie), chanteur engagé s'il en fût, n'a rien perdu de sa pugnacité comme en témoigne Small Source Of Comfort (True North Records) et continue à parcourir le monde armé de sa guitare. C'est ainsi que l'Afghanistan lui a inspiré deux titres, « The Comets Of Kandahar » et « Each One Lost », le second étant dédié à deux jeunes soldats canadiens tués au combat. Du vécu! Sur le plan musical, Bruce a souhaité avec ce disque s'éloigner des sons noisy et des guitares saturées qui caractérisaient ses derniers enregistrements. On a donc ici affaire à une collection des titres plus folk, plus acoustiques dont la production a été confiée à Colin Linden, par ailleurs multi instrumentiste. Ceux qui connaissent la qualité et le talent de ce Monsieur ont sans doute déjà acheté le disque, les yeux fermés. Et je suis sûr qu'ils savent aussi quel guitariste, adepte du fingerpicking, est Bruce Cockburn, qui n'est pas seulement un songwriter. Les instrumentaux, au nombre de cinq, délicieusement teintés de jazz (grâce en particulier au violon de Jenny Scheinman), conférent à ce bel album l'aspect de bande son d'une tranche de vie, celle d'un observateur du monde et de ses turpitudes qui prend le temps de s'arrêter pour le faire point, de notre vie aussi, d'une certaine façon.








Emma Hill fait figure de gamine et, à vingt-trois ans, pourrait être la petite-fille du troubadour canadien. Après deux albums solo (le deuxième paru il y a quelques mois seulement), c'est sous l'appellation Emma Hill & Her Gentlemen Callers que cette native de l'Alaska nous propose aujourd'hui Meet Me At The Moon (Shut Eye Records / CD Baby). Le disque se situe cependant dans la droite ligne du précédent (Clumsy Seduction), plein de ballades folk indie ou alt country, où la guitare et la voix d'Emma sont agréablement soulignées par la pedal steel ou le banjo de Bryan Daste. L'ensemble est frais, mélodieux, les textes sont inspirés et poétiques, révélant au passage la grande maturité de cette jeune femme. C'est un disque qui plaira aux amateurs de Kathleen Edwards, de Caitlin Cary (Whiskeytown) ou des Be Good Tanyas, un disque qui a tout pour séduire, et qui y parvient. Le véritable challenge, pour Emma, sera de surnager dans un genre où les demoiselles de talent ne manquent pas.








Je n'avais jamais entendu parler de Cahalen Morrison & Eli West avant que l'on ne me donne à écouter The Holy Coming Of The Storm (Lucky Dice Distribution) et c'est une des belles révélations de l'année. Les amateurs de string bands et d'old timey ne peuvent qu'adorer, et ne s'en privent pas! C'est un véritable festival de Clawhammer banjo, bouzouki, mandoline, sans oublier quelques guitares, que nous offrent les deux compères avec le renfort de quelques amis dont l'excellent Matt Flinner, dont la virtuosité à la mandoline est appréciée des spécialistes. Quatorze titres, originaux à l'exception de deux traditionnels, nous embarquent dans cette Amérique, au son de cette musique qui est comme "un langage naturel qui provient d'un endroit où force et tendresse se rencontrent". C'est beau et c'est bien fait. Un disque rafraîchissant et vivifiant.








Tim Grimm est un songwriter et comédien qui a déjà derrière lui une belle carrière et quelques albums à la frontière du folk et de la country music. Ce chantre de l'Amérique rurale a cette fois-ci choisi de rendre hommage à un de ses glorieux aînés, un de ses maîtres en songwriting avec un album au titre explicite: Thank You Tom Paxton (Vault Records / CD Baby). Le disque, co-produit avec le guitariste Jason Wilber (habituel partenaire de John Prine, autre influence majeure de Tim) revisite douze titres de l'auteur de « Ramblin' Boy » ou « The Marvelous Toy ». Si ces deux standards sont ici absents, d'autres classiques reçoivent un nouvel habillage dont l'inoubliable « Last Thing On My Mind » (dont je collectionne les versions), « Fare Thee Well, Cisco » ou « How Beautiful Upon The Mountain ». Un bel hommage, avec évidemment les limites du genre, c'est à dire un répertoire totalement non original. Cela posé, c'est fait avec goût, talent et sincérité. Et Papy Tom (73 ans) mérite bien ce coup de chapeau, de son vivant.








Il est toujours question d'Amérique rurale avec Mark Jungers et son cinquième album studio More Like A Good Dog Than A Bad Cat (American Rural Records / CD Baby). Je vous avais déjà présenté Whistle This, son album live paru en 2009 (Xroads #27). Son nouvel opus confirme tout le bien que je pense de lui et si l'influence de gens comme John Mellencamp (tendance campagnarde) peut toujours être évoquée, on pense aussi, au long des treize titres de cet album, à Tom Petty et aux Traveling Wilburys, à la fois pour le timbre de voix et l'ambiance joyeuse et décontractée de l'ensemble. Mark est un artiste naturel qui a choisi de le rester, optant ainsi pour une technique totalement analogique qui met parfaitement en valeur l'esprit qui a présidé à la réalisation de l'œuvre (entièrement due à Mark). À l'exception de « Heel To Toe » de Phil Stevens, Mark Jungers a composé l'ensemble des morceaux, partageant l'écriture de deux titres avec Adam Carroll et d'un avec Owen Temple, deux beaux noms du songwriting texan. Je n'oublierai pas de signaler la présence (en plus de celle de son groupe The Whistling Mules) de l'excellente Susan Gibson pour quelques parties vocales du meilleur aloi.













Tokyo Rosenthal, ancien boxeur, a déjà eu les honneurs de ces colonnes avec Ghosts, son précédent album (Xroads #28). Son nouveau disque nous pose une question fondamentale: Who Was That Man? (Rocks & Socks Records / Hemifrån). Et qui est vraiment Tokyo Rosenthal? C'est en tout cas un artiste plein d'enthousiasme et de talent, un de ceux sur lesquels mise l'excellent Peter Holmstedt (avec son label Hemifrån). Le visuel du disque, inspiré d'une vielle série TV américaine intitulée The Lone Ranger donne une idée du contenu, porté par une instrumentation essentiellement acoustique où se distinguent le fiddle de Bobby Britt et la pedal steel de Allyn Love. La voix est toujours aussi chaude, les mélodies inspirées et le talent de raconteur d'histoires de l'ami Toke s'est encore affirmé. La section rythmique (Chris Stamey – qui co-produit – à la basse et Will Rigby à la batterie) assurent un tempo sans faille et l'unité d'ensemble qui faisait légèrement défaut aux opus précédents. Bref, c'est de la belle ouvrage, un album qui se fait rapidement une place dans les chaumières européennes. Toke Rosenthal sera d'ailleurs en tournée sur notre continent à partir de fin septembre et voudrait jouer en France (c'est même un besoin pour lui). Avis aux amateurs (et organisateurs).









Steve Spurgin est une légende. Sa carrière professionnelle approche le demi-siècle mais, avant de se mettre à la guitare folk dans les années 60, il avait découvert la musique par le piano classique et le cor anglais. Il a aussi joué de la batterie pendant une quinzaine d'années avec des groupes de rock ou de bluegrass électrique (avec Byron Berline notamment) avant de penser à une carrière solo. Ainsi naquirent Distant Faces en 1996, Tumbleweed Town en 2002 (avec, pour ne citer que les plus prestigieux des musiciens, Byron Berline, Chris Hillman et Herb Pedersen) et aujourd'hui Past Perfect (Blue Night Records), un disque enregistré avec des amis de grand talent, musiciens de bluegrass reconnus: Rob Ickes à la resonator et Adam Steffey à la mandoline sont deux noms qui suffiront à susciter l'intérêt des amateurs. Cela étant, si l'instrumentation est essentiellement bluegrass, on n'a pas ici affaire à une version intégriste du genre mais à un grand disque de singer-songwriter qui s'est paré des couleurs de l'herbe bleue. Des titres comme « Collar To The Wind » ou « The Light Of Reno » s'insinuent très vite en vous et la reprise de « Song For A Winter's Night » de Gordon Lightfoot finit de convaincre que Past Perfect est un grand disque, plein de talent et de chaleur humaine, un de ceux qu'on a envie de faire découvrir aux amis de passage. C'est d'ailleurs l'amitié qui a présidé à sa réalisation, et cela est plus que sensible à l'écoute.








Pour terminer, un disque qui appartient à la sous-rubrique download only et, là encore, il est dû à l'ami Joe Phillips qui cette fois nous propose l'album de Doc Merwin, It's Just Been Life (WildCat Recording). Andy "Doc" Merwin a 65 ans et il s'agit de son premier album solo, le couronnement – je l'espère – d'une carrière commencée à la fin des sixties. Doc a beaucoup joué pour les autres, a fait partie de quelques groupes, à traversé les hauts et les bas de l'existence d'un musicien rock et, pour la première fois, nous propose sa musique. Quatorze titres de sa plume, rien que sa voix et ses guitares (avec une apparition de Barry Marshall au saxophone): un festival de talent, une musique entre folk et blues toujours teintée d'une vitale énergie rock 'n' rollienne. Doc est l'un des guitaristes parmi les plus brillants et les plus inspirés entendus depuis longtemps et c'est quelqu'un qui a encore beaucoup de choses à dire. « J'ai donné à Joe Phillips, le producteur, presque assez de matériel pour deux albums, et j'ai écrit de nouvelles chansons depuis, c'est pourquoi j'éspère que vous serez sufisamment nombreux à acheter le disque pour inciter Joe à produire le second! ». Chiche?








C'est tout pour ce mois-ci, folkeux, et c'est déjà pas mal, comme dirait un ami!