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mercredi 8 mai 2024

L'Art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Johnny CASH

"Songwriter" (Universal ) 

Plus de vingt ans après sa disparition en 2003, il reste des trésors dans les bandes que le Man In Black a laissées derrière lui. Son fils, John Carter Cash a découvert Songwriter, un disque que Johnny Cash avait enregistré, mais qu’il n’avait pas eu le temps de sortir avant d’être signé avec le producteur Rick Rubin pour les séances American Recordings où il reprenait des titres d’Eddie Vedder ou Nine Inch Nails avec un succès mondial qui lui ouvrit le dernier chapitre de sa longue carrière en 1994. La différence est que les onze titres de Songwriter sont des originaux, écrits de sa main. Et c’est un disque remarquable à ce niveau. Les chansons ont été captées en 1993 à LSI Studios Nashville, avec des musiciens, mais John Carter a décidé de réactualiser intelligemment le son des backing tracks en convoquant à la Cash Cabin d’Hendersonville des amis de son père tels Marty Stuart, Vince Gill et Dan Auerbach des Black Keys. Un invité de marque chantait sur la bande originale et a été gardé: le regretté Waylon Jennings sur I Love You Tonite et Like A Soldier. Pour la section rythmique, c’est Dave Roe le bassiste du groupe de tournée de Johnny Cash et le batteur de l’Average White Band, Peter Abbott. David Fergie Ferguson, ingénieur-son personnel de Cash, a su garder l’inspiration suggérée par le Man In Black sur Have you Ever Been To Little Rock, dédiée à son Arkansas natal. Well Alright est une histoire d’amour commencée dans une Laundromat. She Sang Sweet Baby James est une référence à Carole King et Sing It, Pretty Sue rappelle Buddy Holly, sans doute sous l’influence de Waylon Jennings qui fut son bassiste. Magistral! (Romain Decoret) 

 

Richard THOMPSON

"Ship To Shore" (New West)

Le légendaire guitariste chanteur a créé le folk britannique moderne avec son groupe Fairport Convention pendant les sixties. En solo, il s’est révélé comme un songwriter de haut niveau avec des compositions abordant aussi bien l’architecture anglaise (Rock Tudor) que les motos mythiques (1952 Vincent Black Shadow). Ses chansons ont été reprises par des stars de toutes les générations: Robert Plant, Elvis Costello, Tom Jones, R.E.M., David Byrne, Don Henley ou Los Lobos. Il a été décoré d’un O.B.E. (Ordre du British Empire) par la reine Elizabeth II en 2011. Tout cela sans jamais tomber dans l’auto-publicité ronflante. Pour ce nouveau disque, qu’il a fallu attendre longtemps depuis le précédent, 13 Rivers, Richard Thompson est allé avec ses musiciens à Woodstock afin de composer au calme et d’enregistrer sans impératif d’horaire. Il a utilisé principalement une 12-cordes custom faite pour lui par un luthier. Musique folk traditionnelle avec Singapore Sadie, chanson de marin. Inspiration écossaise ou irlandaise sur The Old Pack Mule. Jazz, country, musique classique, il peut tout jouer, on se souvient de sa reprise très ironique de Oops, I Did It Again de Britney Spears. Richard Thompson défie tous les genres musicaux avec une maîtrise qui le place comme un auteur virtuose dans la tradition folk. Pas forcément votre tasse de thé mais avec une authenticité évidente. Richard Thompson tourne cette année aux USA, en Angleterre et en Europe avec un passage à Paris… (Romain Decoret) 

 

Sierra FERRELL

"Trail Of Flowers" (Rounder)

Au milieu d’une période de Nashville où Taylor Swift se roule dans la pop-music et de nombreux artistes comme Beyonce donnent dans une fusion rap et country convenue, prévisible et ringarde, Sierra Ferrell tient la flamme du bluegrass, hillbilly traditionnel, honky-tonk et au-delà. En cela, elle rejoint des artistes comme Chris Stapleton ou Sturgill Simpson. Mo-derne utilisation de la batterie et de la basse avec une connaissance profonde de la tradition. Pour ce nouveau disque, Sierra Ferrell a travaillé avec les producteurs Gary Paczosa (Allison Krauss, Dwight Yoakam) et Eddie Spear (Brandi Carlile, Zach Bryan) et elle a invité des musiciens avertis tels que Mike Rojas ou Lucas Nelson (fils de Willie Nelson). I’ll Come Off The Mountain est du pur bluegrass, référence à la phrase légendaire de Bill Monroe après une méditation dans une caverne des Appalaches. Chittlin’ Cookin’ Time In Chatham County est un hymne à la soul food hillbilly. Fox Hunt est une traditionnelle analogie sexuelle entre la séduction et la chasse au renard. Dollar Bill Bar évoque ces saloons où il faut d’abord mettre de l’argent sur le comptoir pour être servi et Money Train décrit la même. chose à un autre niveau. De toutes les jeunes chanteuses roots, Sierra Ferrell est celle qui suscite le plus de magie dans tout ce qu’elle aborde, révélant des perles de sagesse et d’imagination dans ses compositions qui appartiennent au domaine du storytelling. (Romain Decoret) 

 

We Still Can’t Say Good Bye

"A Musicians’ Tribute To Chet Atkins" (Morning Star/MVD Entertainment)

Les meilleurs guitaristes actuels de Nashville se sont réunis pour honorer Chet Atkins, innovateur, songwriter, guitariste hors-pair, producteur et visionnaire. Le centenaire de sa naissance est célébré ce mois-ci. Le disque offre 15 pièces de country, bluegrass, rock électrique et acoustique produites par Carl Jackson (guitariste des Louvin Brothers) avec l’ingé-son Luke Wooten. Les meilleurs instrumentistes et les hits de Chet Atkins. Mr. Guitar par Tommy Emmanuel & Michael Cleveland. Lover Come Back To Me par Brent Mason. So Sad (To WatchGood Love Go Bad) par Vince Gill et Eric Clapton. Brad Paisley est sur Windy & Warm. Jerry Douglas & Bryan Sutton s’occupent de Sleepwalk, alors que Ricky Skaggs & Charlie McCoy sont sur Yakety Axe, remodelé par Chet à partir de Yakety Sax de Boots Randolph. Vince Gill revient sur I Still Can’t Say Good Bye de Chet puis laisse James Taylor & Alison Krauss duetter sur How’s The World Treating You. Guthrie Trapp évoque la rencontre Chet Atkins/Les Paul avec Caravan . Le picking acoustique de The Entertainer ( b.o. du film L’Arnaque, qui est en fait Maple Leaf Rag de Scott Joplin) est dû à John Knowles, un autre CGP (Certified Guitariste player). Sierra Hull vocalise sur All I Ever Need Is You et pour clore l’album apparaissent les Chester Bees (Chester était le vrai prénom de Chet) avec Ashley Campbell, Eric Clapton, Tommy Emmanuel, Vince Gill, John Knowles, Brent Mason, Ricky Skaggs et Guthrie Trapp dans Freight Train d’Elisabeth Cotten pour honorer Chet Atkins de la manière la plus cool possible. (Romain Decoret) 

 

The STETSON FAMILY

"The Stars If You Look Closely" (Canyon Records)

Aller jouer du bluegrass à Nashville est un peu comme vendre des machines à glaçons aux eskimos. C’est pourtant ce qui est arrivé aux membres de la Stetson Family. Ils viennent de Melbourne, Australie où le groupe a été formé en 2008, inspiré par le film O Brother, Where Art Thou. Le producteur Em Rose fut l’ingé-son du Little River Band. Le titre du disque est en référence à un poème australien : "The stars, if you look closely, will guide you to your journey’s end". Ils ont évidemment une préférence pour les tempos rapides dans leurs compositions The Other Side, Dollar In My Hand, Heading West. La vocaliste Nadine Budge se spécialise dans les hymnes plus lents tels Lonesome Valley, Angel’s Hand ou Mama’s Gonna Take You Home. Il y a un instrumental avec Nightfall. Leurs influences sont les groupes de bluegrass traditionnels, mais aussi Emmylou Harris, Lucinda Williams et les Everly Brothers. Leur instrumentation comprend la. mandoline, le fiddle et la contrebasse en plus des guitares. Ceci n’est que leur quatrième disque, mais le précédent, True North (2015), les amena à Nashville où ils furent élus par la conférence du festival World Of Bluegrass. (Romain Decoret) 


mercredi 17 janvier 2024

L'Art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Alex MILLER

"Country" (Billy Jam Records)

Tout a changé à Nashville. On ne vend plus de disques ou CD, tout se calcule en streamings (plusieurs trillions) et les fans sont désormais des swifties, adorateurs de Taylor Swift. Heureusement le jeune Alex Miller est un spécialiste country, grand songwriter et attaché aux valeurs traditionnelles. Il chante les histoires d’amour entre cowgirl et cowboy dans Girl, I Know A Guy, les tâches de la vie de ranchero avec Puttin’ Up Hay ou la vie sudiste dans When God Made The South. Produit par Jerry Salley dans les studios Gorilla’s Nest du réputé ingénieur du son Chris Latham, Alex Miller a réuni les meilleurs musiciens actuels de Nashville. La steel-guitare de Mike Johnson évoque un train dans l’intro de Every Time I Reach For You pendant que le fiddle de Jenee Fleenor attise les flammes du desesperado abandonné. Pas moins de trois guitaristes acoustiques: Joel Key, Kerry Marx et Alex Miller lui-même, pour accompagner la lead électrique de James Mitchell. Gettin’ Lucky In Kentucky évoque l’État dans lequel Alex Miller est né. Il participe à une course de chevaux et gagne son pari, ainsi qu’une nouvelle fiancée. Un nouveau venu qui a joué au Ryman’s Auditorium ainsi qu’au mythique Bluebird Café où il est réputé pour son jeu de scène. Bientôt en France? (Romain Decoret) 

 

Charlotte MORRIS

"Wild Child" (CM Music)

Née en Pennsylvanie , cette jeune chanteuse est une spécialiste de la musique des Appalaches et de la folk-music. Charlotte Morris s’est installée à Nashville où elle a enregistré Good Kind Of Hurt, son précédent album. Pour ce second CD, elle s’est consacrée a des thèmes difficiles mais authentiques: les syndromes post-traumatiques et les addictions qui en découlent. Elle a observé la vie des Nashvilliens et autres en voyageant dans son minibus aménagé. Ce disque a été enregistré à Omnisound et au Castle Studio de Nashville avec son violon, sa guitare acoustique, celle de Larry Flint et le piano de Dane Bryant. Deux bassistes et un batteur forment une section rythmique de qualité. Les titres ne sont pas tous dramatiques: Tennessee est dédié à l’État où la musique est la plus intense, Wild Child réunit toutes ses influences personnelles, de Joni Mitchell à Brandi Carlile. Elle évoque dans If My Heart Had A Say son premier groupe, Lonesome Traveler qui la conduisit à s’installer à Music City. Charlotte Morris joue du fiddle (ce n’est pas la même technique que sur un violon académique) depuis l’âge de 4 ans. Ce disque montre bien son évolution, de l’enfant sauvage (Wild Child) à une femme tout aussi sauvage. (Romain Decoret) 

 

Dom MARTIN 

"Buried In The Hail"( Forty Below Zero / Distrib. Bertus) 

Tout change et parfois s’éteint dramatiquement: disparition des grands festivals (Lolapalooza, Burning Man), diminution des ventes de guitares; savoir-faire poétique. Qui aujourd’hui sait faire la différence entre l’assonance et une allitération ? Heureusement des guitaristes et chanteurs comme Dom Martin se lèvent pour changer les chose. Martin vient de Belfast et son jeu évoque aussi bien Rory Gallagher que John Martyn ou Van Morrison. Il. a aussi cette flamme poétique irlandaise inimitable. Son troisième disque Buried In The Hail (Enterré sous la grêle) évoque des commentaires tout comme le second: prochaine grande star, rare talent. Voici enfin un vrai successeur de Rory Gallagher qu’il ne cherche jamais à imiter. Le disque a été enregistré par Chris O’Brien et Graham Murphy au Golden Egg Studio de Dublin.avec le bassiste Ben Graham et le batteur Jonny McIllroy. Les compositions de Dom Martin sont impeccables: Unhinged, Daylight I Will Find ou Howlin’. Il reprend adroitement Crazy de Willie Nelson via Patsy Cline. Depuis 2019, Dom Martin a été nommé Album de l’année et a créé la sensation au festival d’Omaha, présenté par Joe Bonamassa. Espérons avoir le privilège de le voir bientôt sur une scène française… (Romain Decoret) 

 

Peter DEAVES

"Ceol Agus Grá" (Fargo / Le Poulpe)

Peter Deaves est un folk-singer né à Liverpool mais il a beaucoup voyagé et souvent : Californie, Colombie et aujourd’hui il vit à Fontainebleau. Ce disque explore ses racines celtiques et d’anciennes formes de vie: Ceol Agus Grá signifie Musique et Amour en gaélique. Il ne s’agit pas d’un disque de ballades irlandaises, bien que les natifs de Liverpool aient toujours été proches de la verte Erin, les instruments sont acoustiques mais plus proches de la country-music: lap-steel, banjo, mandoline, flûte et contrebasse. Les influences de Peter Deaves sont Townes Van Zandt, Rick Nelson et Elvis Presley, pour ses vocaux amples et profonds sur Opening Night en duo avec la chanteuse folk Bobbie. C’est une tentative réussie de recréer d’autres fameux tandems tels Nancy Sinatra / Lee Hazlewood ou Bobbie Gentry / Glen Campbell. De même le fingerpicking de Liverpool évoque Clay Pigeons par John Prine. Mais un natif de la Mersey ne peut échapper à l’influence des Beatles qui sont souvent évoqués dans Nowhere Boy ou Fallin’. La nostalgie de son enfance mène au superbe Bury Me Under The Mersey. Une cohérence étendue jusqu’à la pochette du CD, illustrée par une typographie empruntée au film Barry Lindon. (Romain Decoret) 

 

Ashley SHERLOCK

"Just a Name" (Ruf Records)

Ce disque a été enregistré à Nashville au cœur de l’hiver dans un moulin transformé en studio, le groupe serré autour d’un petit chauffage électrique.et de la guitare Stelfox électrique d’Ashley Sherlock. Guitariste, chanteur et songwriter, ses influences sont les Red Hot Chili Peppers, Jeff Buckley et Guns’N’Roses jusqu’à Marcus King, Chris Stapleton et Gary Clark Jr. Mais il va plus loin, il a intégré les leçons du thrashing et la virtuosité du legato... Dear Elisabeth rappelle Jeff Beck. Trouble doit beaucoup à Slash et Guns’N ‘Roses. La guitare est précise et la voix est acérée comme un couteau dans I Think That She Knows et Our Love. Il réussit la une vision moderne des sons du Deep South, avec ses vocaux fantastiques, son jeu de guitare virtuose et ses compositions personnelles. Ashley Sherlock est originalement de Manchester et après plusieurs années et des centaines de shows en solo il a avec ce disque formé son propre trio: mélodies vocales et section rythmique funk pour créer un son unique. On le verra probablement en France dans le futur. En attendant, il tourne avec la caravane de Ruf Records en compagnie de Will Jacobs et Ally Venable… (Romain Decoret) 

 

KRASNO / MOORE PROJECT

"Book Of Queens" (Universal / Concord)

Eric Krasno de Soulive et Stanton Moore de Galactic ont partagé la scène plusieurs fois en 25 ans. Chacun a obtenu un Grammy Award et joué avec de nombreux artistes en studio ou sur scène. Eric Krasno est un guitariste de Buffalo, NY alors que Stanton Moore est un batteur de New Orleans. C’est Krasno qui a eu l’idée du disque: interpréter en instrumental des chansons rendues célèbres par des chanteuses. Il a sans doute été inspiré par un disque de reprises des Beatles qu’il avait sorti voici quelques années. De son coté, Stanton Moore a fait venir de New Orleans Branford Marsalis, Cory Henry et Robert Randolph. Les titres choisis couvrent une longue période: You Know I’m No Good d’Amy Winehouse, Slow Burn de Kacey Musgraves, Stay High de Brittany Howard mais aussi le siècle précédent avec Fever de Peggy Lee ou A Natural Woman d’Aretha Franklin. Il y a aussi Nina Simone ou Sharon Jones. L’important est la pulsion funky de Stanton Moore qui a été élevé en écoutant les Meters, le Dirty Dozen Brass Band ou Professor Longhair. Le son est soul mais neuf; à la fois familier mais différent de tout ce ce qui a été entend avant. (Romain Decoret)

 

Mitch RYDER

"The Roof Is On Fire" (Ruf)

Mitch Ryder est semblable à la mythique Zone 51 du Nevada. Il n’attire pas l’attention mais il est le créateur du Detroit Sound original et il a inspiré le MC5, les Stooges, jusqu’à Nirvana, Metallica et les Foo Fighters. Ce double CD live a été capté pendant sa dernière tournée en Allemagne. Il réunit autour de lui, aussi bien de jeunes musiciens que des vétérans expérimentés venus des Detroit Wheels, son groupe original. L’intégrité, la haute énergie et le self-respect vont de pair avec une évolution quantique. Le premier titre, Betty’s Too Tight est évi-demment une relecture de Betty Lou’s Got A New Pair Of Shoes. Tough Kid est du pur Detroit Sound avec un interplay fabuleux entre le batteur Tobias Ridder et le guitariste Pitti Piatkowski. Le point fort est dans les reprises: Tuff Enuff des Fabulous Thunderbirds de Kim Wilson & Jimmie Vaughan, Heart Of Stone des Rolling Stones et le super-funky From A Buick 6 de Bob Dylan. Il n’hésite pas à reprendre Many Rivers To Cross de Jimmy Cliff et termine avec une version de 16 minutes de Soul Kitchen des Doors. Masterful! (Romain Decoret) 

 

Bernard ALLISON

"Luther’s Blues" (Ruf)

Avec ce double CD, Bernard Allison célèbre la musique de son père, allant du Chicago blues le plus funky au zydeco le plus essentiel. Bernard a choisi lui-même les titres en compagnie de son frère Luther T. qui est aussi son manager. Les titres sont de Luther Allison, parfois pro-duits par lui-même, d’autres fois par Bernard, certains par Jim Gaines ou David Z. Mais c’est Bernard et sa guitare Gibson ou Blade qui jouent le plus souvent. Hang On est co-écrit par le père et le fils. Too Many Women vient de séances pour Funkifino, album de Bernard Allison. Move From The Hood a été écrit spécifiquement par le regretté Luther pour Bernard, tout comme Life Is a Bitch. Le groupe actuel de Bernard est composé de George Moye, Eric Roberts et Matt Mwangi. Les chansons de Luther sont plus orientées vers le funk-rock que le blues traditionnel dans lequel il a été élevé à Detroit et Chicago. "I JUMP the blues" disait-il. Il a transmis cette attitude à Bernard, plutôt que copier ce qui avait été fait avant. Un superbe CD pour fêter le 30ème anniversaire de Ruf Records, label ami de Luther & Bernard Allison… (Romain Decoret)

mardi 17 octobre 2023

L'art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Van MORRISON

"Accentuate The Positive" (Virgin/Universal)

Avec son précédent disque, Van Morrison revisitait ses premières racines: pour son 45ème album. Il passe à la seconde phase, le rock’n’roll. Il a été immédiatement inspiré par Fats Domino, Chuck Berry et les Everly Brothers qu’il interpréta dans les salles de concert de sa ville natale, utilisant souvent les mêmes instruments acoustique du skiffle qu’il n’hésite pas électrifier.. Ici; il revisite et réimagine certaines de ses chansons préférées. Le titre de l’album provient d’un morceau de Bing Crosby, mais suit la version de Gene Vincent sur le disque Crazy Times. Le poète/rocker irlandais aborde ensuite le Lonesome Train du Rock’n’Roll Trio de Johnny Burnette pour lequel il invite le regretté Jeff Beck à la guitare. Il passe ensuite à Flip, Flop & Fly de Big Joe Turner. Le bluesman Taj Mahal tient la guitare en invité sur ce qui fut l’un des premiers hits du rock’n’roll. Il est aussi sur Lucille de Little Richard. Van Morrison n’hésite pas à reprendre Shakin’ All Over de Johnny Kidd, autre joyau du rock britannique. Il insuffle à ces chansons intemporelles une passion qui élargit et remet en question ses propres traditions. Sa voix inimitable et de superbes arrangements parfaitement maîtrisés apportent une nouvelle et haute énergie à ces hits éternels. La suite pourrait être un retour à la période Them, et des titres fabuleux tels que I’m Gonna Dress In Black. A moins que Van Morrison ne nous surprenne avec un disque mystique dont il a le secret. En attendant, accentuez le positif…(Romain Decoret) 

 

Dylan LeBLANC

"Coyote" (ATO Records)

C’était simple mais il fallait y penser. Le songwriter avait déjà abordé le concept album de l’outlaw avec Renegade. Pour son cinquième disque à la fois autobiographique et conceptuel; il a mis en scène le personnage de Coyote, un hors-la-loi tiraillé entre les cartels mexicains de la drogue et sa propre personnalité. Il évoque ici un problème commun dans le Sud des USA où le Fentanyl mortel est largement distribué par des américains chapeautés par les cartels. Pour cela, Dylan LeBlanc a emmené sa guitare acoustique dans les mythiques studios Fame de Muscle Shoals. Le batteur est Fred Eltringham (Sheryl Crow, Ringo Starr) et Jim "Moose" Brown au piano vient du Bob Seger Band. La couverture du CD représente un coyote percé de flèches. Les compositions évoquent divers aspects de la vie de l’Outlaw. Dark Waters, Hate, Wicked Kind et Telluride sont le côté obscur, alors que No Promises Broken, Human Kind et The Crowd Goes Wild évoquent les épiphanies, aussi courtes qu’elles puissent l’être dans la vie de Coyote. Un disque profond et honnête. (Romain Decoret) 

 

Chad RUPP & The SUGAR ROOTS

"The Devil Won’t Get You" (Lightning in a bottle Re-cords)

Ce groupe vient de l’Oregon et représente bien la scène de Portland où les musiciens sont toujours prêts à se dépasser. Chad Rupp est un guitariste jouant sur Gibson aussi bien que sur Fender Stratocaster. Son répertoire est l’équivalent d’une constante rock’n’roll party avec des influences venues des Fabulous Thunderbirds, B.B. King ou Elvin Bishop pour son jeu de guitare. Vocalement, il chante avec une souplesse rare qui rappelle souvent Bobby Tench, chanteur du Jeff Beck Group. Pour son second disque (le précédent était Savage’s Life) il s’est entouré d’instrumentistes de très haut niveau comme Johnny Wheels à l’harmonica, le batteur Jimmy Botts (sacré meilleur batteur par la Blues Musiciens Association). Il a également réuni une section de cuivres imposante et invité Lloyd Jones (ex-Delbert McClinton), Peter Damian et Andrew Matthew. C’est particulièrement efficace dans Leopard For Your Love, The Devil Won’t Get You ou Bluesmen In Black avec Johnny Wheels. At The Candle light Room est dédié au club aujourd’hui disparu autour duquel se créa la scène de Portland. Le disque a été enregistré au studio Roseleaf Recordings et produit par Timmer Blakely. A la fois garage band et blues ce disque de jeunes musiciens est empli de virtuosité et incontournable. (Romain Decoret) 

 

Various Artists

"Heavenly Cream : An Acoustic Tribute To Cream" (Quarto Valley Records / Bertus France)

Le poète et parolier Pete Brown - aujourd’hui décédé - travaillait sur un autre projet quand est né le concept de ce disque: une rétrospective acoustique de la musique de Cream. Puis l’idée fit son chemin et de nombreux talents se réunirent dans les studios d’Abbey Road: Joe Bonamassa, Bobby Rush, Malcolm Bruce ( fils de Jack Bruce), Deborah Bonham (fille de John Bonham), Maggie Bell, mais aussi Paul Rodgers (ex-Free), Bernie Marsden (ex-Gerry & The Pacemakers) et même Pete Brown & Ginger Baker participèrent de manière posthume . Le répertoire revisite en acoustique les titres de Jack Bruce et Eric Clapton. Malcolm Bruce sonne comme son père et ne nous laisse pas oublier que Jack Bruce avait étudié le violoncelle à l’Académie de Glasgow. D’où des titres tels que Deserted Cities Of The Heart ou We’re Going Wrong. Mais aussi les hits que sont Politician, White Room et l’humoristique Take It Back sans oublier Sunshine Of Your Love, Spoonful, Born Under A Bad Sign et Sitting On Top Of The World des Mississippi Sheiks dans la version de Howlin’ Wolf. Pour Eric Clapton on retrouve Badge et les arpèges originalement joués par Georges Harrison sous le nom de l’Angelo Mysterioso. Il est dommage que le riff acoustique à la 12-cordes de Dance The Night Away ait été omis mais il est vrai que cette célébration de la danse est maintenant dépassée dans un monde où des assassins peuvent envahir un concert au Bataclan ou une rave party en Israël. Par contre Crossroads et Tales Of Brave Ulysses sont bien présents sur ce disque de grande envergure qui est plus qu’un hommage. Excelsior! (Romain Decoret)

vendredi 22 septembre 2023

L'Art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Various Artists

"Tell Everybody! 21st Century Juke Joint Blues from Easy Eye Sound" 

(Easy Eyes Records)

Dan Auerbach a produit ce nouveau disque lui-même dans plusieurs studios de Nashville et du Deep South. Il chante en solo sur Every Chance I Get (I Want You In The Flesh) et convoque les Black Keys avec No Lovin', deux titres qui vont bien au-dela du country-blues traditionnel. Mais il y a aussi Robert Finley, récente découverte d’Auerbach. Finley se charge de Tell Everybody, qui est une autre version du classique et monumental Catfish Blues de Robert Petway. Ensuite il y a du gospel avec Daughter Of Zion par Glen Schwartz accompagné par Joe Walsh. Cette compilation originale présente d’autres artistes du Sud,comme Leo Welch, Nat Myers, R.L. Boyce et les Moonrisers qui semblent être un groupe improvisé en studio spécifiquement pour ce disque qui restera une pièce spéciale dans la discographie des Black Keys. (Romain Decoret) 

 

Susan TEDESCHI

"Just Won’t Burn" (25th Anniversary Edition) 

(Fantasy Records)

Pour ce nouveau disque solo, Susan Tedeschi a laissé de côté Derek Trucks et se consacre à des titres qu’elle joue depuis longtemps , comme Voodoo Woman qui est une reprise rythmée de Koko Taylor. L’un de ses précédents albums solo portait également le titre Just Won’t Burn, ce qui explique la mention 25ème anniversaire. Ce disque est celui qui l’avait fait connaître mais cette nouvelle édition inclut des prises alternatives et des inédits; tels Voodoo Woman et Waste Of My Time. Son jeu de guitare est étonnant, souvent plus proche du heavy-metal que du blues, Elle reprend Angel From Montgomery de John Prine et excelle sur Little By Little de Junior Wells & Buddy Guy. Elle sait s’aventurer dans le répertoire de Ruth Brown et explose littéralement It Hurt So Bad. Chansons originales et remise à jour de hits classiques. À ne pas manquer. (Romain Decoret) 

 

Dom MARTIN

"Buried In The Hail" 

(Forty Below Zero / Distrib. Bertus)

Tout change et parfois s’éteint dramatiquement: disparition des grands festivals (Lolapalooza, Burning Man), diminution des ventes de guitares; savoir-faire poétique. Qui aujourd’hui sait faire la différence entre l’assonance et une allitération ? Heureusement des guitaristes et chanteurs comme Dom Martin se lèvent pour changer les choses. Martin vient de Belfast et son jeu évoque aussi bien Rory Gallagher que John Martyn ou Van Morrison. Il. a aussi cette flamme poétique irlandaise inimitable . Son troisième disque Buried In The Hail (Enterré sous la grêle) évoque des commentaires tout comme le second: prochaine grande star, rare talent. Voici enfin un vrai successeur de Rory Gallagher qu’il ne cherche jamais à imiter. Le disque a été enregistré par Chris O’Brien et Graham Murphy au Golden Egg Studio de Dublin.avec le bassiste Ben Graham et le batteur Jonny McIllroy. Les compositions de Dom Martin sont impeccables; Unhinged, Daylight I Will Find ou Howlin’. Il reprend adroitement Crazy de Patsy Cline via Willie Nelson. Depuis 2019 Dom Martin a été nommé Album de l’année et a créé la sensation au festival d’Omaha, présenté par Joe Bonamassa. Espérons avoir le privilège de le voir bientôt sur une scène française… (Romain Decoret) 

 

Kyle CULKIN

"Shotgun Ridge" 

(Tonebucker Records)

Kyle Culkin est un guitariste / chanteur acoustique et songwriter très apprécié à Nashville depuis ses premiers disques solo comme Porkchops et My Americana. Il s’est fait connaitre avant cela en ouvrant les shows de BB King qui l’adopta comme protégé en dépit de leur différence musicale, Culkin ne jouant que du country-roots plutôt que du blues comme le regretté BB King. Aujourd’hui, avec des années d’expérience derrière lui, Kyle Culkin joue avec un sens de l’humour sophistiqué que l’on n’attendrait pas forcément d’un songwriter country, rock ou folk. Pour ce nouveau Shotgun Ridge, il a réuni en studio les guitaristes Albert Lee dans Whole ’Nutha Thang et Johnny Hiland sur Two More Bottles Of Wine ainsi que son groupe avec Marty Rifkin à la pedal-steel. Culkin a ainsi créé dans les studios Tonebucker une collection de chansons roots parmi les meilleures du country et rock actuel. Des chanteurs de Nashville sont invités, tels Ted Russell Kamp, Max McLaury et Jade McRae. Bien qu’il joue aussi de la basse, le jeu de guitare acoustique de Kyle Culkin est exceptionnel. A l’heure où il faut choisir entre le Tweeter d’Elon Musk et Threads de Mark Zuckerberg, le problème ne se pose pas avec Kyle Culkin: il est le meilleur… (Romain Decoret) 

 

Daryl MOSLEY

"A Life Well Lived"

 (Pinecastle Records)

Daryl Mosley est de Waverly, Tennessee à quelques dizaines de miles de Nashville. Son style de country-gospel vient de loin. Il fut longtemps le vocaliste, contrebassiste et guitariste des Osborne Brothers qui, bien plus qu’un groupe, sont une institution du gospel-bluegrass. Avec eux, il joua au Grand Ole Opry, Bluebird Café ou les festivals Rocky Grass et Telluride. Il quitta les Osborne Bros - Bobby Osborne disparut récemment - et enregistra deux albums solo à succès, The Secret Of Life (2020) et Small Town Dreamer (2021). Sa préférence est de ne pas souligner l’aspect gospel de sa musique, tout en gardant la lumière intérieure , ce qui rend sa musique mémorable, mélodique et chargée de compassion. Son humanité et humilité fait de chaque chanson une leçon qui vaut d’être méditée. Ses influences extérieures sont Don Williams, Rodney Crowell ou Guy Clark, ce qui est perceptible sur ce nouveau disque dans les titres Working Man’s Prayer, Back When We Were Boys ou A Life Well Lived. Daryl Mosley obtint dix n°1, dont le dernier avec son single Transistor Radio. Il a été trois fois élu Songwriter Of The Year en 2016, 2017 et 2023. Un artiste que l’on aimerait voir en France…(Romain Decoret) 

 

Deb CALLAHAN

"Backbone" 

(Blue Pearl Records)

Deb Callahan est une chanteuse de soul-blues de Philadelphie. Son nouveau disque est produit par Chris Ames à Morningstar Studios PA. Deb Callahan y a réuni son groupe de tournée, avec le guitariste Allen James, Garry Lee et Tom Walling à la basse/batterie. Ils se connaissent bien et ont testé la plupart des titres sur scène, ce qui est très efficace sur Rogue, A Few New Tricks, Just What The Doctor Ordered et Crazy Ride, composés par Deb Callahan, avec son guitariste Allen James ou le producteur Chris Ames. Elle est relaxée mais concentrée sur l’évolution de sa musique soul-blues depuis son dernier disque, Sweet Soul (2015), abordant divers styles de soul, funk et blues. Son écriture révèle l’impact intense de l’évolution mondiale de ces dernières années. Elle se réfère mème brièvement au télescope spatial Euclide qui est à la recherche de la matière noire qui occupe une bonne partie de l’univers. Ce qui ne l’empêche pas de reprendre deux de ses titres préférés : Danger Zone du grand Percy Mayfield et Anytime You Want d’Elvis Costello. (Romain Decoret) 

 

Pat METHENY

"Dream Box" 

(Modern Recordings / BMG)

Pat Metheny a réuni sur ce nouveau disque solo neuf morceaux pour guitare électrique calme qui sonnent comme ses influences, rappelant John McLaughlin, Joe Pass, Wes Montgomery et même parfois Django Reinhardt. C’est le regretté contrebassiste Charlie Haden qui lui conseil-la d’enregistrer tout ce qu’il composait plutôt que de le mettre de côté et de n’y jamais revenir. Ce sont donc des pièces retrouvées et jouées entièrement en solo par Pat Metheny, sans accompagnement. Dès The Waves Are Not The Ocean et Ole & Gard c’est different : une sensibilité musicale complexe qui le mène vers de nouvelles directions. C’est loin du registre heavy évidemment mais c’est aussi une façon de redécouvrir la sensibilité virtuose d’un guitariste dans un registre inhabituel qu’il serait difficile de dupliquer artificiellement, avec l'intelligence artificielle . Pour imprimer sa griffe, Pat Metheny ajoute quelques reprises; tel ce Mornng Of The Carnival de Luis Bonfa, Never Was Love de Russ Long et I Fall In Love Too Easily de Sammy Cahn & Jules Styne. Pour ne pas oublier l’abc d’un certain style. Pat Metheny a tourné dans les grands festivals de l’Hexagone en juillet et sera de retour en France à partir de septembre avec le répertoire de Dream Box. (Romain Decoret) 

 

Eric HEIDEMAN

"Third Degree Gravity" 

(Blue View Records)

Ce jeune guitariste de Salt Lake City, Utah, réussit avec son premier disque la création d’un style nouveau, éloigné du blues traditionnel et influencé par le new hard rock avec une sensibilité spéciale venant de son entourage. N’oublions pas les Mormons de Salt Lake City et.leur appréciation de groupes comme Aerosmith. Eric Heideman a enregistré avec les producteurs Victor Wainwright et JW Jones en prenant soin de s’assurer que le guitariste Dave Gross serait l’ingé-son à la console de Fat Rabbit Studios. D’où un son de guitare avec des riffs neufs et rarement entendus comme Never Felt This Way Before où les harmonies aiguës sont réussies. Eric Heideman joue sur des guitares fabriquées par String King et Joe’s Guitars. Ce son nouveau est particulièrement remarquable sur Leavin' Today et Say You Mean It Baby. Eric Heideman excelle dans le metal-rock, la soul-funk avec une haute énergie ,des vocaux naturels jamais retravaillés artificiellement et un vrai son de guitare à découvrir. (Romain Decoret)

vendredi 31 mars 2023

L'art (selon) Romain, par Romain Decoret

 

Tommy EMMANUEL

"Accomplice Two" 

Le superguitariste de Nashville avait commencé ses aventures en duo avec des CGP (Certified Guitar Players, selon Chet Atkins) sur l’imposant Accomplice One, suivi d’un Accomplice Series vol. 2 et 3 avec Richard Smith, puis Mike Dawes. Il continue ici avec la même diversité en invitant des artistes country de grande amplitude. Seul le titre change. Jerry Douglas, spécialiste du Dobro, illumine Mama Knows. David Grisman traite le standard jazz Seven Come Eleven dans le style bluegrass. Le Nitty Gritty Dirt Band rajeunit Tennessee Stud de Buck Owens et le Del McCoury Band aborde Sweet Temptation. Jorma Kaukonen joue country-blues pour Another Man Done a Full Go Around. Superbe jeu en slide des survivants de Little Feat sur Cajun Girl. Le travail de recherche personnel de Tommy Emmanuel brise dans ses compositions personnelles Precious Time avec la vocaliste Sierra Hull et Richard Smith sur Son Of a Gun. Le fingerpicking en duo avec Billy Strings sur Doc’s Guitar / Black Mountain Rag est rien moins qu’extraordinaire. La grande découverte est Molly Tuttle, une très jeune guitariste-chanteuse en duo avec Tommy Emmanuel dans White Freight Liner Blues de Townes Van Zandt. Disque incontournable… (Romain Decoret) 

 

TAJ MAHAL

"Savoy" (Stony Plain)

Taj Mahal utilise son statut de légende pour explorer les diverses avenues du blues et du jazz. Son dernier disque en compagnie de Ry Cooder, recréait le premier album de Sonny Terry & Brownie McGee. Ce nouveau projet est totalement différent, consacré à l’American Songbook et à la mythique salle du Savoy, où les big bands de jazz accueillaient volontiers les bluesmen. L’idée a été planifiée par Taj Mahal depuis deux décennies, attendant le bon moment. Finalement c’est devenu une réalité en compagnie du producteur John Simon (The Band, Leonard Cohen, Blood Sweat & Tears, Gordon Lightfoot). Enregistré avec les meilleurs musiciens de San Francisco, le disque est un tribute au Savoy Ballroom de Harlem où jouaient Duke Ellington, Louis Jordan, Louis Armstrong. Musicalement, c’est une exploration des grandes chan-sons de l’époque. Stompin’ At The Savoy de Lionel Hampton, Summertime de George Gershwin, Moon Indigo de Duke Ellington, Is You Is Or Is You Ain’t My Baby de Cab Calloway, Lady Be Good de Lester Young, Caldonia de Louis Jordan, Sweet Georgia Brown de Louis Armstrong et le monumental One For My Baby (And One More For The Road) de Johnny Mercer & Harold Arlen pour Frank Sinatra. Taj Mahal mène son groupe de studio avec sa National Steel. Probablement un autre Award de l’Americana Music Association pour Taj Mahal. (Romain Decoret) 

 

Bella WHITE

"Among Other Things" (Rounder Records)

Cette jeune chanteuse-guitariste de 22 ans représente le futur du bluegrass avec son second disque. Un parcours compliqué, elle est née Isabelle Farley White à Calgary, Alberta, au Canada, en 2000. Son père est de Virginie et musicien de bluegrass. Dès son plus jeune âge, Bella est exposée à la musique des Appalaches, bluegrass, old time country et folk. Elle fait ses débuts sur scène à 13 ans et après le collège s’installe à Boston où elle partage pendant un an une maison avec des musiciens de la Berklee School Of Music, ce qui la dote d’un solide jeu de guitare acoustique. En 2020 elle part pour Nashville et enregistre un premier disque Just Like Leaving. Le showbiz de Nashville fond devant cette jeune musicienne talentueuse. Le nouveau disque a été enregistré au studio Five Stars de Topanga Canyon, le centre des songwriters country californiens. Le guitariste est Buck Meek, et Pat MGonigle est au violon. Bella White a écrit toutes les chansons. Numbers est pur country, avec une pedal-steel et Flowers On My Bedside est fait pour les cow-boys qui pleurent dans leur bière. Marylin traite de l’amitié , alors que Rhododendron est la force éternelle de la nature, qu’il faut savoir préserver. Le futur du bluegrass? Il était temps… (Romain Decoret) 

 

GA-20

"Live In Loveland" (Colemine/Karma Chief Records)

Leur nom, il est bon de rappeler, est la référence d’un ampli combo Gibson 20w des fifties favorisé par tous les grands de Earl Hooker à Hound Dog Taylor, Bo Diddley et Chuck Berry. En deux disques, Lonely Soul (2019) et GA-20 Does Hound Dog Taylor (2021) le jeune trio a explosé sur la scène internationale. Mais il n’était pas question pour eux de faire deux fois la même chose, ni de se laisser enfermer dans un hypothétique cliché Chicago blues . Avec Crackdown (2022), Matt Stubbs, Pat Faherty et Tim Carman s’orientèrent d’un côté plus garage que blues, un amalgame de barroom country et rock, comme on l’entend dans le Tennessee ou en Louisiane. De là s’imposait ce nouveau disque live: cinq titres de Crackdown, trois de Lonely Soul et des reprises obscures de Harold Burrage (I Cry For You) ou de Little Walter (My Baby’s Sweeter). Enregistrés en direct-sur-bande dans la Plaid Room de Loveland, Ohio, les GA-20 exsudent ce type spécial d’énergie, ces phéromones qui n’apparaissent que devant une authentique audience et que les producteurs ont tant de mal à capter en studio. Le back-beat peut être country ou funky avec des riffs venus de Memphis, ou encore New Orleans, comme dans Just Because de Lloyd Price. Les GA-20 passent en radio aussi bien à la BBC que sur SiriusXM de Nashville. La haute énergie dans l’inspiration traditionnelle, il était temps! (Romain Decoret) 

 

Chris DUARTE

"Ain’t Giving Up" (Mascot/Provogue)

Le guitariste d’Austin, Texas, fait partie de l’ultime phase du règne de Stevie Ray Vaughan. Parmi ceux qui la vécurent, certains comme Bert Willis ou Pat Boyack, ont disparu ou sont retournés dans l’anonymat, d’un point de vue mondial car le circuit texan reste gigantesque et viable, alors que d’autres sont toujours actifs, tels Van Wilks et Chris Duarte. Pour ce dernier, ce nouveau disque n’est que son 15ème en studio sur plus de 30 ans de carrière. Il aborde ici une large vista musicale de blues outlaw, d’americana (quelle désignation détestable!) et aussi de country alternatif. Le producteur est Dennis Herring (Buddy Guy, The Hives, Elvis Costello). Cela ne signifie pas du tout un retour aux affaires roots, car Chris Duarte reste actuel par ses orientations et ses compositions. Big Fight est un instantané metal-rock d’un gig texan qui tourne mal, tout le monde étant armé au Texas. Gimme Your Love est une ballade alt.country qui évite la sentimentalité banale. Les séances ont été enregistrées live en studio avec du maté-riel analogique et un minimum d’overdubs, laissant la place aux riffs étourdissants de Chris Duarte et à sa maîtrise élusive du Texas Shuffle, un beat difficile à reproduire. Il y a aussi sa dédication à CETTE période du Texas blues signée SRV. Chris l’aborde avec délicatesse et respect dans l’instrumental Can Opener avant de lâcher les chevaux sur les sept minutes de Week Days. The Right Stuff! (Romain Decoret) 

 

Ally VENABLE

"Real Gone" (Ruf Records)

Ally Venable est de Kilgore, Texas. Elle a commencé la guitare à 12 ans (elle en a maintenant 30) en jouant de la country-music. Elle change après avoir entendu les Texas bluesmen d’Austin et enregistre son premier disque, un EP, quand elle a 14 ans. Elle ne perd pas de temps et écrit ses propres morceaux seule ou avec des guitaristes comme Lance Lopez, Gary Hoey ou Devon Allman (le fils de Greg Allman). En 2015 et 2016, Ally est nommée meilleure guitariste de l’année au Texas Blues Awards, ce qui est un signe d’excellence au Texas, vu le nombre de prétendantes! Elle est considérée comme l’héritière de Sue Foley, Susan Tedeschi et Joanna Connors. Elle y est parvenue en jouant et tournant inlassablement mais aussi en connectant le hard-rock au blues et à la country. Pour son cinquième album, produit par Tom Hambridge, Ally Venable joue metal sur Kick Your Ass ou Hold My Ground avec un son à la fois cru et recherché. Two Wrongs est un exemple de cette alchimie sonique. Même ses blues, Gone So Long, Any Fool Should Know, Justifying, sonnent plus metal que traditionnels. La seule exception étant Texas Louisiana en duo avec Buddy Guy, alors que Broken & Blue avec Joe Bonamassa se situe à la croisée des chemins. Espérons la voir sur une scène française malgré la récession économique annoncée… (Romain Decoret)