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vendredi 28 août 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

En raison du nombre important de nouveautés (et d’un temps limité pour les traiter), j’avais mis de côté les derniers albums de Sister Sadie (plus country que bluegrass) et Trey Hensley (plus blues que bluegrass). Et voici que l’actualité me rattrape et me contredit : ces disques que je trouvais en marge du genre qui intéresse cette rubrique sont tous deux nommés par IBMA parmi les cinq concourant pour l’album bluegrass de l’année 2026 (avec ceux de East Nash Grass, Becky Buller et Appalachian Road Show tous chroniqués précédemment sur ce site). De plus, Can’t Outrun the Blues de Trey Hensley est pressentie comme chanson de l’année et elle est arrivée en tête des charts de Bluegrass Unlimited au mois de juillet (en même temps que l’album du même nom, d’ailleurs). Difficile donc d’ignorer plus longtemps ces albums même si, personnellement, je serais très déçu que ce ne soit pas Della Jane’s Heart de Appalachian Road Show qui remporte la récompense en septembre prochain.

 

Trey HENSLEY

"Can’t Outrun the Blues" 

Le cheminement de Trey Hensley n’est pas classique. Il a débuté jeune avec une orientation beaucoup plus country que bluegrass. Il a formé pendant une dizaine d’années avec le dobroïste Rob Ickes un duo qui se produisait sur les scènes bluegrass mais restait en marge du genre. Malgré cela, Hensley a été élu guitariste de l’année par IBMA en 2023 et 2025. En plus d’être un excellent guitariste, Hensley est un très bon chanteur doté d’une voix d’une intensité peu commune. Je persiste à considérer qu’il y a peu de bluegrass dans l’album Can’t Outrun the Blues. Le seul titre qui le soit vraiment est l’adaptation d’une chanson de Merle Haggard, Silverhorn Mountain. C’est le seul morceau où le banjo d’Ilya Toshinsky soit réellement mis en valeur. Going and Gone avec Molly Tuttle et One Line at a Time (écrit par Trey avec Rob Ickes et Steve Wariner – une des meilleures chansons de l’album) s’en approchent aussi. Pour le reste, c’est plutôt blues ou country (trois arrangements avec pedal steel; de la batterie ou des percussions sur tous les titres). La guitare prend énormément de place dans les arrangements. Le fiddle et surtout la mandoline de Stuart Duncan et Andy Leftwich peinent parfois à exister dans ce contexte. A part Silverhorn Mountain, les autres reprises ne m’ont pas touché. Unknown Legend de Neil Young a un arrangement franchement country. Up on Cripple Creek de The Band a été enregistré avec des musiciens de Nitty Gritty Dirt Band. Les sept autres chansons ont été écrites ou coécrites par Hensley. Can’t Outrun the Blues qui cartonne sur les radios bluegrass comporte de longues parties instrumentales, par moments plutôt blues, à d’autres plutôt bluegrass, et bénéficie de l’apport vocal de John Cowan au refrain. J’ai bien aimé le blues lancinant Drown et l’originalité de Off to Sea avec un accompagnement de guitare très créatif.


 

 

SISTER SADIE

"All Will Be Well" 

L’arrivée d’une nouvelle chanteuse (Dani Flowers) aux côtés de Jaelee Roberts avait déjà provoqué un changement de style dans le précédent album de Sister Sadie, No Fear. Pedal steel, batterie et claviers avaient pointé leur nez dans l’arrangement de plusieurs chansons (cf. juillet 2024). Le virage country me semble complètement assumé dans All Will Be Well. Paradoxalement, la chanson qui a donné son nom à l’album est une des deux seules (avec Can’t Let Go of Your Love) à pouvoir être considérée comme vraiment bluegrass (les puristes trouveront que la batterie est en trop). On peut considérer à la rigueur que I Wish It Would Rain, un des meilleurs titres de l’album, est intermédiaire entre bluegrass et country. Cette chanson de Nanci Griffith est surtout dans le style de Steve Earle qui l’interprète en duo avec Dani Flowers. Les neuf autres morceaux reçoivent des arrangements country avec batterie, claviers (piano et orgue), guitare électrique (Seth Taylor) et pedal steel sur deux titres. La violoniste Deanie Richardson est la musicienne la plus en vue mais elle joue rarement dans un style bluegrass (ce qui ne doit pas la gêner, elle a longtemps accompagné des artistes country comme Patty Loveless, Vince Gill et Travis Tritt). Au-delà des étiquettes, All Will Be Well est un bel album. Dani Flowers a participé à l’écriture de huit titres et en interprète quatre, aussi joliment que Jaelee Roberts, chanteuse bluegrass de l’année 2024. Cette dernière est tout à fait à l’aise sur des arrangements country (Winnebago, First Time Liar, Prodigal Daughter et Make Me Stay or Make Me Go qui rappelle la bonne country des années 80). Dans The Devil Don’t Care, la contrebassiste Maddie Dalton a un phrasé scandé qui rappelle celui de Wynonna Judd. En plus de Can’t Let Go of Your Love, la banjoïste Gena Britt chante Orphan Train qui bénéficie d’un arrangement très original. 


 

 

STEEP CANYON RANGERS

"Next Act" 

Cri du 💚   

De la formation d’origine en 1998, il ne reste aujourd’hui parmi les Steep Canyon Rangers que le banjoïste Graham Sharp (principal songwriter du groupe) et le mandoliniste Mike Guggino. Au-delà des changements de personnel – très habituels chez un groupe bluegrass ayant cette longévité -, la musique des Steep a beaucoup évolué au cours de ces presque trois décennies. Le bluegrass classique des débuts s’est fait de plus en plus moderne jusqu’à se transformer en une musique acoustique qui intégrait un batteur et s’éloignait de plus en plus du bluegrass (Tell The Ones I Love en 2013, Radio en 2015 et Out in the Open en 2017 – Le Cri du Coyote 137, 147 et 157). En 2020, des instruments électriques faisaient leur apparition dans Arm in Arm (Le Cri du Coyote 167 – on félicitera la constance des Steep Canyon Rangers pour sortir un album tous les 10 numéros du Cri du Coyote). Le remplacement du principal chanteur du groupe, Woody Platt, par Aaron Burdett a ensuite marqué un tournant. Comme Sharp, Burdett est un excellent songwriter, et en choisissant Darrell Scott comme producteur pour Morning Shift (cf. juin 2024), les Steep Canyon Rangers nous avaient offert un disque qui tenait autant du bluegrass que de l’œuvre d’un singer-songwriter (Darrell Scott jouait de la guitare électrique sur plusieurs chansons). Next Act marque un nouveau virage, presque à 180°. C’est le disque le plus bluegrass des Steep depuis Deep in the Shade en 2009. Les quatorze chansons ont été écrites par Sharp et Burdett, ensemble ou séparément. L’album est varié: du bluegrass contemporain sur une base classique (Rumble Strips), du moderne (Next Act, The Kindest Thing), un countrygrass (Hard Luck Kid), des titres bluesy (Circling the Drain – très original) tutoyant parfois le rock (la fin de Babylon Stone). Les arrangements sont excellents (Heart’s the Only Compass, Some Days). La batterie est plus discrète que sur les précédents disques. Elle donne un joli rythme chaloupé à la chanson Next Act portée par un bon riff de banjo. Sharp, Guggino et Nicky Sanders sont des solistes talentueux et pleins d’idées (Back of Beyond, le back up de banjo de Heart’s the Only Compass, le solo de fiddle dans Roll of the Dice). La voix de baryton de Graham Sharp est bien utilisée dans les chansons countrygrass ou bluesy. Elle contraste avec les voix hautes et claires de Burdett et du contrebassiste Barrett Smith. Ce dernier, présent dans le groupe depuis 2018, n’a jamais autant ni aussi bien chanté, magnifiant Heart’s the Only Compass, Some Days et Back of Beyond. Il y a quelques chansons moins marquantes. Hard Times, interprété par Burdett en duo avec Celia Woodsmith (Della Mae) est sans doute trop chanté à l’énergie (c’est le risque quand on invite Celia Woodsmith) mais Next Act est un bien bel album de bluegrass. La musique des Steep Canyon Rangers évolue presque à chaque disque. La qualité demeure.


 

 

Darren NICHOLSON

"Lonesome Trails and Tall Tales" 

En 2022, le mandoliniste Darren Nicholson a quitté Balsam Range, le groupe qu’il avait cofondé en 2007 et avec lequel il avait connu de grands succès. Le groupe tournait peu à l’époque et Nicholson qui avait sorti quatre albums sous son nom entre 2007 et 2022 avait besoin de s’exprimer davantage musicalement. Débarrassé de son addiction à l’alcool, il s’est consacré à son instrument (une Gibson Lloyd Loar de 1923 – il y a de quoi être motivé) et à la composition: il a coécrit neuf des dix titres de Lonesome Trails and Tall Tales, dont sept avec Charles Humphrey III, ancien contrebassiste des Steep Canyon Rangers. C’est un album varié, bien chanté par Nicholson, principalement accompagné par Kristin Scott Benson (banjo), Deanie Richardson (fiddle), David Johnson (guitare, dobro) et Mark Fain (contrebasse). Son addiction à l’alcool a inspiré à Nicholson le swing humoristique très réussi Eager Achiever qui met en valeur le fiddle de Deanie Richardson. Au titre des chansons remarquables, l’album comprend également deux bons bluegrass classiques, Any Highway et le trainsong philosophique All Trains Come To Pass. Ain’t No Sin est une autre chanson rapide au refrain accrocheur, dynamisée par le banjo. Le dobro de David Johnson habille joliment le blues Get Me Down the Line et le countrygrass Big Sky. Trois chansons au rythme plus lent sont moins intéressantes. En revanche, Darren Nicholson montre qu’il est tout aussi à l’aise sur une chanson country qu’en bluegrass, avec I’m Home Late Again arrangé avec piano, batterie et pedal steel.


 

 

YONDER MOUNTAIN STRING BAND

"Good As True" 

Formé en 1998, Yonder Mountain String Band est un des jam bands les plus populaires. Le groupe a un nouveau fiddler, Coleman Smith, bien connu en France puisqu’il est venu plusieurs fois au festival bluegrass de La Roche-sur-Foron (aujourd’hui Bluegrass in La Roche) avec les groupes Hickory Project puis Rapidgrass. Good As True est marqué par des arrangements plus newgrass que par le passé, peut-être impulsés par le mandoliniste Nick Piccininni, arrivé dans le groupe en 2020 et qui semblait pousser le groupe du Colorado dans ce sens dans l’album Get Yourself Outside (cf. juillet 2022). Difficile à affirmer car depuis plusieurs albums, YMSB signe tout son répertoire collectivement et ne donne plus aucune information sur l’identité des chanteurs sur chaque titre (mais parfois, on arrive à deviner). Toujours est-il que The Lie est un newgrass énergique propice à une longue partie instrumentale bien digne d’un jam band. Barroom Feather, très original, est porté par la basse de Ben Kaufman et la batterie. Peu de fiddle et pas de banjo dans ce titre chanté par le banjoïste Dave Johnston reconnaissable à sa voix grave. C’est Kaufman qui chante Always Almost bâti sur une rythmique rock et agrémenté d’un des meilleurs solos de Coleman Smith sur cet album. Brand New Heartache, chanté par Piccininni, a un couplet newgrass et un refrain bluegrass. C’est l’inverse pour Blind qui a un refrain presque pop. Adam Aijala (guitare) chante le refrain de Long Ride dans le style de Danny Barnes (Bad Livers). Nothing New, sur un tempo rapide, est la chanson la plus bluegrass de Good As True. One to One Another tranche avec le reste du répertoire. C’est une ballade folk arrangée de manière plus simple avec une guitare et un dobro. Ces huit chansons, plutôt intéressantes dans l’ensemble (sans rien avoir d’exceptionnel cependant), sont suivies par une reprise de Barroom Feather longue de presque 17 minutes, ce qui peut sembler bienvenu de la part d’un jam band. Malheureusement, passé les quatre premières minutes qui correspondent à la version courte, la partie instrumentale n’est pas composée de solos mais d’un patchwork impressionniste de petites interventions parfois répétitives auxquelles je n’ai trouvé aucun intérêt


. 

 

UNSPOKEN TRADITION

"Heartwood" 

Heartwood m’a paru bien moins intéressant que les précédents albums de Unspoken Tradition. Il y a une grande majorité de tempos medium, de chansons calmes alors que Myths We Tell Our Young (cf. mars 2023) et Imaginary Lines (Le Cri du Coyote 162) privilégiaient les tempos rapides et les chansons dynamiques. Les solistes Zane McGinnis (banjo), Tim Gardner (fiddle) et Ty Gilpin (mandoline) n’ont guère que All the Gold in California pour briller. C’est une chanson des Gatlin Brothers (groupe country) dont Unspoken Tradition a habilement accéléré le tempo. Côté répertoire, parmi les huit autres chansons, Company Man (de Tim Stafford), Refugee et Ross and Rebecca sortent du lot. Toutes ces chansons sont bien interprétées par Aaron McGinnis (guitare). L’autre chanteur, le contrebassiste Sav Sankaran, a un timbre fragile, parfois presque féminin (Bluer Than Yesterday, Cathedral Pines) que je trouve moins agréable. Ty Gilpin interprète de façon trop monocorde une adaptation du classique Barbara Allen. Ça manque d’harmonies vocales ou d’un arrangement qui relève davantage la mélodie. Unspoken est un groupe qui ne manque pas de qualités mais, pour Heartwood, ils sont en manque d’idées, au moins en ce qui concerne le répertoire. 


 

vendredi 31 juillet 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

LEFTOVER SALMON

"Let’s Party About It" 

Je trouve particulièrement impressionnant qu’un groupe comme Leftover Salmon continue à nous proposer une musique aussi intéressante et assez différente d’un album à l’autre 37 ans après sa création. Les précédents disques, Grass Roots (cf. septembre 2023) et Brand New Good Old Days (Le Cri du Coyote 169) figuraient parmi les meilleurs du jam band du Colorado grâce à de nouveaux musiciens. Brand New Good Old Days bénéficiait des claviers d’Erik Deutsch. Grass Roots avait vu l’arrivée dans la formation d’un dobroïste, Jay Starling. La nouveauté dans Let’s Party About It, c’est la présence d’une section de cuivres (dont l’ex-saxophoniste des Flecktones Jeff Coffin) sur quatre des douze titres. Ils sont très bien intégrés aux deux versions de Good Dog (version jamband de 5 minutes, version radio réduite à 3 minutes) avec un beat entêtant et séduisant, et au reggae Storms, chanson de Vince Herman sur le dérèglement climatique. Ils donnent une couleur New Orleans au swing Let’s Party About It. Ces titres sont interprétés par Vince Herman, coleader et cofondateur avec Drew Emmitt du groupe dont ils sont les seuls membres originels restants. Herman interprète aussi un autre titre marquant de l’album, Big Wheel, entre bluegrass et rock, une des nombreuses chansons qui bénéficie du fiddle de Jason Carter. Il chante Twisted Pine en duo avec la légende du bluegrass Del McCoury et un autre titre bluegrass, Redbird, qui aurait sans doute pu se passer de batterie (Leftover Salmon compte un batteur dans ses rangs – Alwyn Robinson). J’ai trouvé Emmitt (mandoline, guitare électrique) plutôt en retrait sur cet album. Il ne chante que trois titres, le blues Gettin’ It Done et les ballades Shine On et River Takes Me. Pas mal mais pas les morceaux les plus originaux ni les plus marquants de Let’s Party About It. Les autres titres très intéressants sont dus à Andy Thorn, par ailleurs excellent au banjo tout au long du disque. Il signe un bon instrumental, Salmon Scales, qu’il entame par une intro dans le style de Béla Fleck. Jay Starling et Jason Carter sont remarquables sur ce titre. Son autre composition est une chanson, Mud Season, un blues très original rythmé par le banjo, qu’il chante lui-même et qui bénéficie de la mandoline et du fiddle de Sam Bush. N’hésitez pas à entrer dans la "party' proposée par Leftover Salmon.


 

 

John REISCHMAN & the JAYBIRDS

"The Salish Sea" 

The Salish Sea est le premier album de John Reischman & the Jaybirds depuis neuf ans. C’est aussi le premier avec Patrick Sauber. Il a remplacé Jim Nunnaly comme guitariste. C’est le premier changement dans le groupe depuis sa création en 2000. Sauber fait du bien aux Jaybirds question chant, leur point faible depuis les débuts, notamment sur le blues Looks Like It’s Never Gonna Rain et le gospel Banks of Jordan. Il forme un bon duo vocal avec la contrebassiste Trisha Gagnon qui m’a paru en gros progrès. Elle interprète très bien The Old Churchyard, le genre de ballade lente qui ne pardonne rien aux chanteuses approximatives. C’est une de ses deux compositions, avec Walk With Me, très jolie chanson sur un rythme enlevé. Il y a également une bonne version du classique Train on the Island. C’est surtout au niveau instrumental qu’on attend un groupe mené par John Reischman. Il signe deux compositions personnelles. The Salish Sea n’est pas le nom de l’album par hasard. C’est un joli instrumental auquel on pourra trouver des sonorités celtiques. Sauber, le fiddler Greg Spatz et Reischman sont excellents sur ce titre. Le solo de Nick Hornbuckle (banjo) manque de fluidité (c’est malheureusement récurrent chez lui). L’autre composition de Reischman, The Crow and Gate, est une marche rythmée arrangée avec deux fiddles (Patrick M’Gonigle, ex-Lonely Heartstring Band). Greg Spatz signe The Reunion, instrumental avec une belle introduction en duo fiddle/banjo. De son côté, Nick Hornbuckle a composé Creekwood Drive pour lequel il fait usage des Scruggs pegs. 


 

 

Joe MULLINS & the RADIO RAMBLERS

"Lovin’, Fightin’, Losin’ Sleep"

 En janvier 2026, Joe Mullins et les Radio Ramblers ont joué leur dernier concert. Le banjoïste Joe Mullins a annoncé qu’il prenait sa retraite, au moins en ce qui concerne les tournées, après 43 ans de carrière mais à seulement 60 ans (il a débuté jeune aux côtés de son père, le fiddler Paul Mullins, dans le groupe Traditional Grass). Il explique cette retraite précoce par des raisons familiales (il souhaite s’occuper de ses petits-enfants). Je ne serais pas surpris que des problèmes de voix aient également pesé dans cette décision. Depuis plusieurs albums, je la trouve quelque peu abimée et cela me semble encore plus évident avec le dernier album des Radio Ramblers, Lovin’, Fightin,’ Losin’ Sleep. Mullins ne chante d’ailleurs que deux titres parmi les neuf chansons. C’est peu, même s’il a toujours partagé les chants lead avec ses partenaires. Sa voix a une nette tendance à s’étrangler quand il chante aigu, dans Time Adds Up surtout. Cela dit, Lovin’, Fightin’, Losin’ Sleep est un album bien joué. Mullins, Chris Davis (mandoline), Adam Mc Intosh (guitare) et Jason Barie (fiddle) sont tous de bons musiciens, spécialistes du bluegrass classique. Davis et McIntosh ont des voix douces agréables. Les trios vocaux sont en place. En revanche, le répertoire est plutôt moyen malgré les signatures prestigieuses de Missy Raines, Tim Stafford, Billy Strings, Ronnie Bowman, Larry Cordle, Jerry Salley et Joe Mullins lui-même. Au titre des satisfactions, je citerai l’instrumental de Mullins Cancellation Blues, l’adaptation de Low Dog Blues de John Anderson avec un refrain interprété en duo et Black & Decker Blues, une composition de Larry Cordle et Jim Rushing chantée par McIntosh. Le titre que je préfère est la surprenante reprise de End of the Line des Travelling Wilburys (Dylan, Tom Petty, Roy Orbison, George Harrison et Jeff Lynne) très bien adaptée en bluegrass par les Radio Ramblers. De loin la chanson la plus intéressante de Lovin’, Fightin’, Losin’ Sleep.


 

 

JULIA BELLE

"The John Hartford Fiddle Tune Project Vol. 2" 

Après le décès de John Hartford en 2001, sa famille a retrouvé de nombreux documents parmi lesquels des partitions de fiddle tunes inédits. En 2020, le fiddler Matt Combs, qui avait accompagné Hartford quand il n’a plus été en capacité de jouer du violon à la fin de sa vie, avait été le principal artisan de The John Hartford Fiddle Tune Project Vol. 1 (cf. Le Cri du Coyote 166). Le titre lui-même annonçait une suite que voici. Sa particularité est d’avoir été entièrement enregistrée par des femmes à l’initiative de la fille de John Hartford, Katie Hartford Hogue, et de Sharon Gilchrist (mandoline, contrebasse) et Megan Lynch Chowning (fiddle) qu’on retrouve toutes deux sur plusieurs titres, tout comme la banjoïste old time Allison de Groot. L’album comprend treize fiddle tunes inédits et cinq chansons écrites et précédemment enregistrées par John Hartford. Quatre instrumentaux plus lents ne m’ont pas semblé aussi intéressants que les autres, malgré la présence originale de la harpiste Maeve Gilchrist dans Spirit of the South ou la performance de la violoniste April Verch jouant seule Merry Christmas. Tous les instrumentaux rapides sont de vraies réussites. Parmi les plus remarquables, quatre titres sont joués par les groupes féminins majeurs de la scène bluegrass/old-time actuelle: Della Mae (mené par le fiddle de Kimber Ludiker sur la jolie mélodie Kenny and Mac), Sister Sadie (belle énergie de Deanie Richardson au fiddle) et Uncle Earl (qui a droit à deux morceaux). Irish Familiarity est une très jolie mélodie celtique qui bénéficie de la présence du hautbois de Robbie Lynn Humsinger en plus du fiddle de Megan Lynch Chowning. Gasoline n°1 est superbement joué en duo par Maddie Witler (mandoline) et Nathalie Haas (violoncelle) avec d’intéressantes variations qui relancent la dynamique du morceau. On retrouve Natalie Haas avec sa sœur Brittany sur une suite de trois fiddle tunes enchainés. Ellie Hakanson et Sami Braman ont arrangé Not Soft Enough pour deux fiddles, accompagnées par Allison de Groot et Lauren Price (mandoline). Les chansons sont de qualité inégale. The Julia Belle Swain est ma préférée. Rachel Baiman, Megan Lynch, Sharon Gilchrist, Kristin Andreassen et Vickie Vaughn se succèdent brillamment au chant (il y a sept couplets). Version énergique de Steam Powered Aereoplane par Kathy Mattea dans un arrangement bien bluegrass dû à Alison Brown (banjo), Sierra Hull (guitare), Brittany Haas (fiddle), Megan Lovell (Larkin Poe – dobro) et Missy Raines (qui prend un solo à la contrebasse). Alison Brown et Missy Raines (avec Sharon Gilchrist – mandoline et Mary Meyer – guitare) sont aussi dans la version bluegrass de l’émouvant I’m Still Here mais l’interprétation de Holly Odell est quelconque. Celles des deux dernières chansons ne sont pas non plus de grande qualité mais elles sont touchantes parce que c’est l’épouse de John Hartford, Betty, qui chante l’emblématique No End of Love, et Ginger Boatwright (80 ans passés) qui interprète Learning to Smile, un titre écrit par John Hartford après une conversation qu’ils ont eue sur le cancer, maladie qui les a tous les deux touchés (et qui a emporté John). Vingt-cinq ans après sa mort, grâce à une trentaine de musiciennes et chanteuses talentueuses, la musique de John Hartford nous touche toujours autant. 


 

 

Laurie LEWIS & the RIGHT HANDS

"O California!" 

O California est le premier album de Laurie Lewis & The Right Hands depuis The Hazel and Alice Sessions (Le Cri du Coyote 150), il y a dix ans. Le groupe a complètement changé. Les nouveaux musiciens ne sont pas très connus, même si Hasee Ciaccio a été la contrebassiste du Molly Tuttle Band (avant la formation de Golden Highway) puis de Sister Sadie. Brandon Godman (fiddle) et George Guthrie (banjo, guitare) sont de très bons musiciens comme en atteste notamment leur excellente version de Hell Broke Loose in Georgia, un fiddle tune (forcément) endiablé. C’est l’un des titres bluegrass de l’album avec deux chansons traditionnelles entrainantes, Look Down That Lonesome Road et This Little Light of Mine. My True Love Loves Me, une des cinq compositions de Laurie est entre bluegrass et old-time avec la présence de deux banjos, l’un joué en picking, l’autre en clawhammer. George Guthrie chante d’une belle voix posée le classique old time Red Rocking Chair prolongé par de longues parties instrumentales. Les albums de Laurie Lewis sont souvent entre bluegrass et folk. O California élargit le spectre des influences. One Tiny Spark est une ballade bluesy avec le banjo et le fiddle dans des emplois inhabituels. Wheel of Blues a des couplets blues et un refrain folk. Guthrie et Godman sont ici aussi excellents. Lewis et Ciaccio chantent en duo le classique Fair and Tender Ladies, accompagnées par un low banjo. Voices of Water est une ballade calme bien chantée par Laurie. O California est peut-être le titre le plus original avec sa mélodie aux influences mexicaines. Le meilleur album de Laurie Lewis depuis bien longtemps.


 

 

The INFAMOUS STRINGDUSTERS

"20/20" 

Le titre, 20/20, n’est pas la note que se donnent les Infamous Stringdusters pour leur nouvel album. C’est simplement l’indication qu’ils sortent vingt nouveaux titres pour célébrer les vingt ans du groupe. Vingt titres, une générosité inhabituelle à une époque où beaucoup d’artistes peinent à en enregistrer la moitié pour sortir un disque. Par contre, le livret est plus que maigre. Le nom des musiciens est absent (heureusement, on les connait – le groupe est inchangé depuis 2011). Pas de crédits non plus pour le songwriting. Il faut supposer que ce sont vingt compositions collectives (c’était le cas de la plupart des titres de leurs derniers disques). 20/20 est fidèle à l’œuvre des Stringdusters. brillant musicalement, plutôt moderne stylistiquement et très inégal vocalement. Andy Hall (dobro), Andy Falco (guirare), Jeremy Garrett (fiddle), Chris Pandolfi (banjo) et Travis Book (contrebasse) sont tous d’excellents musiciens. Il est même étonnant, voire scandaleux que le groupe n’ait jamais été élu groupe instrumental de l’année par IBMA et qu’aucun de ses membres n’ait eu de récompense individuelle (pas même Andy Hall pour le dobro). Vocalement, c’est autre chose. Une fois encore, le livret ne donne pas d’indications mais, avec l’habitude, on peut deviner que presque tous les titres les mieux interprétés sont chantés par Travis Book ou Andy Falco. Tous deux ont une voix douce qui convient bien au bluegrass moderne. Working Man Blues, chanté par Falco, est cependant plus classique. Il interprète aussi Dry Spot in the Rain avec une belle partie de dobro. Les meilleurs titres me semblent chantés par Book: le percutant Holding on to You, The Voyageur – très moderne, et Dancing in the Moon qui ressemble énormément à un croisement entre une chanson bluegrass et un morceau de Daft Punk. J’aime aussi les bluesy Karma’s Got Your Number et Life Goes On. Le meilleur titre chanté par Andy Hall est l’entrainant The End of the Line sur un rythme boogie/rockabilly. Light of the Day n’est pas mal non plus. Chris Pandolfi chante un titre, Hit the Nail on the Head, ce qui est complètement inhabituel. Je n’aime pas la voix de Jeremy Garrett qui n’interprète apparemment que trois chansons. Les Stringdusters se sont aussi fendus d’un gospel a cappella, chanté juste mais qui ne procure aucune émotion. Parmi les deux instrumentaux, Live Rosin ne m’a pas emballé. En revanche, Longclaw est très bien arrangé avec plusieurs duos. Encore une fois, tous les musiciens sont brillants tout au long de 20/20. 


 

mercredi 1 juillet 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

TANASI 

Cri du 💚  

Le trio Tanasi (du terme indien qui a donné son nom à l’État du Tennessee) s’est produit à Bluegrass in La Roche en 2025. Il est constitué du dobroïste Billy Cardine et des chanteuses Anya Hinkle (guitare) et Mary Lucey (banjo old time, contrebasse). Tous trois ont un passé riche dans diverses formations (Biscuit Burners, Dehlia Low, Tellico, Uncle Earl, Lover’s Leap). En plus du dobro, Billy Cardine joue du chaturangui (instrument indien), de la pedal steel et d’un dobro à 22 cordes. C’est un musicien virtuose, aventureux, parfois difficile à suivre. Avec Tanasi, il semble avoir trouvé l’écrin idéal pour sa créativité tout en proposant une musique très abordable. Côté aventure, l’album est pourtant ambitieux. Tanasi est une des premières formations à tenter le crossover entre les instruments bluegrass/old time et la world music. Béla Fleck a joué avec des musiciens africains et asiatiques, le groupe Henhouse Prowlers adapte un titre local aux instruments bluegrass dans chaque nouveau pays qu’il visite. Ce sont les seuls précédents qui me viennent à l’esprit. Parmi les neuf titres de l’album, trois ont des mélodies que Tanasi a ramenées d’Afrique de l’Ouest, du Népal et d’Afrique du Sud. De ce dernier pays, Tanasi a adapté Malhalla transformé en Let’s Hold On avec des paroles de Mary Lucey et Odessa Jorgensen (elles ont joué ensemble dans le groupe Biscuit Burners). Il y a un très bel arrangement tant instrumental (dobro et banjo) que vocal (les voix de Anya et Mary qui se répondent et s’harmonisent). Mary passe à la contrebasse pour Bajho Khetma, morceau népalais qu’Anya et Mary chantent superbement en duo. Get Up - Ore Mi Kini Se est construit sur une mélodie yoruba (Afrique de l’Ouest – Nigéria et Bénin essentiellement). Mary et Lucey réussissent le prodige de proposer une rythmique puissante avec juste une guitare et une contrebasse, se passant de percussions. A nouveau leur chant en duo est superbe et l’accompagnement de dobro est excellent. Dans la catégorie world music, on pourrait tout aussi bien associer la reprise de Many Rivers to Cross du chanteur jamaïcain Jimmy Cliff. L’adaptation de titres reggae en bluegrass/old time n’est cependant pas nouvelle. Peter Rowan et New Grass Revival ont brillamment réussi l’exercice il y a déjà quarante ans. Elle est chantée par Anya. Billy Cardine a ajouté un fond de pedal steel et Julian Pinelli son fiddle. On retrouve un peu de pedal steel dans l’adaptation de la ballade Sweetest Breeze de Steve McMurtry (Acoustic Syndicate) interprétée par Mary Lucey. La dernière reprise est Give Me Love de George Harrison. Étant donné l’intérêt qu’a longtemps porté le guitariste soliste des Beatles à la culture et la musique indienne, il n’est pas étonnant que Billy Cardine y joue du chaturangui en plus du dobro. Le duo vocal de Mary et Anya est à nouveau somptueux. Tanasi interprète également un medley de deux instrumentaux traditionnels (américains, précisons-le) avec des passages en duo dobro/banjo. Les deux derniers morceaux sont des compositions instrumentales de Cardine. Pickin’ in the Pines a un titre des plus banals mais il n’a rien de classique malgré un arrangement qui combine assez traditionnellement dobro, banjo old time et fiddle (Julian Pinelli). The Fif est le morceau où Cardine se donne la plus grande liberté de jeu. Il ajoute encore une fois le chaturangui au dobro. Mary et Lucey utilisent ici leurs voix comme des instruments, parfois façon scat pour accompagner Billy, en solo du début à la fin, pendant plus de 5 minutes, sans jamais nous perdre. Ce premier album de Tanasi est ambitieux et magnifique. Le talent de Billy Cardine sur tous les instruments relevant du domaine de la glisse (chers à Lionel Wendling longtemps collaborateur du Cri du Coyote) est immense et l’association des voix de Mary Lucey et Anya Hinkle est un vrai miracle. 


 

 

Andy LEFTWICH

"Aced" 

Cri du 💚  

Après avoir été pendant quinze ans le fiddler de Ricky Skaggs & Kentucky Thunder, Andy Leftwich s’était retiré de la musique pour se consacrer à la religion. Il est réapparu fin 2022 avec un formidable album instrumental, The American Fiddler (cf. avril 2023). Aced en est la suite, et elle est tout aussi formidable. Andy Leftwich a enregistré onze instrumentaux avec une équipe resserrée, Cody Kilby (guitare), Matt Menefee (banjo) et Byron House (contrebasse), tous trois déjà présents sur le disque précédent. Sur la plupart des titres, Andy joue de la mandoline en plus du fiddle. Il n’y a cette fois-ci que deux standards, le fiddle tune Tom & Jerry (avec le fiddle en solo de bout en bout à la Kenny Baker) et une version instrumentale tout à fait convaincante du gospel Talk About Suffering Here Below (j’apprécie pourtant rarement les versions instrumentales de chansons). Comme dans chacun de ses albums, Andy Leftwich reprend un titre de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli. Cette fois, c’est R-26, loin d’être la plus connue des œuvres du duo mais elle est épatante de swing dans l’arrangement de Leftwich qui fait chanter son violon de bout en bout. Il a ajouté la reprise d’une composition de Ricky Skaggs, Crossville, à laquelle on peut reprocher d’être un poil répétitive bien que ce ne soit pas le morceau le plus long de l’album. Les sept autres titres sont des compositions de Leftwich. Aced, qu’il entame à la mandoline, à de jolis accents grismaniens. Behind the 8 Ball, en plusieurs mouvements sur un tempo rapide, est moderne. C’est le morceau que je préfère avec le très irlandais Brookstone dans lequel Matt Menefee pourrait nous faire croire qu’il joue sur un banjo 4 cordes. Road to Antioch a également des accents celtiques (ce qui rend le titre curieux mais il y a certainement des Antioch aux Etats-Unis). Old Hickory est un bluegrass plus classique, Up Massey Road un bon fiddle tune avec une partie de banjo sans doute en partie improvisée. Highland Rim, sur un tempo très rapide également, ne dépare pas du reste de cet excellent album, brillamment interprété par les quatre musiciens. 


 

 

BENSON

"Double Dose" 

Double Dose est le deuxième album de Benson, duo uniquement discographique composé de Wayne Benson, mandoliniste de IIIrd Tyme Out et de son épouse, Kristin Scott Benson, banjoïste des Grascals. Double Dose est moins enthousiasmant que leur premier disque Pick Your Poison (cf. Bluegrass & C° mai 2023), surtout en ce qui concerne les trois instrumentaux composés par Wayne, plutôt originaux mais guère emballants ou vite répétitifs (Banjo Radio Bounce). Les chansons sont plus intéressantes. Ni Wayne ni Kristin ne chantant, ils ont de nouveau fait appel à différents artistes pour interpréter les sept chansons de Double Dose. Woody Platt est excellent sur Lover of the Road avec un bon soutien de Mickey Harris au refrain. Jeremy Garrett (Infamous Stringdusters) interprète de manière plutôt tranquille Down That Road, un countrygrass signé Becky Buller, et Louise, blues de Paul Siebel devenu un classique transgenre (au sens musical du terme, repris par des artistes aussi différents que Bonnie Raitt, Leo Kottke et Seldom Scene). Dustin Pyrtle (ex-Quicksiver et IIIrd Tyme Out) a également droit à deux titres, le blues Things Have Changed (de Harley Allen) et une reprise sur un tempo très rapide de This Drinkin’ Will Kill Me de Dwight Yoakam. Son registre de ténor convient très bien aux deux chansons. Bully of the Town est généralement joué en instrumental mais les Benson ont choisi la version chantée, interprétée par Zack Arnold, ce qui n’empêche pas chaque soliste (Kristin, Wayne et Cody Kilby qui les accompagne à la guitare sur presque tous les titres) de briller en solo, comme sur tous les tempos rapides. Pour Pick Your Poison, les Benson avaient demandé au prêtre de leur paroisse, Heath Williams, d’interpréter trois chansons. Ils récidivent pour Double Dose avec Lay Em Down qui est une des chansons les plus réussies de l’album. Peu après la sortie de Double Dose, Benson a fait paraître en single (c’est la grande mode, développée par le téléchargement) Maybe It’s You, jolie chanson également très bien interprétée par Heath Williams. Elle a rapidement atteint les premières places des charts bluegrass. Dommage qu’elle n’ait pas été incluse dans Double Dose

 


 
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Daniel GRINDSTAFF & The UPTOWN TROUBADOURS

Les groupes Marty Raybon & Full Circle puis Merle Monroe avaient révélé le talent du banjoïste Daniel Grindstaff. Après le succès de son album solo, Heroes & Friends (cf. Bluegrass & C° décembre 2024), Grindstaff a eu envie de monter sa propre formation, The Uptown Troubadours, avec le fiddler Derek Deakins et le contrebassiste Kent Blanton, déjà présents sur le second disque de Merle Monroe et Heroes & Friends (et qui connaissent en fait Grindstaff depuis ses débuts avec Jim & Jesse et les Osborne Brothers), ainsi que le guitariste Kevin Richardson qui chantait My Last Dollar sur Heroes & Friends. Pour l’enregistrement du présent album, la formation est complétée sur plusieurs titres par Andy Leftwich (mandoline), Marty Stuart (mandoline), Jonathan Dillon (mandoline) ou Josh Swift (dobro). Au-delà de ses indiscutables qualités de banjoïste, Daniel Grindstaff se révèle avant tout, avec ce disque, comme un homme de goût. Le répertoire et les arrangements sont excellents et il a trouvé en Kevin Richardson un formidable chanteur pour le style traditionnel (sa voix évoque celle de Dudley Connell dans A Little Goes A Long Way, composé par Tim Stafford et Rick Lang) comme pour le countrygrass We See Love (de Rick Lang) et de très bonnes adaptations de chansons country (Denver de Larry Gatlin et Danny’s Song de Kenny Loggins) arrangées avec beaucoup de légèreté. Côté bluegrass classique, l’album comprend aussi le traditionnel The Death of John Henry et la reprise d’un titre de Larry Sparks (Goodbye Little Darlin’). C’est Derek Deakins qui interprète le classique Corinne, Corinna (ici arrangé entre boogie et swing), aussi bien chanté (et joué) que le reste. Dans l’album précédent, Grindstaff avait adapté un titre de Rod Stewart (Forever Young). Il s’est cette fois intéressé au répertoire de Tom Petty avec une excellente adaptation de Angel Dream, superbement chantée par Richardson. Il y avait quatre instrumentaux dans l’album précédent, il n’y en a qu’un cette fois, une composition de Grindstaff, Castlerock Turnaround, dans laquelle il montre tout son talent de banjoïste, comme tout au long de ce très bon album. 


 

Danny ROBERTS

"The Winding Road Leads Home" 

Depuis 2004, date de la formation du groupe, Danny Roberts est le mandoliniste des Grascals. De loin en loin, il enregistre un album sous son nom. The Winding Road Leads Home est le troisième. Le précédent, Nighthawk, était sorti en 2014 (Le Cri du Coyote 142). Les trois chansons de Nighthawk étaient plutôt anecdotiques. Elles étaient interprétées par Andrea et Jaelee, l’épouse et la fille de Danny. Andrea avait été précédemment la guitariste ou bassiste du groupe féminin Petticoat Junction avant de devenir l’agent de plusieurs artistes bluegrass. Jaelee avait douze ans à l’époque, on sentait qu’elle avait déjà du talent et elle l’a amplement confirmé depuis avec le groupe Sister Sadie. Mais, depuis 2014, Danny Roberts a pris de l’assurance comme chanteur et il se charge d’interpréter lui-même quatre des cinq chansons de The Winding Road Leads Home (avec souvent Jaelee et Andrea en harmonies vocales). Il fait seulement chanter My Brown Eyed Darling à Andrea (c’est le seul titre anecdotique du disque et un des deux seuls que Danny n’ait pas composé). Danny est très à l’aise sur les tempos lents, la ballade Life on the Road chantée sur un joli picking de banjo et la valse blues How I’ll Live, How I’ll Die très bien interprétée en duo avec Dennis Parker, ancien membre du groupe de Ricky Skaggs. Sa tessiture medium convient également très bien au countrygrass Small Town America et à Jesus Satisfies, un gospel rapide arrangé comme un bluegrass classique. Les instrumentaux constituent la partie la plus intéressante de l’album avec six compositions de Roberts et, en tout premier lieu, The Drifter, dans le style new acoustic. Roberts nous offre deux instrumentaux rapides typiquement bluegrass tout aussi remarquables, West Virginia Red et Leitchfield à la mélodie accrocheuse. Dans le même style, The McClanahan Stomp et Lawson Sizemore sont presque aussi bien. Tologna Bologna, tout aussi bien joué est peut-être moins intéressant parce que son rythme est plus lent. Danny Roberts est accompagné sur l’ensemble de l’album par son épouse Andrea (basse), Tony Wray (banjo, guitare) et Jimmy Mattingly ou Adam Haynes (fiddle). Une équipe réduite mais talentueuse qui brille tout au long de The Winding Road Leads Home.


 

 

Gena BRITT

"Streets, Rivers, Dreams & Heartaches" 

La banjoïste Gena Britt a un sacré CV comme membre de groupe: Petticoat Junction, New Vintage, Lou Reid & Carolina, Daughters of Bluegrass, Grasstowne. Elle a aussi eu sa propre formation au début des années 2000 et a cofondé Sister Sadie en 2013 avec Dale Ann Bradley, Deanie Richardson et Tina Adair. Streets, Rivers, Dreams & Heartaches est son troisième album solo. Elle a choisi de se faire accompagner par Jason Carter (fiddle), John Meador (guitare), Jonathan Dillon (fiddle), Alan Bartram (basse), Jeff Partin (dobro) et Tony Creasman (drums). Comme peut l’indiquer son titre, Streets, Rivers, Dreams & Heartaches est un album varié, comme l’était le précédent disque de Gena, Chronicle sorti en 2019 (Le Cri du Coyote 163). Tout le début de l’album est réussi, en particulier la première chanson, What Kind of Memory Will We Be, une composition de Dani Flowers (Sister Sadie) qui convient très bien à la voix douce de Gena et reçoit un très bel arrangement moderne construit autour de la guitare de John Meador. Gena est une très bonne musicienne mais elle met son banjo de côté pour Just Like You, un titre entre folk et country acoustique qu’elle chante avec Heather Berry Mabe (Red Camel Collective). Il y a deux instrumentaux dans l’album, une reprise du semi-classique de Bill Emerson et Doyle Lawson Welcome to New York (qui aurait pu se passer de batterie) et Streets of Wenatchee, bonne composition moderne de Gena dans laquelle tous les musiciens jouissent d’une grande liberté sans que ce soit le bordel (l’équilibre n’est pas si facile à trouver). Il y a une belle reprise de Everything to Hide de Sarah Jarosz. Cette dernière l’interprétait seule à la guitare. Gena Britt l’a habillée d’un arrangement americana réussi avec une guitare en fingerpicking, une batterie légère, des chœurs (John Meador) et un low banjo. D’autres morceaux reçoivent des arrangements plus classiques. C’est un type de bluegrass qui convient moins bien à la voix de Gena. Elle s’en tire quand même plutôt bien dans Goodbye to the Blues de Marshall Wilborn (avec le banjo old time de Tina Steffey en plus du banjo bluegrass de Gena) et Heading Back to Heartache de Tim Stafford et Josh Shilling avec de bons solos de Dillon et Carter et les harmonies vocales de Meador et Bartram. Elle est beaucoup moins convaincante dans la ballade He Likes to Fish et le gospel Stone of Faith, composition de Heather Berry Mabe dans laquelle cette dernière chante un couplet (ce qui relève l’intérêt de la chanson). Comme dans Chronicle, Gena Britt a choisi de faire interpréter des titres par d’autres chanteurs. Caleb Smith chante Bend in the River, un titre légèrement countrygrass de Billy Droze et, surtout, Jason Carter interprète très bien Dear Departed, jolie chanson de Shawn Camp, déjà reprise il y a quelques années par Dave Adkins. Streets, Rivers, Dreams & Heartaches est le meilleur album solo de Gena Britt à ce jour.


 

mercredi 17 juin 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

"Songs That Sing Me"
Auteure compositrice douée et prolifique, Becky Buller a mis ce talent de côté pour son nouvel album. Songs That Sing Me, comme son titre peut l’indiquer, regroupe des chansons qui la touchent, qui l’ont accompagnée pendant sa vie. Elle en a choisi onze. On peut régler de suite le compte du dernier morceau du disque, Reach, qui n’était pas une bonne idée. Becky a repris l’arrangement de New Grass Revival. Même accompagnée par Molly Tuttle, Alison Brown, Missy Raines et Sierra Hull, soit The First Ladies of Bluegrass – ainsi surnommées car elles ont été les premières à avoir été élues instrumentiste de l’année sur leurs instruments respectifs par IBMA – la version de Becky Buller est très loin de valoir celles de New Grass Revival. La contrebasse de Missy Raines ne peut apporter l’énergie qu’avait la basse électrique de John Cowan sur ce titre (que ce soit dans la version survitaminée en public à Toulouse ou dans la version studio qui comportait un batteur) et la voix de Becky Buller est très loin de pouvoir rivaliser avec celles de Sam Bush et John Cowan. Mis à part ce titre (et Auction at the Home Place, valse anecdotique apprise de Dry Branch Fire Squad), tout le reste est plutôt bien, voire très bien pour la reprise newgrass de Hazy Shade of Winter de Simon & Garfunkel, un des quatre titres que Becky joue avec son groupe dont l’excellent banjoïste Ned Luberecki qui apporte beaucoup à cette chanson comme à la ballade Millworker (James Taylor) et à Ride on By, chanson rapide typiquement bluegrass de Dick Kimmel. Becky interprète Wall Around Your Heart de Reno & Smiley en duo avec Jim Lauderdale et The Outlaw avec Becky Isaacs (une chanson folk des années 70 avec Jésus dans le rôle de l’outlaw). Camel Train est un gospel que Becky chante joliment avec Ricky Skaggs et The Whites en s’accompagnant au banjo clawhammer. Il n’y a pas que les chansons qui chantent pour Becky Buller puisqu’elle a inclus un instrumental, You Can’t Roll A Seven Everytime, qu’elle joue au fiddle avec Luberecki et Timmy George (mandoline). Becky a repris un second titre de James Taylor, Jellyman Kelly qui est apparemment une chanson pour enfants. Elle est accompagnée par toute la famille Fleck (Béla, Abigail Washburn et leurs deux fils) et sa fille Romy. On connait quelques résultats pathétiques de ces collaborations parents-enfants. Pas cette fois. Les enfants chantent très bien (et les parents aussi – et Béla a sorti son banjo). Avec A Hazy Shade of Winter, la reprise que je trouve la plus réussie est celle de Muddy Waters de Seldom Scene. On peut trouver émouvant que Becky ait choisi de l’enregistrer avec les fils de deux musiciens présents dans la version originale (Chris Eldridge - guitare et Jay Starling – dobro) mais la bonne idée de Becky Buller est surtout d’avoir accentué le côté blues de la chanson de Phil Rosenthal avec un rythme beaucoup plus marqué qui la rend épatante. Becky Buller a très souvent de bonnes idées (mais pas à chaque fois, quand même).
 

 
"Love & Trouble"
Love & Trouble est le deuxième album de Missy Raines & Allegheny. La formation est inchangée depuis Highlander (juillet 2024) avec Tristan Scroggins (mandoline), Eli Gilbert (banjo), Ellie Hakanson (fiddle) et Ben Garnett (guitare). Missy a également repris Alison Brown comme productrice. Depuis quelques années, Missy a choisi d’assumer le rôle de chanteuse principale dans son groupe (sa précédente formation New Hip, était essentiellement orientée vers la musique instrumentale, le jazz principalement). Missy n’est pas une chanteuse extraordinaire mais sa voix est agréable et aisément reconnaissable. Ellie Hakanson et Tristan Scroggins forment avec elle un bon trio vocal et prennent leur chance chacun leur tour en lead, Tristan avec la valse Future on Ice tirée du répertoire de Jimmy Martin et Ellie avec Scraps From Your Table d’Hazel Dickens. Missy chante Anywhere the Wind Blows de Good Ol’ Persons avec Kathy Kallick et Laurie Lewis, deux anciennes musiciennes de cette formation californienne (c’est Kathy qui a écrit la chanson avec John Reischman). Missy a elle-même composé trois chansons dont deux (Yanceyville Jail et le trainsong Stop 88) sont dans la veine classique qui domine l’album. Elles figurent parmi les meilleures avec Cold Wind. Leur tempo rapide permet à chaque musicien de faire étalage de son talent. Je trouve cependant que le bluegrass moderne convient mieux à la voix de Missy. Eula Dorsey est une chanson douce mais rythmée sur les désillusions d’une immigrée irlandaise aux États-Unis. C’est la troisième composition de Missy et c’est celle qu’elle chante le mieux. L’harmonie vocale de Ellie Hakanson est également remarquable. Mon titre préféré est cependant l’unique instrumental de Love & Trouble, Vonetta, magnifiquement joué par les cinq musiciens dans le style new acoustic music, comme Tony Rice l’avait déjà fait dans l’album Still Inside (mais sans banjo) il y a pas loin d’un demi-siècle.
 

 
"All God’s Children"
Pas facile de suivre un groupe comme East Nash Grass composé de jeunes musiciens très doués et donc très sollicités. Le contrebassiste change selon la disponibilité des musiciens. Pour l’enregistrement de All God’s Children, troisième album de la formation, c’est Jeff Partin qui a officié. Il chante même The Love We Gave Up, une de ses compositions, sans pour autant faire officiellement partie du groupe. Gaven Largent, membre fondateur de East Nash Grass devait être sur le départ lors des séances de studio car il n’est présent que sur quelques morceaux et il ne chante pas alors que j’avais trouvé qu’il était l’interprète le plus intéressant sur l’album précédent, Last Chance To Win (juillet 2024). Depuis la sortie du présent album, All God’s Children, le guitariste James Kee a quitté le groupe dont il était un des principaux chanteurs. La chance de East Nash Grass est d’en avoir quatre et All God’s Children met avant tout en avant les qualités d’interprète du mandoliniste Harry Clark. Sa manière un peu trainante, un peu désinvolte convient à merveille à l’adaptation très réussie de Git Along Little Yearlings de Jimmy Driftwood. Il est également très bon dans Bend in the Road qu’il a composé avec le banjoïste du groupe, Cory Walker. Un titre entrainant et dynamique comme une grande partie de l’album. C’est encore Harry Clark qui chante le traditionnel Jump Through The Window, meilleur titre du disque, dont la réussite est surtout due à l’originalité de l’arrangement porté par le fiddle de Maddie Denton, élue non sans raison fiddler de l’année 2025 par IBMA. Tous les musiciens de East Nash Grass sont excellents mais c’est encore le fiddle qui retient l’attention dans les arrangements de Bend in the Road et All God’s Children. Maddie chante deux titres dont Followin’ You coécrit par James Kee, bien arrangé avec le dobro et un low banjo, instrument qui semble de plus en plus prisé par les musiciens bluegrass. James Kee interprète trois titres dont All God’s Children. J’ai trouvé sa voix trop en retrait dans In Such A Short Time joué sur un tempo rapide. Il est beaucoup plus à l’aise sur le countrygrass Lonesome Song signé Chris Henry.
 

 
"Empty Pair of Shoes"
Empty Pair of Shoes est le premier album de Claire Lynch depuis North by South en 2016 (Le Cri du Coyote 151). Claire en a écrit ou coécrit toutes les chansons, mais ça ne fait que huit au total. C’est peu, d’autant que North by South était un album de reprises (de chanteurs canadiens). Du coup, je me dis que l’inspiration s’estompe et que c’est peut-être le dernier disque de Claire. Ça fait plus de cinquante ans qu’elle nous enchante, d’abord avec le groupe Front Porch String Band puis en solo. Empty Pair of Shoes est sans doute son album le moins bluegrass. Seul Suffer the Children relève réellement du genre. Pour le reste, on compte trois swings et quatre ballades. Au vu de la popularité de Who Knows What Tomorrow May Bring, que Claire avait enregistré sur Silver & Gold en 1997 et qui a été repris par plusieurs groupes, le swing a souvent réussi à Claire Lynch et c’est encore le cas dans Empty Pair of Shoes, en particulier avec Blue Light of Love, mon titre préféré sur cet album. One Mistake At A Time, plus jazzy, et Sugar Blues Tomorrow – coécrit avec Becky Buller -, plus blues, sont également de bonnes chansons. Rob Ickes joue de la guitare hawaïenne sur ce dernier titre. Les ballades mettent en valeur la sensibilité de l’interprétation de Claire, sa voix fragile et pourtant assurée. J’aime surtout l’intimiste Trouble’s Not Troubling Me et Empty Pair of Shoes, écrit avec Cathy Fink et arrangé avec une guitare slide. Claire est très bien accompagnée tout au long de l’album soit par des musiciens canadiens (sa deuxième patrie depuis qu’elle y a rencontré l’amour – cf. North by South), soit par les talentueux musiciens qui l’ont accompagnée tout au long d’une bonne partie de sa carrière : Jim Hurst, Missy Raines, Mark Schatz, Matthew Wingate et Bryan McDowell.
 

 
"Too Far To Let Go"
Too Far To Let Go est le cinquième album de Colebrook Road depuis la formation du groupe en 2008, et c’est à mon avis son meilleur. Colebrook Road a un style bien à lui, qui repose sur les bonnes compositions de son chanteur et guitariste Jesse Eisenbise, sa voix claire et décontractée et un bluegrass qui évite la tension souvent associée au drive. Du bluegrass un peu folk sans que ça ait quoi que ce soit de péjoratif. La seule chanson jouée avec le drive classique du bluegrass traditionnel (Live in the Light) m’apparait comme la plus ordinaire de l’album. Colebrook Road joue pourtant une musique bien rythmée, sur des tempos parfois très rapides (la reprise de That Summer de Garth Brooks, The Real You). Il y a de bonnes trouvailles dans les arrangements: des chœurs pop sur le refrain du magnifique blues Alone Again, It’s All You Need qui se termine par la reprise de All You Need Is Love des Beatles, les chœurs sur fond de banjo de Wise Old Owl coécrit par Eisenbise et Mason Via… Le groupe est inchangé depuis ses débuts. Le mandoliniste Wade Yankey signe un joli instrumental, Creek Pizza, dans lequel s’illustrent le banjoïste Mark Rast et le fiddler Joe McAnulty. La seule intervention extérieure est celle de Woody Platt qui chante un couplet de As You Do. Colebrook Road est un groupe séduisant, original et Too Far To Let Go est la meilleure porte d’entrée pour le découvrir.
 

 
"Blooming Haze"
Blooming Haze est le second album de Karoline & the Free Folks, trio lyonnais composé de Caroline Penot (guitare, mandoline, banjo), Noémie Charmetant (contrebasse) et Jimmy Josse (guitares). Caroline a écrit et chante les treize titres, tous en anglais. Malgré la formule réduite en trio, grâce à une poignée d’invités mais surtout au talent des trois musiciens, les arrangements couvrent un large spectre de musiques américaines, avec une dominante bluegrass (5 chansons) voulue par Caroline. Bluegrass Left To Share est une déclaration d’amour au genre initié par Bill Monroe. Les banjoïstes Gilles Rézard et Ben Wright (Henhouse Prowlers) et le violoniste Gaëtan Berny contribuent à donner la teinte de l’herbe bleue à trois chansons. Mais the Free Folks n’ont besoin d’aucun invité pour donner la couleur bluegrass au bel arrangement de Bird Talks & Puns. A côté de plusieurs ballades dont Resurrection qui démarre a cappella façon gospel, on trouve une belle chanson country (Bat Girl avec Jimmy à la guitare électrique), du folk original et bien rythmé (Dark Unholy Space), un boogie blues (No More) et même un folk rock funky (Subterranean Song). Jimmy Josse est un guitariste inventif qui s’adapte à chaque chanson. Noémie a un jeu très dynamique. Elle déborde souvent du rôle rythmique dévolu à la contrebasse avec plusieurs solos et des interventions à l’archet. Caroline complète les arrangements à la mandoline, au banjo clawhammer ou à la guitare. Le timbre de sa voix rappelle parfois Dolly Parton ou Claire Lynch. C’est sur la ballade Golden River et les bluegrass Burning Wooden Cabin et Bird Talks & Puns que je la préfère. La réussite de Blooming Haze tient aussi énormément au travail sur les harmonies vocales, vraiment remarquables tout au long de l’album.