jeudi 5 novembre 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

The GOTHIC COWBOY aka Melvin LITTON

 w/ MANDO DAN & Sasha FERYOK

"The Dealer" 

Melvin Litton, 75 ans, a une belle carrière derrière lui. Avec The Border Band, puis sous le nom de Gothic Cowboy, il nous a laissé de bien beaux albums au long desquels il perpétue la tradition de Woody Guthrie, Bob Dylan, Townes Van Zandt, Leadbelly ou Hank Williams, pour ne citer que quelques-uns des maîtres. Il présente son nouvel album, The Dealer, avec ces mots: "Dans ce vaste monde, il se trouve toujours un dealer, qu’il siège à la Maison-Blanche ou qu’il évolue dans les plaines où paissent les bisons, qui cherche à truquer la partie, au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre". Le disque nous propose vingt-et-un titres. Beaucoup sont nouveaux, certains ont été tirés de la poussière de sa longue carrière. Tous sont de la plume de Melvin (dont Boxcars 'n Boneyards coécrit avec Robb Popp) sauf Cowtown écrit par David Leach et le traditionnel Range Of The Buffalo qui clôture l'opus. Aux côtés de Melvin, sont seuls présents, dans une formule simple et efficace, Mando Dan aka Dan Hermreck (mandoline) et Saha Feryok (fiddle slave). The Gothic Cowboy nous régale de son folk teinté de blues, avec un sens de l'observation aigu. Il parvient à saisir les sentiments, qu'il s'agisse d'amour, de désolation, de faits personnels ou politiques, d'une manière qui donne à l'auditeur l'impression d'être au cœur de l'action. La chanson-titre, The Dealer, est un véritable petit film musical qui dure plus de sept minutes, c'est un morceau très représentatif de ce que sait faire l'artiste. Just Before He Dies capture d'une façon émouvante les derniers instants d'un homme. Il y a aussi des chansons simples et tendres comme Your Green Eyes Smile, Son Of Mine ou Sweet Nancy, en mémoire de la sœur de Melvin. Je peux encore citer les nostalgiques Hero, Last Ride, For A Nickel Or A Dime, décerner une mention spéciale à James Street Bridge, Bring The House Down et Dead Bear In The Baranca, mais la vérité m'oblige à dire qu'il n'y a pas un moment faible au long des quatre-vingts minutes que dure The Dealer. Dans le Cri du Coyote n°164, en 2020, à propos de Between The War, j'avais écrit, et je le confirme: " L'album est captivant de bout en bout et Melvin Litton un parfait exemple de ce que le folk américain peut offrir de meilleur. Indispensable!".


 

 

The CASHVILLE TRASH PANDAS

(self-titled) 

Derrière The Cashville Trash Pandas se cache un nom bien connu, Jubal Lee Young. Au chant et à la guitare, il est ici en compagnie des seuls Mike Carty (basse) et Chuck Sigler (batterie). Max Williams qui est cité comme guitariste sur la pochette du CD n'a rejoint le groupe qu'après l'enregistrement de ce premier opus. Jubal est connu pour être le fils de Steve Young (et de Terrye Newkirk) mais aussi, comme le prouve sa discographie, pour être un des meilleurs dépositaires du label outlaw country. Ici, il se contente de conserver le côté outlaw, qu'il développe au son d'une guitare électrique brûlante au long des douze titres très rock qui composent l'album. Dix sont de sa plume, Worker's Song (Handful Of Earth) est l'œuvre d'Ed Pickford et The White Trash Song est une composition bien connue de Steve Young. Les premiers mots de Fuck That Guy, le premier titre, donnent le ton: "Tu continues à répandre la haine / Tout en brandissant une bible / Tu diffames et calomnies / Et tu te vautres dans la cupidité / Puis tu affirmes que tu vas prier / Pour que Jésus me sauve / Mais ce qui le mettait en colère / C’était l’hypocrisie". C'est une charge en règle contre Trump et sa clique de faux-culs bénis, mais le côté mercantile de Nashville en prend aussi pour son grade avec Welcome To Nashville, Asshole (déjà enregistré pour l'album Squirrels) ou Fuck The AMA, sans parler de Chicken, Beer & Atmosphere. Sacrifice est un autre moment fort de l'album avec ce souhait "Si nous sacrifiions ne serait-ce qu’un milliardaire par an, un milliardaire par an, ils abandonneraient tout". Il y a un aspect autobiographique dans I Refuse qui traduit bien le côté rebelle et indomptable de Jubal Lee Young. L'hypocrisie et la bigoterie en prennent de nouveau pour leur grade avec Have Me Shot: "Non, je ne suis pas tenu de respecter ta foi / Ta foi doit mériter mon respect / Tant que tu t’en sers pour haïr / Ne t’attends à rien". People Like You enfonce le clou avec ces mots: "Les gens comme vous disent qu’ils se fichent de ce que les autres pensent / Mais, en réalité, ça leur importe / Les gens comme moi, eux, s’en fichent vraiment / Mais nous ne le dirions jamais aux gens comme vous". Le disque se conclut avec Here's Your Hat, une chanson de rupture, sur un ton peu plus léger. Voilà un groupe qui laisse éclater sa colère, un disque que l'on reçoit comme un coup de poing salutaire dans l'estomac. Il est juste dommage qu'il ne puisse pas atteindre davantage d'Américains (mais pas seulement). 


 

 

Dean OWENS and The SINNERS

"Our Favourite Sins - Live from the Slate Room" 

Cet album a une histoire, celle de sa genèse. À la fin d'une tournée aux Pays-Bas, Dean Owens avait été approché par Bert Pijpers, de Continental Record Services. Ce dernier lui avait demandé s'il pouvait enregistrer un album live pour son label Must Have Music, ou plus exactement un disque enregistré en studio dans les conditions du direct, regroupant quelques-uns des titres favoris du songwriter écossais. C'est ainsi que Dean Owens & The Sinners se sont retrouvés à l'automne 2025 aux Slate Room Studios, près d'Édimbourg pour graver cette collection de dix-sept titres (dont l'inédit Road Of Diamonds) pour la plupart parus dans les albums récents de Dean. Dean Owens (voix, guitares acoustiques à cordes nylon et métal), Craig Ross (guitares électriques et acoustiques et chœurs), Adam McMillan (contrebasse & chœurs) et Pip Cardwell (trompette) constituent le groupe, rodé par trois années de concerts. On connaît (ou pas) Dean au travers de ses albums solo, de ses groupes (The Felsons, Redwood Mountain, Buffalo Blood) et de ses collaborations avec Will Kimbrough & Neilson Hubbard ou Calexico. Ce qui est intéressant avec Our Favourite Sins (puisque le disque s'appelle ainsi), c'est de redécouvrir des chansons connues, interprétées par un groupe soudé avec une unité de ton et de son. C'est ainsi que des titres relativement anciens comme New Mexico ou The Night Johnny Cash Played San Quentin trouvent une seconde jeunesse et cohabitent sans peine avec les plus récents que sont Land Of The Hummingbird, Arizona, My Beloved Hills, Hopeless Ghosts et d'autres. Il y a aussi le morceau sifflé, The Rain That Never Lands, où la trompette joue un rôle important comme dans nombre d'autres titres. Dean siffle encore pour introduire le nouveau titre, Road Of Diamonds, où la guitare électrique, tout en retenue, de Craig Ross dialogue joliment avec la voix de Dean. Le disque se referme avec After The Rain, comme une parenthèse avant un nouvel album qui devrait paraître en 2027. Pour ceux qui ne connaitraient pas encore Dean Owens et son œuvre, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est riche et variée, ces péchés favoris sont une belle porte d'entrée.


 

 

RJ CHESNEY

"A Southern Man" 

Après Prayers Of A Wayward Son (2010), Angels Falling (2013) et Amateur Revolution (2019), RJ Chesney revient avec A Southern Man. Ce disque propose douze titres dont 9 écrits ou co-écrits par RJ auxquels s'ajoutent Holy Roller (Mesa Pullman / Shira Myrow), Suzanne (Kyle McNeill) et, surtout, Biloxi (Jesse Winchester), dernier titre de l'opus. Le songwriter de Macon, Georgia, revendique son identité sudiste au travers du titre de l'album qui a été produit à Los Angeles par Zachary Ross et Jason Hiller. Ces derniers sont aussi les deux principaux accompagnateurs de RJ. Jason joue de la basse, de la contrebasse et de l'orgue à anches, alors que Zachary joue toutes sortes de guitares et assure quelques chœurs (il a aussi co-composé quatre titres). Parmi les musiciens les plus notables, il faut signaler Marty Rifkin (pedal steel et dobro), John T. Thomas (piano, orgue, accordéon), Deacon Marrquin ou David Goodstein (batterie). La voix de RJ Chesney est bien posée, plutôt soul, elle est particulièrement remarquable dans le morceau d'ouverture, Unforgiving Heart, ou dans la très belle ballade Suzanne (un prénom qui a inspiré beaucoup de songwriters) et prend des accents de Guy Clark dans Holy Roller. Il convient de souligner la qualité de la production et celle de l'accompagnement, où les guitares savent évoquer J.J. Cale ou Tony Joe White (dans la chanson titre par exemple) aussi bien que les groupes de rock sudiste. Parmi les titres les plus forts, il y a aussi The Devil Is Beating His Wife (NdR: mon morceau favori de l'album), Orphans Of The Sky, My Silent Storm et, bien sûr, A Southern Man, sans oublier Afraid Of The Ball aux accents country. Quant à Biloxi, il conclut l'ensemble de fort belle manière, avec notamment la guitare à résonateur de Zachary Ross. 


 

 

Ags CONNOLLY

"Yesterday's Man" 

La parenthèse James Hand refermée (Your Pal Slim: Songs Of James Hand paru en 2024), Ags Connolly est de retour avec un album de chansons originales, Yesterday's Man, le premier depuis Siempre en 2023. On retrouve aux côtés d'Ags une partie de l'équipe qui avait contribué à cet album: Rob Updegraff (guitares), Anna Robinson (basses et voix) et Chris "CJ" Jones (batterie). S'y ajoutent Sarah Jory (pedal steel), Kieran Towers (fiddle) et Andy May (piano). Cerise sur le gâteau, l'Américain (établi en Écosse) Cahalen Morrison, dont le prochain album, Broken Bell, est prévu pour janvier, vient ajouter quelques notes de mandoline et de banjo sur Didn't I Say, et de guitare acoustique sur Someone Wrote A Song About You. Disons-le tout de suite, si toute la musique country américaine était de ce calibre et de cette authenticité, le genre se porterait bien mieux. Le titre de cet album (qui est aussi celui de la première chanson) est à cet égard une forme de manifeste. "Maintenant, je comprends pourquoi les vieux aiment les vieux films / C’est parce qu’ils regrettent une vie disparue à jamais / Traitez-moi d’homme d'hier / Si vous le voulez". Mais l'homme du passé, qui ne cherche pas à faire moderne y compris dans sa tenue, est tout sauf passéiste, même si la plupart des titres sont empreints d'une douce nostalgie (Aren't You Lucky), portée par une voix dont la qualité n'est plus à démontrer. That Song Caught Me Wrong, qui évoque le grand et regretté Billy Joe Shaver, en est une belle illustration. Certains titres mettent en scène des personnages, d'autres sont plus personnels (What Am I Gonna Think About You, avec une introduction au piano, Come Back Around), avec souvent une touche d'humour et d'autodérision (When You Had The Chance). Parmi les titres les plus marquants, je citerai aussi Yesterday's Man, porté par une belle pedal steel guitar, Didn't I Say, plein d'énergie, et Someone Wrote A Song About You, avec une vivifiante partie de fiddle. Ags Connolly poursuit sa route, affinant son art à chaque album. Si vous cherchez de la bonne country music, il n'est pas forcément nécessaire d'aller à Austin ou à Nashville. Ags s'est simplement rendu dans un studio de l'Oxfordshire, armé de sa voix, de sa guitare acoustique et de dix chansons, pour produire un des meilleurs albums du genre de cette année.


 

 

Mike GUINEY

"The Grace Of Eloquence" 

Mike Guiney est ce qu'on appelle un late bloomer puisqu'il a attendu d'avoir 61 ans pour publier The Grace Of Eloquence, son premier album. L'éclosion tardive de ce natif de Terre-Neuve-et-Labrador (la province de Newfoundland au Canada) ne signifie néanmoins pas qu'il est un débutant puisqu'il a écrit ses premiers poèmes à l'âge de 16 ans et toujours été passionné par les chansons et notamment les textes de celles-ci. Ses premiers écrits avaient la forme de longues ballades, de chansons à histoires à la manière de Marty Robbins ou Tom T. Hall. La vie passant, en dehors de ses activités et métiers variés, Mike n'a jamais laissé de côté la plume et le papier, se distinguant même à plusieurs reprises lors de l'ISC (International Song Competition) et vainqueur à deux reprises (2015 et 2019) du Lyric Contest Grand Prize du magazine American Songwriter. Cela lui valu de gagner trois guitares dont il apprit peu à peu à jouer, en particulier les accords des chansons de cowboy, avec le désir de devenir un véritable songwriter. C'est ainsi qu'est né The Grace Of Eloquence qui nous propose dix titres que Mike chante de sa voix feutrée. Le disque est produit par Zane Whitfield et Chris Brown (qui joue également piano, orgue et cuivres). Jason Scherr est aux basses électrique et acoustique, ajoutant un banjo sur Troubadour Blues. Pete Bowers est à la batterie et de nombreux invités apportent leur contribution. C'est d'ailleurs au son de la guitare électrique de l'un d'eux, Tony Scherr, que l'album débute avec Gone Dry où l'orgue tient également une place importante. Après Ain't No Friend Of Mine, plus murmuré que chanté, Tony Scherr est de retour, avec Mickey Raphael à l'harmonica, pour Gravedigger Blues qui nous transporte quelque part entre Leonard Cohen et J.J. Cale. La voix de Miss Emily enjolive le titre suivant, Love Can Be Dangerous avec, cette fois, la guitare électrique de Tom Savage. Le rythme de l'ensemble est lent et ne s'accélère pas avec Gone Are The Days où la mandoline de Joey Wright et les cuivres et le piano de Chris Brown apportent cependant une couleur différente. "The grace of the eloquence" (quel beau titre pour un album!) sont les premiers mots de Beyond's Fate Control, au tempo lent et chaloupé, où la guitare de Tony Scherr brille encore. Le saxophone de Jonathan "Bunny" Stewart donne des accents presque joyeux à Come Down (Before You Fall) que l'on pourrait qualifier de country-jazz, tendance ragtime. Puis vient Troubadour Blues, avec le banjo de Jason Mercer et l'harmonica de Todd Bryant Weeks, avant Moonlight On The Water, dépouillé et nostalgique. Counting Lucky Stars, pour terminer, est un long morceau dont les notes (surtout celles de la guitare de Tony) et les mots s'étirent sur plus de sept minutes et demi, Il est révélateur de l'art de Mike Guiney et se conclut sur une réflexion selon laquelle on peut agir sur son destin, sans subir la fatalité. Pour résumer, The Grace Of Eloquence est un bel album, qui manque certes un peu de rythme, mais qui se laisse découvrir avec plaisir, par touches successives. 


 

samedi 31 octobre 2026

Avenue Country, par Jacques Dufour


 

Alicia Blue

"Country Desire" 

Alicia Blue fait partie de la cohorte (non le mot n’est pas top fort) de jeunes chanteuses apparues ces toutes dernières années et se réclamant d’une country relativement traditionnelle et néanmoins éloignée des vieux poncifs du genre. On mentionnera Rachel Brook, India Ramey, Kaitlynn Butts, Emily Nenni ou Sweet Megg pour n’en citer que quelques-unes. On peut trouver un certain charme au vocal acidulé de la Texane fixée à Nashville mais on peut lui reprocher un manque d’originalité concernant les tempos choisis et l’absence d’un titre un tantinet rythmé malgré la production de Shooter Jennings. Le meilleur est titre est Waitress Blues avec un yodel à la Jimmie Rodgers.


 

 

Charley Crockett

"Clovis" 

Autant vous l’avouer d’entrée je n’ai jamais été fan de cet artiste. Il jouit pourtant d’une bonne côte parmi les critiques. Contrairement au titre de fond d’album Honky Tonk Philosophy il ne s’agit aucunement de country traditionnelle pour danser le samedi soir malgré une reprise hasardeuse de Don’t Take Your Guns To Town de Cash. Absence totale de titres rapides et accompagnement plus pop que country. Enfin sachez que le titre de cet album n’honore pas le roi des Francs mais la ville de Clovis située dans le Nouveau Mexique.  


 

 

Elizabeth COOK

"Great Television" 

Elizabeh Cook ou le retour. En effet cette chanteuse qui se produisait enfant dans le groupe familial avait sorti un premier album en 2002 chez Warner Bros après être arrivée à Nashville en 1997. Malheureusement sa carrière n’a pas décollé malgré de multiples passages au Grand Ole Opry. Après des aléas personnels et quelques albums indépendants la chanteuse originaire de Floride revient à l’âge de cinquante-quatre ans avec un nouvel album fortement orienté americana. On notera quelques ballades plaisantes et deux reprises, surprenantes dans le contexte, le 19th Nervous Breakdown des Stones et une relecture très personnelle du classique Caldonia de Louis Jordan qui avait été adapté en France par Eddy Mitchell.


 

 

Clay DuBOSE

"Father Time And Mother Nature" 

L’illustration de pochette est ce qu’il y a de plus intéressant concernant cet album très inégal. Si les onze titres avaient été du niveau du country Winning Streak et du rapide Growing Wild, Clay DuBose aurait mérité cinq étoiles. Le piano sur l’un et l’harmonica pour l’autre remplacent la pedal steel guitare et le violon, ce qui range cet album dans le registre americana/pop/variété plutôt que country. 


 

 

Kimmi BITTER

"Bittersweet" 

Nous avons déjà évoqué dans ces colonnes cette jeune Californienne qui s’est prise d’affection pour l‘ambiance musicale des années 60. Elle nous renvoie à l’époque de la mode Courrèges, des mini jupes, de Sandy Shaw ou des premières chansons de France Gall. C’est charmant, sucré, mais ses chansons manquent cruellement de substance. Pas de petit pantin ou de sucette à l’anis. Pas un titre qui émerge parmi un lot de ballades un peu trop molles. Kimmi Bitter a sorti trois albums coup sur coup et c’est trop pour pouvoir se renouveler. Celui-ci est le moins accompli de la série. Certes la photo de pochette est aguichante mais la musique a aussi son importance… Deux instrumentaux nous rappellent Duane Eddy mais pour quel public en 2026? Kimmi peut faire beaucoup mieux mais il lui faut trouver un Lee Hazlewood pour mentor.


 

 

Sarah HOBBS

"Texas Made" 

Elle l’avoue dans le titre de son album, Sarah Hobbs est Texane. Elle a même été élue chanteuse de l‘année 2019. A l’écoute de son vocal puissant on comprend pourquoi. Tinder est le titre le plus country et Texas Made semble être inspiré par Gretchen Wilson. 


 

 

Stephanie SAMMONS

"Head Noise" 

Cet album vous propose une série de ballades de tendance folk alternatif. Rien de bien joyeux et même plutôt monotone à l’écoute si vous auditionnez les dix titres à la suite. Pour anglophones et public averti.


 

 

Tony HANNAH

"Love It Or Leave It" 

Originaire du Tennessee, Tony Hannah a travaillé dans une ferme en Californie mais aussi comme top modèle à New York. La voici qui nous présente son premier album. Il faut bien avouer qu’elle ne se distingue de ses nombreuses consœurs ni par son vocal très ordinaire ni par ses chansons tout aussi… ordinaires. Un album de country music sans relief particulier. Waterloo morne plaine. Son avenir ne se réalisera certainement pas à Nashville. 


 

 

Two Runner

"Porchlight" 

Amateurs de sonorités modernes, passez au loin. Cet album s’adresse à ceux qui se retranchent derrière une musique traditionnelle acoustique et authentique. Un croisement entre la Carter Family et Old Crow Medecine Show. Banjo et violon se partagent l’accompagnement de ces douze compositions signées Paige Anderson et chantées par cette jeune femme qui se cache sous l’appellation énigmatique de Two Runner. En fait la seconde "Two" est la violoniste Emilie Rose.


 

dimanche 25 octobre 2026

Disqu'Airs, par Alain Kempf & Éric Allart

 

KEB’ MO’

"The Breakdown" 

Le bluesman de Nashville revient de loin : après une opération à cœur ouvert et une séparation douloureuse avec sa compagne, il nous livre un album dépouillé, loin d’être austère. Seul avec ses guitares (parfois un harmonica) sur 8 titres (l’album en compte 10), Keb’ Mo’, à 75 ans, pose à travers ses chansons un regard apaisé mais lucide sur sa vie et le monde. Le jeu de guitare et la voix si caractéristiques de l’artiste sont à leur zénith tout au long des plages. Fussing And Fighting ouvre le programme : la chanson raconte les problèmes conjugaux passés avec un groove impeccable donné par la guitare à résonnateur National. Puis Every Step Of The Way, ballade jazzy, évoque l’apaisement et l’optimisme après les crises de la vie, au son d’une guitare à cordes nylon. Toutes les chansons sont signées ou co-signées Kevin Moore (le nom complet de Keb’), mais plusieurs d’entre elles ont déjà enregistrées dans le passé, comme Walking On The Water, sortie en 2018 et chantée par sa co-autrice Rita Coolidge. Hand It Over figurait sur un album de 1996. Sur The Breakdown, c’est l’un des deux morceaux où Keb’ Mo’ est en compagnie de choristes, en l’occurrence le Soweto Gospel Choir, et ce nouvel arrangement est somptueux. Mon titre préféré est They Don’t Make ‘Em Like They Used To qui traite de façon amusante de l’évolution de la condition féminine. On trouve une vidéo où Keb’ Mo’ le chante seul et c’est un country-blues fort savoureux. Mais sur l’album, la chanson est accompagnée par le groupe vocal Take 6. Je ne savais même pas que cette formation, qui avait connu un certain succès dans les années 80 existe encore. Ces chanteurs sont toujours aussi extraordinaires et l’association avec Keb’ Mo’ est une pure merveille. (Alain Kempf)


 

 

Various Artists

"Honky Tonk Hardwood Floor" 

(Doghouse And Bone Records)

Rares sont les compilations d’artistes sélectionnées et produites sur le sol français. C’est pourquoi il faut porter une oreille attentive à cet album de seize titres issus de l’expertise de Rodolphe Guilleux dont nous avons ici déjà chanté les vertus pour les immenses publications des oeuvres de Jimmie Widener et Tani Allen, enfin réévalués à leur juste contribution dans des formats qui n’ont rien à envier au travail encyclopédique et méthodique de l’ours de Brême. 16 titres avec une majorité de morceaux illustrant la bascule de la Country Music au tournant des années 50-60. Point de dégoulinades sucrées surproduites par le Nashville sound ici. Mais la marque de l’électrification, du durcissement parallèle aux paradigmes posés par le Rockabilly et le Bakersfield. C’est parfois rugueux, c’est avec jubilation que l’on découvre des grosses guitares avec réverbération couplées avec du fiddle archaïque. Comme grands noms l’indispensable Eddie Noack, Moon Mullican dans une production méconnue tardive, Un peu moins connus le délicat Tony Douglas avec le merveilleux Thunder And Lightning, Bill Mack connu sur ses hillbillies-bop chez Imperial et peut être les Miller Brothers, cette dernière formation de western swing ayant été à notre connaissance rarement exposée si ce n’est sur la vieille série de rééditions Bison Bop. Hormis quelques rares collectionneurs surdotés, tous les gens séduits par Johnny Horton, Grady Martin, Sanford Clark trouveront ici leur bonheur et du nouveau dans le vieux. J’ai découvert la version sensible et dépouillée de It's Nothing To Me de Loy Clingman qui à elle seule justifie de se pourvoir de la galette disponible sur Bandcamp.  (Éric Allart)


 

 

Don CAVALLI

"Sounds Of Faith And Sorrow" 

(Doghouse And Bones Records)

Don Cavalli a émergé à la fin du XXè siècle dans les milieux rockabilly comme phénomène vocal, tant son timbre évoquait Charlie Feathers. Une parfaite maitrise de l’anglais, une présence scénique rare. Mais ceux qui ont creusé un peu plus et qui ont eu la chance de rencontrer l’homme ont été à jamais marqués par l’amplitude de ses inspirations, son intégrité et sa capacité à s’approprier tout le matériel qu’il utilisait. Capable de composer et produire, au point de toucher les programmateurs de Radio France, ce qui relève de l’exploit dans nos idiomes, il nous donne ici son "tribute" aux pères fondateurs Hillbilly. On restera impressionnés par la capacité à s’approprier des standards du Bluegrass, du Hillbilly-Blues et à les habiter avec une présence intemporelle qui se rit des modes et des tendances. Quand l’écoute Don Cavalli, je suis en face des mêmes singularités qu’avec Jimmy Murphy ou Brother Claude Ely. Le gars possède cette pulsion primale, cette foi brute illuminée par le génie et la folie. J’allais évoquer Jerry Lee Lewis dans cet élan d’urgence vitale étrange, si rare dans une époque où les couches de silicium digérées par IA évacuent l’humain de la production musicale. C’est plein de guitares acoustiques, ça respire, ça conjugue musicalité et puissance comme rarement. Ce disque est beaucoup plus qu’un EP de six titres, c’est un manifeste. Un jalon. Je parie l’âme que je n’ai pas qu’on en causera encore dans un lointain futur tellement ce truc prend à la gorge. (Éric Allart)



samedi 10 octobre 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

Grey DeLISLE

"Don't Turn Around" 

Depuis son retour aux affaires musicales (avec l'album Borrowed, paru au début de 2023) Grey DeLisle ne prend pas beaucoup de repos, et je serai le dernier à m'en plaindre. Après Grey & Greene, au printemps dernier, elle boucle 2026 avec Don't Turn Around. Ce nouvel album n'est pas totalement nouveau mais il a une histoire un peu triste, celle d'Andy Paley, producteur renommé (Brian Wilson, Patti Smith, NRBQ, Jerry Lee Lewis, Ramones…) qui a eu la mauvaise idée de quitter ce monde en novembre 2024. Grey l'avait rencontré et s'était liée d'amitié avec lui alors qu'elle faisait des doublages pour une série d'animation. Au cours d'une conversation, elle lui avait glissé "I'm a songwriter", ce qui lui avait valu une réponse amusée: "Non, juste un personnage bizarre de dessins animés". Et puis, elle lui joua Don't Turn Around avec pour réaction: "Oh, mon Dieu! Je déteste tout et j'aime ça!", et ils décidèrent de faire cet album ensemble. Le cancer de la gorge fut plus fort qu'Andy et Grey se tourna vers Marvin Etzioni pour l'aider à poursuivre et terminer le projet, tout en respectant la vision d'Andy Paley. Marvin a fait cette confession, après avoir écouté la chanson titre: "J'étais assis là, pleurant comme un enfant. J'entendais le disque fini dans ma tête". À partir de là, une seule question le guidait: "Qu'aurait fait Andy?". Don't Turn Around comporte onze chansons, toutes écrites par Grey. Certaines sont purement country comme Every Day Of The Week Ends In Why ou plus rock comme The Lights Are Off But Somebody's Home (une chanson de routier comme Grey rêvait d'en écrire depuis longtemps. Et puis il y a le plus léger Don't Break The Strings ou encore There's The Door, un hommage à George Jones où Grey réimagine le Grand Tour avec le point de vue d'une femme. Remarquable également, You're Driving Me Away, une ballade bluesy, nous offre un duo vocal avec Dave Alvin. Et puis il y a tous les autres titres, richement orchestrés, où la patte d'Andy Paley est vraiment palpable: Drive Around, Don't Turn Around, Disneyland, Open Mic At The Stumble Inn, Your Mama Doesn't Love Me Anymore. On pense immanquablement au travail d'Andy Paley et Brian Wilson pour le premier album solo de ce dernier. Le disque se termine avec le délicat Claire, titre sur lequel Andy Paley joue une multitude d'instruments. Après The Grey Album, paru en 2025, qui évoque un double album blanc célèbre, on peut se demander si Don't Turn Around n'est pas le Pet Sounds de Grey DeLisle. Aux manettes, en plus des co-producteurs (Andy et Marvin), on trouve notamment Deke Dickerson (enregistrement) et Jake Gideon (mixage et enregistrement). Quant aux musiciens, en plus d'Andy, Marvin, Deke et Jake, on croise entre autres Murry Hammond, Tammy Rogers, Greg Leisz, Chris Scruggs, Stephen McCarthy, Bernie Dresel, Mandy Barnett, Mickey Raphael. On a connu pire comme compagnie.


 

 

Michael McDERMOTT

"Flowers From The Graveyard" 

J'avais découvert Michael McDermott avec The Westies, il y a une dizaine d'années. Mais sa carrière a débuté longtemps auparavant puisque son premier album, 620 W. Surf, date de 1991. S'il faut le situer, il plaira aux amateurs de Bruce Springsteen ou de Willie Nile dont il se rapproche à bien des égards. Le timbre de voix, les mélodies rock souvent accrocheuses, Michael a tout pour séduire un plus large public. L'introduction du premier titre de Flowers From The Graveyard, The Best We Get, nous emmène du côté des Stones, mais au-delà des comparaisons et des références, Michael McDermott est un artiste qui doit être apprécié en tant que tel. The Best We Get reprend les choses là où Tom Petty les a laissées. La mélodie entraînante et le rythme sans repos en font un titre phare de l'album. Vient ensuite Always A Way Away où la batterie de Steven Gillis (qui co-produit le disque avec Michael) donne le ton. C'est au son du piano que débute Nobody, avec son refrain entêtant, en forme d'hymne: "I'm just a nobody nobody knows". But For The Little Moments a un côté plus contemplatif qui évoque les plaisirs d'une vie simple. Le tranquille Johnny Sparrow And The Sunset Girl ne déparerait pas le répertoire du Boss avant le nostalgique et un peu désabusé Old Feelings. L'énergie revient avec The Struggle Makes You Stronger puis The Lords Of Lincoln Park, évocation de sa ville de Chicago (souvenons-nous que Steve Goodman avait chanté Lincoln Park Pirates). The Future est la chanson la plus politique, avec notamment ce constat que "Nous sommes en train de basculer dans une autocratie dystopique. Le futur n’est assurément plus ce qu’il était". La conclusion est "Car ici, on ne s’incline devant aucun roi. Alors, laissons cette foutue liberté résonner". Flowers From The Graveyard est un peu un résumé de la couleur de l'album auquel la chanson donne son titre, entre pessimisme et espoir: "Quand tu as l'impression qu'il manque quelque chose à ton âme / Quand tu perds foi en tout ce que tu connaissais autrefois / Quand tout semble s'effondrer / Je t'apporterai des fleurs du cimetière" (influence ou suite de Dead Flowers?). C'est tout en douceur que Ain't Life Beautiful referme ce bel album: "La vie est belle / Je sais que cela a déjà été dit / Pourras-tu me le rappeler les jours où je l'oublierai". Michael McDermott fait partie des songwriters qui comptent, de ceux qui ont quelque chose à dire et qui savent le dire, paroles et musique, et je ne suis pas seul à le penser. "Michael McDermott est un des meilleurs auteurs-compositeurs au monde et possibement le plus grand talent rock 'n' roll des 20 denières années encore à découvrir" (Stephen King). Il a écrit les onze titres de Flowers From The Graveyard et s'est entouré d'une belle équipe: Heather Lynne Horton (son épouse, voix), Grant Tye (guitares), Matt Thompson (contrebasse et basse électrique), Steven Gillis (batterie), Will Kimbrough (guitares et mandoline) et John Deaderick (piano, orgue, claviers et synthétiseurs). 


 

 

John Wort HANNAM

"Brave The Hive" 

Depuis Long Haul (2021) John Wort Hannam, troubadour et ancien instituteur, né à Jersey (UK) mais établi en Alberta, au Canada où il vit depuis l'âge de neuf ans, s'était fait un peu oublier. Brave The Hive, son nouvel opus, présente onze titres originaux (don deux coécritures). Il a produit l'album, avec Jason Valleau et Aaron Young, armé de sa guitare acoustique, avec une équipe réduite: Jason Valleau (harmonies, contrebasse, basse électrique), Aaron Young (guitares acoustique et électrique mais aussi ingénieur du son pour l'enregistrement et le mixage), Bruce Hoffman (pedal steel et fiddle) et Scott Duncan (fiddle). John a vécu comme d'autres une forme de "coup de mou" post COVID, trois ou quatre années pendant lesquelles (après le succès de Long Haul) l'inspiration et l'envie d'écrire faisaient défaut. La muse ayant fait son retour, John a eu envie, après trois disques produits par Steve Dawson, de faire quelque chose ressemblant davantage à ce qu'étaient sa vie et ses concerts où il se produit la plupart du temps accompagné seulement d'une contrebasse et d'un fiddle. Le résultat est à la hauteur des attentes du songwriter, Brave The Hive est un disque dépouillé et acoustique où l'émotion est en permanence à fleur de note. De Brave The Hive à Edge Of Nowhere, il y a beaucoup de moments forts. Je pourrais citer The Next Big Thing, Old Farmer's Almanac, My Heart Belongs To You ou le très subtil If It Ain't The Heart, avec une mention spéciale pour Past Lives & Ex-Wives qui démarre avec une simple guitare acoustique avant un changement de tempo et l'apparition des autres instruments, notamment, mais pas seulement, la pedal steel. Ce titre résume assez bien le contenu de l'album, à la fois riche et varié tout en restant cohérent. Pour son neuvième album (déjà), John Wort Hannam a réussi à se renouveler tout en restant ce qu'il est, un des joyaux pas assez connus de la scène canadienne.


 

 

Jack BROWNING

"Painted Skies - Country & Western" 

Quand on s'appelle Jack Browning et que l'on sous-titre son deuxième album Country & Western, on vient forcément de quelque part du côté du Texas ou du Tennessee. Que nenni! Jack est un Londonien dont les racines viennent d'outre-Atlantique: country, folk, blues et rock 'n' roll. Après Red Eye Radio, paru en 2023, voici donc Painted Skies et ses douze chansons, auxquelles on ajoute en bonus la version acoustique de Muhlenberg County Stars. Jack a coécrit le premier titre, Speak Your Mind (But Ride A Fast Horse) avec Christiano Pochesci, The Perimenter (court titre parlé) avec David Walters et Painted Skies avec Mercy Johns. La seule composition non originale est le traditionnel James Alley Blues, traité ici de manière très country. Si vous avez des a priori sur les cowboys de la Tamise, ils disparaîtront dès les premières notes de l'album. La pedal steel de Christiano Pochesci et le fiddle de Crosby Coford sont simplement réjouissants, en particulier sur Champagne Taste. Tous les titres, de grande qualité, n'ont pas la même couleur musicale. Par exemple, Junkyard Dog évoque Tom Waits (avec la trompette d'Oscar Lloyd) alors que Heavy Is The Head fleure bon le rock sudiste avec ses guitares électriques aériennes. Factory Reset nous emmène faire un tour, entre western swing et honky tonk, du côté de chez Bob Wills ou Asleep At The Wheel (Ray Benson est un supporter de Jack). Pour Wire, comme il l'avait fait avant pour High Hopes, Jack prend des accents de Neil Young avant un Muhlenberg County Stars dans la même tonalité, en y ajoutant l'harmonica de Jake Dillon Groves. Gut Feelin' est un titre plutôt d'inspiration folk qui confirme les qualités de Jack Browning, aussi bien comme auteur-compositeur que comme interprète. Enfin vient le très beau et délicatement optimiste Painted Skies qui démontre qu'un disque enregistré dans le Kent n'a rien à envier à bien des productions américaines. Ce titre me permet de signaler que Jack Browning est un artiste complet puisqu'il est aussi un peintre au talent reconnu, qui réalise notamment des portraits de ses confrères chanteurs et songwriters. Après Ags Connolly, Jack Browning, dans un registre moins strictement country, incarne une réelle forme de renouveau du genre, loin des poncifs habituels. 


 

 

Carla GOVER and Friends

"William Branch Is Hard To Find" 

À l'heure où la démocratie est menacée, aux USA mais aussi partout dans le monde, comme le sont les droits que l'on croyait acquis, à commencer par ceux des femmes, un artiste comme Si Kahn, qui a passé sa vie à défendre ces valeurs, est plus que jamais d'actualité. Après George Mann qui a enregistré (avec Si) deux albums de ses chansons, après Phoebe Rees, c'est Carla Gover, musicienne (banjo), chanteuse et danseuse traditionnelle des Appalaches, qui a réuni autour d'elle une belle brochette d'artistes du Kentucky, représentant plusieurs générations de femmes, pour enregistrer ce qu'on peut appeler un concept-album, Williams Branch Is Hard To Find - Si Kahn's Songs for Strong Kentucky Women. Parmi elles, il y a des anciennes comme Sue Massek et Karly Dawn Milner et de plus jeunes comme Ella Webster, Jeri Katherine Howell, Maizie Barrett, Sarah Kate Morgan. Pour n'en oublier aucune je nommerai Maddie Rae Wells, Maple Harvey, Charity Gilbert et Rosie Gardner. C'est un cycle de 17 chansons écrites par Si Kahn (le morceau titre étant coécrit par Dale Ann Bradley) qui célèbre quatre générations de femmes fortes du Kentucky, avec des récits ancrés dans les Appalaches (fermes, violon, prohibition, maternité et vie rurale). L'album, en plus d'être un hommage aux femmes du Kentucky, rend également justice aux chansons de Si Kahn et à celles qui les interprètent. Des anciennes comme Sue Massek (As I Grow Old With You et Rifle) et Karly Dawn Milner (Generations) à la très jeune Rosie Gardner (We Say No) en passant par Charity Gilbert (Nobody Loves Me Like You Do et Fifty Years), Ella Webster (Queen Of The Kitchen, King Of The Road et Harlan 1934) et, bien sûr, Carla Gover (Moonshiner's Daughter et Williams Branch Is Hard To Find), c'est un enchantement aux couleurs vintage qui ne se dément jamais. Guitares, fiddles, banjo et dulcimer des Appalaches sont les instruments de ces dames. À leurs côtés, on trouve pour les soutenir Arlo Barnette (guitares, percussion, piano), J. Tom Hnatow (dobro, guitare électrique, pedal steel), Owen Reynolds (basse) et Jesse Wells (fiddle, guitare, banjo). Tout ce joli monde se rejoint en parfaite harmonie dans un projet qui est comme un grand souffle d'air pur dans un monde pas vraiment réjouissant ces temps-ci.


 

Bill SCORZARI

"Sidereal Days (Day 2)" 

Il y a un peu plus d'un an, en septembre, je vous avais présenté Sidereal Days (Day 1), cinquième album indépendant du songwriter new-yorkais Bill Scorzari. En toute logique, il nous propose la suite et fin du projet avec Sidereal Days (Day 2). Bill a l'œil et le cœur d'un poète. Il sait observer avec acuité la condition humaine et explorer la vie de ses congénères au travers de ses mouvements et changements. Chaque mot et chaque note sont choisis avec soin et sa voix, même s'il parle et murmure parfois plus qu'il ne chante, sait se parer de nuances avec une musicalité toujours présente. Il est là, tout près de nous, comme un ami qui nous parle avec bienveillance de nos émotions, de nos désirs, de nos regrets aussi. Il y a aussi un côté cinématographique avec des mots qui sont autant d'images. Son inspiration vient de tout ce qui l'entoure: un rêve, un fait divers, une lecture, une expérience personnelle, comme un puzzle dont il joint les pièces pour faire une chanson, puis une autre, puis un album. Tout cela constitue un univers auquel il nous invite nous joindre. Bill Scorzari chante (voix solo et harmonies), joue toutes les guitares acoustiques, un peu de guitare électrique, de la mandoline et du banjo. Avec lui, sont présents Brad Talley (dobro), Chelsea McGough (violoncelle), Cindy Richardson Walker and Marie Lewey alias The Shoals Sisters (voix) Danny Mitchell (piano, orgue Hammond B3, bugle et trompette), Eamon McLoughlin (violon / fiddle) Erin Rae (harmonies), Joshua Britt (mandoline et mandole), Juan Solorzano (guitares électrique, slide électrique et baryton électrique, pedal steel et ganjo), Megan McCormick (harmonies), Michael Rinne (contrebasse et basse électrique) et Neilson Hubbard (batterie et percussion). Quant aux titres, ils sont souvent longs comme à l'habitude, d'une longueur qui sied parfaitement au rythme intérieur que dictent les mots. Les plus courts (Open Door et That's A Good Thing) excèdent à peine les trois minutes, les plus longs (Middle Class Middle Child et Time Is A river Now) en font le double. Les chansons ont été écrites pour la plupart entre 2004 (It Keeps Me On The Run) et 2016 (I Know You Know et That's A good Thing). La plus récente (Sandcastles Waiting) date de 2024. Quant à Sweet Surrender (reprise) qui ferme l'album, c'est une la version dépouillée (guitare acoustique et voix) d'une chanson dont la version originale pouvait être entendue dans Just The Same en 2014. Pour I Know You Know, Bill a demandé à Juan Solorzano de jouer de la guitare électrique à la manière de Mick Taylor. I Stayed est une ballade qui évoque un amour perdu où Bill et Erin Rae chantent en duo. On peut aussi signaler It Keeps Me On The Run qui regorge de voix et d'instruments entrelacés dans une ambiance assez onirique. Middle Class Middle Child est peut-être mon titre favori du disque, avec une inspiration provenant de multiples sources qui, mises bout à bout, constituent un bel ensemble d' émotions. Je pourrais longuement parler de chaque titre mais, plutôt que de perdre du temps à lire ma prose, je vous invite à le consacrer à l'écoute de Bill Scorzari, et pas seulement à celle de ce superbe Sidereal Days (Day 2). 


 

vendredi 28 août 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

En raison du nombre important de nouveautés (et d’un temps limité pour les traiter), j’avais mis de côté les derniers albums de Sister Sadie (plus country que bluegrass) et Trey Hensley (plus blues que bluegrass). Et voici que l’actualité me rattrape et me contredit : ces disques que je trouvais en marge du genre qui intéresse cette rubrique sont tous deux nommés par IBMA parmi les cinq concourant pour l’album bluegrass de l’année 2026 (avec ceux de East Nash Grass, Becky Buller et Appalachian Road Show tous chroniqués précédemment sur ce site). De plus, Can’t Outrun the Blues de Trey Hensley est pressentie comme chanson de l’année et elle est arrivée en tête des charts de Bluegrass Unlimited au mois de juillet (en même temps que l’album du même nom, d’ailleurs). Difficile donc d’ignorer plus longtemps ces albums même si, personnellement, je serais très déçu que ce ne soit pas Della Jane’s Heart de Appalachian Road Show qui remporte la récompense en septembre prochain.

 

Trey HENSLEY

"Can’t Outrun the Blues" 

Le cheminement de Trey Hensley n’est pas classique. Il a débuté jeune avec une orientation beaucoup plus country que bluegrass. Il a formé pendant une dizaine d’années avec le dobroïste Rob Ickes un duo qui se produisait sur les scènes bluegrass mais restait en marge du genre. Malgré cela, Hensley a été élu guitariste de l’année par IBMA en 2023 et 2025. En plus d’être un excellent guitariste, Hensley est un très bon chanteur doté d’une voix d’une intensité peu commune. Je persiste à considérer qu’il y a peu de bluegrass dans l’album Can’t Outrun the Blues. Le seul titre qui le soit vraiment est l’adaptation d’une chanson de Merle Haggard, Silverhorn Mountain. C’est le seul morceau où le banjo d’Ilya Toshinsky soit réellement mis en valeur. Going and Gone avec Molly Tuttle et One Line at a Time (écrit par Trey avec Rob Ickes et Steve Wariner – une des meilleures chansons de l’album) s’en approchent aussi. Pour le reste, c’est plutôt blues ou country (trois arrangements avec pedal steel; de la batterie ou des percussions sur tous les titres). La guitare prend énormément de place dans les arrangements. Le fiddle et surtout la mandoline de Stuart Duncan et Andy Leftwich peinent parfois à exister dans ce contexte. A part Silverhorn Mountain, les autres reprises ne m’ont pas touché. Unknown Legend de Neil Young a un arrangement franchement country. Up on Cripple Creek de The Band a été enregistré avec des musiciens de Nitty Gritty Dirt Band. Les sept autres chansons ont été écrites ou coécrites par Hensley. Can’t Outrun the Blues qui cartonne sur les radios bluegrass comporte de longues parties instrumentales, par moments plutôt blues, à d’autres plutôt bluegrass, et bénéficie de l’apport vocal de John Cowan au refrain. J’ai bien aimé le blues lancinant Drown et l’originalité de Off to Sea avec un accompagnement de guitare très créatif.


 

 

SISTER SADIE

"All Will Be Well" 

L’arrivée d’une nouvelle chanteuse (Dani Flowers) aux côtés de Jaelee Roberts avait déjà provoqué un changement de style dans le précédent album de Sister Sadie, No Fear. Pedal steel, batterie et claviers avaient pointé leur nez dans l’arrangement de plusieurs chansons (cf. juillet 2024). Le virage country me semble complètement assumé dans All Will Be Well. Paradoxalement, la chanson qui a donné son nom à l’album est une des deux seules (avec Can’t Let Go of Your Love) à pouvoir être considérée comme vraiment bluegrass (les puristes trouveront que la batterie est en trop). On peut considérer à la rigueur que I Wish It Would Rain, un des meilleurs titres de l’album, est intermédiaire entre bluegrass et country. Cette chanson de Nanci Griffith est surtout dans le style de Steve Earle qui l’interprète en duo avec Dani Flowers. Les neuf autres morceaux reçoivent des arrangements country avec batterie, claviers (piano et orgue), guitare électrique (Seth Taylor) et pedal steel sur deux titres. La violoniste Deanie Richardson est la musicienne la plus en vue mais elle joue rarement dans un style bluegrass (ce qui ne doit pas la gêner, elle a longtemps accompagné des artistes country comme Patty Loveless, Vince Gill et Travis Tritt). Au-delà des étiquettes, All Will Be Well est un bel album. Dani Flowers a participé à l’écriture de huit titres et en interprète quatre, aussi joliment que Jaelee Roberts, chanteuse bluegrass de l’année 2024. Cette dernière est tout à fait à l’aise sur des arrangements country (Winnebago, First Time Liar, Prodigal Daughter et Make Me Stay or Make Me Go qui rappelle la bonne country des années 80). Dans The Devil Don’t Care, la contrebassiste Maddie Dalton a un phrasé scandé qui rappelle celui de Wynonna Judd. En plus de Can’t Let Go of Your Love, la banjoïste Gena Britt chante Orphan Train qui bénéficie d’un arrangement très original. 


 

 

STEEP CANYON RANGERS

"Next Act" 

Cri du 💚   

De la formation d’origine en 1998, il ne reste aujourd’hui parmi les Steep Canyon Rangers que le banjoïste Graham Sharp (principal songwriter du groupe) et le mandoliniste Mike Guggino. Au-delà des changements de personnel – très habituels chez un groupe bluegrass ayant cette longévité -, la musique des Steep a beaucoup évolué au cours de ces presque trois décennies. Le bluegrass classique des débuts s’est fait de plus en plus moderne jusqu’à se transformer en une musique acoustique qui intégrait un batteur et s’éloignait de plus en plus du bluegrass (Tell The Ones I Love en 2013, Radio en 2015 et Out in the Open en 2017 – Le Cri du Coyote 137, 147 et 157). En 2020, des instruments électriques faisaient leur apparition dans Arm in Arm (Le Cri du Coyote 167 – on félicitera la constance des Steep Canyon Rangers pour sortir un album tous les 10 numéros du Cri du Coyote). Le remplacement du principal chanteur du groupe, Woody Platt, par Aaron Burdett a ensuite marqué un tournant. Comme Sharp, Burdett est un excellent songwriter, et en choisissant Darrell Scott comme producteur pour Morning Shift (cf. juin 2024), les Steep Canyon Rangers nous avaient offert un disque qui tenait autant du bluegrass que de l’œuvre d’un singer-songwriter (Darrell Scott jouait de la guitare électrique sur plusieurs chansons). Next Act marque un nouveau virage, presque à 180°. C’est le disque le plus bluegrass des Steep depuis Deep in the Shade en 2009. Les quatorze chansons ont été écrites par Sharp et Burdett, ensemble ou séparément. L’album est varié: du bluegrass contemporain sur une base classique (Rumble Strips), du moderne (Next Act, The Kindest Thing), un countrygrass (Hard Luck Kid), des titres bluesy (Circling the Drain – très original) tutoyant parfois le rock (la fin de Babylon Stone). Les arrangements sont excellents (Heart’s the Only Compass, Some Days). La batterie est plus discrète que sur les précédents disques. Elle donne un joli rythme chaloupé à la chanson Next Act portée par un bon riff de banjo. Sharp, Guggino et Nicky Sanders sont des solistes talentueux et pleins d’idées (Back of Beyond, le back up de banjo de Heart’s the Only Compass, le solo de fiddle dans Roll of the Dice). La voix de baryton de Graham Sharp est bien utilisée dans les chansons countrygrass ou bluesy. Elle contraste avec les voix hautes et claires de Burdett et du contrebassiste Barrett Smith. Ce dernier, présent dans le groupe depuis 2018, n’a jamais autant ni aussi bien chanté, magnifiant Heart’s the Only Compass, Some Days et Back of Beyond. Il y a quelques chansons moins marquantes. Hard Times, interprété par Burdett en duo avec Celia Woodsmith (Della Mae) est sans doute trop chanté à l’énergie (c’est le risque quand on invite Celia Woodsmith) mais Next Act est un bien bel album de bluegrass. La musique des Steep Canyon Rangers évolue presque à chaque disque. La qualité demeure.


 

 

Darren NICHOLSON

"Lonesome Trails and Tall Tales" 

En 2022, le mandoliniste Darren Nicholson a quitté Balsam Range, le groupe qu’il avait cofondé en 2007 et avec lequel il avait connu de grands succès. Le groupe tournait peu à l’époque et Nicholson qui avait sorti quatre albums sous son nom entre 2007 et 2022 avait besoin de s’exprimer davantage musicalement. Débarrassé de son addiction à l’alcool, il s’est consacré à son instrument (une Gibson Lloyd Loar de 1923 – il y a de quoi être motivé) et à la composition: il a coécrit neuf des dix titres de Lonesome Trails and Tall Tales, dont sept avec Charles Humphrey III, ancien contrebassiste des Steep Canyon Rangers. C’est un album varié, bien chanté par Nicholson, principalement accompagné par Kristin Scott Benson (banjo), Deanie Richardson (fiddle), David Johnson (guitare, dobro) et Mark Fain (contrebasse). Son addiction à l’alcool a inspiré à Nicholson le swing humoristique très réussi Eager Achiever qui met en valeur le fiddle de Deanie Richardson. Au titre des chansons remarquables, l’album comprend également deux bons bluegrass classiques, Any Highway et le trainsong philosophique All Trains Come To Pass. Ain’t No Sin est une autre chanson rapide au refrain accrocheur, dynamisée par le banjo. Le dobro de David Johnson habille joliment le blues Get Me Down the Line et le countrygrass Big Sky. Trois chansons au rythme plus lent sont moins intéressantes. En revanche, Darren Nicholson montre qu’il est tout aussi à l’aise sur une chanson country qu’en bluegrass, avec I’m Home Late Again arrangé avec piano, batterie et pedal steel.


 

 

YONDER MOUNTAIN STRING BAND

"Good As True" 

Formé en 1998, Yonder Mountain String Band est un des jam bands les plus populaires. Le groupe a un nouveau fiddler, Coleman Smith, bien connu en France puisqu’il est venu plusieurs fois au festival bluegrass de La Roche-sur-Foron (aujourd’hui Bluegrass in La Roche) avec les groupes Hickory Project puis Rapidgrass. Good As True est marqué par des arrangements plus newgrass que par le passé, peut-être impulsés par le mandoliniste Nick Piccininni, arrivé dans le groupe en 2020 et qui semblait pousser le groupe du Colorado dans ce sens dans l’album Get Yourself Outside (cf. juillet 2022). Difficile à affirmer car depuis plusieurs albums, YMSB signe tout son répertoire collectivement et ne donne plus aucune information sur l’identité des chanteurs sur chaque titre (mais parfois, on arrive à deviner). Toujours est-il que The Lie est un newgrass énergique propice à une longue partie instrumentale bien digne d’un jam band. Barroom Feather, très original, est porté par la basse de Ben Kaufman et la batterie. Peu de fiddle et pas de banjo dans ce titre chanté par le banjoïste Dave Johnston reconnaissable à sa voix grave. C’est Kaufman qui chante Always Almost bâti sur une rythmique rock et agrémenté d’un des meilleurs solos de Coleman Smith sur cet album. Brand New Heartache, chanté par Piccininni, a un couplet newgrass et un refrain bluegrass. C’est l’inverse pour Blind qui a un refrain presque pop. Adam Aijala (guitare) chante le refrain de Long Ride dans le style de Danny Barnes (Bad Livers). Nothing New, sur un tempo rapide, est la chanson la plus bluegrass de Good As True. One to One Another tranche avec le reste du répertoire. C’est une ballade folk arrangée de manière plus simple avec une guitare et un dobro. Ces huit chansons, plutôt intéressantes dans l’ensemble (sans rien avoir d’exceptionnel cependant), sont suivies par une reprise de Barroom Feather longue de presque 17 minutes, ce qui peut sembler bienvenu de la part d’un jam band. Malheureusement, passé les quatre premières minutes qui correspondent à la version courte, la partie instrumentale n’est pas composée de solos mais d’un patchwork impressionniste de petites interventions parfois répétitives auxquelles je n’ai trouvé aucun intérêt


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UNSPOKEN TRADITION

"Heartwood" 

Heartwood m’a paru bien moins intéressant que les précédents albums de Unspoken Tradition. Il y a une grande majorité de tempos medium, de chansons calmes alors que Myths We Tell Our Young (cf. mars 2023) et Imaginary Lines (Le Cri du Coyote 162) privilégiaient les tempos rapides et les chansons dynamiques. Les solistes Zane McGinnis (banjo), Tim Gardner (fiddle) et Ty Gilpin (mandoline) n’ont guère que All the Gold in California pour briller. C’est une chanson des Gatlin Brothers (groupe country) dont Unspoken Tradition a habilement accéléré le tempo. Côté répertoire, parmi les huit autres chansons, Company Man (de Tim Stafford), Refugee et Ross and Rebecca sortent du lot. Toutes ces chansons sont bien interprétées par Aaron McGinnis (guitare). L’autre chanteur, le contrebassiste Sav Sankaran, a un timbre fragile, parfois presque féminin (Bluer Than Yesterday, Cathedral Pines) que je trouve moins agréable. Ty Gilpin interprète de façon trop monocorde une adaptation du classique Barbara Allen. Ça manque d’harmonies vocales ou d’un arrangement qui relève davantage la mélodie. Unspoken est un groupe qui ne manque pas de qualités mais, pour Heartwood, ils sont en manque d’idées, au moins en ce qui concerne le répertoire.