samedi 10 octobre 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

Grey DeLISLE

"Don't Turn Around" 

Depuis son retour aux affaires musicales (avec l'album Borrowed, paru au début de 2023) Grey DeLisle ne prend pas beaucoup de repos, et je serai le dernier à m'en plaindre. Après Grey & Greene, au printemps dernier, elle boucle 2026 avec Don't Turn Around. Ce nouvel album n'est pas totalement nouveau mais il a une histoire un peu triste, celle d'Andy Paley, producteur renommé (Brian Wilson, Patti Smith, NRBQ, Jerry Lee Lewis, Ramones…) qui a eu la mauvaise idée de quitter ce monde en novembre 2024. Grey l'avait rencontré et s'était liée d'amitié avec lui alors qu'elle faisait des doublages pour une série d'animation. Au cours d'une conversation, elle lui avait glissé "I'm a songwriter", ce qui lui avait valu une réponse amusée: "Non, juste un personnage bizarre de dessins animés". Et puis, elle lui joua Don't Turn Around avec pour réaction: "Oh, mon Dieu! Je déteste tout et j'aime ça!", et ils décidèrent de faire cet album ensemble. Le cancer de la gorge fut plus fort qu'Andy et Grey se tourna vers Marvin Etzioni pour l'aider à poursuivre et terminer le projet, tout en respectant la vision d'Andy Paley. Marvin a fait cette confession, après avoir écouté la chanson titre: "J'étais assis là, pleurant comme un enfant. J'entendais le disque fini dans ma tête". À partir de là, une seule question le guidait: "Qu'aurait fait Andy?". Don't Turn Around comporte onze chansons, toutes écrites par Grey. Certaines sont purement country comme Every Day Of The Week Ends In Why ou plus rock comme The Lights Are Off But Somebody's Home (une chanson de routier comme Grey rêvait d'en écrire depuis longtemps. Et puis il y a le plus léger Don't Break The Strings ou encore There's The Door, un hommage à George Jones où Grey réimagine le Grand Tour avec le point de vue d'une femme. Remarquable également, You're Driving Me Away, une ballade bluesy, nous offre un duo vocal avec Dave Alvin. Et puis il y a tous les autres titres, richement orchestrés, où la patte d'Andy Paley est vraiment palpable: Drive Around, Don't Turn Around, Disneyland, Open Mic At The Stumble Inn, Your Mama Doesn't Love Me Anymore. On pense immanquablement au travail d'Andy Paley et Brian Wilson pour le premier album solo de ce dernier. Le disque se termine avec le délicat Claire, titre sur lequel Andy Paley joue une multitude d'instruments. Après The Grey Album, paru en 2025, qui évoque un double album blanc célèbre, on peut se demander si Don't Turn Around n'est pas le Pet Sounds de Grey DeLisle. Aux manettes, en plus des co-producteurs (Andy et Marvin), on trouve notamment Deke Dickerson (enregistrement) et Jake Gideon (mixage et enregistrement). Quant aux musiciens, en plus d'Andy, Marvin, Deke et Jake, on croise entre autres Murry Hammond, Tammy Rogers, Greg Leisz, Chris Scruggs, Stephen McCarthy, Bernie Dresel, Mandy Barnett, Mickey Raphael. On a connu pire comme compagnie.


 

 

Michael McDERMOTT

"Flowers From The Graveyard" 

J'avais découvert Michael McDermott avec The Westies, il y a une dizaine d'années. Mais sa carrière a débuté longtemps auparavant puisque son premier album, 620 W. Surf, date de 1991. S'il faut le situer, il plaira aux amateurs de Bruce Springsteen ou de Willie Nile dont il se rapproche à bien des égards. Le timbre de voix, les mélodies rock souvent accrocheuses, Michael a tout pour séduire un plus large public. L'introduction du premier titre de Flowers From The Graveyard, The Best We Get, nous emmène du côté des Stones, mais au-delà des comparaisons et des références, Michael McDermott est un artiste qui doit être apprécié en tant que tel. The Best We Get reprend les choses là où Tom Petty les a laissées. La mélodie entraînante et le rythme sans repos en font un titre phare de l'album. Vient ensuite Always A Way Away où la batterie de Steven Gillis (qui co-produit le disque avec Michael) donne le ton. C'est au son du piano que débute Nobody, avec son refrain entêtant, en forme d'hymne: "I'm just a nobody nobody knows". But For The Little Moments a un côté plus contemplatif qui évoque les plaisirs d'une vie simple. Le tranquille Johnny Sparrow And The Sunset Girl ne déparerait pas le répertoire du Boss avant le nostalgique et un peu désabusé Old Feelings. L'énergie revient avec The Struggle Makes You Stronger puis The Lords Of Lincoln Park, évocation de sa ville de Chicago (souvenons-nous que Steve Goodman avait chanté Lincoln Park Pirates). The Future est la chanson la plus politique, avec notamment ce constat que "Nous sommes en train de basculer dans une autocratie dystopique. Le futur n’est assurément plus ce qu’il était". La conclusion est "Car ici, on ne s’incline devant aucun roi. Alors, laissons cette foutue liberté résonner". Flowers From The Graveyard est un peu un résumé de la couleur de l'album auquel la chanson donne son titre, entre pessimisme et espoir: "Quand tu as l'impression qu'il manque quelque chose à ton âme / Quand tu perds foi en tout ce que tu connaissais autrefois / Quand tout semble s'effondrer / Je t'apporterai des fleurs du cimetière" (influence ou suite de Dead Flowers?). C'est tout en douceur que Ain't Life Beautiful referme ce bel album: "La vie est belle / Je sais que cela a déjà été dit / Pourras-tu me le rappeler les jours où je l'oublierai". Michael McDermott fait partie des songwriters qui comptent, de ceux qui ont quelque chose à dire et qui savent le dire, paroles et musique, et je ne suis pas seul à le penser. "Michael McDermott est un des meilleurs auteurs-compositeurs au monde et possibement le plus grand talent rock 'n' roll des 20 denières années encore à découvrir" (Stephen King). Il a écrit les onze titres de Flowers From The Graveyard et s'est entouré d'une belle équipe: Heather Lynne Horton (son épouse, voix), Grant Tye (guitares), Matt Thompson (contrebasse et basse électrique), Steven Gillis (batterie), Will Kimbrough (guitares et mandoline) et John Deaderick (piano, orgue, claviers et synthétiseurs). 


 

 

John Wort HANNAM

"Brave The Hive" 

Depuis Long Haul (2021) John Wort Hannam, troubadour et ancien instituteur, né à Jersey (UK) mais établi en Alberta, au Canada où il vit depuis l'âge de neuf ans, s'était fait un peu oublier. Brave The Hive, son nouvel opus, présente onze titres originaux (don deux coécritures). Il a produit l'album, avec Jason Valleau et Aaron Young, armé de sa guitare acoustique, avec une équipe réduite: Jason Valleau (harmonies, contrebasse, basse électrique), Aaron Young (guitares acoustique et électrique mais aussi ingénieur du son pour l'enregistrement et le mixage), Bruce Hoffman (pedal steel et fiddle) et Scott Duncan (fiddle). John a vécu comme d'autres une forme de "coup de mou" post COVID, trois ou quatre années pendant lesquelles (après le succès de Long Haul) l'inspiration et l'envie d'écrire faisaient défaut. La muse ayant fait son retour, John a eu envie, après trois disques produits par Steve Dawson, de faire quelque chose ressemblant davantage à ce qu'étaient sa vie et ses concerts où il se produit la plupart du temps accompagné seulement d'une contrebasse et d'un fiddle. Le résultat est à la hauteur des attentes du songwriter, Brave The Hive est un disque dépouillé et acoustique où l'émotion est en permanence à fleur de note. De Brave The Hive à Edge Of Nowhere, il y a beaucoup de moments forts. Je pourrais citer The Next Big Thing, Old Farmer's Almanac, My Heart Belongs To You ou le très subtil If It Ain't The Heart, avec une mention spéciale pour Past Lives & Ex-Wives qui démarre avec une simple guitare acoustique avant un changement de tempo et l'apparition des autres instruments, notamment, mais pas seulement, la pedal steel. Ce titre résume assez bien le contenu de l'album, à la fois riche et varié tout en restant cohérent. Pour son neuvième album (déjà), John Wort Hannam a réussi à se renouveler tout en restant ce qu'il est, un des joyaux pas assez connus de la scène canadienne.


 

 

Jack BROWNING

"Painted Skies - Country & Western" 

Quand on s'appelle Jack Browning et que l'on sous-titre son deuxième album Country & Western, on vient forcément de quelque part du côté du Texas ou du Tennessee. Que nenni! Jack est un Londonien dont les racines viennent d'outre-Atlantique: country, folk, blues et rock 'n' roll. Après Red Eye Radio, paru en 2023, voici donc Painted Skies et ses douze chansons, auxquelles on ajoute en bonus la version acoustique de Muhlenberg County Stars. Jack a coécrit le premier titre, Speak Your Mind (But Ride A Fast Horse) avec Christiano Pochesci, The Perimenter (court titre parlé) avec David Walters et Painted Skies avec Mercy Johns. La seule composition non originale est le traditionnel James Alley Blues, traité ici de manière très country. Si vous avez des a priori sur les cowboys de la Tamise, ils disparaîtront dès les premières notes de l'album. La pedal steel de Christiano Pochesci et le fiddle de Crosby Coford sont simplement réjouissants, en particulier sur Champagne Taste. Tous les titres, de grande qualité, n'ont pas la même couleur musicale. Par exemple, Junkyard Dog évoque Tom Waits (avec la trompette d'Oscar Lloyd) alors que Heavy Is The Head fleure bon le rock sudiste avec ses guitares électriques aériennes. Factory Reset nous emmène faire un tour, entre western swing et honky tonk, du côté de chez Bob Wills ou Asleep At The Wheel (Ray Benson est un supporter de Jack). Pour Wire, comme il l'avait fait avant pour High Hopes, Jack prend des accents de Neil Young avant un Muhlenberg County Stars dans la même tonalité, en y ajoutant l'harmonica de Jake Dillon Groves. Gut Feelin' est un titre plutôt d'inspiration folk qui confirme les qualités de Jack Browning, aussi bien comme auteur-compositeur que comme interprète. Enfin vient le très beau et délicatement optimiste Painted Skies qui démontre qu'un disque enregistré dans le Kent n'a rien à envier à bien des productions américaines. Ce titre me permet de signaler que Jack Browning est un artiste complet puisqu'il est aussi un peintre au talent reconnu, qui réalise notamment des portraits de ses confrères chanteurs et songwriters. Après Ags Connolly, Jack Browning, dans un registre moins strictement country, incarne une réelle forme de renouveau du genre, loin des poncifs habituels. 


 

 

Carla GOVER and Friends

"William Branch Is Hard To Find" 

À l'heure où la démocratie est menacée, aux USA mais aussi partout dans le monde, comme le sont les droits que l'on croyait acquis, à commencer par ceux des femmes, un artiste comme Si Kahn, qui a passé sa vie à défendre ces valeurs, est plus que jamais d'actualité. Après George Mann qui a enregistré (avec Si) deux albums de ses chansons, après Phoebe Rees, c'est Carla Gover, musicienne (banjo), chanteuse et danseuse traditionnelle des Appalaches, qui a réuni autour d'elle une belle brochette d'artistes du Kentucky, représentant plusieurs générations de femmes, pour enregistrer ce qu'on peut appeler un concept-album, Williams Branch Is Hard To Find - Si Kahn's Songs for Strong Kentucky Women. Parmi elles, il y a des anciennes comme Sue Massek et Karly Dawn Milner et de plus jeunes comme Ella Webster, Jeri Katherine Howell, Maizie Barrett, Sarah Kate Morgan. Pour n'en oublier aucune je nommerai Maddie Rae Wells, Maple Harvey, Charity Gilbert et Rosie Gardner. C'est un cycle de 17 chansons écrites par Si Kahn (le morceau titre étant coécrit par Dale Ann Bradley) qui célèbre quatre générations de femmes fortes du Kentucky, avec des récits ancrés dans les Appalaches (fermes, violon, prohibition, maternité et vie rurale). L'album, en plus d'être un hommage aux femmes du Kentucky, rend également justice aux chansons de Si Kahn et à celles qui les interprètent. Des anciennes comme Sue Massek (As I Grow Old With You et Rifle) et Karly Dawn Milner (Generations) à la très jeune Rosie Gardner (We Say No) en passant par Charity Gilbert (Nobody Loves Me Like You Do et Fifty Years), Ella Webster (Queen Of The Kitchen, King Of The Road et Harlan 1934) et, bien sûr, Carla Gover (Moonshiner's Daughter et Williams Branch Is Hard To Find), c'est un enchantement aux couleurs vintage qui ne se dément jamais. Guitares, fiddles, banjo et dulcimer des Appalaches sont les instruments de ces dames. À leurs côtés, on trouve pour les soutenir Arlo Barnette (guitares, percussion, piano), J. Tom Hnatow (dobro, guitare électrique, pedal steel), Owen Reynolds (basse) et Jesse Wells (fiddle, guitare, banjo). Tout ce joli monde se rejoint en parfaite harmonie dans un projet qui est comme un grand souffle d'air pur dans un monde pas vraiment réjouissant ces temps-ci.


 

Bill SCORZARI

"Sidereal Days (Day 2)" 

Il y a un peu plus d'un an, en septembre, je vous avais présenté Sidereal Days (Day 1), cinquième album indépendant du songwriter new-yorkais Bill Scorzari. En toute logique, il nous propose la suite et fin du projet avec Sidereal Days (Day 2). Bill a l'œil et le cœur d'un poète. Il sait observer avec acuité la condition humaine et explorer la vie de ses congénères au travers de ses mouvements et changements. Chaque mot et chaque note sont choisis avec soin et sa voix, même s'il parle et murmure parfois plus qu'il ne chante, sait se parer de nuances avec une musicalité toujours présente. Il est là, tout près de nous, comme un ami qui nous parle avec bienveillance de nos émotions, de nos désirs, de nos regrets aussi. Il y a aussi un côté cinématographique avec des mots qui sont autant d'images. Son inspiration vient de tout ce qui l'entoure: un rêve, un fait divers, une lecture, une expérience personnelle, comme un puzzle dont il joint les pièces pour faire une chanson, puis une autre, puis un album. Tout cela constitue un univers auquel il nous invite nous joindre. Bill Scorzari chante (voix solo et harmonies), joue toutes les guitares acoustiques, un peu de guitare électrique, de la mandoline et du banjo. Avec lui, sont présents Brad Talley (dobro), Chelsea McGough (violoncelle), Cindy Richardson Walker and Marie Lewey alias The Shoals Sisters (voix) Danny Mitchell (piano, orgue Hammond B3, bugle et trompette), Eamon McLoughlin (violon / fiddle) Erin Rae (harmonies), Joshua Britt (mandoline et mandole), Juan Solorzano (guitares électrique, slide électrique et baryton électrique, pedal steel et ganjo), Megan McCormick (harmonies), Michael Rinne (contrebasse et basse électrique) et Neilson Hubbard (batterie et percussion). Quant aux titres, ils sont souvent longs comme à l'habitude, d'une longueur qui sied parfaitement au rythme intérieur que dictent les mots. Les plus courts (Open Door et That's A Good Thing) excèdent à peine les trois minutes, les plus longs (Middle Class Middle Child et Time Is A river Now) en font le double. Les chansons ont été écrites pour la plupart entre 2004 (It Keeps Me On The Run) et 2016 (I Know You Know et That's A good Thing). La plus récente (Sandcastles Waiting) date de 2024. Quant à Sweet Surrender (reprise) qui ferme l'album, c'est une la version dépouillée (guitare acoustique et voix) d'une chanson dont la version originale pouvait être entendue dans Just The Same en 2014. Pour I Know You Know, Bill a demandé à Juan Solorzano de jouer de la guitare électrique à la manière de Mick Taylor. I Stayed est une ballade qui évoque un amour perdu où Bill et Erin Rae chantent en duo. On peut aussi signaler It Keeps Me On The Run qui regorge de voix et d'instruments entrelacés dans une ambiance assez onirique. Middle Class Middle Child est peut-être mon titre favori du disque, avec une inspiration provenant de multiples sources qui, mises bout à bout, constituent un bel ensemble d' émotions. Je pourrais longuement parler de chaque titre mais, plutôt que de perdre du temps à lire ma prose, je vous invite à le consacrer à l'écoute de Bill Scorzari, et pas seulement à celle de ce superbe Sidereal Days (Day 2). 


 

vendredi 28 août 2026

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

En raison du nombre important de nouveautés (et d’un temps limité pour les traiter), j’avais mis de côté les derniers albums de Sister Sadie (plus country que bluegrass) et Trey Hensley (plus blues que bluegrass). Et voici que l’actualité me rattrape et me contredit : ces disques que je trouvais en marge du genre qui intéresse cette rubrique sont tous deux nommés par IBMA parmi les cinq concourant pour l’album bluegrass de l’année 2026 (avec ceux de East Nash Grass, Becky Buller et Appalachian Road Show tous chroniqués précédemment sur ce site). De plus, Can’t Outrun the Blues de Trey Hensley est pressentie comme chanson de l’année et elle est arrivée en tête des charts de Bluegrass Unlimited au mois de juillet (en même temps que l’album du même nom, d’ailleurs). Difficile donc d’ignorer plus longtemps ces albums même si, personnellement, je serais très déçu que ce ne soit pas Della Jane’s Heart de Appalachian Road Show qui remporte la récompense en septembre prochain.

 

Trey HENSLEY

"Can’t Outrun the Blues" 

Le cheminement de Trey Hensley n’est pas classique. Il a débuté jeune avec une orientation beaucoup plus country que bluegrass. Il a formé pendant une dizaine d’années avec le dobroïste Rob Ickes un duo qui se produisait sur les scènes bluegrass mais restait en marge du genre. Malgré cela, Hensley a été élu guitariste de l’année par IBMA en 2023 et 2025. En plus d’être un excellent guitariste, Hensley est un très bon chanteur doté d’une voix d’une intensité peu commune. Je persiste à considérer qu’il y a peu de bluegrass dans l’album Can’t Outrun the Blues. Le seul titre qui le soit vraiment est l’adaptation d’une chanson de Merle Haggard, Silverhorn Mountain. C’est le seul morceau où le banjo d’Ilya Toshinsky soit réellement mis en valeur. Going and Gone avec Molly Tuttle et One Line at a Time (écrit par Trey avec Rob Ickes et Steve Wariner – une des meilleures chansons de l’album) s’en approchent aussi. Pour le reste, c’est plutôt blues ou country (trois arrangements avec pedal steel; de la batterie ou des percussions sur tous les titres). La guitare prend énormément de place dans les arrangements. Le fiddle et surtout la mandoline de Stuart Duncan et Andy Leftwich peinent parfois à exister dans ce contexte. A part Silverhorn Mountain, les autres reprises ne m’ont pas touché. Unknown Legend de Neil Young a un arrangement franchement country. Up on Cripple Creek de The Band a été enregistré avec des musiciens de Nitty Gritty Dirt Band. Les sept autres chansons ont été écrites ou coécrites par Hensley. Can’t Outrun the Blues qui cartonne sur les radios bluegrass comporte de longues parties instrumentales, par moments plutôt blues, à d’autres plutôt bluegrass, et bénéficie de l’apport vocal de John Cowan au refrain. J’ai bien aimé le blues lancinant Drown et l’originalité de Off to Sea avec un accompagnement de guitare très créatif.


 

 

SISTER SADIE

"All Will Be Well" 

L’arrivée d’une nouvelle chanteuse (Dani Flowers) aux côtés de Jaelee Roberts avait déjà provoqué un changement de style dans le précédent album de Sister Sadie, No Fear. Pedal steel, batterie et claviers avaient pointé leur nez dans l’arrangement de plusieurs chansons (cf. juillet 2024). Le virage country me semble complètement assumé dans All Will Be Well. Paradoxalement, la chanson qui a donné son nom à l’album est une des deux seules (avec Can’t Let Go of Your Love) à pouvoir être considérée comme vraiment bluegrass (les puristes trouveront que la batterie est en trop). On peut considérer à la rigueur que I Wish It Would Rain, un des meilleurs titres de l’album, est intermédiaire entre bluegrass et country. Cette chanson de Nanci Griffith est surtout dans le style de Steve Earle qui l’interprète en duo avec Dani Flowers. Les neuf autres morceaux reçoivent des arrangements country avec batterie, claviers (piano et orgue), guitare électrique (Seth Taylor) et pedal steel sur deux titres. La violoniste Deanie Richardson est la musicienne la plus en vue mais elle joue rarement dans un style bluegrass (ce qui ne doit pas la gêner, elle a longtemps accompagné des artistes country comme Patty Loveless, Vince Gill et Travis Tritt). Au-delà des étiquettes, All Will Be Well est un bel album. Dani Flowers a participé à l’écriture de huit titres et en interprète quatre, aussi joliment que Jaelee Roberts, chanteuse bluegrass de l’année 2024. Cette dernière est tout à fait à l’aise sur des arrangements country (Winnebago, First Time Liar, Prodigal Daughter et Make Me Stay or Make Me Go qui rappelle la bonne country des années 80). Dans The Devil Don’t Care, la contrebassiste Maddie Dalton a un phrasé scandé qui rappelle celui de Wynonna Judd. En plus de Can’t Let Go of Your Love, la banjoïste Gena Britt chante Orphan Train qui bénéficie d’un arrangement très original. 


 

 

STEEP CANYON RANGERS

"Next Act" 

Cri du 💚   

De la formation d’origine en 1998, il ne reste aujourd’hui parmi les Steep Canyon Rangers que le banjoïste Graham Sharp (principal songwriter du groupe) et le mandoliniste Mike Guggino. Au-delà des changements de personnel – très habituels chez un groupe bluegrass ayant cette longévité -, la musique des Steep a beaucoup évolué au cours de ces presque trois décennies. Le bluegrass classique des débuts s’est fait de plus en plus moderne jusqu’à se transformer en une musique acoustique qui intégrait un batteur et s’éloignait de plus en plus du bluegrass (Tell The Ones I Love en 2013, Radio en 2015 et Out in the Open en 2017 – Le Cri du Coyote 137, 147 et 157). En 2020, des instruments électriques faisaient leur apparition dans Arm in Arm (Le Cri du Coyote 167 – on félicitera la constance des Steep Canyon Rangers pour sortir un album tous les 10 numéros du Cri du Coyote). Le remplacement du principal chanteur du groupe, Woody Platt, par Aaron Burdett a ensuite marqué un tournant. Comme Sharp, Burdett est un excellent songwriter, et en choisissant Darrell Scott comme producteur pour Morning Shift (cf. juin 2024), les Steep Canyon Rangers nous avaient offert un disque qui tenait autant du bluegrass que de l’œuvre d’un singer-songwriter (Darrell Scott jouait de la guitare électrique sur plusieurs chansons). Next Act marque un nouveau virage, presque à 180°. C’est le disque le plus bluegrass des Steep depuis Deep in the Shade en 2009. Les quatorze chansons ont été écrites par Sharp et Burdett, ensemble ou séparément. L’album est varié: du bluegrass contemporain sur une base classique (Rumble Strips), du moderne (Next Act, The Kindest Thing), un countrygrass (Hard Luck Kid), des titres bluesy (Circling the Drain – très original) tutoyant parfois le rock (la fin de Babylon Stone). Les arrangements sont excellents (Heart’s the Only Compass, Some Days). La batterie est plus discrète que sur les précédents disques. Elle donne un joli rythme chaloupé à la chanson Next Act portée par un bon riff de banjo. Sharp, Guggino et Nicky Sanders sont des solistes talentueux et pleins d’idées (Back of Beyond, le back up de banjo de Heart’s the Only Compass, le solo de fiddle dans Roll of the Dice). La voix de baryton de Graham Sharp est bien utilisée dans les chansons countrygrass ou bluesy. Elle contraste avec les voix hautes et claires de Burdett et du contrebassiste Barrett Smith. Ce dernier, présent dans le groupe depuis 2018, n’a jamais autant ni aussi bien chanté, magnifiant Heart’s the Only Compass, Some Days et Back of Beyond. Il y a quelques chansons moins marquantes. Hard Times, interprété par Burdett en duo avec Celia Woodsmith (Della Mae) est sans doute trop chanté à l’énergie (c’est le risque quand on invite Celia Woodsmith) mais Next Act est un bien bel album de bluegrass. La musique des Steep Canyon Rangers évolue presque à chaque disque. La qualité demeure.


 

 

Darren NICHOLSON

"Lonesome Trails and Tall Tales" 

En 2022, le mandoliniste Darren Nicholson a quitté Balsam Range, le groupe qu’il avait cofondé en 2007 et avec lequel il avait connu de grands succès. Le groupe tournait peu à l’époque et Nicholson qui avait sorti quatre albums sous son nom entre 2007 et 2022 avait besoin de s’exprimer davantage musicalement. Débarrassé de son addiction à l’alcool, il s’est consacré à son instrument (une Gibson Lloyd Loar de 1923 – il y a de quoi être motivé) et à la composition: il a coécrit neuf des dix titres de Lonesome Trails and Tall Tales, dont sept avec Charles Humphrey III, ancien contrebassiste des Steep Canyon Rangers. C’est un album varié, bien chanté par Nicholson, principalement accompagné par Kristin Scott Benson (banjo), Deanie Richardson (fiddle), David Johnson (guitare, dobro) et Mark Fain (contrebasse). Son addiction à l’alcool a inspiré à Nicholson le swing humoristique très réussi Eager Achiever qui met en valeur le fiddle de Deanie Richardson. Au titre des chansons remarquables, l’album comprend également deux bons bluegrass classiques, Any Highway et le trainsong philosophique All Trains Come To Pass. Ain’t No Sin est une autre chanson rapide au refrain accrocheur, dynamisée par le banjo. Le dobro de David Johnson habille joliment le blues Get Me Down the Line et le countrygrass Big Sky. Trois chansons au rythme plus lent sont moins intéressantes. En revanche, Darren Nicholson montre qu’il est tout aussi à l’aise sur une chanson country qu’en bluegrass, avec I’m Home Late Again arrangé avec piano, batterie et pedal steel.


 

 

YONDER MOUNTAIN STRING BAND

"Good As True" 

Formé en 1998, Yonder Mountain String Band est un des jam bands les plus populaires. Le groupe a un nouveau fiddler, Coleman Smith, bien connu en France puisqu’il est venu plusieurs fois au festival bluegrass de La Roche-sur-Foron (aujourd’hui Bluegrass in La Roche) avec les groupes Hickory Project puis Rapidgrass. Good As True est marqué par des arrangements plus newgrass que par le passé, peut-être impulsés par le mandoliniste Nick Piccininni, arrivé dans le groupe en 2020 et qui semblait pousser le groupe du Colorado dans ce sens dans l’album Get Yourself Outside (cf. juillet 2022). Difficile à affirmer car depuis plusieurs albums, YMSB signe tout son répertoire collectivement et ne donne plus aucune information sur l’identité des chanteurs sur chaque titre (mais parfois, on arrive à deviner). Toujours est-il que The Lie est un newgrass énergique propice à une longue partie instrumentale bien digne d’un jam band. Barroom Feather, très original, est porté par la basse de Ben Kaufman et la batterie. Peu de fiddle et pas de banjo dans ce titre chanté par le banjoïste Dave Johnston reconnaissable à sa voix grave. C’est Kaufman qui chante Always Almost bâti sur une rythmique rock et agrémenté d’un des meilleurs solos de Coleman Smith sur cet album. Brand New Heartache, chanté par Piccininni, a un couplet newgrass et un refrain bluegrass. C’est l’inverse pour Blind qui a un refrain presque pop. Adam Aijala (guitare) chante le refrain de Long Ride dans le style de Danny Barnes (Bad Livers). Nothing New, sur un tempo rapide, est la chanson la plus bluegrass de Good As True. One to One Another tranche avec le reste du répertoire. C’est une ballade folk arrangée de manière plus simple avec une guitare et un dobro. Ces huit chansons, plutôt intéressantes dans l’ensemble (sans rien avoir d’exceptionnel cependant), sont suivies par une reprise de Barroom Feather longue de presque 17 minutes, ce qui peut sembler bienvenu de la part d’un jam band. Malheureusement, passé les quatre premières minutes qui correspondent à la version courte, la partie instrumentale n’est pas composée de solos mais d’un patchwork impressionniste de petites interventions parfois répétitives auxquelles je n’ai trouvé aucun intérêt


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UNSPOKEN TRADITION

"Heartwood" 

Heartwood m’a paru bien moins intéressant que les précédents albums de Unspoken Tradition. Il y a une grande majorité de tempos medium, de chansons calmes alors que Myths We Tell Our Young (cf. mars 2023) et Imaginary Lines (Le Cri du Coyote 162) privilégiaient les tempos rapides et les chansons dynamiques. Les solistes Zane McGinnis (banjo), Tim Gardner (fiddle) et Ty Gilpin (mandoline) n’ont guère que All the Gold in California pour briller. C’est une chanson des Gatlin Brothers (groupe country) dont Unspoken Tradition a habilement accéléré le tempo. Côté répertoire, parmi les huit autres chansons, Company Man (de Tim Stafford), Refugee et Ross and Rebecca sortent du lot. Toutes ces chansons sont bien interprétées par Aaron McGinnis (guitare). L’autre chanteur, le contrebassiste Sav Sankaran, a un timbre fragile, parfois presque féminin (Bluer Than Yesterday, Cathedral Pines) que je trouve moins agréable. Ty Gilpin interprète de façon trop monocorde une adaptation du classique Barbara Allen. Ça manque d’harmonies vocales ou d’un arrangement qui relève davantage la mélodie. Unspoken est un groupe qui ne manque pas de qualités mais, pour Heartwood, ils sont en manque d’idées, au moins en ce qui concerne le répertoire. 


 

lundi 24 août 2026

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

Alex MILLER

"More Country Than You"

Jeune et doué. Vous me direz, c’est assez commun aux États-Unis. Mais en ce qui nous concerne il l’est pour la pratique de la country music traditionnelle. Il fait partie de cette bande de jeunots gardiens des traditions. Des valeurs qui s’étaient évaporées à Nashville dans les années 2000 sous la pression de la country/pop. Alors on accueille avec plaisir cette jeunesse qui se réclame de George Jones et de Merle Haggard plutôt que de Morgan Wallen. Les Jake Worthington, Zach Top, Jesse Daniel, Wynn Williams ou… Alex Miller. Notre natif du Kentucky, vingt-et-un ans, est très prolifique puisqu’il a réalisé quatre albums en cinq ans. Sur chacun se succèdent honky tonk et western swing. Pas besoin de rentrer dans les détails, Alex est une valeur sûre de la country authentique. Sur cette nouvelle galette il nous gratifie de deux duos, l’un avec la jeune Emilie Ann Roberts et l’autre avec le vétéran Tracy Byrd.


 

 

Candace HASTINGS

"Soft Place To Land" 

It's Too Damn Hot est le meilleur western swing que j’ai entendu depuis le début de l‘année. Pedal steel et fiddle s’en donnent à cœur joie. Mais à l’exception d’un shuffle léger, Loving Cowboys, qui bénéficie d’un piano assez jazzy, les six autres titres s’adressent à un public différent amateur de country-folk acoustique. Voici une chanteuse tout indiquée pour une soirée dans un bar et pour une ambiance intime et chaleureuse. 


 

Dale WATSON

"Unwanted" 

Quand on écoute des extraits des nouveaux albums de Jo Dee Messina ou Keith Urban on est ravi de constater que nous avons des artistes authentiques tels que Dale Watson pour raviver la flamme des néo-traditionalistes. Un courant qui a failli s’éteindre au début du vingt-et-unième siècle. Dale est la figure de proue de ce nouveau mouvement où s’illustrent de nombreux jeunes dont Alex Miller dont on parle par ailleurs. Dale Watson est foncièrement country, mais pas que. Bien sûr nous avons ici de bonnes chansons classiquement country, du honky tonk et un duo avec sa copine dans la grande tradition Loretta Lynn / Conway Twitty. Dale nous propose aussi deux ballades inspirées des années 60 que n’aurait pas reniées Elvis. Un zeste de Tony Joe White et une touche de R'nBb complètent le menu qui ouvre sur un country-rock hommage à ses pairs Willie, Waylon and Whiskey. Difficile de faire plus country. Douze titres. Aucun déchet.


 

 

Emily NENNI

"Movin' Shoes" 

Voici déjà le quatrième album sur à peine cinq années pour cette jeune Californienne dont la couleur musicale emprunte autant à l‘americana qu’à la country classique. Elle fait partie de la jeune vague actuelle qui com-prend entre autres Rachel Brooke, Britt Taylor, India Ramey, Meghan Patrick, Kimmi Bitter, Gena Paulette, Emily Ann Roberts et encore d’autres. Elles illustrent une country souvent innovante et néanmoins traditionnelle. J’ai découvert Emily sur ses deux albums précédents sur lesquels ballades, country-rock, honky tonks ou titres plus alternatifs se côtoyaient joyeusement. Ce quatrième opus hélas n’est pas le meilleur de la série et il manque cruellement de diversité. L’aspect alternatif prédomine ainsi que les tempos lents ou modérés. Country-rock et honky tonks sont laissés aux oubliettes. Emily semble parfois s’ennuyer, et nous aussi. 


 

 

Katie Beth MIHM

"Hot Pink Cadillac" 

Un EP quatre titres cela nous renvoie à l’époque bénie où nous achetions surtout des 45 tours, moins chers à l’achat que les 33 tours pour notre modeste argent de poche. Que dire sur Kate Beth Mihm? Que son vocal, certes agréable, est semblable à des centaines d’autres et que sa country assez standard manque totalement d’originalité et de dynamisme. 

 

The LOVESICK DRIFTERS

"Hurtin' Like Hank" 

Au visu de la photo de pochette on pense avoir affaire à l’un de ces multiples groupes constitués de musiciens entourant une chanteuse. Que nenni. La fille est derrière, à la batterie. Le vocal est assuré par Garett Newton et la formation dispose d’un violoniste et d’une pedal steel guitare. C’est toujours un bon indice. Ensuite la lecture du répertoire nous surprend par le fait que le prénom Hank apparait sur trois des huit titres. Le clin d’œil à un certain Williams est flagrant à l’écoute. En fait ils ont un show entièrement dédié aux chansons de Hank Williams à la demande. La musique des Lovesick Drifters est celle que l’on pouvait entendre au Grand Ole Opry dans les années 50. Un disque qui fait du bien mais qui s’adresse à tous ceux qui pensent que la vraie country s’est arrêtée après Ernest Tubb, Lefty Frizzell ou… Hank Williams. 


 

 

Michelle BIRKBALLE

"2026" 

Je ne connaissais pas cette chanteuse au nom imprononçable. Et pour cause, elle est Danoise. Difficilement classifiable, j’ai apprécié l’éclectisme de son album qui ouvre sur de la country assez proche de la variété et qui nous assène brusquement un titre qui semble inspiré des Stones période Miss You. Suivent deux chansons plutôt pop avant de repiquer au rythme carrément rock and roll / swing avec Come What May. Excellent autant vocalement que musicalement. Le titre qui suit, Highway, est un country/rock tout aussi bon. Imaginez un croisement entre Bonnie Tyler, Lulu et Gretchen Wilson, et vous n’êtes pas loin de définir cette artiste venue du nord.


 

 

Pharis & Jason ROMERO

"These Are The Days"

 J’ignore totalement quel est l’impact de la musique folk en 2026. Le terme "folk" qui a eu sa période de gloire dans les années 60 et 70, ou même "country-folk", a été dilué ces dernières années dans l’appellation fourre-tout bien commode "americana". Pharis & Jason Romero ne constituent pas un duo car seule Pharis chante. Son vocal pur et clair pourrait la positionner en digne héritière des Joni Mitchell ou Judy Collins mais je ne suis pas assez compétent dans ce registre musical pour réellement établir une comparaison. Les douze titres acoustiques sont assez agréables et l’on peut apprécier le violon qui les accompagne. Une réalisation canadienne. 


 

 

Rachel BROOKE

"This One’s For You" 

J’ai connu cette jeune chanteuse originaire du Michigan avec son album précédent paru en 2020. Certainement son premier. Les titres lents prédominaient sur la douzaine de chansons mais il se trouvait néanmoins un unique honky tonk qui avait donné son titre à l’album, The Loneliness In Me. La revoici six années plus tard. La miss se complaît dans les rythmes nonchalants mais bien appuyés par la pedal steel guitare. Comme sur son œuvre précédente le meilleur titre est celui qui donne son nom à l’album. De la country classique à l’ancienne avec un soupçon de yodel. Excellent. Le reste est assez moyen avec deux chansons à demi parlées et de la country plutôt tranquille.


 

 

Scott Sean WHITE

"Days Are long" 

Un Texan en chasse un autre. On en découvre tous les jours. Normal, l’état est immense et la moindre bourgade est dotée d’un bar à musique "live". Scott Sean White a grandi à Kerville, une ville célèbre pour son festival légendaire organisé depuis les années 70. Folk à l’origine il est totalement représentatif de l’americana à l’heure actuelle avec parmi les dizaines d’invités de chaque édition la présence cette année de Joshua Ray Walker et Brandy Clark pour la partie country. White pour sa part ne présente pas une musique propre à faire trembler les murs des honky tonks le vendredi soir. Il nous propose essentiellement des ballades à écouter en petit comité à la veillée. 


 

mercredi 12 août 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

SURRENDER HILL

"Wild Country" 

Wild Country est le huitième album (dont un double) de Surrender Hill et c'est le sixième que je chronique pour Le Cri du Coyote. Pour le précédent opus du duo (Robin Dean Salmon et son épouse Afton Seekins) j'avais écrit en décembre 2024 "je le suis depuis près de dix ans, et je suis prêt à signer pour une décennie supplémentaire". Je ne changerai pas un mot à cette affirmation et je continue à être sous le charme. L'album est copieux, comme à l'habitude (quinze titres pour une heure et cinq minutes) sans jamais lasser, la voix et l'inspiration de Robin sont toujours dignes de Tom Russell, et Afton est parfaitement complémentaire, tant pour l'écriture (tous les titres sont des compositions conjointes) que pour la voix, en solo comme en duo. À cet égard, il est étonnant que l'on continue à se référer à Dolly & Porter, Tammy & George, Emmylou & Gram, sans évoquer Afton & Robin car ces deux-là jouent dans la même ligue, avec une dimension supplémentaire liée au fait que leur complémentarité ne tient pas seulement aux harmonies vocales. Les thèmes des chansons sont souvent personnels, et toujours partagés, ce qui confère à l'interprétation une émotion qui fleure bon le vécu. Des titres comme The Otherside et Are You Thinking Of Me en sont la parfaite illustration. River Of Angels évoque la terrible inondation de juillet 2025, à Kerrville, Texas alors que They All Stood Up for Love constate que l'Amérique d'aujourd'hui, loin de celle qui prêchait l'amour, est dominée par la division et l'hypocrisie. Love For The Work est une belle démonstration de la qualité vocale d'Afton (également remarquable dans Beyond The Break), ici dans uns un registre entre rock et soul. À cet égard, il faut souligner que le son du groupe a évolué par rapport à ses débuts, en 2015. Si les influences country sont toujours présentes (Cowboys Last Ride qui termine le disque le démontre à l'évidence), le son est globalement plus rock (sans que cela affecte la dimension mélodique de l'ensemble) avec les guitares électriques de Matthew Von Doran, Mike Waldron et Eric Fritsch (qui joue aussi des claviers) qui s'appuient sur la rythmique impeccable de Matt Crouse (batterie et percussion) et Robin Dean Salmon (qui assure les lignes de basse en plus des guitares et de l'orgue). Dennis Parker assure pour sa part la partie plus traditionnelle de l'instrumentation (mandoline, banjo, fiddle, guitare) avec une apparition de Jim VanCleve au fiddle sur Witness. L'un des titres les plus significatifs de cette évolution progressive est l'excellent et lancinant Straight Into The Light, un sommet de l'album, où batterie, orgue et guitares s'en donnent à cœur joie. Je peux encore citer le très soul Love Won't Come Running, le tendre The Feeling Of You, une ballade chantée par Afton évoquant la première rencontre du couple. J'aime aussi beaucoup Girl In Abilene (qui me fait penser à Tom Russell) ou River Of Angels mais, à vrai dire, je pourrais citer les quinze titres. C'est pourquoi, si vous me faites l'honneur de me lire, je terminerai par un conseil (une prière?): écoutez Wild Country et, surtout, parlez de Surrender Hill autour de vous.


 

 

Ed SNODDERLY

"ES Pearl Presents Baggage Flies Free" 

Trois ans après l'excellent Chimney Smoke, chroniqué en ces colonnes, Ed Snodderly est de retour, sans The Shoestring Seven, avec Baggage Flies Free. Le titre du disque et le nom de l'artiste ne figurent qu'au verso du digipack, le recto faisant seulement apparaître la mention ES Pearl Presents. Sur le même verso de l'emballage, en plus de la liste des titres, il y a celle, impressionnante, des musiciens et vocalistes au casting: Tim O'Brien (mandoline), Verlon Thompson (guitare), Kenny Vaughan (guitares), Pete Wasner (piano), Steve Hinson (pedal steel), Daniel Kimbro (basse), Brandon Story (basse), John Gardner (percussion), Lisa Pattison (fiddle), Amythyst Kiah, Tim O'Brien, Verlon Thompson, Eugene Wolf (voix). Pour couronner le tout, il y a une mention particulièrement touchante à l'intérieur du digipack: "Malcolm Holcombe - remembered here!". Avant même d'écouter le disque, je savais que je ne pourrais pas en dire de mal. Mais, à l'écoute, c'est encore mieux, Ed, alias ES Pearl, démontre qu'il est toujours un maître lorsqu'il s'agit d'écrire des chansons et de raconter des histoires. Après un demi-siècle de carrière, la passion l'habite plus que jamais et on le sent toujours à l'affût du détail qui va changer le cours d'un texte ou d'une mélodie. Car si Ed écrit en étant guidé par l'héritage de Woody Guthrie ou de Jack Elliott, il sait aussi pondre des airs entraînants qui arrachent un sourire à l'auditeur, ou des mélodies pleines d'émotion. Après le titre d'ouverture Coming Down This Road, très marqué par Mississippi John Hurt, où brille la pedal steel, les morceaux s'enchaînent en laissant chaque musicien, qui au fiddle, qui à la guitare, qui au piano, la liberté de s'exprimer. L'enchaînement Fixing This Old Gate, au son appalachien, et Malcolm Holcombe - For Another Time, un talking-blues (ou talking-folk?), illustre parfaitement l'éclectisme du songwriter. Il y a aussi When Doc Watson Comes To Johnson City qui capte immédiatement l'attention. Pour ceux qui connaissent le guitariste, il n'est pas nécessaire de préciser qui a inspiré l'arrangement du titre. Des chansons comme This Old Guitar ou See You In The Morning raviront les amateurs de Merle Haggard ou des Highwaymen. Sur Will Your Down Home Be Unbroken, on entend la mélodie de Will The Circle Be Unbroken, avec notamment un pont instrumental assuré par le fiddle et le piano. Sur ce titre, comme sur That I Need You More Than I Ever Now, le talent de raconteur d'histoires d'Ed Snodderly saute aux oreilles. Il y a aussi The Grandest Tail, plein d'humour, auquel succède High In The Rhyme (avec Amythyst Kiah) que n'aurait pas renié un certain Bob Dylan. Baggage Flies Free est un album riche de douze compositions de Monsieur Ed Snodderly, auxquelles il a ajouté, pour faire bonne mesure, une chanson bonus, It's Christmas Again, à l'ambiance plus sombre que festive. Et même si ce disque est paru en juin, on ne peut que dire à l'artiste "merci pour ce cadeau". 


 

 

Rodney CROWELL

"Then Again" 

Then Again est ce que l'on peut appeler un album perdu. Rodney Crowell l'a retrouvé dans ses archives alors qu'il l'avait totalement oublié. Il y a vingt ans, il était au sommet après une trilogie de disques couronnés de succès, The Houston Kid en 2001, Fate’s Right Hand en 2003 et The Outsider en 2005. Il est alors retourné aux Treasure Isle Studios de Nashville avec les mêmes musiciens pour l'accompagner, parmi lesquels Steuart Smith (guitare et co-production avec Crowell). Michael Rhodes (basse). Benmont Tench (venu en avion jouer de l'orgue) et John Jorgenson (qui a ajouté sa mandoline en picking pour The Ballad of Artemis and Orion. Mais quand Rodney a écouté les masters, il n'a pas été convaincu par le résultat. Les chansons étaient bonnes, le groupe excellent, mais quelque chose manquait. Le disque ne touchait pas vraiment le songwriter qui avait l'impression de tourner en rond, de se répéter, alors qu'il avait besoin de quelque chose de nouveau. Il est alors parti pour Los Angeles avec Joe Henry pour enregistrer Sex & Gasoline, mais c'est une autre histoire. Then Again, c'est huit titres avec quelques invités prestigieux: il y a Guy Clark qui vient converser avec Rodney sur Are You One Of Us? Il y a Kieran Gross et Annie Kinsella qui chantent sur Sing Your Heart Out, imités par Lyle Lovett et Chely Wright sur Watcha Gonna Do Now #2. Deux titres ont été enregistrés plus récemment: If I Could Speak To Leonard, un hommage à Leonard Cohen, et Go Light A Candle avec Emmylou Harris et Lera Lynn. Quand on entend des chansons comme The Ballad Of Artemis And Orion, I Won't Lie ou 40 Winters, on se dit qu'il est heureux que les bandes de cet album aient été simplement oubliées et non perdues. Elles attendaient simplement, dans un coin du grenier, le bon moment pour s'offrir à nous.


 

 

Rodney CROWELL

"Airline Highway" 

Then Again est paru récemment mais, en 2025, Rodney avait publié un album de nouvelles compositions, Airline Highway. Dix titres de sa plume dont trois co-compositions: Rainy Day In California (avec Lukas Nelson), Taking Flight (avec Ashley McBryde) et Don't Give Up On Me (avec Will Jennings). Lukas et Ashley ont prêté leurs voix, chacun sur le titre qu'il a co-écrit. Rebecca et Megan Lovell (alias Larkin Poe) en ont fait autant sur Louisiana Sunshine Feeling Okay, de même que Tyler Bryant sur The Twenty-One Song Salute et Charlie Starr sur Heaven Can You Help. Ce qui frappe à l'écoute, dès Rainy Days In California qui ouvre le bal, c'est d'abord l'énergie montrée par Rodney que j'avais trouvé un peu fatigué, y compris vocalement, sur ses précédents opus. Il a certes vieilli depuis 1978 mais Airline Highway ne se situe pas loin de Ain't Living Long Like This. Un titre comme Some Kind Of Woman en est l'illustration avec une guitare électrique (Tyler Bryant ou David Grissom?) et un piano (Catherine Marx) qui font penser que ce titre n'aurait pas déparé le répertoire de Jerry Lee Lewis. La guitare encore, avec la voix d'Ashley McBryde, illumine la fin de Taking Flight, puis suit le paisible et acoustique, mi-parlé, mi-chanté, Simple (You Wouldn't Call It Simple) qui constitue une respiration avant The Twenty-One Song Salute (où l'on entend citer Be-Bop-A-Lula et Diggy-Diggy-Lo. L'album continue avec deux autres titres rock (Don't Give Up On Me et Heaven Can You Help avant de se terminer avec Maybe Somewhere Down The Road, un moment de calme beauté, où prennent le relai guitare acoustique et cordes qui soulignent à merveille la tristesse des mots. J'ai cité quelques vocalistes et musiciens, mais je n'aurai garde d'oublier Rachel Loy (basse et voix), Conrad Choucroun (batterie et percussion), Dirk Powell (accordéon) ni Eleanor Denig (violon, alto et violoncelle) qui, tous ensemble, constituent un groupe soudé qui constitue une assise solide pour les compositions de Rodney. À tout juste 75 ans (au moment de la parution de Airline Highway), Rodney Crowell démontre qu'il n'a rien perdu de sa créativité ni de sa capacité à faire partager sa passion intacte. Je ne pense pas que celles et ceux qui ont eu la chance de le voir et l'entendre récemment à Paris me contrediront. 


 

 

Mark ERELLI

"Spring Green" 

Spring Green serait le quatorzième album solo de Mark Erelli. Sans doute (comme Emmylou Harris avec Gliding Bird) omet-il Long Way From Heaven, son premier véritable LP, paru en 1997. Mais peu importe, que l'on remonte à 1997 ou à 1999, le songwriter de Boston a un parcours dont il peut s'enorgueillir et qui le place, sa modestie dût-elle en souffrir, parmi les grands. Mark n'a jamais cherché véritablement la lumière et il est tout aussi heureux de se produire sur scène pour son compte ou comme sideman de ses consœurs et confrères, comme Lori McKenna pour n'en citer qu'une. Il a passé un quart de siècle à démontrer sa versatilité, sa capacité d'adaptation à différents genres (comme le bluegrass avec son groupe Banrstar!) mais, avec ce nouvel opus, il cherche simplement à être lui-même, à montrer ce qu'il est et pas ce qu'il est capable de faire. C'est donc un disque profondément personnel et plein d'émotion qu'il nous propose. Paradoxalement, cela ne l'a pas empêché d'écrire six des onze chansons en collaboration avec des amis: Peter Mulvey (King Of Nothing), Dave Godowsky (Spring Green), Fred Wilhelm (While You Were Sleeping), Rose Cousins (The Bell), Anthony Da Costa (Harder Than It Has To Be) et Sean Staples (Kindhearted Woman). Le disque est co-produit par Mark Erelli et Zachariah Hickman, également à la basse, et les deux hommes sont joints par Rich Hinman (guitare électrique, lap steel, pedal steel), Shane Leonard (batterie et percussion), James Rohr (claviers) et Andrew Stern (guitares). Avec eux, sur certains titres, on croise des vocalistes ayant pour noms Alisa Amador, Rose Cousins, Kris Delmhorst, Annie Lynch et Rose Polenzani. Sean Staples (mandoline et voix) fait également une apparition et, pour la première fois sur disque, Owen Erelli, fils de Mark, vient avec sa guitare électrique baryton sur Weary Traveler. La plus grande partie du disque a été enregistrée "live in studio" en trois jours. Cinq titres ont même été mis en boîte le premier jour, et cela confère à l'ensemble une authenticité et une spontanéité qui résume bien l'esprit dans lequel Spring Green a été conçu. Personne n'en rajoute et il n'y a jamais une note en trop. L'émotion est souvent à fleur de mélodie comme dans In Waves, au texte bouleversant, ou dans While You Were Sleeping, au thème plus léger. Il y a aussi des chansons d'espoir (Spring Green, qui résume assez bien l'esprit du disque), d'autres où l' auto-dérision l'emporte (King Of Nothing), des morceaux folk somme toute assez classiques (Weary Traveler, Walk Beside Me). Et puis je dois citer Summer Boys qui offre peut-être le moment le plus personnel de l'album, une méditation sur la paternité et l'enfance qui s'en va trop vite. L'album se termine par Kindhearted Woman, une chanson d'amour, et Friend Like You, une ode à l'amitié qui n'est pas un vain mot pour Mark. Il chante "J'ai de la chance d'avoir une femme au grand cœur" dans la première et "Je suis reconnaissant d'avoir eu un ami comme toi" dans la seconde. Mark Erelli n'oublie jamais les autres car, en plus de faire partie des grands (je l'ai déjà écrit plus mais je voudrais vous en convaincre), c'est aussi un très bel être humain. Et Spring Green est un très beau disque.


 

 

Scott COOK

"Troubadourly Yours"

Il faudrait que quelqu'un au Canada pense à ériger une statue en l'honneur de Scott Cook. À l'heure du streaming et du tout digital, alors que beaucoup d'artistes en sont réduits à nous offrir des singles sur les plates-formes musicales, Scott continue à nous proposer de vrais disques. Mieux encore, comme Further Down The Line en 2017 et Tangle Of Souls en 2020, Troubadourly Yours est présenté dans un livre, un vrai, avec couverture en carton épais et lettres dorées. À l’intérieur, une citation de Woody Guthrie (qui est un peu une profession de foi pour Scott qui partage la vision exprimée ici par Woody sur le rôle social du songwriter et de ses chansons), un texte de seize pages de Scott introduit par ces mots "Fellow Traveller…" (car notre ami est aussi un infatigable voyageur qui parcourt le monde, d'Australie à Taïwan en passant par la Scandinavie - allez-voir à cet égard le Scott's hobo travelogue sur son site web), les crédits des chansons et les textes et les accords de chacune d'entre elles. C'est tellement bien fait qu'on oublie presque d'écouter le CD! Cela serait dommage, d'autant plus qu'il commence par Troubadourly Yours, une chanson épique de près de sept minutes dont le flot de poésie ne se tarit pas une seconde. C'est un lien direct avec la citation de Woody évoquée plus haut. Une basse (Liz Frenchman), une paire de guitares (Joe Nolan) et un dobro (Miles Zurawell) accompagnent Scott qui parle de Cohen (sa voix prend des accents de celle de Leonard) et Kerouac. C'est un manifeste autobiographique qui se termine par ces phrases: "Je crois en Un Grand Syndicat / Comme le chantait le vieux Woody / Je crois Mother Jones et Joe Hill / Je crois Anita Hill aussi / Je crois que je peux parfois avoir tort / Mais je crois que la vérité finira par éclater / Et je crois que nous avons beaucoup plus en commun / Que de raisons de nous battre". Après cette entrée en matière à l'ambiance grave, Scott retrouve de la légèreté pour Keeping Good Company, avec le fiddle de Warren Hood et la mandoline de Justin Wilchez (qui a enregistré sa partie en Australie). Steady For You poursuit dans la même tonalité avec toujours Justin à la mandoline et la première apparition (sur ce disque) de Pamela Mae, à la contrebasse et aux harmonies. Les mêmes sont là pour There Is A River avec en plus le dobro de Pete Fidler. C'est un hymne à la vie à la campagne, d'une paisible beauté nostalgique, où Scott évoque ses grands-parents mais aussi Pal, le chien de son père. La basse de Liz Frenchman donne le tempo à The Wolf That Wins, dans une ambiance qui se situe entre Leonard Cohen et Greg Brown, avant l'intervention de quelques cordes (Mickey O'Donnell, Catie Alison) et d'une harpe (Michelle Doyle). Frankie's Braids nous rappelle que Scott Cook est un grand voyageur et qu'il considère Taïwan, où il avait enseigné dans une crèche, comme sa seconde patrie. Frank (son nom anglais) était un de ses élèves âgé de quatre ans. Là encore, l'ambiance est doucement nostalgique avec le dobro de José Mejia et le fiddle de John Showman. Changement complet de tonalité pour le rapide et sautillant Enough avec Warren Hood (mandoline) et Justin Vilchez (fiddle). A Bigger Tent démarre comme un air de square dance au son du fiddle de Pete Denahy. Derrière sa gaîté apparente, c'est une chanson qui fait réfléchir comme en témoignent ces mots: "Ceux qui se croient maîtres du monde nous prennent pour des imbéciles / Ils ont truqué le jeu pour gagner / Ils nous poussent à rejeter la faute les uns sur les autres plutôt que de dénoncer la façon dont ils ont faussé les règles / Mais nous sommes bien plus nombreux qu'ils ne le seront jamais / Oh il nous faudra simplement un plus grand rassemblement". Tout cela est énoncé sur un rythme échevelé et From Here On The Curve permet de reprendre son souffle. Le banjo de Bramwell Park égrène quelques notes qui répondent à la basse de Liz et à la discrète guitare de Scott et nous amènent tranquillement à cette question fondamentale: "Qui trouvera le courage de rêver à quelque chose de meilleur / Qu''un monde où certains commandent et d'autres servent / Et de voir que l'on pouvait briser les vieilles règles / Qui semblaient inéluctables dans le cours des choses?". Le dernier titre, Something To Do With Love est un peu une réponse à toutes les interrogations exprimées dans les chansons précédentes: "On dit que ce qu'on ignore ne peut pas nous faire de mal / Mais ce qu'on croit savoir, parfois, nous blesse / La vie entière ne ressemble-t-elle pas à une question? / Si la réponse existe, elle a forcément un lien avec l'amour". Cette note d'optimiste conclut en beauté ce qui est un des plus grands disques du moment. Il nous fait réfléchir et, en même temps, est un régal pour les oreilles. Il confirme que Scott Cook est un des derniers troubadours dont le monde actuel manque cruellement: "Être un troubadour est probablement la plus vieille façon de propager les nouvelles des gens…". Je conclurai cette chronique en précisant que Troubadourly Yours a été co-produit par Scott Cook et Miles Wilkinson (on connaît notamment son travail avec Guy Clark), ce qui constitue un gage supplémentaire de qualité.