mercredi 15 juin 2022

L'art selon Romain (Decoret)

 

Lew JETTON & 61 SOUTH

"Déjà Hoodoo" (Endless Blues Records)

Voici un grand chanteur-guitariste que Dan Auerbach a loupé, sans doute parce qu’il ne l’a pas rencontré. Lew Jetton est né dans le West Tennessee à Humboldt. En 1981 il termine ses études universitaires et présente la météo et le journal télévisé à Jackson, Tennessee. Le légendaire Carl Perkins lui conseille de se consacrer à plein temps à la musique et Lew Jetton est également coaché vocalement par le bluesman Snooky Prior. Dès 1994 il forme le groupe 61 South (oui, CETTE route-là) avec JD Wilkes des Legendary Shack Shakers. De 2000 à 2017, ils enregistrent 4 albums dont les fabuleux State Line Blues et Tales From A 2-Lane. Ces routes du Sud à deux voies, ils les empruntent en permanence pour tourner sans arrêt dans les juke-joints de Paducah, Kentucky jusqu’à New Orleans et Mexico. Le groupe est soudé comme peu d’autres et il teste les chansons devant le public. Waffle House Woman est une favorite des audiences, ainsi que Mexico, Move On Yvonne, l’ironique Who’s Texting You?, ou le très sérieux Will I Go To Hell?. Déjà Hoodoo a été enregistré à Jackson, Tennessee par Wes Hensley, ex-directeur musical du groupe de Carl Perkins. Interventions lumineuses de Bob Lohr, pianiste de Chuck Berry et du spécialiste de Travis-pickin’ Alonzo Pennington. Rock & blues, recommandé à ceux d’entre nous qui sont fatigués des clichés. (Romain Decoret

 

 Robert FINLEY

"Sharecropper’s Son" (Easy Eye Sounda) 

La dernière découverte de Dan Auerbach est ce Louisianais qui n’est jamais là où l’on pourrait s’y attendre. Country-blues? Sans doute, mais il repousse l’enveloppe au maximum, capable de jouer de la soul-funk ou du jazz avec un feeling magnétique. Comme le dit Auerbach: "Robert Finley a une vista musicale impressionnante. Quand il pose sa guitare, il suffit de le mettre en face d’un orchestre et il sonne comme Ray Charles dès la première prise". Finley a eu une vie incroyable, depuis les champs de la ferme familiale en Louisiane, jusqu’à Beverly Hills, l’émission TV America Got Talent et des premières parties de Greta Van Fleet. Découvert sur le tard avec l’album Age Don’t Mean A Thing en 2016, alors qu’il avait 62 ans, il est ici enregistré à Nashville avec l’équipe de blues vétérans du Mississippi d’Auerbach. Kenny Brown, Eric Deaton, Bobby Wood, Billy Sanford et Gene Chrisman. Alors, bien sûr Country Boy, Sharecropper’s Son et Country Child sont du pur country blues qui évoque Lightning’ Slim ou Slim Harpo, mais Souled Out On You et Make Me Feel All Right vont au-delà, dans le royaume du Genius Ray Charles. Alors que All My Hope et Starting To See atteignent la dimension de Sam Cooke. Au moment où vous lirez ces lignes, Robert Finley aura fini sa tournée française en jouant au Trabendo à Paris… (Romain Decoret

 

Early JAMES

"Strange Time To Live" (Easy Eye Sound)

Early James est un pur produit de la scène très particulière de Birmingham, Alabama. A la sortie de son premier album, ce jeune songwriter a été perçu par la critique comme le chaînon manquant entre Townes Van Zandt et Tom Waits, alors qu’en réalité il est dans la tradition de John Prine et de "Hardrock" Gunter, auteur du classique Birmingham Bounce. On pensera aussi à Sturgill Simpson ou Jason Isbell et même à Jerry Reed. Ce second album est bien plus électrique avec un rack de pédales, alors que pour le premier - Singing For My Supper - Early James n’avait amené que sa guitare acoustique. Aucune chanson ne ressemble à quelque chose de déjà entendu et en même temps cette musique est comme gravée dans la pierre d’une tradition établie mais oubliée. Un mix très étrange et créatif avec Tom Bukovac à la guitare (Willie Nelson, Keb’Mo), le batteur d’Allen Toussaint, Jay Bellerose et Mike Rojas au piano. Textes inspirés par les auteurs sudistes comme Faulkner ou Erskine Caldwell. Murder ballads electrifiées avec Dance In The Fire ou folk contemplative sur If Heaven Is A Hotel. Pas d’interdiction de se sentir fou, car les vrais fous sont ceux qui ne doutent jamais d’eux-mêmes, comme Early James le chante dans Straightjacket For Two. Il est rejoint par la chanteuse Sierra Ferrell pour l’incandescent Real Low Down Lonesome. A voir absolument dès qu’il viendra en France… (Romain Decoret)

 

Walter TROUT

"Ride" (Provogue/Mascot Group)

Walter Trout a d’abord accompagné John Lee Hooker, Percy Mayfield, Big Mama Thornton et Joe Tex avant de rejoindre Canned Heat. Puis John Mayall l’engage. De 84 à 90, il forme l’un des meilleurs duos des Bluesbreakers avec le second guitariste Coco Montoya derrière John Mayall. Pendant cette période, il est self-destructif et c’est Carlos Santana qui le sort psychiquement d’une descente aux enfers. On verra que l’influence de Santana porte aussi sur l’évolution de son jeu de guitare, lui déconseillant de se laisser enfermer dans des schémas sclérosés. En 2013, en tournée, un docteur lui annonce qu’il lui reste 90 jours à vivre à moins qu’il ne subisse une greffe du foie. Il le fait et en guérit pour enregistrer l’album Survivor Blues en 2019. Son nouvel album, Ride, tire les leçons de sa rencontre avec Santana et il l’incorpore dans son jeu. Ghosts, High Is Low ou I Worry Too Much sont beaucoup plus que du blues-rock, avec une guitare chantante qui rappelle le "violoning" de Leslie West. Le disque sortira le 19 août. (Romain Decoret)

 

The ROLLING STONES

"Licked Live In NYC" (DVD - Mercury/Universal)

Pour la tournée 40 Licks , les Stones reviennent au Madison Square Garden et le show est ici retranscrit dans son intégralité, en un DVD et deux CD. On retrouve ce qui est le groupe ultime des Stones avec Darryl Jones à la basse, Chuck Leavell aux claviers, le sax du regretté Bobby Keys, Blondie Chaplin, Lisa Fischer et Bernard Fowler aux chœurs et la section de cuivre de Tim Ries, Kent Smith et Michael Davis. Si les greatest hits sont au rendez-vous avec Street Fighting Man, Satisfaction ou Brown Sugar, on appréciera des versions plus rarement jouées de Monkey Man, If You Can’t Rock Me, Thru and Thru, Starfucker et Can’t You Hear Me Knocking. Mieux encore les soundchecks d’Amsterdam en bonus offrent les inconnues Well Well et Extreme Western Grip. Deux autres documentaires en bonus sont intitulés Tip Of The Tongue et Backstage In Boston. Un coffret précieux avec 161 minutes de show incandescent en attendant la tournée française de cet été… (Romain Decoret)

vendredi 10 juin 2022

Disqu'Airs par Éric Allart

 

Charley CROCKETT

"Lil’ G.L. presents Jukebox Charley" (2017/2022)

Boulimique de travail, Charley Crockett a sorti avec un rythme intense une pelletée d’albums marquants depuis 2017 qui l’ont propulsé dans le peloton de tête des revivalistes attachés au son et aux styles des années 60-70. Jukebox Charley est une nouveauté et paradoxalement son plus ancien album: il s’agit d’un état des lieux mis en boite en 2017 avec ce qui constituait alors le répertoire "live" d’icelui. Tous les éléments constitutifs de son admirable capacité à singulariser chaque titre sont déjà là, avec un équilibre dans les arrangements et une maitrise qui laisseront pantois les connaisseurs.

Emprunts à Johnny Paycheck et Porter Wagoner, George Jones, exhumation de Six Foot Under obscur bijou de Bob Fryfogle magnifié par l’orchestration des Blue Drifters, on attachera une fois encore de l’attention à la variété des schémas de percussions et de basse, toujours inventifs mais sobres.

La figure tutélaire du Jerry Lee Lewis et de Charlie Rich des années 60 plane sur Home Motel dont vous me direz des nouvelles.

Cerise sur le gâteau, Charley démontre sur ces plages qu’il est probablement déjà le meilleur pour l’usage des chœurs sucrés féminins typiques du Nashville Sound aussi bien que des Raylettes des années 60. On en ressort comme d’un grand voyage pour visiter des amis chers mais distants.

 

 

Vaden LANDERS

"Lock The Door" (2022)

Il n’y aura pas tromperie sur la marchandise, c’est du honkytonk brut qui se tient à l’écart de toute l’artillerie lourde des back-ups metal-red-dirt-pop-grunge que l’on tente de nous faire passer pour de la Country-Music. 

Amateurs des premiers Wayne Hancock, vous trouverez ici du fiddle, de la belle pedal steel, une pincée de slap bass et de lead guitares. Plus classique tu ne peux pas. Mais l’atout tient surtout à l’énergie déployée et à la dimension un peu rugueuse de l’ensemble. Ca ne sent pas la naphtaline compassée et la posture, ça envoie pas mal, les ballades alternent avec du shuffle et des blues yodelés. Ce jeune gars de 27 ans sait d’où il vient et où il va. 

Il compose, écrit, arrange et chante. Le timbre n’est pas policé et la voix n’est pas toujours de celles que l’on retient à la première écoute. Il n’y aura pas de révolution copernicienne et c’est pour cela que l’homme aussi bien que la musique me sont attachants. Rien n’est faux là dedans. 

 

The VIRGINIA CREEPERS

"Little Bird in the Bosque" (2022)

Voici une sympathique formation Old-Time du Nouveau Mexique qui se produit dans la région d’Albuquerque depuis les années 90. Habitués à des petites scènes, du bar et des évènements privés ils nous offrent leur premier CD de 19 titres où sur un rythme sautillant et enjoué ils savent faire vivre la candeur et la chaleureuse simplicité des pulsations de l’ancien temps. 

Si Sail Away Ladies et Billy In The Lowground n’apportent pas de surprise réelle au vu de leur omniprésence dans le répertoire obligé du genre, les 17 autres titres mettent en valeur la richesse harmonique des twin fiddles de Michael Robert et Jane Phillips

Les instrumentaux Grey Eagle et Grigsby Hornpipe donnent une furieuse envie de danser et illustrent le potentiel euphorisant que sait susciter cette musique. 

J’ai été touché par la puissance émotionnelle de Bella Donna Waltz aux accents cajuns. C’est une bande d’amis, qui se pratiquent depuis des années, cela se sent dans l’homogénéité du rendu, une invitation à partager cette sociabilité engageante. 

 

Brennen LEIGH featuring ASLEEP AT THE WHEEL

"Obsessed With The West" (2022)

Nous avions eu une belle surprise en 2009 lorsque Asleep at the Wheel avait mis en boite avec Willie Nelson au vocal un bel album hommage à Bob Wills et aux Texas Playboys (sans oublier Milton Brown) où enfin, on s’était rapproché avec crédibilité du son originel des années 40. Si le projet n’apportait pas grand-chose aux dévots du maître (dont je compte) à cause de son choix de répertoire archi connu, il avait le grand mérite de réactiver un patrimoine trop souvent ignoré des jeunes générations et surtout de prouver la capacité de la bande de Ray Benson à reprendre les gimmicks et arrangements originaux de façon convaincante. 

C’est la même impression qui se produit à la première écoute de cette grande réussite de Brennen Leigh, à la différence que le matériel est original et inédit. 

Bon sang de bonsoir, comme la musicalité de l’ensemble est riche! Le mixage est aussi réussi que le trop méconnu Electrically Recorded de Dave Stuckey, qui, lui aussi avait tenté avec talent de structurer un "all stars band" de Western Swing avec une élite d’instrumentistes en 2000. 

Le Swing est indéniable, la profusion des back-ups de steel, de cuivres, de piano est un régal et puise dans le patrimoine sans que cela paraisse de la copie servile ou du clonage stérile. Au service des chansons, avec la touche de naïveté désuète et parfois les percussions à dessein lourdingues d’une musique hédoniste faite pour danser, l’accompagnement souligne et contextualise les paroles dans le ton, qui auraient pu être imaginées il y a soixante dix ans. Brennen Leigh coule sa voix chaude dans l’ensemble avec humour et sincérité. 

J’avoue en toute partialité mon plaisir à y retrouver Chris Scruggs à la steel, confirmant sa maitrise totale des riffs adéquats, bien plus crédible dans cet environnement, pardon par avance, que les plages habituelles de la grande Cindy Cashdollar. Cet album est le chainon manquant entre les Tiffanys Sessions de Bob et la poignée de disques des Lucky Stars

Ahhh, si tous les derniers album du grand Ray avaient cette qualité ….

mercredi 8 juin 2022

Bluegrass & Co. par Dominique Fosse

 

GREENSKY BLUEGRASS

"Stress Dreams" 

La centaine de morceaux enregistrés par Greensky Bluegrass sous le titre de Leap Year Sessions parue l’an dernier était une (énorme) parenthèse presque exclusivement constituée de reprises (d’autres artistes ou d’anciens albums du groupe). Stress Dreams est donc le premier album post-confinement (et malheureusement pas post-pandémie) de Greensky Bluegrass. Le confinement a énormément influencé son écriture puisque les treize titres, tous écrits par les membres du groupe, interrogent sur le sens de la vie, incitent à jouir de l’instant, ou nous parlent de fin du monde. Des thèmes bien transcrits dans la musique de Greensky. De longs traits de dobro rendent Absence of Reason carrément inquiétant. Le même instrument hulule au début de Screams. Anders Beck est génial tout au long de l’album. Grace aux pédales d’effets, il sonne tantôt comme une lap steel, tantôt comme une guitare électrique (Streetlight, Grow Together). On retrouve dans les treize chansons la merveilleuse complémentarité des cinq musiciens, ensemble depuis quinze ans maintenant (et même vingt deux pour Hoffman, Bruzza et Bont). Ils ont la même science que New Grass Revival pour créer une rythmique rock sans la moindre percussion. Il se joue toujours des choses intéressantes derrière le chanteur. Les claviers (piano et orgue) sont très bien intégrés dans Stress Dreams, blues rock de 8 minutes chanté tout en duo par Mike Devol (basse) et Paul Hoffman (mandoline). La voix de ce dernier, plus proche de celle de Michael Stipe (REM) que de Bill Monroe (Bluegrass Boys) donne aux titres qu’il interprète un cachet "rock adulte". C’est plus léger quand Dave Bruzza (guitare) est au chant (New and Improved). Ma chanson préférée est Cut A Tooth. Sur ce titre comme sur Reasons To Stay, Greensky Bluegrass utilise un tempo très rapide qui contraste avec le chant lent et articulé de Hoffman. Michael Bont (banjo) y joue un long solo. Trois titres sont étirés sur plus de 6 minutes et permettent à chaque soliste de développer ses idées (Anders Beck est d’une créativité qui semble sans limites) toujours remarquablement soutenu par un accompagnement fourni et dynamique. Greensky Bluegrass est un groupe passionnant. 

 

Tammy ROGERS & Thomm JUTZ

"Surely Will Be Singing" 

L’association de Tammy Rogers et Thomm Jutz n’est pas nouvelle. Tous deux ont déjà enregistré plusieurs compositions écrites en commun, Thomm sur ses albums solo, Tammy avec son groupe, The Steeldrivers. Ils ont parait-il plusieurs dizaines de chansons en réserve et en ont choisi douze pour ce premier album en duo, Surely Will Be Singing. Ce sont tous deux d’excellents musiciens. Tammy s’est d’ailleurs d’abord fait connaître comme musicienne (fiddle, mandoline), aux côtés de Patty Loveless, Emmylou Harris et Trisha Yearwood. Thomm est un très bon guitariste. Ils sont accompagnés sur cet album par Justin Moses (banjo, dobro) et Mark Fain (contrebasse). Il y a un batteur sur deux titres. Tammy Rogers n’interprète que deux chansons en lead mais de nombreux refrains et plusieurs chansons entières sont en duo. L’ambiance est au calme, à l’intimité, à l’émotion. Dans ce domaine, les titres les plus intéressants sont All Around My Cabin, bien arrangé avec mandoline et alto, le dépouillé et élégant A Writer’s Tear, Five Winter’s More To Come avec banjo old time (Tammy) et un bon duo vocal sur le refrain, et la valse There Ain’t Enough Time. Sur un tempo plus vif, I Surely Will Be Singing tranche par son atmosphère joyeuse. Les titres plus rapides (Long Gone, Speakeasy Blues) permettent aux solistes – particulièrement Justin Moses – de faire étalage de leur talent.

 

The BAREFOOT MOVEMENT

"Pressing Onward" 

Depuis le EP Rise & Fly en 2020 (Le Cri du Coyote n°166), The Barefoot Movement s’est réduit à un trio. Alex Conerly (guitare) joue pourtant sur tous les titres mais il a apparemment décidé de remettre les chaussures et a officiellement quitté le mouvement. Peu importe après tout car The Barefoot Movement est essentiellement le groupe de sa chanteuse violoniste, la talentueuse Noah Wall. Elle a écrit les sept chansons originales du disque (dont quatre seule). Someday, superbement chanté en duo avec la contrebassiste Katie Blomarz, et Easy sont des ballades folk. Les autres compos ont des influences rock plus ou moins marquées et The Barefoot Movement joue la plupart avec un batteur qui libère Conerly et Morris de leur rôle rythmique. Back Behind The Wheel est un folk-rock bien chanté dominé un motif de mandoline hypnotique de Tommy Norris, excellent sur tous les titres. Sur Pressing Onward, ce sont le fiddle et la très jolie voix de Noah Wall qui sont en vedette. Find The Way est carrément rock et c’est paradoxalement le seul titre où on entend du banjo (Noah, elle a tous les talents). Sur Touch The Sky aux sonorités celtiques, le batteur aurait quand même pu y aller moins fort... Il y a aussi trois reprises sur ce disque. Katie Blomarz chante avec beaucoup de délicatesse It Doesn’t Matter Anymore de Paul Anka (accompagnée d’une pedal steel non créditée). Les deux autres reprises sont parmi les titres les plus marquants de l’album. Sur des arrangements funk newgrass, The Barefoot Movement réussit le défi de se passer de batteur. Grâce aux formidables parties rythmiques de Conerly et Morris dignes des plages les plus rock de New Grass Revival, le groupe nous propose des arrangements de Fire de Jimi Hendrix et d’un titre intitulé Baby Love mais qui n’est pas la chanson des Supremes. La voix de Noah Wall qui est si douce sur les ballades déborde d’énergie sur ces titres. Les chansons, les arrangements, la voix de Noah Wall, ses duos avec Katie Blomarz, les chœurs soul (Pressing Onward) ou rock (Find The Way Back), l’énergie, j’ai adoré Pressing Onward, formidable album à mi-chemin entre le rock acoustique et le bluegrass. Si The Barefoot Movement pouvait juste trouver un batteur un peu plus subtil pour le prochain album, ce serait top. 

 

 

COLEBROOK ROAD

"Hindsight Is 2020" 

On retrouve dans Hindsight Is 2020 de Colebrook Road leur bluegrass décontracté découvert avec Halfway Between et On Time (Le Cri du Coyote n°151 et n°162). Un style qui manque sans doute de tranchant, d’un peu de drive et de rigueur pour les partisans du bluegrass classique mais pas de charme. Jesse Eisenbise a une voix douce, assez haut perchée, qui rappelle celle de Evan Murphy (Mile Twelve) dans The Carolina Side. Il a écrit sept des dix titres. Son chant manque du cutting edge cher au bluegrass sur les titres les plus rapides (Back To Where You’ve Been) ou le blues Dry Gone Blues mais elle convient bien à Mountainside et All You Need To Know. Le gospel a cappella All Of Our Days fait également partie des bons titres du disque. Il y a de bonnes idées d’arrangements, même si tous ne sont pas complètement aboutis (le blues Days In The Nighttime construit sur un riff). Mark Rast signe l’instrumental Hindsight Is 2020 qui débute old time et finit en newgrass. Son banjo a un son un peu léger par rapport aux standards actuels mais tous les membres de Colebrook Road sont de bons musiciens. Et un groupe qui a intitulé un countrygrass Coyote mérite forcément votre confiance. 

 

Linda LAY 

(self-titled) 

Je me souvenais de Linda Lay comme contrebassiste et chanteuse du groupe Appalachian Trail il y a plus de 20 ans. Elle a ensuite fondé Springfield Exit avec son mari, le guitariste David Lay. Elle sort aujourd’hui son premier album solo composé d’adaptations bluegrass de chansons country (de Charlie Pride aux O’Kanes en passant par Emmylou Harris) et de titres de songwriters bluegrass actuels (Tim Stafford, Mark Brinkman). Le répertoire ne se prête pas aux démonstrations instrumentales mais Linda est bien accompagnée par Bryan McDowell (fiddle), Darren Beachley (dobro), Aaron Ramsey (mandoline) et Sammy Shelor (banjo), notamment sur Lightning et The Happiness Of Having You. L’ensemble est agréable même si ça manque d’originalité et de personnalité. Blue, Blueridge Mountain Girl rappelle les débuts de Rhonda Vincent. Lost In The Shuffle est un un shuffle entraînant signé Tim Stafford. Mon titre préféré est The Jingle Hole. Pas de banjo ni de fiddle mais une mélodie originale de Mark Brinkman, bien chantée par Linda et enveloppée d’une aura de mystère grâce aux interventions de dobro et de mandoline.

mardi 24 mai 2022

Avenue Country par Jacques Dufour

 

  The RAMBLIN RANGERS 

"Back Home" 

Au visu de la pochette et à la lecture du nom du groupe je pensais avoir affaire à de la musique country and western. En fait la musique des Ramblin Rangers est plus folk que country. Elle n’est pas déplaisante sans être particulièrement captivante. Les chansons sont trop longues et l’ensemble manque d’énergie. Il y a cependant quelques pointes d’humour sur le plan musical. J’en retire le rapide High Country en ouverture, la pedal steel guitar sur Yonder et la country acoustique Home. Il semblerait que les Ramblin Rangers nous arrivent du Danemark. 

 

  Kern WEST 

"Too Late For Regrets" 

Je comprends pourquoi cette chanteuse arbore un air tristounet sur la pochette de son album. Ce n’est certainement pas la compagne idéale pour faire la fête le samedi soir avec une chope de bière à la main. Par contre si le genre romantique vous sied mieux c’est les yeux dans les yeux que vous écouterez ses ballades. La voix est certes agréable mais il ne faut pas être dans un état dépressif pour écouter cet album. Si vous préférez Françoise Hardy à Gretchen Wilson vous pouvez adopter Kern West

 

 LAVENDER COUNTRY 

"Blackberry Rose" 

Certainement une formation sans prétention pour animer une soirée dans un pub. Les vocaux tant masculins que féminins sont limite: la reprise osée du Stand By Your Man de Tammy Wynette est digne d’une chanteuse de patronage. Et le chanteur a du faire son apprentissage vocal dans un comice agricole. C’est dommage car les chansons country-folk assez variées, mieux exécutées, seraient agréables. Un groupe à contacter pour une fête de village mais pas pour une soirée country.

 

 

Colette JONES 

"Deluge" 

Je ne pense pas qu’il y ait une relation quelconque avec le grand George. Remarquez, vu qu’il a une fille prénommée Georgette, il aurait très bien pu en avoir une autre prénommée Colette. Le vocal fade du country-folk en ouverture m’a laissé craindre le pire mais la ballade qui a suivi ma rassuré. La voix de Colette s’avère pure et agréable. Apaisante également et au service d’une country douce qu’on peut qualifier de folk. Deux ou trois titres au tempo plus relevé m’auraient bien convenu. En leur absence j’ai trouvé cet album un tantinet ennuyeux. 

 

 

FLINTLOCK ANNIE 

"Moonshine Sin" 

Excellente chanteuse avec une country bien énergique en ouverture. La deuxième chanson est interprétée par une voix masculine. Nettement moins excitant. En fait la chanteuse de ce quintet qui ne se nomme nullement Annie mais DeAnna possède le vocal puissant d’une chanteuse de rock. Ce qu’elle est en partie. La pedal steel guitar présente sur certaines chansons oriente le style vers une country alternative mais la majorité des titres sont plus proches du country-rock. Je dirai que Flintlock Annie me rappelle les Lone Justice de l’ère country-punk. Ce groupe doit générer une bonne ambiance en concert.

lundi 16 mai 2022

Disqu'Airs, le retour (discret)

Quelques mots d'introduction pour rappeler que les bonnes volontés sont les bienvenues. Disqu'Airs, rubrique bien connue des les lecteurs du Cri du Coyote, revient sur la pointe des pieds avec une chronique d'Alain Fournier mais elle est ouverte à quiconque voudrait partager son amour de la musique qui nous est chère.

 

Mathis HAUG & Benoit NOGARET

"Sitting On The Top Of The World" (Wild Time 004)

 Voilà enfin un vrai disque, 12 titres en version physique qu’on peut regarder, ouvrir et surtout écouter. Avec un superbe hommage à Doc Watson, ce légendaire chanteur-guitariste qui nous a quittés en 2012. Le duo reconnait "puiser son inspiration dans des styles qui ont en commun le swing et l’énergie". Pour faire bonne mesure, j’ajouterai la sincérité et l’émotion. Pour ce qui est de l’énergie et de la virtuosité chez ce diable d’homme attachant, Mathis et Benoit ont été servis ! 

Pas étonnant qu’ils aient eu envie de se mesurer à la muraille ! L’entreprise n’était pas sans risque, et enfiler les bottes de sept lieues de ce géant démontre une volonté affirmée, non seulement de relever le gant, mais surtout de réussir ce "tribute". Mission accomplie avec brio. De Coo Coo Bird à Shady Grove, les morceaux respectent l’univers musical de Doc, souligné par les apports de son fils Merle. Ici, le travail des guitares accompagne la voix de Mathis, (présent dans un style différent lors de sessions antérieures avec Jean-Jacques Milteau ou Eric Bibb pour Dixiefrog). Sur leur lancée ils se permettent une incursion sur les terres des Delmore Brothers, autre duo fondateur de la musique country au même titre que les York et autres frères Louvin. La tentation était forte mais le résultat est bien à la hauteur de l’ambition. Gonna Lay Down My Old Guitar ou Deep River Blues sont restitués avec talent, sans plate imitation mais joués avec les tripes… 

Font également partie du voyage: Aurore Voilqué au violon, Christian Séguret au fiddle et à la mandoline, Steve Louvat au banjo et Manu Bertrand à la mandoline. Leur présence donne à l’ensemble une nécessaire cohésion et cette chaude tonalité amicale que l’on perçoit au fil des chansons. En respectant la musique de Doc Watson et celle d’Alton & Rabon Delmore, Mathis et Benoit ont réussi leur examen de passage : ils peuvent prétendre se faire entendre dans la cour des grands. Mais c’est peut-être déjà fait ? (Alain Fournier)

J.P. HARRIS' DREADFUL WIND & RAIN

"Don't You Marry No Railroad Man" 

Après trois albums de compositions originales, le songwriter originaire de l'Alabama, J.P. (Joshua Pless) Harris, qui se définit lui-même comme un charpentier qui écrit des chansons, nous revient sous l'appellation J.P. Harris' Dreadful Wind & Rain pour nous offrir un disque composé uniquement de chansons traditionnelles. En fait, derrière le nom qui pourrait être celui d'un groupe, se cachent simplement J.P. (banjo fretless de sa fabrication) et Chance McCoy ancien membre d'Old Crow Medicine Show, fiddle et chœurs). Les deux hommes avaient déjà publié ensemble un disque en 2017, dans le même esprit (Two Bad Hombres). On ne sera pas surpris de trouver ici House Carpenter et le moins connu The Little Carpenter qui renvoient au job de J.P., aux côtés de Mole In The Ground, Barbry Allen ou Wild Bill Jones, dix titres en tout qui nous font passer un excellent moment. C'est de la musique old-time pratiquée par deux passionnés qui nous font partager leur plaisir de jouer. 

 

Jake Xerxes FUSSELL 

"Good And Green Again"  

La musique old-time, c'est aussi le domaine de prédilection de Jake Xerxes Fussell. Avec son quatrième album, Good And Green Again, il explore de nouveaux territoires sonores. Si ses premiers disques étaient autoproduits, pour celui-ci, il s'est adjoint les services de James Elkinton, par ailleurs muti-instrumentiste. Autre nouveauté: il y a trois compositions de Jake, toutes instrumentales, ainsi que la mise en musique d'un texte anonyme, Washington. Si certains titres restent proches de ce que Jake avait publié précédemment, par exemple Love Farewell et The Golden Willow Tree (qui s'étire sur neuf minutes), c'est-à-dire du folk pur, l'ensemble du disque est un peu la bande-son d'un documentaire sur les paysages de Caroline du Nord, comme une invitation au voyage. La guitare et la voix de Jake sont toujours aussi présentes et assurées, mais d'autres instruments donnent une couleur différente, comme la pedal steel sur Rolling Mills Are Burning Down, le fiddle sur In Florida ou des cuivres ici et là. À noter que Bonnie "Prince" Billy est présent pour quelques vocaux additionnels. Avec cet album, nostalgique et plein d'espoir en même temps, Jake Xerxes Fussell atteint une nouvelle dimension d'artiste. 

 

David OLNEY 

"Evermore" / "Nevermore" 

L'année 2020 a été terrible pour les grands songwriters américains. Le premier à nous quitter, de manière inattendue (il est mort sur scène) a été David Olney dont on a du mal à réaliser qu'il n'est plus parmi nous. Le vide qu'il a laissé va être provisoirement comblé par deux albums enregistrés en concert aux Pays-Bas et sous-titrés The Final LIVE IN HOLLAND Sessions. Ce sont les septième et huitième disques en public publiés par l'excellent Pieter Groenveld sur son label Strictly Country Records. Ils ont été enregistrés en 2016 et 2018 et, pour l'occasion, David est accompagné par Daniel Seymour (basse et voix). Le premier volume (rose) s'appelle Evermore, le second (bleu) Nevermore

 

Chacun comporte quinze titres (un peu plus car cinq d'entre eux sont des medleys de deux chansons). Tout l'art de David Olney s'exprime encore une fois. Il était aussi bien un auteur-compositeur exceptionnel qu'un interprète (chant et guitare hors-pair). On retrouve ici des classiques comme Deeper Well, Roses, Border Town, A Dangerous Man et d'autres succès plus récents comme EvermoreThis Side Or The Other, Thing Of Beauty et Innocent Heart. Au menu, également, quatre titres nouveaux ainsi que des reprises: I Still Miss Someone (Johnny Cash), Speed Of The Sound Of Loneliness (John Prine), She's Not There (Zombies), For The Sake Of The Song et Rex's Blues (Townes Van Zandt), New York Mining Disaster 1941 (Bee Gees) et Everyday (Buddy Holly). En bref, David, par l'entremise de son ami Pieter, nous offre plus que deux disques, mieux qu'un concert d'adieu: un véritable feu d'artifice, un bouquet final illuminé par son talent.

dimanche 24 avril 2022

Bluegrass & C° par Dominique Fosse

 

The Del McCOURY BAND

"...Almost Proud" 

La plupart des chanteurs bluegrass actuels ont des timbres plaisants dès la première écoute. Par le passé, ils avaient des voix souvent plus difficiles à apprécier au premier abord (pour des oreilles d’autres états que ceux du Sud-Est des Etats-Unis tout au moins) et ne semblaient faites que pour chanter du bluegrass. Si la voix de Lester Flatt était assez consensuelle, celles de Bill Monroe et Ralph Stanley nécessitaient, pour les apprécier, un apprentissage, une éducation de l’oreille. Ce fut aussi pour moi, à une époque, le cas de la voix de Del McCoury. Cette voix haut perchée et nasillarde à souhait m’a rebuté dans les premiers temps. Ensuite, je m’y suis fait, au point de m’enthousiasmer pour des albums tels que Del & The Boys, It’s Just The Night ou Streets Of Baltimore, et de considérer Del McCoury parmi les plus grands chanteurs bluegrass (je ne suis pas le seul). Aussi ai-je été surpris d’une sorte de régression dans mon appréciation de sa voix à l’écoute des premières chansons de …Almost Proud. J’ai réécouté d’anciens albums de The Del McCoury Band pour en avoir le cœur net et j’ai vraiment l’impression que le timbre de Del (qui a 83 ans) s’est durci. C’est, curieusement, encore plus sensible quand il chante en duo avec son fils Ronnie. Cela m’a donc gâché les premiers titres de …Almost Proud: une reprise de Love Don’t Live Here Anymore de Kris Kristofferson, une composition de Eric Gibson et Mike Barber (des Gibson Brothers) dont le couplet a un léger rythme de rumba, et deux compositions de Del. La plupart de ces titres sont néanmoins marqués par le banjo d’un Rob McCoury en grande forme. La voix passe mieux sur Rainbow Of My Dreams tiré du répertoire de Flatt & Scruggs, que j’aurais néanmoins aimée plus dynamique. La deuxième moitié du disque est bien meilleure. Honky Tonk Nights est un titre bien rythmé, chanté en duo par Del et Vince Gill. Le piano de Josh Shilling est très bien intégré dans deux morceaux, Once Again - une marche blues qu’il a composée et qui est typique du style de Del - et le swingant Other Shore. Working Man’s Wage est une bonne adaptation bluegrass d’un succès de Trace Adkins. Ma chanson préférée est Sid, superbe train song chantée en solo par Del, avec de belles interventions de Rob et de Jason Carter (fiddle). Del interprète ce titre et plusieurs autres dans une tessiture moins aiguë que les premiers morceaux de l’album et c’est aujourd’hui là que sa voix est la plus belle.

 

The PUNCH BROTHERS

"Hell On Church Street" 

Les Punch Brothers rendent hommage à Tony Rice en reprenant les douze titres de son album Church Street Blues. Un hommage qui n’est pas lié au décès de Tony le jour de Noël 2020 puisqu’il avait été enregistré avant sa mort. Les Punch Brothers ont d’ailleurs été très peinés de ne pouvoir présenter leur album à celui qui les a tant influencés, Chris Eldridge en tête, pas seulement parce qu’il est le guitariste du groupe, mais aussi parce qu’il l’avait fréquenté tout jeune grâce à son père, banjoïste de Seldom Scene. Noam Pikelny, banjoïste des Punch Brothers, avait, sur le même concept, réenregistré en 2013 tout l’album Kenny Baker Plays Bill Monroe (savamment intitulé Noam Pikelny Plays Kenny Baker Plays Bill Monroe) en jouant note à note tous les solos du célèbre fiddler. Les Punch Brothers ne peuvent bien entendu pas reprendre la même formule, Tony Rice ayant enregistré Church Street Blues pratiquement seul à la guitare (juste un petit coup de main du frangin Wyatt à la guitare rythmique). Ces douze titres existaient avant que Rice ne les reprenne et les Punch Brothers en font des versions très personnelles. Ils vont beaucoup trop loin pour moi avec l’instrumental The Gold Rush de Bill Monroe, suite de grattouillis et de tremolos qui ressemble à une longue intro. On attend en vain que le morceau démarre. Je n’ai pas non plus aimé Streets Of London chanté dans son style maniéré par Chris Thile sur un tempo ralenti et un accompagnement qui affectionne les dissonances. Mais je conçois qu’il y a un parti-pris esthétique qui peut plaire aux fans des Punch Brothers (ils sont nombreux et le groupe a déjà enregistré des chansons avec ce type d’arrangement). Last Thing On My Mind avec un chant murmuré et un accompagnement minimaliste n’est pas mon truc non plus mais tous les autres morceaux sont bien, voire très bien. J’ai particulièrement aimé la version joyeuse de Any Old Time (Jimmie Rodgers) chantée entièrement en duo par Eldridge et Thile. One More Time (Dylan) est également interprété en duo (par Thile et Gabe Witcher, je pense) avec la guitare d’Eldrige en vedette sur un arpège combiné de banjo et de mandoline. Toujours un duo vocal pour Orphan Annie (Norman Blake), cette fois sur un groove de contrebasse (Paul Kowert) relayé par le banjo. Chris Thile chante Church Street Blues dans son style particulier mais sans trop en faire. House Carpenter a un début trop calme et une suite bordélique mais j’aime bien la fin avec l’arrivée du banjo. J’ai beaucoup aimé Pride Of Man, bien rythmé, très bien chanté par Chris Thile et superbement arrangé, du chant des baleines joué à la contrebasse par Kowert aux solos des quatre autres musiciens. Bonne interprétation également de Wreck Of The Edmund Fitzgerald (titre signé Gordon Lightfoot, songwriter favori de Tony Rice) sur un arrangement aux sonorités celtiques avec une belle progression dramatique. Du côté des instrumentaux, Jerusalem Ridge (Monroe) est joué de manière speedée par Pikelny sur un accompagnement non conventionnel avant de basculer sur un solo de fiddle beaucoup plus classique. Cattle In The Cane est encore plus original, dans une interprétation très libre qui rappelle les premiers albums de Tony Trischka dans les années 70. Bref, selon votre appétence pour les audaces artistiques des Punch Brothers, il y a peut-être un à trois titres à mettre de côté mais Hell On Church Street est un bel hommage créatif à Tony Rice, guitariste et chanteur.

 

Kristy COX

"Shades Of Blue"

 Shades Of Blue est, je crois, le septième album enregistré par la chanteuse australienne Kristy Cox, le sixième aux Etats-Unis, et vous aurez beaucoup de mal à le différencier des trois précédents. Kristy a renouvelé sa confiance à Jerry Salley, producteur et songwriter (il signe neuf des douze chansons) et aux musiciens des précédents albums : Jason Roller (guitare, fiddle), Justin Moses (mandoline, dobro), Mike Bub (contrebasse), la seule nouveauté est la présence de Gaven Largent qui remplace Aaron McDaris au banjo. Mêmes types de chansons également : une moitié de titres rythmés typiques du bluegrass, quatre chansons dans un esprit country, deux slows, un blues. Pas très original mais tellement bien chanté, arrangé et accompagné. Appalachian Blue et Person Of The Year sont sortis en single pour les radios mais je trouve que ce sont loin d’être les meilleurs titres. Appalachian Blue est même très quelconque et ne vaut que par la maîtrise vocale de Kristy et le talent des musiciens. Person Of The Year a sans doute été choisi parce que la chanson évoque les héros du quotidien de la période de confinement total et qu’il y a un public pour ce genre de chansons. Je leur préfère le blues The Devil Was An Angel Too à l’interprétation intense, le countrygrass If Heaven Was A House, le slow An Old Abandoned Church et des titres plus rythmés comme Good Morning Moon et Moonshine, Moonlight & Blue Moon Of Kentucky. On pourra reprocher à Kristy un spectre de chansons moins varié que sur les albums précédents mais Shades Of Blue est un bon disque de bluegrass contemporain, très bien joué et chanté. 

 

 

The PO’ RAMBLIN’ BOYS

"Never Slow Down" 

Never Slow Down est le cinquième album des Po’ Ramblin’ Boys, un groupe formé en 2014 et qui est rapidement devenu très populaire (révélation de l’année en 2018 pour IBMA) grâce à une musique bien ancrée dans la tradition. Il y a d’ailleurs deux chansons des Stanley Brothers dans le répertoire de Never Slow Down (le classique Little Glass Of Wine et Lonesome). Le banjo de Jereme Brown crépite comme celui de Scruggs (excellent son). CJ Lewandowski joue parfois dans le style de Bill Monroe (Lonesome). Depuis que le quartette initial a intégré la violoniste Laura Orshaw (qui avait participé aux deux albums précédents et dont la notoriété personnelle grandit rapidement), il y a quatre chanteurs lead dans le groupe. Mon favori est Lewandowski qui interprète deux titres bien rythmés, Woke Up With Tears In My Eyes et Take My Ashes To The River de Mark Erelli. Laura Orshaw fait de bons débuts dans le groupe avec une ballade country de George Jones (Where Grass Won’t Grow), une valse d’Hazel Dickens (Ramblin’ Woman – il n’y a pas que les pauv’ garçons qui sont des baroudeurs) et une composition de Jim Lauderdale qui brode sur le traditionnel Little Maggie. Josh Rinkel interprète deux de ses compositions dont Missing Her Has Never Slowed Me Down qui a donné son titre à l’album. Jereme Brown chante Mason’s Lament, le titre le plus traditionnel du disque. C’est carré, efficace. Les Po’ Ramblin’ Boys n’en rajoutent pas pour sonner plus trad que trad. Ça leur est naturel. A mon goût, ça manque juste d’un peu de personnalité. 

 

 

Larry CORDLE

"Where The Trees Know My Name" 

Sorti en 2021, Where The Trees Know My Name est loin d’être le meilleur album de Larry Cordle mais la chanson qui lui a donné son nom pourrait sans problème figurer sur une compilation de ses meilleures compositions. Le texte n’a rien d’extraordinaire (Cordle semble à court d’inspiration de ce côté) mais c’est une jolie chanson blues, bien chantée et très bien accompagnée (comme plusieurs autres titres) par la guitare slide de Rob Ickes. L’autre très bonne composition de Cord sur ce disque est The Devil & Shade Wallen, story song sans refrain, bien arrangée avec Clay Hess à la guitare et toujours Ickes à la slide. J’aime aussi le swing Love Will Make You Crazy Sometimes (avec Ickes et Cody Kilby). La berceuse Sleepy Time est bien chantée. Where The Trees Have No Names associe compos de Cordle et reprises à parts égales. Parmi ces dernières, il y a deux compositions de Johnny Williams jouées dans un style très classique sur des tempos enlevés et Cherokee Fiddle de Michael Martin Murphey, jolie chanson devenue un quasi standard bluegrass. Le reste est moins intéressant mais pas déplaisant grâce au talent des musiciens déjà cités auxquels il faut ajouter Scott Vestal (banjo), Jenee Fleenor (fiddle), Kim Gardner (dobro), Aubrey Haynie (fiddle) et Chris Davis (mandoline).

 

 

Chris JONES & The NIGHT DRIVERS

"Make Each Second Last" 

Deux changements parmi les Night Drivers depuis The Choosing Road (Cri 162). Grace van’t Hof (banjo) et Marshall Wilborn (contrebasse) ont remplacé Gina Clowes et Jon Weisberger. Ce dernier signe néanmoins deux titres avec Chris Jones dont le uptempo Leave It At The Gate. Chris Jones a écrit ou coécrit tous les titres, y compris l’instrumental Groundhog’s Retreat avec Mark Stoffel. Le jeu de mandoline de ce dernier est le principal intérêt de cet album. Il est excellent partout. J’adore la note qui s’envole dans Whither You Roam, ses deux interventions dans Silver City et son long solo dans Everybody’s Got A Line. Grace van’t Hof est beaucoup plus discrète mais elle joue un bon style Scruggs. Elle est également moins présente en harmonie vocale que ne l’était Gina Clowes qui donnait un peu plus de brillant derrière la voix de baryton de Chris Jones, trop monocorde (le groupe gagnerait à avoir un second chanteur lead). Make Each Second Last m’a semblé moins varié que les disques précédents mais recèle plusieurs bonnes chansons, notamment We Needed This Ride, le gospel They’re Lost Too et le swing Riding The Chief.