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dimanche 21 septembre 2025

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

SWEET MEGG

"Never Been Home" 

Déjà un nouvel album? Le précédent ne date que de l’an dernier. On ne va pas se plaindre car le vocal de la demoiselle est attachant. Le premier des treize titres démarre avec un clin d’œil à la musique celtique. En fait c’est une bonne country au tempo rapide et fort festive. Hélas derrière l’arbre ne se cache pas la forêt car ce qui suit est bien inégal. Le style de la miss est davantage americana que country et manque résolument de vigueur à part un pop/rock déplacé dans le contexte. J’ai retenu pour mon marché deux slows chantés avec conviction mais à part le titre cité en ouverture il n’y a pas une chanson qui se démarque vraiment et qui nous fasse bouger les pieds.


 

 

Kelsey WALDON

"Every Ghost" 

Le parcours de Kelsey Waldon n’a pas toujours été linéaire. Problèmes avec l’alcool notamment. A présent sobre elle cultive son jardin et nous offre son sixième album. Il se situe entre americana et country classique. La chanteuse originaire du Kentucky privilégie les ballades mais son vocal attachant sait capturer notre attention. Il est riche en pedal steel guitare et violon aussi je ne peux que vous le recommander. 


 

 

Jesse DANIEL

"Son Of The San Lorenzo" 

Le dernier album de Jesse Daniel ne datait que de l’an dernier. Il semble vouloir entrer dans la catégorie des chanteurs qui sortent un album nouveau chaque année à l’instar de Willie Nelson ou Jim Lauderdale. San Lorenzo est le nom du massif montagneux au sein duquel le chanteur a grandi. Il se situe en Californie près de Santa Cruz. Je trouve que ce sixième album, peut-être sorti trop vite, manque de tonus par rapport au précédent, Countin’ The Miles. En effet il faut attendre le neuvième titre, Crankster, pour que l’on commence à bouger les bottes. Et ça sera le seul. En fait, c’est un slow, Jodi, qui a ma préférence avec l’harmonica de Charlie McCoy en arrière plan. N’espérez aucun honky-tonk dont le Californien s’était spécialisé et beaucoup de titres sentent le remplissage. On attendra le temps qu’il faut pour que l’album suivant soit nettement plus consistant.


 

 

John HOWIE Jr. & The Rosewood Bluff

"The Return of John Howie Jr. & The Rosewood Bluff" 

Le retour de John Howie Jr.? Je ne savais pas qu’il était parti. En fait je découvre ce chanteur. J’ignore donc tout de sa production précédente. Cet album présente trois ou quatre titres que l’on qualifiera de honky-tonk. Les huit chansons restantes se partagent entre ballades et tempos médiums. Certes il y a du remplissage mais la pedal steel guitare fonctionne bien. L’ensemble est correct mais pas vraiment indispensable dans une discothèque. 

 

Caitlin CANNON

"Love Addict" 

Caitlin Cannon est une chanteuse americana dont le vocal relativement intimiste n’est pas sans charme. Seulement la majorité de son répertoire repose sur des berceuses si lentes qu’on se demande si elle arrivera à les chanter jusqu’à la fin. Certains titres de tendance "crooner" peuvent nous évoquer Patsy Cline ou Julie London. Mais ceux-ci seraient sublimés si elles s’ils se trouvaient sur un album de Mandy Barnett. Les deux meilleures chansons sont le "patyiclinien" Let It Hurt Some et le bon petit country-rock Dr. Dealer.


 

 

Don REDMON

"Reflections"

 Don Redmon est un chanteur country originaire de Suède. Ce n’est pas un débutant puisqu’il a déjà sorti un album en 2019, assez varié en styles, avec treize compos et une reprise de Help Me Make It Through The Night. Don a débuté dans un groupe avec son père en 2001. Ce deuxième opus ne contient aucune reprise ni aucun country-rock. Il subsiste tout de même un honky-tonk. Cet album ne révolutionnera pas la country music mais il offre dix titres bien classiques où la pedal steel guitare est omniprésente. Rien d’original mais on écoute Don Redmon sans déplaisir. 

 

Kai CROWE-GETTY

"The Wreckage" 

Là on entre dans la catégorie des singer/songwriters. Kai Crowe-Getty se situerait quelque part entre Steve Earle et Towne Van Zandt mais avec un côté plus West Coast rock. Ce n’est pas ce que j’affectionne mais tentez l’écoute : ce garçon a des choses à raconter même si l’enrobage n’est pas trop entraînant. 

 

POI ROGERS

"Twilight Blues" 

Dans la grande histoire de la country music nous avons Roy Rogers, bien sûr, le roi des cowboys chantants, fondateur des Sons Of The Pioneers. Tout d’abord, d’un rapide coup d’œil sur ma liste d’albums à chroniquer j’ai cru avoir affaire à un petit fils du chanteur/acteur de western, avant de m’apercevoir qu’en fait il s’agissait de Poi et non Roy. Toujours est-il que la musique de ce Poi Rogers est délicieusement rétro avec des références western évidentes. La première surprise en lisant la bio c’est qu’on apprend qu’on a affaire à un duo entre Gerard Egan de Santa Cruz, Californie (guitariste de jazz) et, deuxième surprise, Carolyne Sills que l’on connaissait au sein du Carolyn Sills Combo. Elle est originaire de la même ville. Cette alliance nous donne un trop court album bien rafraîchissant qui nous projette sous les palmiers d’Honolulu. En effet la steel guitare a un son volontairement hawaïen. Les deux protagonistes se partagent les vocaux complétés de deux instrumentaux dont un mix des succès d’Ennio Morricone qui nous restitue le climat des films de Sergio Leone de notre jeunesse. Une excellente découverte. 

 

MICKY & THE MOTORCARS 

Erreur d’aiguillage sans doute. Le rapport avec ce groupe et la musique country est fort ténu. Le terme rock est plus approprié pour décrire la musique de cette formation. Mais au risque de me contredire je découvre que le huitième titre est une ballade bien classique qui bénéficie de l’appui d’un harmonica et d’une pedal steel guitare. Les deux morceaux qui suivent sont également fort bons et éloignés de l’aspect rock des sept titres précédents. Si Micky et ses Motorcars voulaient s’approprier le public country ils en auraient tout à fait les moyens. 

 

Robert DEITCH

"Legacy" 

Robert Deitch a quitté son Iowa natal pour chercher la gloire à Nashville comme des dizaines l’ont fait avant lui. Il a écrit des chansons pour d’autres artistes durant quinze ans, comme des centaines avant lui. Deitch a sorti deux ou trois albums solo dans l’indifférence du public et des médias… comme des milliers avant lui. C’est Nashville. C’est l’histoire de 16th Avenue comme le chantait Lacy J. Dalton. Robert Deitch nous propose dix ballades. Il n’est pas mauvais chanteur, mais il y a combien de Robert Deitch en attente à Nashville? 


 

dimanche 26 mai 2024

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

Chip TAYLOR 

"Behind The Sky"  

Tout démarre à l'été 2022, au moment où Chip ressent une gêne dans la gorge avant qu'en octobre une tumeur cancéreuse ne soit identifiée. Commence alors la période des rendez-vous avec des spécialistes et la litanie des soins, notamment une radiothérapie. Chip raconte dans le livret du CD toutes les étapes, du sens du goût perdu et retrouvé, parle de son épouse Joan, solide à ses côtés, de Kareem et George, devenus ses amis de thérapie mais aussi de musique, de la messe à laquelle il a assisté et qui lui a inspiré la chanson The Blessing. C'est une tranche de vie déclinée en trois pages et douze chansons, de Do Something Good à Hey Skip Along With Me. Behind The Sky, c'est le titre de l'album, a été enregistré avec un groupe complet (John Platania à la guitare électrique, Tony Mercadante à la basse, Tony Leone à la batterie et Goran Grini aux claviers) pour la première fois depuis Yonkers NY paru en 2009. Chip Taylor confirme qu'il reste un des meilleurs songwriters vivants, déroulant ses mélodies de son timbre voilé, de sa voix pleine d'émotion, introduisant parfois les chansons par des narrations comme dans Speaking Of Horses et Radiation Song. Ce dernier titre est une espèce de conversation entre Chip et Kareem à qui il demande: "Kareem, every time you strap me in, do me a favor / Just play me a little John Prine" (Kareem, chaque fois que tu m'attacheras, fais-moi une faveur, joue moi une peu de John Prine). John Prine, l'ami disparu, survivant du cancer mais pas du COVID, dont plusieurs titres sont évoqués (Lake Marie, Speed Of The Sound Of Loneliness, Glory Of True Love), avec cette conclusion: "Just thinking about you, John / We could use your message from above". Il est encore question des traitements dans George In Radiation, par exemple, mais Chip rend également hommage à sa mère (Momma Was The Queen), à son épouse (Nurse Joan), évoque des souvenirs (Speaking Of Horses), délivre aussi des messages de tolérance, de pardon et de résilience (If A Door Slams In Prison, Other Side Of The Moon, Without Hearing). Monsieur James Wesley Voight vient de fêter ses 84 ans mais il démontre que cinquante-huit ans après ses premiers succès en qualité d'auteur-compositeur (I Can't Let Go par The Hollies et Wild Thing par The Troggs), il n'a rien perdu de son inspiration qui s'exerce aujourd'hui dans un autre registre, plus personnel et confidentiel. 

 

Grey DeLISLE 

"Driftless Girl"  

Décidément, on n'arrête plus Grey DeLisle. À peine a-t-on eu le temps de se régaler de She's An Angel qu'elle est de retour avec Driftless Girl, un album produit par Jolie Holland. Sa créativité, en sommeil pendant plus de quinze ans, ou plutôt orientée vers d'autres activités, s'est ravivée avec la frustration née du confinement en 2020, pour notre plus grand bonheur. Le mot traduit bien, ce que l'on ressent à l'écoute de ce nouvel opus. Après la douce ballade Where You're Coming From, Grey enchaîne avec un titre rock, My Two Feet, composé par Murry Hammond, son ex-mari, pour Old 97's. Puis vient Driftless Girl, dans la lignée de To Daddy de Dolly Parton, qui évoque aussi bien cette dernière que son amie Emmylou. Nouveau détour par le rock avec Little Ol'While (on appréciera le piano de Ben Boye et la guitare de Buck Meek) avant ce qui est pour moi le sommet du disque, The Ballad Of Ella Mae, en duo avec Jolie Holland, que l'on croirait sortie du répertoire de la Carter Family. La belle dame nous gratifie aussi de trois titres de tendance honky-tonk qui nous font voyager dans le temps: I Don't Wanna Want You (où Jolie Holland excelle à l'alto), le plus électrique Quick Draw et In The Living Room, entrecoupés par le trépidant Pretty Jolie. Le disque se termine avec Mama's Little Rose, avec la voix de Jolie Holland et le banjo de Gil Landry, et la seconde reprise du disque, Down From Dover de Dolly Parton. Avec Driftless Girl, Grey DeLisle, confirme qu'elle est une interprète de grand talent, quel que soit le registre qu'elle aborde. Elle est un parfait trait d'union entre la génération qui la précède, celle de Dolly, Linda et Emmylou, et celle qui est en train de s'installer avec, par exemple, Sierra Ferrell, Emily Nenni et Brennen Leigh. 

 

Jubal Lee YOUNG 

"Wild Birds Warble"  

Dix ans déjà que nous attendions le successeur de On A Dark Highway publié par Jubal Lee Young. Beaucoup de choses se sont passées depuis 2014 car, en plus de la pandémie qui a particulièrement frappé le monde artistique, Jubal Lee Young a eu la douleur de perdre ses deux parents, Steve Young et Terrye Newkirk (il reprenait My Oklahoma de la seconde et The White Trash Song du premier dans son précédent opus à côté de dix de ses compositions). Jubal s'était un peu éloigné du monde de la musique, d'un système auquel cet écorché vif n'a jamais voulu appartenir. Pour son retour, intitulé Wild Birds Warble, notre homme a voulu rendre hommage à quelques-uns des songwriters qu'il admire, tous aujourd'hui disparus. C'est ainsi qu'il commence par cinq compositions paternelles, auxquelles il donne une nouvelle jeunesse sans en trahir l'esprit originel: The White Trash Song, Jig, Seven Bridges Road, Long Way To Hollywood et Traveling Kind. Il interprète aussi Rock Salt & Nails d'Utah Phillips (morceau titre du premier album de Steve Young) et West Virginia, un traditionnel qu'il avait appris de son père et qu'il chantait en concert avec lui. Une seule composition de Jubal Lee Young: Angel With A Broken Heart dont on trouve une première version sur Take It Home et qui avait été écrit comme un hommage à Steve Young. Ce dernier interprétait en concert une autre reprise de l'album, Useful Girl du méconnu Richard Dobson. Townes Van Zandt est également présent avec No Place To Fall (morceau titre de l'album de Steve Young publié en 1978), comme l'est Warren Zevon avec le sublime Carmelita (que Steve chantait également en public). David Olney était un ami de la famille et l'on retrouve ici deux de ses plus belles compositions: Deeper Well et If My Eyes Were Blind. Pour terminer l'album sur une note plus légère que ce qui a précédé, Jubal a choisi Why You Been Gone So Long de Mickey Newbury, comme un clin d'œil qu'il se ferait à lui-même. Un mot sur les musiciens, pour dire qu'ils sont excellents et sont plus que de simples accompagnateurs. Jubal Lee Young (voix, guitare, harmonica), Markus Stadler (dobro, banjo, mandoline, guitare baryton, voix), Brian Zonn (basse), Charlie Pate (mandoline sur quatre titres), Christian Sedelmyer (fiddle) et Jeff Taylor (accordéon) apportent en effet à l'album les couleurs musicales que Jubal avait sans doute en tête, dans un esprit qui oscille entre la tendresse et la colère, avec une passion qui ne se dément jamais. Wild Birds Warble n'est pas seulement l'hommage d'un fils à son père. C'est le disque d'un artiste qui a choisi de se mettre au service d'un répertoire exceptionnel et de songwriters qui ne le sont l'étaient pas moins, sans jamais se cacher ni perdre son identité. Le Jubal Lee Young que l'on connaît et que l'on aime est toujours là, et bien là. Il ne connaît pas la compromission ni même le compromis et l'on pouvait être assuré avant de l'entendre qu'il ne nous offrirait pas un disque qui soit simplement moyen. Jubal Lee Young a mis toute son âme, tout son cœur dans ces quatorze titres, en attendant de nous offrir ses nouvelles compositions que l'on devine nombreuses. 

 

Ruth MOODY

"Wanderer"  

Ce qui frappe d'abord, à l'écoute de Ruth Moody, c'est la qualité et la beauté de sa voix. C'est d'ailleurs en venant chanter sur les disques de Mark Knopfler (et à ses concerts) Privateering et Tracker qu'elle s'est fait connaître du grand public. Elle n'était pour autant pas une débutante puisqu'elle avait co-fondé The Wailin' Jennys en 2002 et démarré sa carrière solo en 2010 publiant The Garden puis These Wilder Things. Son nouvel opus, Wanderer, est comme un journal intime rédigé au cours des dix dernières années et qu'elle partage aujourd'hui. Cette Canadienne de Winnipeg, Manitoba, est venue à Nashville enregistrer dix chansons, toutes de sa plume, dont elle a partagé la production avec Dan Knobler. Elle s'est entourée de quelques amis musiciens parmi lesquels Sam Howard (basse), Anthony da Costa (guitares diverses), Jason Burger (batterie), Kai Welch et Will Honaker (claviers). Son compatriote Joey Landreth est venu chanter, accompagné de sa guitare à résonateur, sur The Spell Of The Lilac Broom. Dès le premier titre, Already Free, Ruth nous emmène dans un voyage où l'on se sent comme en apesanteur, portés par une voix aérienne et des harmonies dont la simplicité n'est qu'apparence. On imagine en effet la somme de travail qu'il a fallu pour parvenir à un tel résultat. Le duo avec Joey Landreth, un des grands moments de l'album, en est le parfait exemple. Les guitares et les claviers donnent en général le la, mais la pedal steel de Russ Pahl (Michigan, The Way Lovers Move, les violons de Christian Sedelmyer (Twilight, North Calling) ou de Richard Moody et Adrian Dolan (Comin' Round The Bend), la mandoline de Jacob Joliff (Coyotes) jouent également leur partition avec une élégance jamais en défaut. Dans ce disque presque parfait, il faut souligner l'omniprésence d'Anthony da Costa, qui fut un songwiter et interprète très précoce (il a débuté à treize ans) et qui est aujourd'hui également un musicien de session et producteur très demandé. Il brille, entre autres, dans les deux titres que je n'ai pas encore cités, Seventeen et Wanderer et, comme les autres musiciens présents, il fait resplendir Ruth Moody qui sait, et ce n'est pas le moindre de ses talents, s'entourer des meilleurs. 

 

Keegan McINROE

"Dusty Passports And Empty Beds" 

Il nous vient de Dublin, Texas et est établi à Fort Worth, s'appelle Keegan McInroe et sa voix se situe quelque part entre celles de Guy Clark et Kris Kristofferson à leurs débuts. Dusty Passports And Empty Beds est son septième album, profondément marqué par la période traumatisante de la pandémie et du confinement, comme le suggère le titre. Comme beaucoup d'autres songwriters qui passaient le plus clair de leur temps sur la route, il a dû s'adapter à la situation qui a fini par lui inspirer de nouvelles compositions. Elles sont au nombre de huit, auxquelles s'ajoute la reprise d'une des dernières chansons de John Prine, Lonesome Friends Of Science. Keegan était un grand fan de John qui est évoqué dans plusieurs titres. Dans Dusty Passports And Empty Beds, Keegan dit: "Nous avons perdu John Prine et Paul English, Billy Joe et Jerry Jeff". Et puis il y a surtout John's Songs, qui sonne comme une leçon de vie, donnée par sa petite nièce lorsque Keegan apprit le mort de John Prine, à Dublin, TX, pendant la quarantaine. Le texte est émouvant et rappelle qu'il faut aimer les gens lorsqu'ils sont vivants. Dès le début de l'album, l'ombre de l'année 2020 plane, avec Big Year, mais bien vite, l'espoir et l'optimisme reprennent le dessus avec Thanksgiving Night, Only To Be Songs ou Eat Drink And Be Merry. Et c'est finalement l'appel de la route qui est le plus fort, avec Traveler's Wind, ce vent qui pousse les artistes vers de nouvelles aventures, de nouveaux concerts. Autour de Keegan, on trouve Clint Kirby (batterie et percussion), Aden Bubeck et Patrick Smith (basse), Matt Tedder (guitare), Chris Watson (claviers), Gary Grammer (harmonica), Dirk Stinnett (mandoline, fiddle et gut string), Jeff Dazey (saxophone), Hannah Owens et Morris Holdahl (voix). Il serait injuste de ne pas les citer, tellement Dusty Passports And Empty Beds apparaît comme un travail de groupe autour de compositions de haut niveau. 

 

Kelsey WALDON 

"There's Always A Song" 

Quand elle se sent en manque d'inspiration ou de créativité, Kelsey Waldon pense souvent à ce qui l'a inspiré et lui a donné envie de se plonger dans la country music. "Sometimes the road seems weary and long / Traveling the highway home / But in my heart there's always a song / Traveling the highway home" ("Parfois la route semble fatigante et longue / Quand je voyage sur l'autoroute pour rentrer chez moi / Mais dans mon cœur il y a toujours une chanson / Quand je voyage sur l'autoroute pour rentrer chez moi"). Ces lignes sont extraites de Traveling The Highway Home (un standard écrit par Frankie et Walter Bailes, enregistré à l'origine par Mollie O'Day et Lynn Davis en 1951) et ont inspiré le titre du disque. C'est un album de huit titres publiés en vinyle sous la forme d'un 45 tours, chaque face commençant par un morceau a cappella (Keep Your Garden Clean de Jean Ritchie pour la face 1, Pretty Bird de Hazel Dickens pour la face 2). There's Always A Song doit être pris pour ce qu'il est, une récréation pour quelqu'un qui a l'habitude d'écrire ses propres chansons et dont les qualités lui ont permis d'être engagée par Oh Boy Records, le label de John Prine. Si Your Lone Journey, de Doc Watson, conclut en beauté cet EP , il est difficile de ne pas penser au duo d'Emmylou Harris et Nicolette Larson (sur Luxury Liner) pour le classique Hello Stranger que Kelsey chante ici avec S.G. Goodman. Autres invitées: Amanda Shires et son fiddle pour Uncle Pen et Margo Price pour Traveling The Highway Home. I Only Exist (Ralph Stanley & The Clinch Mountain Boys) permet d'entendre la voix d'Isaac Gibson, leader de 49 Winchester. Il y a enfin I've Endured d'Ola Belle Reed qui, comme d'autres morceaux de l'album, nous donne l'occasion d'apprécier le talent de Libby Weitnauer (fiddle) et Junior Tutwiler (guitares), ainsi que celui de Brett Resnick (pedal steel guitar).

samedi 24 septembre 2022

Du côté de chez Sam, du côté de ces Dames, par Sam Pierre

 

 

Monica TAYLOR

"Trains, Rivers & Trails" 

Surnommée The Cimarron Songbird et membre des Cherokee Maidens, avec lesquelles elle a publié trois albums lors de la dernière décennie, Monica Taylor est originaire du cœur du pays de la red dirt music, à Stillwater, Oklahoma, et a prêté sa voix à des noms historiques du genre parmi lesquels Bob Childers, Tom Skinner, Greg Jacobs et les Red Dirt Rangers, mais aussi Ellis Paul, Jared Tyler et "notre" Martha Fields. Après trois disques en duo avec Patrick Williams aka The Farm Couple, elle a publié sous son nom Cimarron Valley Girl (2005) et Cotton Shirt (2009). Un fan du Canada lui ayant suggéré d'enregistrer un album entier de chansons de trains, ce qu'elle se sentait capable de faire, Monica décida néanmoins que son disque raconterait des histoires de trains, mais aussi de rivières et de chemins car chacun, à sa manière, mène vers un ailleurs nouveau. Trains, Rivers & Trails est donc né, constitué de compositions originales mais aussi de reprises au premier rang desquelles figurent Gentle On My Mind (John Hartford) et The Ballad Of Easy Rider (Byrds), deux superbes réussites. Il y a aussi Minor Key (aka Way Over Yonder In The Minor Key), texte de Woody Guthrie mis en musique par Billy Bragg. Il faut citer deux titres coécrits avec des amis disparus, Bob Childers (When You Let Your Love Light Shine) et Patrick Williams (Just Came In To Say Goodbye). Notons aussi, parmi les titres originaux, Salty Tears, inspiré par son arrière-grand-mère qui vivait près de la rivière Tennessee où débuta pour elle la piste des larmes (The trail of tears). Quant aux musiciens qui accompagnent la superbe voix de Monica, ils constituent le gratin de l'Oklahoma. Travis Fite (guitares et mandoline) et Jared Tyler (dobro, Weissenborn et aures guitares) sont également co-producteurs avec Monica, Casey van Beck tient la basse et Jack Lynn la batterie. Luke Bulla (fiddle), John Fullbright (accordéon, pianos Wurlizer et Steinway), Roger Ray (pedal steel) et quelques autres apportent leur concours occasionnel à ce bien bel album. 

 

Kerri POWERS

"Words On The Wind" 

La carrière de Kerri est un peu chaotique. Après des débuts prometteurs qui l'ont vue se produire sur les scènes de Nouvelle Angleterre, un mariage avec un partenaire peu enclin à la supporter, elle dû remiser ses ambitions jusqu'en 2014 et un EP sans titre, autoproduit. Avec Starseeds en 2019, elle a enfin eu un début de reconnaissance internationale, malgré l'épidémie de COVID qui a empêché une promotion correcte de l'album. Pour Words On The Wind, Kerri a choisi d'interpréter, seule, onze titres qui l'ont bercée. Une guitare, quelques percussions, et une voix très soul, telle est la panoplie de l'artiste. Quant aux chansons, elles proviennent aussi bien de chanteuses dont elle se rapproche vocalement comme Janis Joplin (Mercedes Benz) ou Karen Dalton (Something On Your Mind) que de groupes britanniques tels que Blind Faith (Can't Find My Way Home de Steve Winwood qui ouvre l'album après avoir clôturé Starseeds) et les Bee Gees (To Love Somebody, que les frères Gibb avaient écrit en pensant à Otis Redding). Il y a a aussi quelques-uns des plus grands songwriters: John Prine (Speed Of The Sound Of Loneliness), Townes Van Zandt (I'll Be Here In The Morning), Bob Dylan (Cold Irons Bound), Neil Young (For The Turnstiles) et Janis Ian (l'émouvant Jesse). Les deux autres titres sont First Time Ever I Saw Your Face (Ewan MacColl) et Always On My Mind (popularisé par Elvis Presley et interprété aussi par Brenda Lee, Johnny Cash ou Willie Nelson). Tout cela donne un disque bien agréable et superbement chanté.

 

Bobby DOVE

"Hopeless Romantic" 

Voici encore une artiste (comme Kerri Powers) distribuée en Europe par nos amis néerlandais de Continental Record Services. Après un EP, Dovetales, paru en 2013, et un LP, Thunderchild, publié en 2016, Hopeless Romantic est le troisième album de Bobby Dove. Il atterrit sur nos rivages dix-huit mois après sa parution outre Atlantique. Si les opus précédents se nourrissaient d'influences variées, celui-ci est résolument tourné vers la country music et le honky-tonk. Originaire de Montreal, Bobby confirme avec cet cet album qu'elle est une compositrice et une interprète avec qui il faut compter. Il est difficile de détacher un titre du lot, même si le morceau titulaire qui ouvre l'album emporte immédiatement l'adhésion, un pur standard country. Gas Station Blues est la chanson la plus rythmée du disque, avec un piano (Steve O'Connor) que l'on imagine dans l'ambiance d'un bar enfumé aux heures sombres de la nuit. Il y a aussi la pedal steel habitée (jouée par Burke Carroll) de Haunted Hotel, la touche hispanique avec El Hormiguero, Chance In Hell avec la participation vocale de Jim Cuddy (Blue Rodeo), Golden Years, ballade nostalgique où Bobby démontre ses qualités à la guitare acoustique en fingerpicking. Tout cela étant dit et écrit, un constat s'impose avec Bobby Dove: "tout est bon chez elle, y'a rien n'est à jeter, sur l'île déserte il faut tout emporter" (merci Georges Brassens). 

 

Lucy KAPLANSKY

"Last Days Of Summer" 

Docteur en psychologie, Lucy Kaplansky a désormais 9 albums solo à son actif, sans compter les projets alternatifs Cry Cry Cry (avec Dar Williams et Richard Shindell), Red Horse (avec Eliza Gilkyson et John Gorka) et The Pine Hill Project (avec Richard Shindell). Après avoir commencé à chanter dans les folk-clubs de Chicago avant ses vingt ans, elle a pris la direction de New York où elle a rencontré de nombreux artistes tels Steve Forbert et Suzanne Vega, mais aussi Shawn Colvin avec qui elle a formé un duo avant de se consacrer à ses études. Le retour à la musique aboutit à la publication de The Tide en 1994, disque qui donnait une idée de la qualité de l'écriture de Lucy dont la voix un peu grave était le parfait véhicule pour des textes ancrés dans la vraie vie, la réalité quotidienne dans laquelle chacun pouvait se reconnaître. Vingt-huit ans plus tard, The Last Days Of Summer s'inscrit parfaitement dans la continuité de la qualité d'une artiste qui n'a cessé de se bonifier. À côté de six compositions de Lucy et son partenaire de toujours Richard Litvin, il y a quatre reprises: Ford Econoline de la regrettée Nanci Griffith, These Days de Jackson Browne, These Boots Are Made For Walking de Lee Hazlewood et Gold Watch And Chain d'A.P. Carter. Lucy (guitare acoustique et piano) est accompagnée par les seuls Duke Levine (guitares variées, mandoline et mandole), Mike Rivard (basse) et Ben Whittman (batterie, percussions et harmonium) avec en prime les harmonies des amis Richard Shindell et John Gorka. Le tout nous donne une ambiance folk-rock du meilleur tonneau, à l'mage de Mary's Window ou Song Of The Exiled, avec aussi l'émouvant Requiem, à l'ambiance liturgique, rythmé par le piano de Lucy. Le seul reproche que l'on peut faire à ce disque est qu'il n'est disponible que sur le site web de Lucy (les frais de port coûtent plus cher que l'album). Mais cette dernière est une personne accessible et sympathique et il est possible de trouver un arrangement pour l'achat de plusieurs CD. 

 

Kelsey WALDON

"No Regular Dog" 

Je vous avais présenté White Noise / White Lines, précédent album de Kelsey Waldon dans le numéro 163 du Cri du Coyote. J'étais un peu resté sur ma faim tout en ayant la certitude d'assister à l'éclosion d'un vrai talent, ce que confirme No Regular Dog. Kelsey ne veut en effet pas être une artiste ordinaire, une nouvelle chanteuse country revivaliste de l'ouest Kentucky, mais tracer son propre sillon malgré les doutes qui peuvent l'assaillir, les hauts et les bas, comme elle l'exprime si bien dans Tall And Mighty. Vaut-il mieux vivre un rêve de honky-tonk ou mener une vie ordinaire? Kelsey a choisi la première solution, même si elle confesse qu'elle ne peut pas être grande et forte tout le temps. Les dix titres qui composent l'album sont tous écrits par Kelsey et oscillent entre ballades folk ou country et chansons plus rythmées qui nous démontrent que le country-rock a encore droit de cité au vingt-et-unième siècle. Produit par Shooter Jennings, No Regular Dog met en lumière le talent de musiciens tels que Brett Resnick (pedal steel), Aubrey Richmond (fiddle) ou encore Doug Pettibone (guitares, dobro, mandoline) et la qualité de compositions comme Sweet Little Girl, la balade You Can't Ever Tell, le plus rythmé History Repeats Itself et le plus franchement country Peace Alone (Reap What You Saw), avec Herb Pedersen au banjo. Mais j'ai une tendresse particulière pour le touchant Season's Ending, qui évoque John Prine comme un écho à son Summer's End,

 

Caroline SPENCE

"True North" 

Voici le quatrième LP de Caroline Spence, le deuxième pour Rounder Records , et comme les précédents il nous délivre un message de poésie et de beauté. Les douze titres ont été écrits ou coécrits par Caroline et l'ensemble est produit par Jordan Lehning. Il est intéressant de noter, à la lecture du livret, que Caroline remercie ses consœurs Michaela Anne, Erin Rae et Kelsey Waldon pour l'avoir aidée à revenir vers le vrai nord, comme des boussoles qui lui auraient permis de ne pas se perdre en route. Qu'on ne s'attende pas à entendre des rythmes qui font battre du pied et invitent à la danse, on peut juste constater que le morceau le plus électrique du disque, Icarus, succède au plus éthéré, I Know You Know. Dans l'ensemble, tout est en retenue et la jolie voix de Caroline est souvent comme en suspension au-dessus des notes d'un quatuor à cordes, d'un piano, d'une pedal steel guitar, ou d'une simple guitare acoustique, comme dans The Next Good Time, pour mieux nous faire apprécier des textes superbement ciselés, et procurer à l'auditeur une pure émotion.