samedi 13 août 2022

Du Côté de chez Sam, par Sam Pierre

 

Graham NASH

"Live - Songs For Beginners / Wild Tales" 

En 1970, on ne parlait presque que de Crosby, Stills, Nash & Young. Il y avait eu l'album du groupe, Déjà Vu, le troisième album solo de Neil Young, After The Gold Rush, et le premier album solo (sans titre) de Stephen Stills. 1971 démarrait de la même manière. Neil Young annonçait un double LP live acoustique (qui devait être différé de quelques décennies au profit de Harvest) alors que David Crosby offrait If I Could Only Remember Your Name. En avril, c'était au tour de CSNY de publier en avril le monumental 4 Way Street, enregistré en public. Tous ces albums ayant reçu un accueil triomphal, on se demandait ce que le discret Graham Nash nous réservait. La réponse arriva le 28 mai et se nommait Songs For Beginners, album à l'image de l'homme, à la fois plein de candeur et incitant à la réflexion avec de fortes connotation politiques (Military Madness, Chicago / We Can Change The World). Deux ans plus plus tard, ce fut le tour de Wild Tales, disque pas vraiment encouragé par le le label Atlantic et publié seulement en 1974. En 2019, Graham Nash réunit un groupe de musiciens, dont beaucoup n'avaient jamais joué avec lui, pour quatre concerts (avec seulement trois jours de répétition) afin de jouer l'intégralité des deux albums précités, dans l'ordre initial des titres, avec des arrangement fidèles aux originaux, dans le but de publier l'album live dont il est ici question. Shane Fontayne (guitares, lap steel, orgue, bouzouki, voix), Todd Caldwell (claviers, saxophone ténor, voix), Thad DeBrock (guitares, pedal steel, mandoline, voix), Andy Hess (basse), Toby Caldwell (batterie, voix), Don Caldwell (saxophone alto), Celisse Henderson et Grace Stumberg (voix) donnent ainsi une nouvelle jeunesse à deux albums dont on se rend compte qu'ils ont gardé la même fraîcheur et, souvent, la même actualité, à l'mage de Military Madness, en ce qui concerne les thèmes abordés.

 

Jack WILLIAMS

"A Tickle In My Soul" 

Autre vétéran, Jack Williams porte fièrement cheveux et barbe d'un blanc immaculé. Originaire de Caroline du Sud et établi en Arkansas, il a démarré sa carrière en 1958, alors qu'il n'était encore qu'un teenager, jouant de la trompette jazz et de la guitare classique, avant de se faire une renommée comme guitariste électrique (Peter Yarrow dit de lui qu'il est le meilleur guitariste qu'il ait jamais entendu). Sa carte de visite est impressionnante: il a notamment accompagné John Lee Hooker, Big Joe Turner, Jerry Butler, Hank Ballard, les Shirelles et les Del-Vikings, avant de se consacrer à une carrière d'auteur-compositeur et interpréte. Son premier LP, Highway From Back Home (le seul qui ne soit plus disponible) est paru en 1992. A Tickle In My Soul, son treizième album (il a aussi publié un DVD), est un nouvel enchantement pour ses supporters. Jack a composé sept titres, en a coécrit trois (le premier avec Geoff Bartley, le deuxième avec Donna Mulhollan, le troisième avec sa compagne Judy Smith. Il a aussi honoré deux amis disparus en reprenant If My Eyes Were Blind de David Olney et Affected By The Moon de Chuck Pyle. Jack chante et assure la plupart des parties instrumentales (guitares, évidemment, basse, mandoline et quelques instruments samplés), avec occasionnellement l'apport de Kelly Mulhollan (banjo, mandoline, ukulele, basse, voix), Randy Sabien (fiddle), Judy Smith (mandoline, voix), Donna Mulhollan et Lis Williamson (voix). L'ambiance est calme, avec parfois des moments plus enlevés, aux tonalités jazz, comme We're All Alike (un titre de 2003 revêtu de nouvelles paroles) et Swing High. Songs In My Head et Goodbye ont des accents de musique classique, alors que Old Solid Gold Rock & Roll est un clin d'œil à la musique et au mode de vie des fifties. Les mélodies sont toujours superbes mais ne font pas oublier la qualité des des textes. Qu'il raconte des souvenirs (Fly Away Home), chante son amour pour Judy (Twilight Song) ou aborde des sujets plus graves (Looking For A Rainbow, When The Light Has Gone), Jack Williams confirme qu'il est un maître et que, les années passant, il continue à se bonifier. 

 

Tom PAXTON, Cathy FINK & Marcy MARXER

"All New" 

Je ne vais pas vous faire l'affront de vous présenter Tom Paxton (85 ans bientôt et soixante ans de carrière). En revanche, on connaît moins ses deux partenaires avec qui il avait déjà enregistré Live In The UK en 2003 (disque en public constitué uniquement de compositions de Tom). La différence est qu'ici il n'y a que des titres inédits (d'où le titre All New), enregistrés en studio ou sur scène et tous composés par Tom et Cathy. Cette dernière chante et joue du banjo et de la guitare alors que Marcy chante et joue toute une palette d'instruments (guitare acoustique, guitare à résonateur, mandoline, washbord, cittern, banjo-violoncelle, banjo-uke). Il faut aussi noter le travail de Kimber Ludiker (fiddle et mandoline occasionnelle) et Alex Lacquement (basse et harmonica). "Le disque est une collection de vingt-huit chansons, écrites par deux vieux amis lors de sessions hebdomadaires d'écriture par Zoom alors que le confinement lié au COVID avait pris le le pouvoir. Il se trouvait que ces deux amis avaient du talent". Les thèmes abordés sont variés avec parfois du pur Tom Paxton comme Pete's Shoulders (The Power Of Song) dédié à Pete Seeger, To The Ones Who Gave It All (émouvant trio a cappella) ou encore Trump Lost, Biden Won, titre de dix-sept secondes et onze mots: "One great truth beneath the sun, Trump lost and Biden won" (une grande vérité sous le soleil, Trump a perdu et Biden a gagné). Mais ce disque est bien celui d'un trio, Cathy et Marcy ne jouant pas seulement les accompagnatrices de talent mais étant à leur juste part placées sous les projecteurs, Tom restant souvent en retrait (Dry Times, The Freedom Of Forgiving, Friends Like These, Me Too). On ne peut que s'émerveiller à entendre ce disque, car si chaque membre du trio a dépassé l'âge commun de la retraite, si la voix de Tom est parfois fatiguée, à aucun moment, on ne sent l'affaiblissement de l'enthousiasme et de la joie de vivre et de chanter. We're Still Here n'est pas qu'une déclaration, c'est une réalité. Folk, bluegrass, swing et mélodies celtiques se mélangent allègrement et Now, Not Then, qui conclut le premier CD est lui aussi chanté a cappella. 

 

Randy Lewis BROWN

"Wind Of Change" 

Comparé aux artistes précédents, Randy Lewis Brown est un gamin puisqu'il n'a que 70 ans et n'a débuté sa carrière discographqiue qu'en 1997 avec le groupe Jealousy Motel avant d'aborder une carrière solo en 2006. Wind Of Change n'est que son quatrième album solo, paru sur Berkalin Records, le label de Brian Kalinec, gage de qualité. Pour ce disque, Randy à confié les manettes d'ingénieur du son et de producteur (et de batteur) à Merel Bregante qui a connu la gloire avec Loggins & Messina, il y a lontemps de cela. Les douze compositions du disque sont originales, DeSoto Parish Nights, le premier titre évoque l'ambiance des chansons de Guy Clark, alors que l'ouverture de Highway 84 (coécrit avec Randy Palmer) me fait penser à Riders On The Storm des Doors. Je peux encore citer This Old Car, Living Is Hard (coécrit avec le talentueux Terry Klein), Wind Of Change ou Warm Wind mais il n'y a aucune composition simplement moyenne sur cet album. La voix chaude de Randy est mise en avant par les talentueux Mark Epstein (basse), Pete Wasner (claviers), Dave Pearlman (steel guitar, dobro et lap steel), Cody Braun (fiddle et mandoline), sans oublier le violoncelle de Dirje Childs (partenaire au sein de Jealousy Motel) ni les harmonies de Sarah Pierce. Randy nous explique ce que Wind Of Change représente pour lui: "Si j'ai appris quelque chose pendant mon court séjour sur terre, c'est que tout n'est que changement. Rien ne reste jamais pareil. Chaque chanson ici, à sa manière, est à propos du changement: la naissance, le vieillissement, la mort, la déception, les débuts, les fins et toutes les autres petites choses qui rappellent que nous ne sommes pas aux commandes. J'atteins 70 ans avec la sortie de ce disque et je voulais résumer les choses d'une certaine façon en vous donnant ma vision du monde à ce stade de ma vie". 

 

Jeff FINLIN

"Soul On The Line" 

Jeff Finlin est un artiste plutôt prolifique puisque Soul On The Line est son treizième album depuis 1991. Il a d'autres cordes à son arc et a écrit plusieurs livres (le dernier, Lightbox, poésie et prose, vient de paraître. Il varie aussi les ambiances musicales. Après The Guru In The Girl enregistré aux Pays-Bas avec les seuls BJ Baartmans et Sjoerd van Bommel), il est de retour chez lui, à Fort Collins, dans le Colorado (même s'il est né à Cleveland, Ohio, petit-fils d'un émigré irlandais, travailleur ferroviaire) pour enregistrer dix titres qui confirment son grand talent et nous font nous demander pourquoi sa notoriété n'a pas, ou si peu, franchi nos frontières. Nos presque voisins néerlandais, et en particulier le label Continental Record Services ne s'y sont pas, eux, trompés. L'ambiance du disque est plutôt sombre, très marquée par les angoisses du moment. Inutile donc de préciser qu'il s'agit d'un album qui incite plutôt à réfléchir qu'à faire la fête. C'est comme "une nouvelle musicale qui serpente spirituellement, émotionnellement, politiquement et écologiquement pour trouver notre destin écrit avec amour dans les étoiles". Musicalement, le disque est très électrique. Aux côtés de Jeff qui joue de la batterie (son instrument d'origine) et des percussions, des guitares et du piano on ne trouve que Taylor Tesler (basse), Joe V. McMahan, Eben Grace et Eric Straumanis (tous trois au guitares électriques) et Brian Keller (cuivres et accordéon). Si le disque est sombre, il ne bascule pas dans le pessimisme larmoyant et témoigne même d'une belle détermination à l'image du très rock Misery Man, du plus calme Round In The Circle ou du lancinant Hearts On High, au titre qui est presque un manifeste. S'il vous plaît, ne passez pas à côté de ce grand songwriter et, si vous avez le temps, plongez-vous dans sa discographie, il y aura forcément un album (et même davantage) pour vous séduire. 

 

 
"This Mess We're In" 
 
Deux ans après le pourtant excellent Die Midwestern, Arlo McKinley semble avoir atteint une autre dimension avec This Mess We're In. L'équipe de musiciens autour du producteur et guitariste Matt Ross-Spang est la même, mais quelque chose semble avoir changé, comme une confiance nouvelle audible dans la voix et qu'il sait faire partager à l'auditeur. Le fait que le disque ait été enregistré aux studios Sam Phillips a sans doute aussi inspiré le songwriter et son groupe. C'est l'album plus serein d'un homme qui a lutté contre ses addictions et qui, après le décès de deux amis proches et de sa mère au moment de la sortie de son album précédent, veut voir l'avenir avec plus d'optimisme. I Don't Mind (le premier titre) est à cet égard révélateur. Parmi les titres les plus remarquables, This Mess We're In, porté par le piano de Rick Steff apparaît comme comme un moment de beauté qui irradie l'ensemble. Sur la plupart des titres, l'importance des fiddles de Jessie Munson doit être relevée, c'est le cas notamment pour les deux chansons précitées ainsi que Back Home, I Wish I et What You Want Me. On n'oubliera pas non plus de souligner la qualité de la production de Matt Ross-Spang, qui perçoit et transmet parfaitement les attentes d'Arlo, ni son travail aux guitares qu'il partage avec Will Sexton. À l'écoute de ce disque, on comprend mieux que jamais pourquoi John Prine était un fan d'Arlo et combien cette soirée de 2019, où John était venu assister à son concert à Nashville, a inversé la courbe du destin de son jeune confrère.

samedi 6 août 2022

Labonne Blog par Christian Labonne

 

Michael WESTON KING

"The Struggle" 

Après plusieurs albums au sein du duo My Darling Clementine qu'il forme avec son épouse Lou Dagleish, Michael Weston King revient à un CD en solo, le premier depuis 10 ans. Weight Of The World raconte le point de vue d'un policier New-Yorkais qui avait voté pour Trump et de la déception qui a suivi pour arriver à la tragédie de George Floyd. Les thèmes sont chargés mais écrits et interprétés avec grâce et conviction. Un groupe resserré l'accompagne et sert ses compositions à la perfection, de l'orgue sur The Hardest Thing Of All, des arpèges acoustiques de Another Dying Day, du tin whistle et de la mandoline sur The Final Reel aux harmonies vocales de Lou sur Theory Of Truthmaker. The Old Soft Shoe raconte la solitude d'une femme dansant une valse seule dans sa cuisine quand Valerie's Coming Home parle du départ d'une mère avec une pudeur et une émotion palpable. Michael Weston King m'a confié être fan de l'album d'Elvis Costello Almost Blue. Avec cet album d'homme mûr au sommet de son art, il s'en approche vertigineusement! 

 

Darden SMITH

"Western Skies" 

Après Everything, son 15ème album, Darden Smith se demandait s'il n'avait pas tout dit et puis le Covid est arrivé. Il en a profité pour se ressourcer lors de plusieurs voyages dans le Texas profond avec un appareil photo et sa guitare. Cette nouvelle production multimédia est donc composée d'un CD et d'un album de photos. Je connais cet auteur compositeur Texan à la voix chaude et expressive depuis ses débuts, quand sa compo Little Maggie faisait un carton. Attention, pas la Maggie de Ralph Stanley, non, une autre dont il fut visiblement très proche. Depuis cette époque, Darden a remplacé la guitare par le piano sur la plupart de ses compositions, principalement des ballades dans la lignée de songwriters comme Rodney Crowell ou Jackson Browne. Ses textes sont empreints d'une philosophie humaniste que le cynique trouvera niaise mais cette sincérité introspective correspond sans doute au fait d'approcher la soixantaine. Je regrette que son site ne parle que de ce dernier album en occultant les 35 années précédentes de sa carrière. Les médias numériques auraient-ils la mémoire courte? On y trouve néanmoins son credo, aussi simple qu'ambitieux: "Write songs, tell stories, move people" (Écrire des chansons, raconter des histoires, émouvoir les gens). J'y souscris complètement! 

 

Jon HATCHETT BAND

"This Place Ain't the Same" 

Identifié sous l'appellation "New Orleans Jump Blues, Honky Tonk, Rockabilly and Western Swing", on a là un as du laid-back et du swing! Un peu dans le style de cet excellent groupe qui a tournée plusieurs fois en France et nommé Girls, Guns & Glory (rebaptisé Ward Hayden and The Outliers il y a quelques années), ce quartet électrique de New-Orleans est centré autour de son leader Jon Hatchett. Il y a un son, une sonorité et cet irrésistible humour 2ème degré. Il faut saluer quelqu'un capable d'écrire “Was The Feeling Last Night Worth The Feeling Right Now?” pour un blues de lendemain de cuite style “very bad trip”! Bref, beaucoup de feeling pour un groupe qui mérite d'être découvert. 

 

 The FRANKLIN COUNTY TRUCKING COMPANY

"The Latest Adventures Of"

 Après 2 CDs respectivement intitulés The Adventures Of et The Further Adventures Of, voici le dernier volet de ce quartet sorti en avril 2022. Blues rock classic avec du watt, du tabasco, 1 litre de sueur et 25 pintes de Bud. Red Dirt? Quel que soit ce qui est écrit sur le flacon, rien ne semble pouvoir empêcher le chanteur de faire rimer “Kentucky bluegrass” avec “Kiss my ass” sur Mercy Sakes, premier titre de cet opus plein de poésie musclée. Leur but et de faire revivre les grandes heures de la tradition du trucking song, 50 ans après Commander Cody. Ils y arrivent "haut les mains, ceci est un hold up, n'essayez pas de résister et tout va bien se passer". Uniquement des chansons de truckers dont Trucker's Bar, Trucker Til I Die et Truck Driving Bastard, Me. Interprétés par ces middle-age briscards que sont Jim Rotramel (electric guitar), Sean Hopkins (acoustic guitar, vocals), Taylor Sprehe (drums) et Eddie Spaghetti (bass, vocals), ce n'est pas un hasard s'ils citent dans leur bio l'inégalable Ronnie Van Zandt de Lynyrd Skynyrd: “Turn it up” (“Monte le volume”).

 

 

J.J.'S COUNTRY

"The Legacy" 

Des reprises comme s'il en pleuvait. Ce trio composé de musiciens originaires des Pays Bas et de Belgique propose 13 covers de grands standards dans une veine plus proche du rockabilly que de la musique acoustique. On sent une envie de réjouir l'auditoire en apportant leur couleur personnelle et énergique. On trouve donc Solitary Man, City of New Orleans et autres Amarillo By Morning. Certainement à voir sur scène pour le fun!

Errol WALSH

"Coyotes" 

Attention, scoop, ce CD a reçu de la “British Country Music Association” le prix d'album de l'année en 1997. Sinon, ce musicien irlandais vient de sortir Through Your Eyes, son 6ème album. Découvrez le! 

 

Don MICHAEL SAMPSON

"The Fall Of The Western Sun" 

Les fans de Willie Nelson ou Waylon Jennings apprécieront peut-être cet auteur américain dont la bio existe sûrement quelque part, mais où? Pour info, je cite la phrase qui le présente : “Don Michael Sampson is an outstanding singer-songwriter who has a rich history of creating significant records and has always considered the album as a unique art form”. Ben voyons. Ancrées dans la tradition, ses chansons ont le mérite d'être familières à la première écoute et le défaut de s'oublier tout aussi vite. Que la ligne mélodique de Wedding Song soit la même que Knocking On Heaven's Door est somme toute secondaire.

dimanche 31 juillet 2022

L'Avis d'Alain, par Alain Kempf

 

L'Avis d'Alain

 

Tim O’BRIEN, Bill FRISELL & Dale BRUNING 

"Life Lessons " 

Les lecteurs du Cri connaissent Tim O’Brien, membre fondateur du groupe de bluegrass Hot Rize, chanteur, mandoliniste, violoniste, guitariste, auteur et compositeur actif depuis une cinquantaine d’années. Star du bluegrass, il excelle aussi en musique irlandaise, old-time, etc. Bill Frisell est également, une sommité, l’un des guitaristes de jazz contemporains les plus notoire-ment connus, qui a pour particularité d’associer le jazz au folk et à la country-music. En revanche, je n’avais jamais entendu parler de Dale Bruning, le troisième membre du trio signant cet album. Au début des années 1970, il était le professeur de guitare à la fois de Tim et de Bill, à Denver, et son influence a été déterminante sur la carrière de ses deux célèbres élèves. Life Lessons est le fruit de la réunion, un demi-siècle plus tard, des trois musiciens. Cet album revêt donc un caractère “historique” mais la réussite musicale est-elle au rendez-vous? Sachant que le projet est l’initiative de Nick Forster, bassiste de Hot Rize et remarquable producteur, on ne risquait guère d’être déçu et, en effet, le voyage musical est superbe. Dale Bruning joue de la guitare acoustique archtop, Bill Frisell essentiellement de la guitare électrique et Tim O’Brien intervient avec sa palette d’instruments à cordes (guitare, mandoline, mandocello, etc.) et chante sur plusieurs titres. Ils sont parfois accompagnés à la basse par Nick Forster. Il y a plusieurs standards de jazz : l’arrangement de Bags Groove, joué en en duo par Dave et Bill, est excellent; All Things You Are et Sweet Lorraine sont chantés par Tim, très à l’aise dans ce registre de crooner. Dale Bruning interprète en solo Gone With The Wind et à l’écouter on ne se douterait pas qu’il était âgé de 86 ans au moment de l’enregistrement! Red Rocking Chair, puisé dans le répertoire old-time est ici adapté de façon très originale, entre folk et blues. Autre emprunt au répertoire folk: Spanish Is The Loving Tongue, popularisé par Bob Dylan. D’autres titres sont soit des originaux, soit des raretés (je ne dispose pas des noms des auteurs). Paris Nights est une très jolie valse latine. Sur Langosta Bay, swing langoureux, des cuivres et une contrebasse sont invités avec bonheur. Tim O’Brien clôt l’album en chantant I Pluck A Red Rose, ballade celtique qui prend des couleurs jazzy. Tous les 11 morceaux de l’album sont sur des rythmes assez lents et les musiciens ne font pas étalage de virtuosité spectaculaire, mais privilégient le beau son et la sensibilité dans l’interprétation. Life Lessons doit s’écouter attentivement, au calme, pour en apprécier les grandes qualités. 

 

Eliza GILKYSON

"Songs From the River Wind" 

Cette chanteuse (et songwriter) du Nouveau-Mexique, née en 1950, a sorti son premier disque en 1969, suivi par de nombreux autres. Celui-ci évoque le vieil Ouest, les vastes paysages, les cowboys et cowgirls. La voix est étonnamment jeune, la manière de chanter et l’orchestration sont dans une veine americana intemporelle de très bon goût. C’est donc fort plaisant à écouter, grâce aux talents d’écriture et d’interprétation d’Eliza mais aussi aux excellents arrangements du producteur et multi-instrumentiste Don Richmond (cf. Wind River And You). Le disque démarre par une ballade acoustique enrobée d’accordéon, de mandoline et de slide guitar. Elle suivie par chanson endiablée sur un rythme de square-dance, où le dobro et le fiddle sont à l’honneur. Puis on enchaîne avec une très jolie ballade avec un accompagnement dépouillé de guitare électrique. Au fil des plages, on aura de l’autoharp, de la steel-guitar, du trois-temps, du banjo, pas le temps de s’ennuyer! 

 

The SPACE AGE TRAVELLERS 

"Satellite Shuffle"  

Les amateurs de belle guitare électrique devraient apprécier ce disque instrumental, création de BJ Baartmans qui revendique des influences très variées qu’on retrouve dans ses compositions : les Shadows, Brian Setzer, Bill Frisell… On a donc des morceaux de différents styles où BJ déploie un grand talent et des sons de guitare réjouissants. Il est accompagné par une section rythmique impeccable formée de Gerco Aerts (basse) et Sjoerd Van Bommel (batterie). Satellite Shuffle est un blues planant, Sandology fait tourner un riff sophistiqué et groovy, Charlie’s Pickup lorgne vers le western-swing, Miles Inbetween nous fait penser au jazz de Bill Frisell, The Saturn 3 propose du ska psychédélique: on peut embarquer sans crainte dans ce satellite néerlandais !

 

Susan CATTANEO 

"All is Quiet" 

La chanson-titre de l’album fait l’objet d’une vidéo qui donnera une bonne idée de l’œuvre. “Tout est calme”; certes, jamais de rythmes débridés, pas de débordements vocaux, mais l’émotion pointe dans les neuf titres splendides. La voix de Susan Cattaneo, claire avec un vibrato parfaitement maîtrisé, me fait penser aux grandes chanteuses folk comme Judy Collins. On sent une artiste expérimentée, même si sa carrière discographique est assez récente : bostonienne, elle est professeur de songwriting au prestigieux Berklee College, respect! L’accompagnement instrumental est fourni par deux fabuleux guitaristes, Kevin Barry et Duke Levine: pas des stars non plus, mais des CV bourrés de grosses références en studio et sur scène. Nulle esbroufe, mais un tissu de guitares électriques et acoustiques de toute beauté. Difficile d’isoler une chanson en particulier dans cet ensemble très homogène, mais mon coup de cœur va à Blackbirds, petit bijou de délicatesse folk. Une très belle réussite. 

 

Grant HAUA 

"Ora Blues at the Chapel" 

On a pu voir ce bluesman maori en France cet été, dans les festivals blues de Cognac et Cahors. Les 13 titres de l’album issus du répertoire déjà enregistré précédemment de Grant Haua, mais joués en live devant un public restreint: on a ainsi l’énergie d’un concert, mais avec une qualité de son comparable à celle du studio. Les morceaux sont très énergiques, avec une orientation blues-rock et on se régale grâce aux qualités vocales et guitaristiques de l’artiste, très bien accompagné par ailleurs (basse, batterie, piano). Sur Voodoo Doll, on voit que l’esprit de la Nouvelle-Orléans souffle sur la Nouvelle-Zélande. Cerise sur le kiwi : la chanteuse de soul (elle aussi maorie) Delanie Ututaonga est présente sur quelques titres et met le feu. Difficile de rester assis en écoutant Beetlejuice

 

Neko CASE 

"Wild Creatures" 

Il s’agit d’une compilation de 21 titres retraçant les 25 ans carrière de la chanteuse-songwriter américaine, classée entre indie-rock et alt-country. S’y ajoute une nouveauté: Oh, Shadowless. La plupart de morceaux sont du rock électrique, mais on trouve aussi un titre acoustique un peu old-time, le tout étant fort bien chanté et joué. Cet album est disponible exclusivement en version numérique sur les différentes plateformes.

jeudi 28 juillet 2022

Bluegrass & Co. par Dominique Fosse

 

Peter ROWAN 

"Calling You From My Mountain" 

Au cours de sa longue carrière, Peter Rowan a rarement enregistré deux albums de suite dans le même style. Calling You From My Mountain est une exception puisqu’il succède à Carter Stanley’s Eyes (2018) déjà consacré au bluegrass classique. A 80 ans (il les a eus le 4 juillet dernier), Peter a sans doute envie de se livrer essentiellement au genre qui fut celui de ses débuts et le seul en fait vers lequel il soit régulièrement revenu. A la première écoute, j’ai cru qu’il avait gardé tous les musiciens du précédent album mais il ne reste en fait que Chris Henry (mandoline), entouré de Julian Pinelli (fiddle), Eric Thorin (basse) et Max Wareham (banjo). Contrairement à Carter Stanley’s Eyes (cf. Le Cri du Coyote 157), il y a une majorité de compositions de Peter dans Calling You From My Mountain. Mes préférées sont A Winning Hand et le très beau Dream Of Heaven dont les mélodies portent toutes deux l’écriture typique de Rowan, une délicatesse qui lui est propre. La voix de Peter se marie bien avec celle de Molly Tuttle dans From My Mountains. Molly se met au banjo clawhammer pour la charmante ballade The Red, The Blue And The White. Billy Strings est à la guitare sur deux titres mais j’ai davantage été impressionné par la sensibilité de l’accompagnement de Shawn Camp dans Dream Of Heaven. Parmi les reprises, Peter et son groupe livrent une bonne version du classique Little Joe. New York Town de Woody Guthrie s’adapte assez bien au bluegrass. Ils reprennent aussi Penitentiary Blues de Lightnin’ Hopkins. Évènement rare dans un disque de Peter Rowan, il y a deux instrumentaux, Come Along Jody du fiddler Tex Logan et Frog On The Lilly Pad que Bill Monroe a composé mais jamais enregistré. Le talent des musiciens de Peter justifie ce choix, comme celui de conclure la dernière plage, Freedom Trilogy, par une succession de solos. 

 

Allison de GROOT & Tatiana HARGREAVES 

"Hurricane Clarice" 

Hurricane Clarice est le second disque en duo de la banjoïste clawhammer Allison de Groot et de la violoniste Tatiana Hargreaves. On ne peut pas dire qu’elles caressent l’auditeur dans le sens du poil en choisissant pour premier titre The Banks Of Miramishi, une chanson traditionnelle canadienne (Allison est Canadienne) toute en dissonances avec un fiddle qui a les modulations d’un sitar. L’ensemble de l’album est cependant beaucoup moins âpre avec des instrumentaux rapides, énergiques comme le traditionnel Nancy Blevins, le joyeux Dead And Gone, interprétés de façon inventive et virtuose par les deux jeunes musiciennes. Tatiana joue souvent sur un violon à 5 cordes qui lui permet d’aller chercher des notes graves inhabituelles dans les airs old time. Le jeu à la fois rythmique et mélodique des deux musiciennes fait penser qu’elles sont quatre dans Brushy Fork On John’s Creek. Tout en respectant l’esprit old time, leurs compositions instrumentales sont plus sophistiquées, plus ambitieuses, tels Wellington (signée Allison) et surtout Hurricane Clarice de Tatiana, mélodique et délicate. Côté chansons, la voix de Tatiana est complètement dans la tradition appalachienne (alors qu’elle est originaire de l’Oregon). Il faut sans doute déjà être déjà bien imprégné de culture old time pour apprécier sa voix dans Each Season Changes You de Roy Acuff ou les harmonies serrées de The Road That’s Walked By Fools. Par contre, l’harmonie vocale d’Allison inventive, souvent surprenante et toujours juste dans I Would Not Live Always est tout à fait charmante. Elle m’évoque le groupe de folk flamand Laïs (qu’Allison ne connaît certainement pas malgré son patronyme d’origine belge ou hollandaise). Les deux musiciennes devraient travailler d’autres chansons dans ce style si elles veulent toucher un public plus large que les amateurs purs et durs de musique old time. Pas certain que ce soit leur but.

 

 Joe TROOP 

"Borrowed Time" 

Joe Troop s’est fait connaître comme chanteur et fiddler du groupe bluegrass Che Appalache (Le Cri du Coyote 164) qu’il a formé avec des musiciens argentins et mexicain et avec lequel il joue un ensemble de musiques métissées (le groupe est basé à Buenos Aires). De retour aux États-Unis pour cause de Covid, Joe Troop a composé et enregistré douze titres qu’il accompagne essentiellement au banjo dans son premier album solo, Borrowed Time. Il est capable de jouer du bluegrass classique (Love Along The Way) mais son jeu est souvent original, fréquemment inspiré du jazz (la chanson en espagnol Monte Oscuro, l’instrumental jazz-ragtime Django’s Palace joué en duo avec le bassiste They Boudreaux, son principal partenaire sur l’album). Borrowed Time est aussi varié que les disques de Che Appalache. Heaven On Earth est très influencé par la musique sud-américaine. Sevilla est un instrumental d’inspiration flamenco qui aurait pu être écrit par Béla Fleck et n’aurait pas déparé sur l’album Alegria du groupe espagnol Flamengrass (cf. Bluegrass & C° mars 2022). Joe joue de la guitare fingerpicking sur Red, White & Blues. Langues anglaise et espagnole sont parfois présentes dans la même chanson. Joe Troop est un artiste original jusque dans ses textes, avec des revendications environnementales et sociales marquées. Une chanson comme Horizon fait immanquablement penser à Pete Seeger. Joe parle d’injustice (The Rise of Dreama Caldwell, tiré d’une histoire vraie) et surtout d’immigration (le joli Hermano Migrante avec accordéon, Mercy For Migrants chanté en duo avec Abigail Washburn et accompagné par Béla Fleck au banjo – Joe est au fiddle sur ce titre). Pour ne rien gâcher, Joe Troop est un très bon interprète. Prisoniero, accompagné par la basse, des percussions et un jeu de banjo très original est magnifique. Tim O’Brien imprime toute sa personnalité en harmonie vocale sur le refrain de Love Along The Way (il est présent sur deux autres titres). L’originalité, les multiples talents et la sensibilité de Joe Troop font de Borrowed Time un très bel album.

 

Jaelee ROBERTS 

"Something You Didn’t Count On" 

Jaelee Roberts n’a que 20 ans et elle a remplacé en tant que chanteuse et guitariste Dale Ann Bradley dans le groupe Sister Sadie. Pas une mince affaire quand on sait que Sister Sadie a été élu 2 fois groupe vocal de l’année par IBMA et que Dale Ann elle-même a été sacrée 5 fois chanteuse de l’année. Les complotistes du milieu bluegrass (il y en a sûrement) vous diront que c’est parce qu’elle et la fille de Danny Roberts (mandoliniste des Grascals) et d’Andrea Roberts qui dirige une agence d’artistes bluegrass et fut il y a 30 ans membre de Petticoat Junction aux côtés de Gena Britt, la banjoïste de Sister Sadie. Il suffit d’écouter Something You Didn’t Count On, le premier album de Jaelee, pour comprendre qu’elle possède tout le talent nécessaire pour réussir avec Sister Sadie comme en solo. C’est une excellente chanteuse, au timbre plutôt neutre. Sa jolie voix peut faire penser à Amanda Smith sur les titres les plus doux (November, le gospel I Owe Him Everything) et à Cia Cherryholmes sur des chansons plus dynamiques (The Best Of Me). Elle a coécrit cinq des douze chansons, avec des partenaires aussi prestigieux que Molly Tuttle, Jerry Salley et Jon Weisberger. Parmi les reprises figurent Landslide de Fleetwood Mac dans une version proche de celle des Dixie Chicks. Jaelee y a Vince Gill pour partenaire vocal. Original ou repris, le répertoire est de bonne qualité. Jaelee est très bien accompagnée. Son producteur, Tim Surrett (Balsam Range) est à la contrebasse et au dobro sur trois titres. Les autres musiciens sont Kristin Scott Benson, banjoïste des Grascals, Alan Bibey, mandoliniste de Grasstowne, Jimmy Mattingly qui fut le premier fiddler des Grascals mais fait surtout carrière auprès de vedettes country, et Tony Wray, moins connu (il joue dans le groupe Blue Mafia) mais excellent guitariste. Les harmonies vocales sont aussi superbes. Jaelee double sa voix sur quatre chansons. Sur les autres, on trouve Kenny et Amanda Smith ou Paul et Kelsi Harrigill (ex-Flatt Lonesome). La musique de Jaelee Roberts est ce qu’on appelle du bluegrass contemporain, du bluegrass classique avec des sonorités modernes. Le picking de banjo est presque toujours en avant, même dans les ballades (Lie To Me, The Beginning Was The End), ce qui est plutôt rare chez les chanteuses bluegrass. La rythmique de Think Again est plus sophistiquée. Les musiciens se montrent inventifs dans leurs courtes interventions et finissent par se lâcher à la fin de la reprise de Luxury Liner (Gram Parsons) qui clôt cet excellent premier album. 

 

Cheryl CAWOOD 

"Bullet In The Cabin Wall"  

La langue anglaise qui aime la concision traduit auteur-compositeur-interprète par singer songwriter. Dans le cas de Cheryl Cawood, il est un terme encore plus court et approprié: storyteller. Chacune de ses chansons raconte une histoire. De famille surtout, de guerre du whisky, d’injustice, d’exode rural aussi. Il livre beaucoup d’histoire personnelle ou familiale (Daddy’s Home Town) dans ces chansons qui ont pour décor un coin perdu du Kentucky "a hundred miles from the sound of any train". L’interprétation de Cheryl Cawood touche par sa sincérité, son authenticité. Sa diction, son phrasé rendent très compréhensibles tous les textes (le prérequis est quand même de comprendre l’anglais). Son producteur Jack Saunders joue de presque tous les instruments (mandoline, guitares, banjo, basse) sauf le fiddle (Eleanor Whitmore). Il a recours épisodiquement à un batteur et un pianiste. Les arrangements sont proches du bluegrass et du old time (ça coule de source quand on chante le Kentucky). Quatre titres ont un traitement plus country. Bullet In The Cabin Wall et Ballad Of Spade Cooley sont les plus belles chansons du disque. Parmi les deux reprises, j’aime beaucoup l’arrangement de L & N Don’t Stop Here Anymore avec ses percussions et son banjo entêtant. Cheryl Cawood y montre un réel talent d’interprète.

mardi 26 juillet 2022

Avenue Country par Jacques Dufour

 

James DARDEN 

"360° Series" 

James Darden n’aura jamais son nom en tête d’affiche d’un festival. Il ne classera aucune des ses chansons dans les charts. Il n’a pas non plus le vocal d’Alan Jackson ou Josh Turner. James Darden est un besogneux de la country, un gregario, comme il en existe des milliers à travers les Etats-Unis et le Canada. Un chanteur honnête de country music qui propose des chansons simples et intemporelles qu’il interprète dans les bars et honky tonks autour de chez lui. En l’occurrence l’Alabama. C’est grâce à des chanteurs comme James Darden que la country music classique demeure la musique de base de l’Amérique profonde.

 

Jessica WILLIS FISHER 

"Brand New Day" 

Excellente découverte. Cette chanteuse possède une voix des plus séduisantes. Je ne saurais cependant vous définir précisément son style de musique: entre country, folk, alternatif et new-country. Bref, americana. Si j’osais la comparaison je dirais qu’elle est assez proche d’Allison Krauss. Mais peu importe, ce qui prime c’est le vocal de cette artiste qui capte notre attention. Beaucoup de douceur, certes, mais ce qui ne veut pas dire un album de berceuses. Les ballades acoustiques alternent avec des chansons au tempo plus relevé. Je vous conseille de découvrir cette artiste qui nous offre un premier album solo prometteur après avoir fait ses classes auprès de ses frères et sœurs au sein du Willis Clan. Jessica s’accompagne au fiddle. 

 

David STEWART 

"Still Got Some Cowboy In Me" 

Cet album est intéressant pour diverses raisons. Il est l’œuvre d’un vétéran qui a commencé sa carrière musicale dans les années 70, marqué par l’ambiance qui régnait dans la taverne/dancing que possédaient ses parents en Floride. Après un très bref séjour à Nashville, Stewart se fixe avec son épouse dans le Wyoming en 1977 et se rendent acquéreurs d’un hôtel historique dans lequel il se produit toujours. Entre temps David compose des chansons pour Eddy Raven. Les dix titres de Still Got Some Cowboy In Me sont bien variés et offrent la particularité de présenter des instruments typiquement bluegrass avec fiddle, mandoline et pas mal de banjo pour accompagner des chansons plutôt de style country. On entend beaucoup de dobro et parfois la pedal steel guitare, mais pratiquement jamais le son de la guitare acoustique ou électrique. Étrange, isn’t it? Un album bien agréable.

 

Jason ALDEAN 

"Georgia" 

Je voulais juger cet album de Jason Aldean en toute objectivité. En effet je n’avais jamais considéré que la musique de ce chanteur à succès pouvait être cataloguée comme étant de la country music. En tout cas elle ne cadre pas avec celle qui est interprétée par Alan Jackson, George Strait ou Mark Chesnutt. Si vous avez les mêmes valeurs on se comprend. Mais on ne sait jamais… D’autres et non des moindres ont prouvé qu’ils connaissaient leurs classiques. Et bien pour Aldean c’est raté. Il aurait fallu sous-titrer cet album "recette miracle pour insomniaques". Je défie quiconque de ne pas fermer les paupières avant l’écoute de la dixième ballade consécutive. Ballades sans aucun accompagnement country et chantées sans conviction. Cinq titres live ont été rajoutés. Le premier est du heavy metal (!!) et les quatre autres… des ballades. Un album à éviter comme un pavé au milieu de la route. 

 

 Thomas RHETT 

"Where We Started" 

Thomas Rhett est le fils de Rhett Akins, un artiste country originaire de Georgie qui s’est illustré dans la seconde partie des années 90 en classant une douzaine de chansons au Billboard et en décrochant un n°1 en 1996. Rhett, qui n’enregistre plus, a passé le relais à son fils qui a réussi en très peu de temps a dépassé son géniteur sur le plan du succès commercial en caracolant en tête des ventes d’albums, mais dans un style fort éloigné des néo-traditionalistes. Et fort éloigné de la country tout court. Je m’apprêtais à faire un bref survol du nouvel album de ce prince du nashpop en concluant qu’il avait atterri à tort au siège du Cri. Eh bien, en toute objectivité, j’ai été agréablement surpris. En fait, la première chanson n’étant pas désagréable je me suis pris au jeu de l’écoute des quatorze autres titres. Bon, Rhett Akins n’est ni Randy Travis ni Alan Jackson. Son vocal est agréable mais comme beaucoup d’autres je dirais. L’amateur de country classique ne trouveras pas matière à se sustenter mais on sortira du lot une petite demi-douzaine de chansons que l’on qualifiera de country moderne pas désagréable à l’oreille. Et j’ai même ouï le son d’une pedal steel guitare!

 

Louise RIEFFER 

"Demonymic Eculturation" 

Cette chanteuse a de l’énergie à revendre. Elle privilégie les titres rapides et même tendance rock. Nettement plus proche de Gretchen Wilson que d’Alison Krauss. Les seules exceptions étant une chanson acoustique et tendre, une ballade et la valse lente qui referme l’album. Deux morceaux sont résolument rock et éloignés de la country. Les rapides Love A Cowboy et Pocket Aces sont excellents avec fiddle et pedal steel guitare mais le meilleur pour mon goût personnel est une splendide reprise dynamique de Cocaine Blues de Johnny Cash. Pour un premier album c’est bluffant. Louise Rieffer est originaire de la ville de De Soto, au sud de St Louis, et qui a donné son nom à une marque automobile vénérée des collectionneurs. Elle y vit toujours avec son mari et ses enfants après avoir été institutrice durant une douzaine d’années. Elle a enfin trouvé sa voie… 

 

  The HAWTTHORNS 

"Tarot Cards And Shooting Stars" 

Ce groupe au vocal féminin me rappelle une formation fort populaire il y a quelques décades, les Carpenters. L’équivalent américain d’Abba en Europe. On est plus proche d’une variété mélodieuse que de la country ou même de l’americana. Si vous êtes nostalgiques des Mamas and Papas, essayez les HawtThorns. On est dans la même connotation musicale, et la pochette de l’album est fort réussie.

mercredi 13 juillet 2022

L'art selon Romain (Decoret)

 

Marcus KING 

"Young Blood" (American Recordings) 

Né en 1996 à Greenville, North Carolina, Marcus King représente le lien entre le Southern rock des Allman Brothers et le metal. Il aurait pu n’être qu’un enfant prodige mais, sur les conseils de son père et de son grand père eux mêmes guitaristes, il prit des leçons auprès de Steve Watson du Greenville Fine Art Center avant de recevoir des conseils de B.B. King et de Warren Haynes. Son premier album -Soul Insight- sortit en 2015 sur le label de Haynes et lança sa carrière. Son jeu de guitare progressant de manière quantique, Dan Auerbach produisit en 2019 son second album solo, Eldorado. Pas sans quelques cahots: interviewant Warren Haynes en 2020, il me fut conseillé de ne pas prononcer le nom de Marcus King. D’ailleurs son premier album solo avec Haynes a presque disparu du sonar sur les banques de données. Le nouveau disque solo de Marcus King est résolument un trait d’union entre le 70’s rock sudiste et le son du 21ème siècle. Metal-funk avec Lie Lie Lie, hard-rock sudiste sur Blood On The Tracks, blues dans Hard Working Man et Blues Worse Than I Ever Had avec juste les vocaux et une piste de slide électrique. Marcus King après le festival Cognac Blues Passion, jouera à Paris fin novembre. (Romain Decoret)

 

Tami NEILSON 

"Kingmaker" (Outside Music) 

Tami Neilson est une diva country comme il y en a peu. Née à Toronto dans une famille musicale elle a appris le métier en tournant avec ses frères dans le circuit country, des auditoriums de Branson, Missouri, à Nashville et en Caroline, Virginie et Kentucky. Pour échapper au COVID, Tami s’installa en Nouvelle Zélande et sortit le disque Sassafrass! où elle abordait le style de Screaming Jay Hawkins. Aujourd’hui, c’est à Auckland qu’elle a enregistré son nouvel album, beaucoup plus country et garage. Sa voix est exceptionnellement pure et claire sur Kingmaker ou Baby You’re a Gun, mais tout aussi capable de sonner dirty dans Careless Woman. Elle fait partie d’une sororité (pas sonorité) à l’atmosphère raréfiée qui comprendrait Dolly Parton et toutes ces filles qui font dire aux hommes "elles sont toutes de mèche!". Cela dit, Dolly Parton ne pourrait pas enregistrer King Of Country Music, qui réunit des percussions maoris et une guitare avec space-écho sur la voix de Tami Neilson. Elle écrit ses propres chansons et dirige les séances. C’est incroyable ce qu’elle peut faire avec des arrangements simplifiés: un riff de basse, une guitare en phasing, quelques power-chords et sa voix. Et dans l’intro de Beyond The Stars, on reconnait distinctement Trigger, la guitare electro-acoustique de Willie Nelson, avant même qu’il ne chante le couplet qui lui est attribué. (Romain Decoret)

 

GA-20 

"Crackdown" (Colemine/ Karma Chief Records/ Modulor) 

Pour son 3ème disque, le trio de Matt Stubbs, Pat Faherty et Tim Carman prend une orientation haute énergie plutôt que blues comme sur leur album précédent, l’excellent Try It You Might Like It sur lequel ils couvraient le répertoire de l’explosif Hound Dog Taylor. "Nous faisons les disques que nous aimerions écouter" disent ils. Ils le font avec le materiel vintage requis: le GA-20, d’où ils ont tiré leur nom, est un Gibson , un petit ampli combo funky de 1959 utilisé par Bo Diddley, Earl Hooker ou les Trashmen. Garage donc, avec les deux versions de Fair Weather Friend. On reconnaitra dans Easy On The Eyes le riff de James Burton dans Suzy Q de Dale Hawkins. Ensuite on reste en Louisiane avec Dry Run et le méconnu Just Because écrit par Lloyd Price et repris par Larry Williams en 58 et (gasp!) John Lennon sur son album Rock’n’Roll de 75. Mais oubliez ces références qui n’ont plus grand chose à voir avec GA-20 pour qui l’important est de monter le volume à 12 (sur un combo de 20 watt!), d’enclencher le phasing en laissant cruncher le feedback naturel et de revisiter ces titres qu’is ont (re) découverts. (Romain Decoret

 

Matty T. WALL 

"Live Down Underground" (Froszak Promo Records) 

La scène australienne a toujours été différente du reste du monde, que ce soit avec les Easybeats émigrés à Londres ou avec leurs neveux d’AC/DC. Dans le domaine du blues-rock, Dave "The Plumber" Hole a longtemps représenté le meilleur dans ce domaine. Avec l’arrivée de Matty T. Wall, le jeu est changé. Avec sa virtuosité il n’essaye pas d’imiter le son caractéristique du trio blues-rock, il le redéfinit en compagnie du batteur Ric (pas de k) Whittle et du bassiste Leigh Miller. Versé aussi bien dans le jazz de Sophia’s Strut, le slide avec Slideride et la suramplification de Scorcher ou Broken Heart Tattoo, Matty Wall est addictivement électrique. Apprécié par Walter Trout et Eric Gales, il en est déjà à son troisième album n°1 consécutif dans les charts australiennes. Cet enregistrement live a été capté au Lyric Underground de Perth, sur la côte Ouest du continent australien. (Romain Decoret

 

David GASTINE 

"From Either Side" (Label Ouest) 

L’idée est naturelle et aurait du être déjà réalisée tant elle est évidente: la fusion entre le gypsy-jazz et la country-music. Les deux côtés comme le décrit le titre du disque. Côté Django, c’est David Gastine qui a joué sur la scène du Carnegie Hall avec Stochelo Rosenberg et Al DiMeola, accompagné ici par son partenaire Samy Daussat. Côté country-blues, c’est Vincent Bucher, un grand harmoniciste français. Le répertoire est centré sur Johnny Cash avec I Walk The Line, Folsom Prison Blues et le traditionnel (Ghost) Riders In The Sky. Pour remonter à Django Reinhardt, il y a la fusion originale du great American songbook avec le gypsy-jazz de I’ll See You In My Dreams. Il est d’ailleurs dommage que personne au Label Ouest n’ait pensé à cette autre fusion qui est celle de Django avec les premiers guitaristes de western-swing comme Herman Arnspiger des Texas Playboys de Bob Wills. dans les années 30. Il y a là une belle œuvre qui attend. David Gastine va tourner cet été, ne le manquez pas. (Romain Decoret)