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mercredi 22 octobre 2025

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

Cody JINKS

"In My Blood" 

Le Texan à la longue barbe doit en être à son cinquième ou sixième album. Mais celui-ci est peut-être le moins country. Il se situe dans un courant alternatif qui utilise quand même la pedal steel guitare mais qui repose essentiellement sur la guitare électrique dont on entend de belles envolées sur de nombreux titres. Les chansons sont trop longues pour une diffusion radio et pour garder l’attention éveillée, d’autant que ce sont majoritairement des rythmes lents et relativement uniformes. C’est toujours le souci quand on a affaire à un auteur-compositeur. Lennon et McCartney étaient les champions de la diversité. Ils resteront uniques.


 

 

Dylan EARL

"Level Headed Even Smile" 

Il est des albums qui vous laissent perplexe. Vous avez une dizaine de lignes à écrire et vous manquez d’imagination pour parler d’un chanteur au vocal certes agréable mais qui privilégie les tempos paisibles et modérés. On reste en plaine avec la pedal steel guitare et on ne franchit pas de cols. Seule une petite colline se présente avec Lawn Chair qui pousse les jambes à frétiller modérément. Pas de quoi lui décerner le titre d’album du trimestre. 

 

Grayson JENKINS

"Country Parables" 

Un petit fils de Conway Twitty? Car le véritable patronyme du chanteur aux quarante n°1 est Jenkins. Mais apparemment non car l’ex-rocker est originaire du Mississippi et a grandi en Arkansas alors que ce Grayson arrive du Kentucky. Voici un album tout simple enregistré sans fioriture mais pas sans intérêt. Une country paisible qui rappelle parfois Don Williams. J’ai surtout apprécié Grand Slam avec son accordéon et Old Trails avec un violon que l’on ne retrouve que sur un seul autre titre. De l’americana paisible teinté country.


 

 

JOSELYN & DON

"Lost And Found Highway" 

Un faux duo. En effet seule une voix féminine se fait entendre, Joselyn donc. Don ne participe que de très loin pour de discrètes harmonies vocales. Il ne s’agit pas de country. Les anglo-saxons emploient le qualificatif de "easy listening" pour ce genre de musique paisible qui peut vaguement laisser penser aux Mamas & Papas, voire à Abba. La reprise de Seminole Wind est intéressante par le fait qu’elle s’écarte radicalement de la copie, mais musicale-ment et vocalement elle n’a pas la profondeur de l’original de John Anderson. 

 

Mose WILSON

"That’s Love" 

Voici un album qui plaira à plus d’un lecteur du Cri par sa diversité de styles et qui va le balader au gré des sons qui composent ce que l’on appelle désormais l’americana. Du latino en ouverture au bluesy qui met le piano en valeur en passant par le cajun, Mose Wilson emprunte davantage à la soul qu’à la country. Le violon pourtant est souvent présent et l’on croit reconnaître au détour d’une chanson l’influence des Everly Brothers ou de Don Williams. Le dobro assure la vedette sur sa reprise du Amos Moses de Jerry Reed, swampy à souhait. Une immersion dans le Sud profond entre le Tennessee et les bayous de Louisiane. 

 

Sunny SWEENEY

"Rhinestone Requiem" 

Sunny Sweeney est devenue au fil des ans et des albums une figure emblématique de la country classique et par là même, de la scène texane. Son premier album, Heartbreaker Hall Of Fame, paru en 2006 (près de vingt ans déjà), dévoilait toutes ses promesses avec notamment une reprise du 16th Avenue de la grande Lacy J. Dalton. Trop country pour Nashville, ses albums successifs abordaient parfois la country moderne mais Sunny ne s’est jamais éloignée de la tradition pour autant. En témoigne ce septième album qui démarre au rythme du honky tonk pour enchaîner sur du rock and roll avec Diamonds And Divorce Decrees. Country-rock et honky tonk se succèdent ensuite sans temps mort jusqu’au slow final, bien classique et seul titre lent de cet album que je n’hésite pas à considérer comme l’album country de l’année à déguster sans modération. Évidemment le violon et la pedal steel guitare vous accompagnent tout au long des dix chansons. La country traditionnelle n’a plus sa raison d’être dans le Tennessee mais si le monde tournait enfin rond ce ne seraient pas les nymphettes de Nashville qui se disputeraient l’award de chanteuse country de l’année.


 

 

Tami NEILSON

"Neon Cowgirl" 

Tami Neilson, on la remarque d’abord par l’outrance de sa coiffure version pin-up des an-nées 50 caricaturée et à épingler dans la cabine d’un chauffeur routier. On ne fait pas plus rock and roll ou vintage pour employer un terme à la mode. Mais n’en espérez pas pour au-tant un ersatz de Wanda Jackson et par là même un pur album de rockabilly. Il n’y en a pas. Tout juste un rock and roll (Heartbreak City, USA) qui est du reste le seul titre à bénéficier d’une pedal steel guitare. En revanche il y a plusieurs titres de rock lourd qui ont du mal à passer. Je préfère très nettement les deux ballades "orbisonesques" dont l’une (Foolish Heart) est un hommage à la période crooner du rocker aux lunettes noires, façon It’s Over et sur laquelle le vocal puissant de la Néo-Zélandaise d’adoption fait merveille. Un bon album americana si vous enlevez quatre titres qui font mal aux oreilles.


 

 

The PLEASURES

"Enemy Of My Enemy" 

Catherine Britt est une chanteuse Australienne de country qui a sorti plusieurs albums solo avant d’en enregistrer deux avec un autre artiste des antipodes, Lachlen Bryan. Et ces deux albums de duos sont parus sous l’étiquette The Pleasures. Si l’ouvrage précédent pouvait être considéré comme country ce n’est plus le cas avec ce dernier opus qui verse carrément dans le pop-rock indigeste pour mes oreilles. Deux ballades peuvent être écoutées avec mansuétude mais le reste de l’album vous rappellera peut-être l’époque de ces groupes de pub-rock qui jouaient dans les arrières-salles de pubs dans les seventies. 


 

 

Tyler CHILDERS

"Snipe Hunter" 

Tyler Childers a commencé sa carrière par la country moderne et a décroché quelques accessits à Nashville, ce qui lui a permis d’enregistrer une demi-douzaine d’albums depuis son premier, paru alors qu’il n’avait que dix-neuf ans. Il a aujourd’hui trente-quatre ans et s’est éloigné de la country au profit d’une musique quelque peu déjantée empruntant autant au rock (le titre en ouverture aurait très bien convenu aux Rolling Stones) qu’au punk ou au courant alternatif/americana. Déjà son vocal atypique et au bord de la fêlure surprend un peu. Childers est un artiste anti conformiste à ranger du côté de Chris Stapleton, voir de Lyle Lovett, et qui devra trouver son public. Au-delà de la country bien sûr.


 

mercredi 13 juillet 2022

L'art selon Romain (Decoret)

 

Marcus KING 

"Young Blood" (American Recordings) 

Né en 1996 à Greenville, North Carolina, Marcus King représente le lien entre le Southern rock des Allman Brothers et le metal. Il aurait pu n’être qu’un enfant prodige mais, sur les conseils de son père et de son grand père eux mêmes guitaristes, il prit des leçons auprès de Steve Watson du Greenville Fine Art Center avant de recevoir des conseils de B.B. King et de Warren Haynes. Son premier album -Soul Insight- sortit en 2015 sur le label de Haynes et lança sa carrière. Son jeu de guitare progressant de manière quantique, Dan Auerbach produisit en 2019 son second album solo, Eldorado. Pas sans quelques cahots: interviewant Warren Haynes en 2020, il me fut conseillé de ne pas prononcer le nom de Marcus King. D’ailleurs son premier album solo avec Haynes a presque disparu du sonar sur les banques de données. Le nouveau disque solo de Marcus King est résolument un trait d’union entre le 70’s rock sudiste et le son du 21ème siècle. Metal-funk avec Lie Lie Lie, hard-rock sudiste sur Blood On The Tracks, blues dans Hard Working Man et Blues Worse Than I Ever Had avec juste les vocaux et une piste de slide électrique. Marcus King après le festival Cognac Blues Passion, jouera à Paris fin novembre. (Romain Decoret)

 

Tami NEILSON 

"Kingmaker" (Outside Music) 

Tami Neilson est une diva country comme il y en a peu. Née à Toronto dans une famille musicale elle a appris le métier en tournant avec ses frères dans le circuit country, des auditoriums de Branson, Missouri, à Nashville et en Caroline, Virginie et Kentucky. Pour échapper au COVID, Tami s’installa en Nouvelle Zélande et sortit le disque Sassafrass! où elle abordait le style de Screaming Jay Hawkins. Aujourd’hui, c’est à Auckland qu’elle a enregistré son nouvel album, beaucoup plus country et garage. Sa voix est exceptionnellement pure et claire sur Kingmaker ou Baby You’re a Gun, mais tout aussi capable de sonner dirty dans Careless Woman. Elle fait partie d’une sororité (pas sonorité) à l’atmosphère raréfiée qui comprendrait Dolly Parton et toutes ces filles qui font dire aux hommes "elles sont toutes de mèche!". Cela dit, Dolly Parton ne pourrait pas enregistrer King Of Country Music, qui réunit des percussions maoris et une guitare avec space-écho sur la voix de Tami Neilson. Elle écrit ses propres chansons et dirige les séances. C’est incroyable ce qu’elle peut faire avec des arrangements simplifiés: un riff de basse, une guitare en phasing, quelques power-chords et sa voix. Et dans l’intro de Beyond The Stars, on reconnait distinctement Trigger, la guitare electro-acoustique de Willie Nelson, avant même qu’il ne chante le couplet qui lui est attribué. (Romain Decoret)

 

GA-20 

"Crackdown" (Colemine/ Karma Chief Records/ Modulor) 

Pour son 3ème disque, le trio de Matt Stubbs, Pat Faherty et Tim Carman prend une orientation haute énergie plutôt que blues comme sur leur album précédent, l’excellent Try It You Might Like It sur lequel ils couvraient le répertoire de l’explosif Hound Dog Taylor. "Nous faisons les disques que nous aimerions écouter" disent ils. Ils le font avec le materiel vintage requis: le GA-20, d’où ils ont tiré leur nom, est un Gibson , un petit ampli combo funky de 1959 utilisé par Bo Diddley, Earl Hooker ou les Trashmen. Garage donc, avec les deux versions de Fair Weather Friend. On reconnaitra dans Easy On The Eyes le riff de James Burton dans Suzy Q de Dale Hawkins. Ensuite on reste en Louisiane avec Dry Run et le méconnu Just Because écrit par Lloyd Price et repris par Larry Williams en 58 et (gasp!) John Lennon sur son album Rock’n’Roll de 75. Mais oubliez ces références qui n’ont plus grand chose à voir avec GA-20 pour qui l’important est de monter le volume à 12 (sur un combo de 20 watt!), d’enclencher le phasing en laissant cruncher le feedback naturel et de revisiter ces titres qu’is ont (re) découverts. (Romain Decoret) 

 

Matty T. WALL 

"Live Down Underground" (Froszak Promo Records) 

La scène australienne a toujours été différente du reste du monde, que ce soit avec les Easybeats émigrés à Londres ou avec leurs neveux d’AC/DC. Dans le domaine du blues-rock, Dave "The Plumber" Hole a longtemps représenté le meilleur dans ce domaine. Avec l’arrivée de Matty T. Wall, le jeu est changé. Avec sa virtuosité il n’essaye pas d’imiter le son caractéristique du trio blues-rock, il le redéfinit en compagnie du batteur Ric (pas de k) Whittle et du bassiste Leigh Miller. Versé aussi bien dans le jazz de Sophia’s Strut, le slide avec Slideride et la suramplification de Scorcher ou Broken Heart Tattoo, Matty Wall est addictivement électrique. Apprécié par Walter Trout et Eric Gales, il en est déjà à son troisième album n°1 consécutif dans les charts australiennes. Cet enregistrement live a été capté au Lyric Underground de Perth, sur la côte Ouest du continent australien. (Romain Decoret) 

 

David GASTINE 

"From Either Side" (Label Ouest) 

L’idée est naturelle et aurait du être déjà réalisée tant elle est évidente: la fusion entre le gypsy-jazz et la country-music. Les deux côtés comme le décrit le titre du disque. Côté Django, c’est David Gastine qui a joué sur la scène du Carnegie Hall avec Stochelo Rosenberg et Al DiMeola, accompagné ici par son partenaire Samy Daussat. Côté country-blues, c’est Vincent Bucher, un grand harmoniciste français. Le répertoire est centré sur Johnny Cash avec I Walk The Line, Folsom Prison Blues et le traditionnel (Ghost) Riders In The Sky. Pour remonter à Django Reinhardt, il y a la fusion originale du great American songbook avec le gypsy-jazz de I’ll See You In My Dreams. Il est d’ailleurs dommage que personne au Label Ouest n’ait pensé à cette autre fusion qui est celle de Django avec les premiers guitaristes de western-swing comme Herman Arnspiger des Texas Playboys de Bob Wills. dans les années 30. Il y a là une belle œuvre qui attend. David Gastine va tourner cet été, ne le manquez pas. (Romain Decoret)