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mercredi 16 octobre 2024

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

Cyrena WAGES 

"Vanity Project" 

Encore un album qui s’est glissé dans la pile par erreur. Mon rédacteur en chef sait que j’ai un petit faible pour les chanteuses aussi il a tendance à orienter dans mon casier toutes les demoiselles qui lui paraissent évoluer dans la country à la vision de la pochette. Apparence parfois trompeuse. Certes le vocal de Cyrena est accrocheur mais son style musical ne m’a pas envoûté. Imaginez une dizaine de slows ou ballades que je qualifierais de pop/alternative. Aucun rapport donc avec l’objet de cette rubrique. 

 

Eliza THORN 

"Somebody New" 

Un bel exemple d’americana nous est offert par cette nouvelle venue, Eliza Thorn. Son vocal est particulier et sa musique l’est aussi. Une voix de Lolita qui nous rappelle Emilie Nenni ou Kimmie Bitter. On accroche… ou pas. Mais on y décèle une tonalité jazzy qui est notamment en évidence dans l’unique western swing, hélas bien trop court avec ses 2 minutes15, Nobody But You. J’en aurais bien repris un petit deuxième. Autre titre intéressant , I Tried, avec un côté slow et un côté swing, bien appuyé par le fiddle et la pedal steel guitare. Plusieurs chansons sont davantage du domaine de l’alternatif mais avec un piano et du violon. Deux titres sont bien country. À essayer et peut-être adopter. 

 

George DUCAS 

"Long Way From Home" 

Sur un plan commercial George Ducas a mieux réussi en tant que compositeur plutôt que comme interprète. En effet il n’a réussi à obtenir qu’un seul Top 10 en 1994. Par contre ses chansons ont été enregistrées par Sara Evans (un n°1), George Jones, Garth Brooks, les Dixie Chicks ou encore Trisha Yearwood. Ça démontre le talent du bonhomme. Les années ont passé. La country a bien changé depuis les années 90 mais le natif de Texas City est toujours actif. Il a recentré son style sur la country traditionnelle ce qui est loin de nous déplaire. Avec quatre purs honky tonk en ouverture on se dit qu’on tient là le meilleur album de country classique de l’année. Cependant la seconde moitié est nettement plus paisible et conventionnelle. On reste néanmoins bien au-dessus de la majeure partie de la production actuelle nashvilienne. 

 

George STRAIT

"Cowboys And Dreamers" 

George Strait, une valeur sure. C’est comme avec Alan Jackson, un album moyen de ces deux-là se situeront toujours au-dessus de la majorité de la production de Nashville. Aucune usurpation du terme "country". À l’âge de soixante-douze ans et quarante-deux ans après son premier n°1 obtenu en 1982, Strait aurait pu se retirer sur son "front porch", on ne lui en aurait pas voulu. Après trente-six numéros 1 dans sa carrière. Mais la musique c’est sa vie et il continue de battre des records d’affluences lors de ses concerts: 110.905 personnes en juin dernier dans un stade au Texas. Cette dernière œuvre pour moi n’est ni meilleure ni moins bonne que ce qu’il nous a toujours offert. On est loin de l’époque où il nous servait du western swing sur chaque album. Seulement trois titres rapides sur treize sont au programme dont la seule reprise, le Waymore’s Blues de Waylon Jennings qui prouve qu’il a encore de l’énergie. Et l’un de ces trois titres est l’excellent Honky Tonk Hall Of Fame partagé avec l’une des stars actuelles de Nashville, Chris Stapleton. À noter encore le honky tonk The Book et la ballade bien classique Wish I Could. Certes George Strait a fait mieux. Mais nous ne sommes plus en 1987 où il chantait All My Ex’s Live In Texas


 

 

Hannah JUANITA 

"Tennessee Songbird" 

Certaines critiques qualifient la country de Hannah Juanita de traditionnelle. N’exagérons pas. La musique de cette native du Tennessee mais certainement d'ascendance mexicaine, certes country avec ce qu’il faut de fiddle et de pedal steel guitare dans son accompagnement n’a rien de Loretta Lynn. En revanche son répertoire est bien varié, voire parfois original avec par exemple la chanson en ouverture qui est abordée sur un tempo "cashien". Un piano et un accordéon contribuent à rajouter une dose d’exotisme et d’originalité. Le vocal d’Hannah ressemble un tantinet à celui d’Eliza Thorn évoquée dans cette rubrique. Certains peuvent craindre. Pour ma part j’adopte.


 

 

Jesse DANIEL 

"Countin’ The Miles" 

Voici le quatrième album de ce Californien qui figure parmi les jeunes représentants de la country musique traditionnelle actuelle (il n’a que trente-deux ans). Certains parmi vous l’ont peut-être découvert à Equiblues en 2023. À l’encontre de ce qui est devenu la normalité sur les albums country à l’heure actuelle qui consiste à vous abreuver de ballades souvent insipides, Jesse Daniel nous propose une abondance de country-rock, rock and roll et country au tempo trépidant. Il nous réserve quand même une ballade de style bien classique, When Your Tomorrow’s In The Past, dont il partage le vocal avec une certaine Jodi Lyford (son épouse). Peu de honky tonk au sens traditionnel mais tous les ingrédients de la country sont bien là. On ne risque certainement pas de somnoler dans une soirée animée par Jesse Daniel



mercredi 7 décembre 2022

Avenue Country par Jacques Dufour

 

Case HARDIN

"Lucky Him" 

Voici un album qui n’a rien de révolutionnaire mais qui contient une belle pépite avec l’étonnant country-rock Alcohol Abuse. Si des groupes non anglophones avaient l’idée de reprendre ce titre rapide ils auraient intérêt à s’exercer quelques temps pour ne pas la chanter en yaourt. Le dixième titre est une belle reprise acoustique du Sing Me Back Home de Merle Haggard. Case Hardin est un bon chanteur de country mais qui ne se démarque guère de beaucoup d’autres Texans.

 

ALVARADO ROAD SHOW

"Buckles And Busted Bones"

  L’illustration de pochette qui nous montre un cowboy galopant dans un paysage de western n’a aucun rapport avec le contenu de cet album. Il s’agit bien de country music, mais ordinaire, et qui ne narre en rien l’existence des garçons vachers dans le grand ouest. Le chanteur, com-ment s’appelle t-il d’ailleurs? Alvarado? possède un vocal agréable et puissant. L’accompagnement est des plus country mais un peu trop axé sur les ballades. Néanmoins à écouter et peut-être à adopter. 

 

 

Charles Wesley GODWIN

"How The Mighty Fall" 

Cet album bénéficie de beaux passages de pedal steel guitar et de fiddle mais le contenu est plus folk que country et je n’ai pas réellement décollé à l’écoute de ces ballades. Charles Wesley Godwin se débloque curieusement lors d’un rock and roll inattendu mais l’ambiance générale est plutôt paisible. Ce sont les adeptes des singer/songwriters qui trouveront leur compte.

 

 


James Scott BULLARD

"The Rise And Fall Of…" 

Du bon et du moins bon dans cet album. Mais le bon l’emporte sur les chansons moyennes. James Scott Bullard possède un vocal attachant et il nous offre plusieurs chansons country bien soutenues par la pedal steel guitare. Bon, certaines sont un peu dans le même registre mais néanmoins bien agréables à l’oreille. 

 

 

 

Jacob BRYANT

"Bar Stool Preacher"

 A l’écoute du premier titre, Well Whiskey (Discount Cigarettes), qui est un excellent honky tonk bien rythmé, je commençais à me pourlécher les babines. Si les douze autres morceaux sont un tant soit peu de cet acabit, on va se régaler. Las, ça n’a pas du tout suivi derrière. On a du rock lourd mais pas vraiment de country à part deux ou trois ballades correctes. Pourtant la voix de Jacob Bryant serait pas mal s’il ne la rudoyait pas pour sonner rock même dans les titres lents. Pas grand-chose à sauver, mais on se repasse quand même le titre en ouverture. 

 

 

The BROKEN SPOKES

"Where I Went Wrong" 

Voici une formation qui fait un bon usage de la pedal steel guitare et du fiddle. Forcément elle nous vient du Texas. La reprise de deux grands classiques du honky tonk, Drivin’ Nails In My Coffin (Ernest Tubb) et Honky Tong Song (Webb Pierce), nous renseignent immédiate-ment sur l’authenticité de la musique de ce sextet de Houston. C’est bien la country classique et le honky tonk qui sont remis au goût du jour. Dans leur démarche de préservation de la country des années 50 ils ont toute ma sympathie. 

 

Martha SPENCER

"Wonderland" 

Le premier album de cette chanteuse un tantinet rétro était paru en 2018. On retrouve sur cette nouveauté les mêmes éléments, à savoir une musique acoustique qui présente au premier plan le fiddle et le banjo pour des sonorités parfois bluegrass, parfois hillbilly et parfois folk. Il y avait deux instrumentaux favorisant le banjo sur le premier album et un seul cette fois-ci. Chistian Labonne sera déçu. Pas de rockabilly. Le précédent nous offrait une reprise de Hard Headed Woman (Wanda Jackson / Elvis). En dehors de une ou deux chansons anciennes Mar-tha nous propose deux reprises de styles entièrement différents. Le Summer Wine (Nancy Sinatra / Lee Hazlewood) en duo avec un certain Kyle Dean Smith, et le traditionnel Walking In Jerusalem avec un groupe de bluegrass / gospel. Il est à signaler deux duos avec le regretté Luke Bell qui s’est ôté la vie en septembre dernier, sur une valse lente et un hillbilly. Certainement son ultime présence dans un studio d’enregistrement. Le vocal de Martha Spencer, dans les aigus, peut ne pas plaire à tout le monde mais il convient pour ce style de musique traditionnelle. 

 

Della HARRIS

"Let’s Do this" 

De la country moderne mais qui se retient de verser dans la pop nashvilienne indigeste. Cet album ouvre sur un bon country-rock, enchaîne sur un tempo similaire mais un peu plus moderne. Les titres qui suivent, plutôt new-country, offrent moins d’intérêt. Ils ne reflètent pas une grande originalité. Les trois dernières chansons sont assez plaisantes mais sans sortir d’une certaine routine commune à bien trop d’albums. Certes il est difficile de se démarquer de ses condisciples mais cette chanteuse Australienne ne possède pas le "truc" en plus qui la distinguerait de la masse. 

 

mardi 27 septembre 2022

Avenue Country par Jacques Dufour

 

Miranda LAMBERT

"Palomino" 

Cela va bientôt faire vingt ans (2003) que Miranda Lambert se classait troisième du concours Nashville Star derrière Buddy Jewell et John Arthur Martinez. Et vingt ans après, comme l‘aurait écrit Alexandre Dumas, la triplette enregistre toujours, ce qui est remarquable quand on sait que bon nombre des vainqueurs suivants ont sombré dans l’oubli. Miranda Lambert fait partie de ces (trop) peu nombreux artistes à se positionner légèrement en marge de la country-pop. Certes, toutes ses chansons ne conviendront pas à tout le monde, mais chacun y trouvera, en principe, matière à se sustenter. Et puis son vocal est des plus agréables. Seulement le vocal ne fait pas tout. Et sur cet ouvrage trop de chansons se situent au-delà du territoire de la country. On ne s’attendait quand même pas à du honky-tonk ou a du western swing (encore que) mais un fiddle ou une pedal steel guitare par ci par là auraient été les bienvenus. Un EP d’une demi-douzaine de titres aurait été suffisant à la place de cet album de quinze chansons qui pour la plupart ne sont guère attachantes. 

 

Billy BRONSTED

"Rhythm Racket & Romance" 

Le premier titre est une country rapide avec pedal steel et dobro. Hélas il ne sera suivi d’aucun autre dans le même style. Pour le reste imaginez un vocal entre Dylan et Chris Stapleton dans un registre folk/rock. L’accompagnement est assez riche avec une bonne guitare, acoustique ou électrique, du fiddle et sur le dernier titre plus traditionnel un banjo et une mandoline. Pour public averti donc. 

 

 

  KAROLINE & The FREE FOLKS

"Reckless Dances" 

Voici le premier album de cette jeune auteur-compositeur basée à Lyon. Un pied dans le folk et l’autre dans la country, elle nous offre douze compositions, parfois étranges, immergée dans son monde où l’on croise une sirène sans cœur, une barbe qui swingue, un saule, des lutins, une chouette et d’autres personnages. Ce qui démarque Karoline de la plupart des singer-songwriters au vocal relativement uniforme c’est sa manière de chanter tout à fait personnelle et originale, ce qui la rend immédiatement reconnaissable à la première écoute (si on la déjà vue en concert évidemment). Une autre originalité dans le monde des auteurs-compositeurs est le fait qu’elle laisse ses accompagnateurs briller par eux-mêmes au cours de solos de guitares acoustiques ou électriques ainsi que d’harmonica. Dans ce registre musical l’accompagnement est souvent sobre alors que Karoline introduit banjo, mandoline et fiddle dans sa musique. Allez la voir, elle se produit souvent dans et autour de Lyon. 

 

Laura BENITEZ and The HEARTACHE

"California Centuries" 

Voici une chanteuse qui n’a peut-être pas le velouté d’une Martina McBride ou d’une Lee Ann Womack mais qui a au moins le mérite de produire une musique authentique. Un son qui a déserté Nashville depuis longtemps. Il est plus proche des honky tonks d’Austin et se révèle comme héritier de la musique de Bakersfield popularisée par Buck Owens. Entre hillbilly, honky tonk et country traditionnelle voici Laura Benitez et son allure vintage. La pedal steel guitare brille sur tous les titres et le fiddle en option sur certains. Si vous séjournez dans la baie de San Francisco, surveillez les affiches de concerts… 

 

MIDLAND

"The Last Resort: Greeting From" 

Cette excellente formation qui a enflammé le public de Gstaad en 2018 est encore à la recherche d’une hypothétique consécration à Nashville, tout comme Mo Piney d’ailleurs. Il faut dire que Midland pratique la country et non le pop/rock pseudo new-country. Deux albums viennent de sortir en quelques mois. Leaving The Highway est le plus récent. If I Lived Here est une chanson qui semble inspirée de par sa structure, l’allure montant crescendo, de la mythique formation Alabama dont le trio reprend un titre phare sur scène. C’est du reste ma chanson préférée sur cet album 12 titres avec Longneck Way To Go partagée avec John Pardi et qui est également une dynamique country song. Leurs deux essais en rock ne sont pas convainquant, étant davantage Deep Purple que country rock. Leurs ballades ont tendance à m’endormir mais il y en a peu et les autres chansons sont en mode relax à écouter avec un verre de tequila à la main.

 

The WHITMORE SISTERS

"Ghost Stories" 

Au visu de la photo de pochette j’ai pensé tout d’abord avoir affaire à la ré-édition d’enregistrements de l’époque de la Carter Family. Des bandes magnétiques datant des années 30 et retrouvées dans une grange des Appalaches. En fait les deux femmes figées sur la photo ne sont autres que deux charmantes sœurs bien contemporaines, Eleanor et Bonnie Whitmore. Bien qu’encore très jeunes elles ont des antécédents. Bonnie a déjà quatre albums solo à son actif de même que sa sœur aînée Eleanor qui a réalisé les siens avec son mari Chris sous le nom des Mastersons. Ce premier album sous la forme d’un duo est une réussite. Je qualifierai leur musique de country-folk avec cependant plusieurs chansons résolument country. Mais ce qui frappe avant tout l’auditeur c’est la qualité de leurs harmonies vocales. Elles rendent du reste hommage à un duo de légende en reprenant On The Wings Of A Nightingale que Paul McCartney avait composé pour les Everly Brothers. C’est parfois doux, parfois plus remuant, mais en aucun cas ennuyeux. J’espère que ce premier essai sera transformé. 

 

Wheeler WALKER, Jr.

"Sex, Drugs & Country Music" 

Voici un album à ne pas laisser traîner n’importe où si des oreilles sensibles sont à proximité. La musique est excellente mais les textes sont à ranger dans la catégorie "olé, olé". Des exemples? Fucked A Country Boy, Pussy & Beer, Honky Tonk Whore… J’aurai la décence de ne pas traduire. Un album pareil est osé dans les deux sens du terme car son auteur sait pertinemment que les radios ne le passeront pas. En effet les stations country sont connues pour leur aspect plus que prude qui n’évolue guère du reste. Il y a quelques dizaines d’années était paru un album intitulé Country Porn. L’artiste était inconnu et on a pensé à l’époque qu’il pouvait s’agir d’un pseudonyme cachant une star de l’époque. Toujours est-il que c’est devenu une rareté que les collectionneurs recherchent (je peux vous en faire une copie à la demande…). Bref, quel est le public de Wheeler Walker, Jr.? Je l’ignore mais en concert on doit passer un bon moment car son style musical est bien country avec pedal steel guitare et harmonica. On évolue entre outlaw et country-rock et la ballade God Told Me To Fuck You (!!) m’a fait penser à Au Bonheur Des Dames dans leur version porno de Laura Nous On T’Aime

 

MOTEL SUNDOWN

"If You Were Listening" 

Ces deux jeunes femmes aperçues saur la pochette harmonisent à la perfection. C’est léger, aérien et l’accompagnement musical est assez varié. Le résultat aurait pu être très intéressant si le répertoire avait été à la hauteur de leur potentiel. Mais l’ensemble manque de relief et on s’enlise dance une douce torpeur. On pédale dans la plaine et on aurait aimé un Tourmalet ou deux. Les chansons n’accrochent pas. Le troisième élément, le garçon, intervient sur deux titres. Il aurait mieux fait de continuer à leur tenir le micro. Rappelez-moi si elles se décident à faire du swing un jour. Ce trio nous arrive de Liverpool mais il n’aura pas la longévité d’un certain quatuor.

lundi 19 septembre 2022

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

Douglas WAYNE

"Coyote" 

Comment ne pas chroniquer un album intitulé Coyote! Le souci est que Douglas Wayne, malgré un patronyme accrocheur, n’est autre qu’un chanteur de bar à audience régionale et que les chansons qu’il interprète sur cet album n’ont rien de bien country malgré la présence furtive d’un fiddle et d’une pedal steel sur deux titres. On évolue entre pop et variété et tout cela sans éclat particulier.

 

 

 Grace ASBURY

"Outlier" 

Si dans votre discothèque vous avez un petit coin où ranger vos disques de Shania Twain, Little Big Town ou Miranda Lambert, vous pourrez y glisser cet album de Grace Asbury. Nous sommes dans le monde de la new-country ou country-pop, mais de qualité. Certains parmi vous feront la grimace mais le nashpop est un style à part entière et qui a ses adeptes, surtout chez les plus jeunes. Grace Asbury possède un vocal puissant et n’a rien à envier aux noms cités plus haut. Cet album est de très bonne qualité pour qui apprécie le genre. Après ce n’est qu’une question de goûts. La country music est pratiquement inexistante dans le pop/rock de cette artiste à l’exception des trois chansons glissées en fin d’album, un gospel et deux jolies ballades excellemment interprétés. Du potentiel mais pour l’instant pas suffisant pour justifier l’achat. 

 

Micki FUHRMAN

"Westbound" 

Sympa la photo de la chanteuse au volant, son chien sur les genoux. Espérons qu’un gendarme ne soit pas caché derrière un buisson. Album un peu surprenant qui ouvre sur un très court titre acoustique rapide joué au violon, se poursuit par une chanson western suivi d’un western swing et d’une remarquable reprise de River Of No Return, oui la Rivière Sans Retour avec Marilyn et Robert Mitchum. Le vocal de cette chanteuse est clair et puissant. Parti sur ces très bonnes bases je m’attendais à d’autres découvertes aussi variées pour la suite mais le reste de l’album se limite à une série de six ballades, comme si Micki Fuhrman désirait attendre l’album suivant pour nous dévoiler toutes ses facettes. Parmi ces titres plus calmes vous reconnaitrez une version d’une chanson peu reprise, Calling You, le thème central du très beau film Bagdad Cafe, qui vous rappellera certainement des souvenirs. Je suis impatient de découvrir la suite de la carrière de cette louisianaise.

 

Dustin HERRING

"Acquired Taste" 

Ce chanteur me fait penser à Toby Keith et à Tracey Lawrence tant pour le style de certaines chansons que pour le vocal. Dustin Herring est un excellent chanteur mais le répertoire majoritairement constitué de ballades est loin d’être véritablement country. Certains titres sonnent un peu moderne et j’aurais peine à déterminer quel est son public potentiel. Cet album n’est pas désagréable pour quiconque dispose d’un spectre musical assez large. 

 

 

 

TEDDY and the ROUGH RIDERS

Voici un groupe qui demande certainement à être vu en concert leurs country-rock sont excellents avec une solide guitare, un piano et un fiddle. Les titres lents ou medium par contre sont molassons L’enregistrement, sûrement live en studio, ne leur offre pas le son qui les mettaient davantage en valeur. On retrouve parfois le parfum des groupes West Coast période Byrds dans leur musique, ce qui est quand même une bonne référence. 

 

Dale WATSON

"Juke Box Fury" 

Un nouvel album de Dale Watson est toujours un évènement pour tous ceux qui suivent la carrière de cet artiste qui est certainement le Texan qui s’est produit le plus souvent en France. Et de loin. Cette nouveauté 2022 est un album de reprises, certaines étant fort éloignées de son registre habituel. Dale s’est entouré de musiciens de renom tels Earl Poole Ball, Steve Cropper ou Danny B Harvey qui contribuent grandement à la réussite des interprétations fort réussies de Polk Salad Annie, Always On My Mind (en duo avec Linda Gail Lewis), Treat Her Right (Roy Head), I’ve Always Been Crazy (en duo avec Lorrie Morgan), Have You Ever Seen The Rain, The Gambler, A Horse With No Name, Act Naturally… La voix chaude et profonde de Watson s’adapte à tous les genres qui sont comme vous pouvez le voir fort variés. Il arrive même à imiter le vocal de Jennings et de Kenny Rogers. De Tony Joe White à Creedence en passant par Buck Owens ou America, Dale Watson nous démontre qu’il peut briller sur tous les terrains, et surtout qu’il est un artiste ans oreillères. Peut-être son meilleur album.

 

Aaron WATSON

"Unwanted Man" 

Cet album doit être le cinquième pour le Texan depuis sa venue à Craponne sur Arzon en 2011. La canicule n’est certes pas la meilleure période pour écouter un album dans lequel culminent les ballades et j’avoue avoir piqué du nez à certains moments. Pour ne pas afficher une certaine torpeur il aurait fallu écouter un album de Bob Wills mais surtout pas ce nouveau Aaron Watson sur lequel les ballades s’enchaînent sans qu’aucune ne se démarque de l’autre. Les deux ou trois titres de tendance red dirt sont plus proches du rock que de la country (opinion toute personnelle). Le vocal de Watson est pourtant accrocheur mais le problème réside dans le choix des chansons. De surcroit le honky tonk semble n’être qu’un vieux souvenir pour le Texan. Un album à oublier (à mon humble avis).

 

Dolly PARTON

"Run, Rose, Run" 

Quel qu’un parmi les lecteurs connait-il le nombre exact d’albums enregistrés par Dolly Parton? Il doit être impressionnant vu qu’elle a commencé sa carrière discographique en 1967 et qu’elle a traversé les décades suivantes sans temps mort, ayant obtenu des numéros 1 dans les années 70, 80 et 90. Dolly est toujours restée country, abordant même le bluegrass, malgré un léger faux pas variété/pop à l’époque de ses duos avec Kenny Rogers dans les années 80. Comme compositrice/interprète elle a créé des chansons devenues des classiques telles que Coat Of Many Colors, Jolene ou I Will Always Love You. Après plus de 100 chansons classées au Billboard et cinquante-cinq années de carrière Dolly a toujours la gnaque et à l’âge de soixante-seize ans elle nous présente son tout nouvel album qui pétille de titres rapides et festifs dont le bluegrass traditionnel Firecracker. A rendre bien pâlichonnes certaines de ses consoeurs de vingt ans plus jeunes et dont les dernières réalisations sont trop tristes pour être diffusées lors de funérailles. Le poids des ans ne semble pas atteindre Dolly ni pour son vocal ni pour son dynamisme. La méthode Willie Nelson? A noter deux duos sympathiques l’un avec Joe Nichols et l’autre avec Ben Haggard (Demons) le plus jeune fils de Merle. La musique country en 2022 a beaucoup de chance d’avoir une artiste du calibre de Dolly Parton.

mardi 26 juillet 2022

Avenue Country par Jacques Dufour

 

James DARDEN 

"360° Series" 

James Darden n’aura jamais son nom en tête d’affiche d’un festival. Il ne classera aucune des ses chansons dans les charts. Il n’a pas non plus le vocal d’Alan Jackson ou Josh Turner. James Darden est un besogneux de la country, un gregario, comme il en existe des milliers à travers les Etats-Unis et le Canada. Un chanteur honnête de country music qui propose des chansons simples et intemporelles qu’il interprète dans les bars et honky tonks autour de chez lui. En l’occurrence l’Alabama. C’est grâce à des chanteurs comme James Darden que la country music classique demeure la musique de base de l’Amérique profonde.

 

Jessica WILLIS FISHER 

"Brand New Day" 

Excellente découverte. Cette chanteuse possède une voix des plus séduisantes. Je ne saurais cependant vous définir précisément son style de musique: entre country, folk, alternatif et new-country. Bref, americana. Si j’osais la comparaison je dirais qu’elle est assez proche d’Allison Krauss. Mais peu importe, ce qui prime c’est le vocal de cette artiste qui capte notre attention. Beaucoup de douceur, certes, mais ce qui ne veut pas dire un album de berceuses. Les ballades acoustiques alternent avec des chansons au tempo plus relevé. Je vous conseille de découvrir cette artiste qui nous offre un premier album solo prometteur après avoir fait ses classes auprès de ses frères et sœurs au sein du Willis Clan. Jessica s’accompagne au fiddle. 

 

David STEWART 

"Still Got Some Cowboy In Me" 

Cet album est intéressant pour diverses raisons. Il est l’œuvre d’un vétéran qui a commencé sa carrière musicale dans les années 70, marqué par l’ambiance qui régnait dans la taverne/dancing que possédaient ses parents en Floride. Après un très bref séjour à Nashville, Stewart se fixe avec son épouse dans le Wyoming en 1977 et se rendent acquéreurs d’un hôtel historique dans lequel il se produit toujours. Entre temps David compose des chansons pour Eddy Raven. Les dix titres de Still Got Some Cowboy In Me sont bien variés et offrent la particularité de présenter des instruments typiquement bluegrass avec fiddle, mandoline et pas mal de banjo pour accompagner des chansons plutôt de style country. On entend beaucoup de dobro et parfois la pedal steel guitare, mais pratiquement jamais le son de la guitare acoustique ou électrique. Étrange, isn’t it? Un album bien agréable.

 

Jason ALDEAN 

"Georgia" 

Je voulais juger cet album de Jason Aldean en toute objectivité. En effet je n’avais jamais considéré que la musique de ce chanteur à succès pouvait être cataloguée comme étant de la country music. En tout cas elle ne cadre pas avec celle qui est interprétée par Alan Jackson, George Strait ou Mark Chesnutt. Si vous avez les mêmes valeurs on se comprend. Mais on ne sait jamais… D’autres et non des moindres ont prouvé qu’ils connaissaient leurs classiques. Et bien pour Aldean c’est raté. Il aurait fallu sous-titrer cet album "recette miracle pour insomniaques". Je défie quiconque de ne pas fermer les paupières avant l’écoute de la dixième ballade consécutive. Ballades sans aucun accompagnement country et chantées sans conviction. Cinq titres live ont été rajoutés. Le premier est du heavy metal (!!) et les quatre autres… des ballades. Un album à éviter comme un pavé au milieu de la route. 

 

 Thomas RHETT 

"Where We Started" 

Thomas Rhett est le fils de Rhett Akins, un artiste country originaire de Georgie qui s’est illustré dans la seconde partie des années 90 en classant une douzaine de chansons au Billboard et en décrochant un n°1 en 1996. Rhett, qui n’enregistre plus, a passé le relais à son fils qui a réussi en très peu de temps a dépassé son géniteur sur le plan du succès commercial en caracolant en tête des ventes d’albums, mais dans un style fort éloigné des néo-traditionalistes. Et fort éloigné de la country tout court. Je m’apprêtais à faire un bref survol du nouvel album de ce prince du nashpop en concluant qu’il avait atterri à tort au siège du Cri. Eh bien, en toute objectivité, j’ai été agréablement surpris. En fait, la première chanson n’étant pas désagréable je me suis pris au jeu de l’écoute des quatorze autres titres. Bon, Rhett Akins n’est ni Randy Travis ni Alan Jackson. Son vocal est agréable mais comme beaucoup d’autres je dirais. L’amateur de country classique ne trouveras pas matière à se sustenter mais on sortira du lot une petite demi-douzaine de chansons que l’on qualifiera de country moderne pas désagréable à l’oreille. Et j’ai même ouï le son d’une pedal steel guitare!

 

Louise RIEFFER 

"Demonymic Eculturation" 

Cette chanteuse a de l’énergie à revendre. Elle privilégie les titres rapides et même tendance rock. Nettement plus proche de Gretchen Wilson que d’Alison Krauss. Les seules exceptions étant une chanson acoustique et tendre, une ballade et la valse lente qui referme l’album. Deux morceaux sont résolument rock et éloignés de la country. Les rapides Love A Cowboy et Pocket Aces sont excellents avec fiddle et pedal steel guitare mais le meilleur pour mon goût personnel est une splendide reprise dynamique de Cocaine Blues de Johnny Cash. Pour un premier album c’est bluffant. Louise Rieffer est originaire de la ville de De Soto, au sud de St Louis, et qui a donné son nom à une marque automobile vénérée des collectionneurs. Elle y vit toujours avec son mari et ses enfants après avoir été institutrice durant une douzaine d’années. Elle a enfin trouvé sa voie… 

 

  The HAWTTHORNS 

"Tarot Cards And Shooting Stars" 

Ce groupe au vocal féminin me rappelle une formation fort populaire il y a quelques décades, les Carpenters. L’équivalent américain d’Abba en Europe. On est plus proche d’une variété mélodieuse que de la country ou même de l’americana. Si vous êtes nostalgiques des Mamas and Papas, essayez les HawtThorns. On est dans la même connotation musicale, et la pochette de l’album est fort réussie.

mercredi 19 janvier 2022

Cris du Cœur #170 (première partie)

Le Cri du Coyote, par la force des choses, évolue. Désormais, les chroniques de disques seront diffusées sur ce blog. Pour attendre, voici quelques-uns des Cris du Cœur du numéro 170, paru en novembre 2021.

JESSE DANIEL "Beyond These Walls" 

Le premier album de Jesse Daniel, "Rollin' On", ne date que de l'an dernier. Il avait d'ailleurs été gratifié d'un Cri du Cœur. Voici déjà la suite. J'espère qu'il ne continuera pas à ce rythme-là car on ne pourra pas programmer toutes ses bonnes chansons, et des mauvaises, il n'y en a pas. Des moyennes qui font remplissage sur maints albums, je n'en trouve pas non plus. Ce nouvel ouvrage est bâti sur le concept du précédent, à savoir pas mal de honky-tonk ou de country rapides, un country-rock et une seule ballade acoustique. La nouveauté quand même est l'introduction des deux titres tex-mex, l'un chanté en espagnol, El Trabajador, au rythme guilleret, et le second, bilingue, est une valse. Les deux bénéficient bien naturellement de la présence d'un excellent accordéon. Cet artiste californien poursuit son œuvre avec brio. (Jacques Dufour)

TIM O'BRIEN "He Walked On" 

Après un album bluegrass en groupe (Le Cri 161), Tim O'Brien revient à sa formule habituelle : un album mélangeant compositions et reprises, arrangées dans une large variété de styles. Il y a assez souvent un concept ou un thème qui réunit les chansons d'un album de Tim O'Brien. "He Walked On" est un album post-Covid. Nervous traite du mal-être et des nouvelles technologies dans nos sociétés modernes sur un air de swing égayé par le fiddle virevoltant de Shad Cobb. Pushing The Buttons est une jolie valse avec fiddle et steel sur l'informatique qui rend nos vies étriquées. The Same Boat Brother, léger et jazzy, superbement chanté, constate que nous sommes tous embarqués dans le même bateau. La responsabilité individuelle est le thème de That's How Every Empire Falls. When You Pray est un reggae avec orgue et chœurs féminins, cousin de la période Slow Train Coming de Dylan. On retrouve ces très beaux chœurs dans plusieurs chansons dont He Walked On où Tim joue de la guitare (acoustique et électrique), du bouzouki, du fiddle et de la mandole. La ballade Can You See Me Sister est un beau texte sur le destin lié à la couleur de la peau que font vibrer la guitare de Tim et le piano de Mike Rojas. Ce dernier est en soutien de la mandole et du mandocello de Tim dans El Comedor, chanson prenante sur l'immigration mexicaine. Pas de bluegrass dans He Walked On mais du old time (I Breathe In avec Tim au banjo) et du square dance (Sod Buster). Parmi les musiciens, il faut aussi citer Mike Bub (contrebasse), Justin Moses (dobro) et le batteur Pete Abott, présent sur presque tous les titres. Un disque plein de bonnes chansons et d'humanité, porté par la voix réconfortante et amicale de Tim. (Dominique Fosse)

RORY GALLAGHER (50th Anniversary Edition) 

En août 1970, le groupe Taste cartonne au Festival de l'île de Wight - j'y étais - mais, à l'issue du show, Rory, le batteur John Wilson (ex-Them & Van Morrison) et le bassiste Richie McCracken annoncent la séparation du trio. De retour à Cork County, Rory jamme avec la section rythmique du groupe Deep Joy, les auditionne à nouveau à Londres et monte son nouveau trio avec Gerry McAvoy à la basse et le batteur Wilgar Campbell. Il écrit sur sa guitare acoustique des morceaux qui relatent plus ou moins la fin de Taste, Wave Myself Goodbye, I'm Not Surprised, I Fall Apart, Just The Smile, des pièces folk différentes de son blues-rock habituel. Il y a aussi l'explosif metal-rock Laundromat et le fabuleux Sinner Boy qu'il avait commencé à jouer au slide avec Taste à Wight. Accessoirement, Rory travaille son jeu de saxophone - comme Van Morrison - et prend un solo sur la suite d'accords sophistiqués de Can't Believe It's True. Cette réédition inclut aussi de superbes chutes de studio enregistrées à Advision Studio dans le quartier londonien d'Euston. Un origibnal, At The Bottom, une version de Gypsy Woman de Muddy Waters et le fantastique It Takes Time d'Otis Rush. En bonus, des prises live pour la BBC et un DVD de 40 minutes filmé à la Taverne de l'Olympia pour l'émission Pop 2. Document précieux car peu après Rory Gallagher fait sa rentrée londonienne au Marquee de Wardour Street, avant de partir en tournée. En vinyle, en CD ou en édition de luxe, c'est un premier album solo incontournable. (Romain Decoret)

MATT PATERSHUK "An Honest Effort" 

On retrouve (presque) la même équipe que chez Gordie Tentrees pour "An Honest Effort" (Black Hen Music), cinquième album de Matt PATERSHUK. Steve Dawson, Gary Craig, Jeremy Holmes, Fats Kaplin et Keri Latimer sont là. Que l'on n'y s'y trompe pas, lorsque Matt parle d'honnête effort, il évoque les héros anonymes qui peuplent ses chansons, les gens qui osent, qui essaient, car l'album en lui-même est tout simplement brillant et les chansons de véritables diamants finement ciselés. Les thèmes abordés sont variés: Turn The Radio Up parle du vivre ensemble lorsqu'on parvient au milieu de sa vie, Johanna évoque une femme perdue (dont le narrateur espère qu'elle se perdra de la meilleure des façons) alors que Jupiter And The Flying Horse se déroule dans le milieu du cirque. Matt avait écrit Memory And The First Law Of Thermodynamics pour son troisième album, il récidive ici avec The 2nd Law Of Thermodynamics, ce qui est en soi une performance. Le tempo des mélodies est souvent dans le registre médium et devient irrésistible quand il prend la couleur d'une valse country comme dans 1.3 Miles, mon titre préféré de l'album avec Clever Hans, une délicate ballade acoustique. Le talent est plus apparent que l'effort dans ce bel album, avec la pointe d'humour apportée par Shane MacGowan où il est question des nouvelles dents du chanteur des Pogues. Mon disque de l'automne. (Sam Pierre)

JACKSON BROWNE "Downhill From Everywhere" 

Ce musicien est un de mes héros. Avoir co-écrit Take It Easy au début de sa carrière est un indice, avoir joué dans les plus grands stades à la fin des 70's en faisant redécouvrir la lap steel de l'incroyable Dave Lindley en est un autre. Enfin, continuer à sortir des albums sans aucune faute de goût reste sans doute la marque d'un talent jamais corrompu. Fin de l'hommage du fan. Alors, un nouveau CD? Oui, dix titres écrits récemment qui reprennent ses thèmes de prédilection incluant humanisme, compassion et ce sens aigu de l'observation du monde, que l'angle soit politique, écologique ou social. Ses actions au niveau de nombreuses associations en sont la preuve si besoin était. OK, toujours des choses à dire mais la musique? J'espère ne choquer en écrivant que ces titres auraient pu figurer The Pretender ou Time The Conqueror. On retrouve les orchestrations de son band et sa patte très personnelle pour tourner une mélodie. Deux chansons à écouter pour vous faire votre idée: A Little Soon To Say a cette sensibilité et cette nostalgie qui n'appartiennent qu'à lui et Downhill From Everywhere avec la rage d'un ado de 73 ans (dont la voix n'a pas vieilli d'un comma (ou d'un iota pour ceux qui ne sa-vent pas ce qu'est un comma (c'est un petit intervalle plus petit qu'un demi-ton))). Sacré Jackson, toujours ce feeling qui lui est propre, définitivement un grand bonhomme. (Christian Labonne)

EMMYLOU HARRIS & THE NASH RAMBLERS "Ramble in Music City: The Lost Concert" 

On a retrouvé le concert disparu ! Tous les fans d'Emmylou connaissent (et chérissent) le fameux At The Ryman enregistré en public à Nashville au printemps 1991, qui dérocha un Grammy en 1992. L'année 1990 avait constitué un tournant dans la carrière de la chanteuse, lorsqu'elle s'était séparée de son "Hot Band” électrique et a commencé une tournée acoustique, entourée de Randall Stewart (guitare, chant), Al Perkins (dobro, banjo, chant), Roy Huskey Jr. (contrebasse), Larry Atamanuik (batterie) et bien sûr Sam Bush (mandoline, violon et chant). Un premier passage à Nashville avait eu lieu le 28 septembre 1990 au Tennessee Performing Arts Centers, et l'enregistrement de ce concert, jamais publié, vient de ressurgir après trente ans d'oubli. Et voici, avec la même excellente qualité sonore, 23 morceaux dont aucun ne doublonne avec le “Ryman”, ce qui justifie largement l'acquisition, bien que l'album ne contienne aucun inédit. Le niveau vocal et instrumental est évidemment au-delà de toute critique. La setlist contient des joyaux du répertoire d'Emmylou qu'elle interprète merveilleusement, comme Roses In The Snow, Born To Run, Wayfaring Stranger, Two More Bottles of Wine, Boulder To Brimingham, des reprises de The Boxer (Simon & Garfunkel) et Save The Last Dance For Me (Drifters), linstrumental bluegrass Remington Ride… Mention spéciale à The Price I Pay: Emmylou venait d'enregistrer cette chanson de Chris Hillman pour son album Duets avec le Desert Rose Band, en version électrique. Sur la version acoustique du Lost (mais pas least!) Album, c'est Sam Bush qui est en vedette avec une intro de mandoline époustouflante, puis chante en lead. Les amateurs de bluegrass seront comblés ! (Alain Kempf)

BILLY STRINGS "Renewal" 

Depuis la découverte du jeune William Apostle sur YouTube assis sur son lit et rendant un bel hommage à Doc Watson avec un Brown's Ferry Blues d'anthologie, sa carrière a démarré sur les chapeaux de roues sous le pseudo de Billy Strings. Les précédents albums chroniqués ici-même, ont toujours reçu un bel accueil mais là, il est clair qu'une étape a été franchie; Renewal s'étend sur plus d'une heure et nous transporte dans son univers qui oscille entre bluegrass traditionnel et plus expérimental. Un voyage initiatique que l'on pourrait situer entre Bill Monroe, New Grass Revival, The Allman Brothers et Grateful Dead. Tout au long des 16 morceaux, le respect à la tradition est bel et bien là, tant au niveau des instruments que des voix avec une belle mise en avant de chaque membre du groupe et aucune prépondérance de la guitare. Idem pour les voix dont les harmonies sonnent finalement très traditionnelles. Après il est clair que certaines envolées, qui nous rappellent les plus belles heures des concerts du Grateful Dead, pourraient surprendre plus d'un auditeur prend et nous transporte réelle-ment dans son univers psychédélique sans être ennuyeux une seule seconde. Une réussite incontestable pour une carrière qui devrait continuer de nous enthousiasmer et qui lui a déjà valu de nombreuses récompenses aux IBMA Awards entre autres. Un Cri du Coeur largement mérité en sera une de plus. (Philippe Ochin)