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mercredi 18 mars 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

TOM PAXTON & John McCUTCHEON

"Together Again" 

Tom Paxton serait-il éternel? Soixante-quatre ans après son premier album, The Man Who Built The Bridges, il est toujours actif. Si son dernier disque studio en solo, Boat In The Water, remonte à 2017, il a depuis multiplié les collaborations avec notamment The DonJuans (Don Henry et Jon Vezner), Cathy Fink & Marcy Marxer. Il a aussi beaucoup coécrit, avec C. Daniel Boling (deux albums en ont résulté) mais aussi Tim O'Brien et Jan Fabricius. Et puis en 2023, il s'est associé à son vieux (quinze de moins que lui quand même) compagnon de lutte John McCutcheon pour un album intitulé tout naturellement Together. C'est donc tout aussi naturellement qu'ils récidivent aujourd'hui avec Together Again. Quatorze titres co-composés et une belle bande d'amis pour les accompagner: John Carroll (piano, orgue, accordéon), JT Brown (basse), Steve Fidyk (batterie), Stuart Duncan (fiddle) et Steve Hinson (pedal steel). C'est au son d'un fiddle mélancolique que s'ouvre le bal avec un ballade intitulée The Future, mêlant nostalgie du passé et confiance en l'avenir, représenté par de jeunes musiciens qui tout en s'appuyant sur la tradition folk ou bluegrass, innovent en permanence. Old Dog est un hommage à un fidèle compagnon à quatre pattes, porté par piano, fiddle, guitare et harmonies: "Bien qu’il n’ait pas de papiers / Qu’il n’ait jamais connu sa lignée / Je savais qu’il avait un cœur de race pure / Et il me l’a entièrement donné". Artie’s Last Stand est à la fois un hommage aux journaux, aux kiosques à journaux et à Artie, leur propriétaire, et il évoque une époque où "le monde entier tenait dans vos mains / le matin et en fin d’après midi". Il y a aussi Pathfinder, où McCutcheon troque la guitare pour le banjo, hommage à Pete Seeger: "Il ne recherchait pas la gloire / Il n’avait pas peur d’échouer / Là où il ne trouvait pas de sentier, il en laissait un". Paxton livre une performance a cappella sur la gigue celtique Sargeant O’Reilly, tandis que la valse jazz-country Cheatin’ When I’m Eatin’, avec Steve Hinson à la pedal steel, raille avec un humour bon enfant notre obsession pour la nourriture saine: "J’ai été élevé au bacon / Tout était frit / Tout le monde mangeait ce que je mangeais / Et tout le monde mourait". Il y a aussi la chanson country au rythme enlevé Every Monday At Two, que l'on imagine écrite au zinc d'un bar et qui célèbre l’amitié entre les auteurs, exprimant le plaisir de leurs séances d’écriture hebdomadaires. L’album se clôt avec le pétillant Lay Down This Old Guitar, un adieu mélancolique à une carrière sur la route, mais aussi une célébration des souvenirs que cette vieille guitare a permis de créer. Je ne vous cacherai pas le plaisir que me procurent les quatorze chansons de Together Again. Cette nouvelle collaboration entre Tom Paxton et John McCutcheon met en valeur le talent et l’humour malicieux de ces deux auteurs compositeurs interprètes emblématiques.


 

 

Michael Weston KING

"Nothing Can Hurt Me Anymore" 

Michael Weston King, songwriter britannique n'a pas forcément un nom qui évoque immédiatement quelque chose. Pourtant, si l'on mentionne The Good Sons (groupe composé de Michael Weston King, Phil Abram, Sean McFeteridge et Ben Jackson) ou My Darling Clementine (duo de Michael Weston King avec son épouse américaine Lou Dalgleish, en concert le mercredi 18 mars au Café du Village à Paris et le dimanche 22 au Club 27 à Marseille), on entre dans un territoire mieux connu. Michael a pourtant déjà derrière lui une belle carrière solo entamée (sur disque) avec God Shape Hole en 1999. Il s'est aussi produit au moins deux fois en solo à Paris: en 2002 à l'Hôtel du Nord (trois titres de ce passage figurent sur son album live Absent Friends) et en 2006 à la Pomme d'Ève. Il n'avait pas prévu d'enregistrer un nouveau disque solo mais, à l'été 2024, alors que Lou et lui travaillaient sur un nouvel album de My Darling Clementine, une tragédie les frappa: leur petite-fille, Bebe, avait été tuée lors de l'attaque au couteau de son école de danse à Southport. C'est ainsi que Lou et Michael ont choisi d'enregistrer en solo plutôt qu'en duo, permettant à chacun des deux de trouver un exutoire à la peine qu'il/elle ressentait personnellement. Nothing Can Hurt Me Anymore, le titre du disque dit tout et Michael précise: "Pour être honnête, il m'était presque impossible d'écrire à propos d'autre chose. J'espère que j'ai maintenant épuisé ma créativité sur le sujet mais je pense que cela affectera mon écriture pour toujours, tout comme, en effet, la perte de Bebe le fera". Nothing Can Hurt Me Anymore est produit par Michael avec Colin Elliot et Clovis Phillips, comporte onze titres qui, pour la plupart, parlent d'eux-mêmes. Just A Girl In The Summertime (avec les harmonies de A Girl Called Eddy), A Mother's Pride et Nothing Can Hurt Me Anymore sont sans doute les plus émouvants et je pourrais y ajouter Grow Old With With Me. La chanson d'ouverture, The Golden Hour, traduit la vision de Michael sur les événements tragiques de l'été 2024 et fait référence à la façon dont le meurtre des trois jeunes filles à Southport et le deuil de leurs familles ont été détournés et exploités par l'extrême droite: "Nous avons ramené notre chagrin à la maison / Certains l'ont emmené dans la rue...". Le poignant La Bamba In The Rain, qui se déroule dans la ville balnéaire anglaise de Southport, où Michael a grandi, aborde la tendance actuelle à brandir le drapeau à travers le Royaume-Uni, et l’appel lancé par la droite pour que l’origine ethnique et le statut d’immigration des auteurs d’attentats soient rendus publics: "Y a-t-il encore de l'espoir pour nous cette fois / Quand chaque petite chose est traitée comme un péché ou un crime / Quand l’Union Jack est déployée / Et placée autour de la taille de chaque adolescent et adolescente". Tous les titres ne sont pas directement inspirés par la tragédie de Southport, mais chacun démontre le talent d'écriture de Michael, que l'émotion à sublimé, dans un registre inclassable, ni folk, ni country, ni americana, mais simplement humain. L'album se termine par Sally Sparkles, nom d'une professeure de danse américaine. C'est une chanson dépouillée et délicate, aux allures de berceuse, qui s'inspire du "nom de scène" que Bebe utilisait lorsqu'elle se produisait sur la balançoire dans son jardin.


 

 

Lynn MILES

"A Bouquet Of Black Flowers" 

Lynn Miles est une des plus belles plumes du songwriting canadien (et même au-delà) et chez elle, comme chez Jean de la Fontaine, le ramage n'a rien à envier au plumage. Sa riche discographie force le respect et, de Chalk This One Up To The Moon (1991) à TumbleWeedyWorld (2023), elle n'a pas commis la moindre faute de goût. En 2008, elle a entrepris de réenregistrer l'ensemble de son œuvre dans son plus simple appareil, juste sa voix accompagnée d'une guitare acoustique ou d'un piano. Quatre volumes de ces Black Flowers sont parus entre 2008 et 2014 pour un total de quarante compositions. D'autres devraient suivre bientôt mais, en attendant, Lynn propose A Bouquet Of Black Fowers, soit une compilation de quinze chansons extraites des quatre volumes déjà parus. Rien de nouveau donc mais une bonne occasion de rappeler à ceux qui auraient manqué les chapitres précédents l'existence de cette grande dame aussi discrète que talentueuse. L'album commence d'ailleurs par I'm Still Here et ce n'est sans doute pas un hasard. Quinze titres, quinze pépites, quinze prétextes pour se replonger dans la discographie de Lynn et (re)découvrir des trésors parfois oubliés comme Sweet & Tender Heart, Surrender Dorothy, I Always Told You The Truth, Fearless Heart, Rust et tous les autres.


 

 

The RIGHT REVEREND CROW

"Demokracy Blues" 

The Right Reverend Crow est né lors de sessions d'enregistrement de Nathan Bell en 2019 pour l'album Red, White And American Blues (It Couldn't Happen Here). Si ce dernier n'est paru qu'en 2021 en raison de la pandémie, un mini-album fut publié, The Right Reverend Crow Sings New American Folk And Blues, fort de huit titres, avec une face A blues et une face B folk. Aux côtés de Nathan Bell et de ses guitares on trouvait Frank Swart à la basse et Alvino Bennett à la batterie, tous deux ayant un curriculum vitae fourni et prestigieux. Quant à Nathan, il est le fils du poète Marvin Bell, disparu en 2020 et dont il a hérité le talent, utilisant les mots qu'il met en musique pour combattre les injustices et propager la vérité. Cinq ans plus tard, le trio s'est retrouvé dans un studio californien pour une session marathon de vingt-huit titres. Chemin faisant, Frank Swart et Brian Brinkerhoff, co-producteurs, ont suggéré que Nathan utilise une guitare électrique pour quelques morceaux plus bluesy, générant ainsi les treize titres de You Say Nothing (Demokracy Blues) à A Woman (par ordre d'enregistrement). La formule est simple, brute et efficace: juste la voix et la guitare électrique de Nathan, la basse de Frank et la batterie d'Alvino, désormais collectivement devenus The Right Reverend Crow. Tout juste Sean "Mack" McDonald a-t-il ajouté une guitare sur What Time It Is, How, How, How et The Devil Lives In Bargain Town (un boogie lancinant) et un solo sur Downhearted And Blue (où l'on pense à Robin Trower). On peut aussi entendre la voix de Tamara Mack sur Roll (Right Over You). L'ensemble est un mélange percutant et musclé de blues et soul qui véhicule des messages anti fascistes et pro justice, tel que les conçoit Nathan Bell qui ne connaît en la matière pas le sens du mot compromis. L'une des illustrations de cela est Governor Lee, chanson évoquant Bill Lee, gouverneur républicain du Tennessee. Le plus rock Hard Worker évoque la difficile condition du travailleur, comme le fait It's A Wonder (What People Can Do) consacré à ceux qui viennent du Mexique, de Colombie ou du Guatemala. Dans Roll (Right Over You), il est question de certains territoires des USA où les droits de l'homme sont aujourd'hui ouvertement en recul, du Ku Klux Klan, de Guantanamo, d'un nouveau troisième Reich et de tous ces hauts lieux de l'Amérique trumpiste. Il y a aussi l'instrumental Hot Tub Shark, Talking Pandemic Blues et, pour terminer, l'inquiétant You Say Nothing (Demokracy Blues) où ceux qui n'ont pas le bon profil de suprémaciste blanc n'ont d'autre choix que de se taire et de se faire discrets. Nathan Bell est peut-être le Woody Guthrie du moment et Demokracy Blues, brûlot de blues et de soul, de boogie et de rock, a tout pour tuer les fascistes. Il est illustré des photos de Jimi Hendrix et des athlètes Tommie Smith et John Carlos, poing levé sur le podium du 200 mètres des Jeux Olympiques de Mexico. Il est sous-titré There Is Always Hope, et c'est sans doute le message qu'il convient de retenir ("There is hope, there is still hope, there is always hope", extrait de More About the Dead Man and Government #14, the Book of the Dead Man, de Marvin Bell, 1994). Pour information, les trois commandements du Révérend sont: 1- Aime tout le monde; 2- Ne détourne jamais les yeux de l'injustice; 3- Ne te plains pas, agis! Je pense que personne ne sera surpris si j'affirme que Nathan Bell, armé de son Demokracy Blues, ne serait pas le bienvenu à la cour du roi orange. 




 

 

Eddy Ray COOPER and The TRAVELERS

"Vespa Ride" 

Le dernier enregistrement studio d'Eddy Ray Cooper était Thirty & Eight paru en 2018 (cf. Le Cri du Coyote n°157). Depuis, il a publié un album Live à l'Espass Rognac (en 2024). Avec Vespa Ride, notre niçois d'adoption reste lui-même tout en évoluant par rapport à son opus précédent. Il reste fidèle à la formule simple mais efficace du trio, avec cette fois-ci Gil Zebib (basse) et Roberto Ferrero (batterie et chœur). S'il avait écrit toutes les chansons de Thirty & Eight, il a séquencé Vespa Ride d'une manière très claire. Les cinq premiers titres, dont l'énoncé fleure bon la fin des années 1950, sont de sa plume: Vespa Ride, Crazy Pop, Blue Cheese and Red Wine, Low Down et Boppin With You Baby. Suivent cinq reprises qui synthétisent parfaitement ses goûts musicaux: Something Else (Eddie Cochran), Brand New Cadillac (Vince Taylor), Lonely Blue Boy (Conway Twitty), Rock Therapy (Johnny Burnette) et Splish Splash (Bobby Darin). Le disque se termine par le traditionnel Cocaine Blues. Si vous croisez Vespa Ride avec l'album live, où l'on croise Johnny Cash, Chuck Berry, Carl Perkins, Hank Williams et Lloyd Price, vous aurez un parfait résumé des influences d'un des meilleurs et plus authentiques rockers de l'hexagone. Vespa Ride est un disque à écouter, à réécouter et à savourer, un vrai moment de bonheur musical qui nous rappelle ce qu'était le rock 'n' roll à l'origine.


 

 

Lucinda WILLIAMS

"World's Gone Wrong" 

Lucinda Williams, la lionne du Texas, n'a pas fini de rugir. Si je compte bien, elle a publié plus de vingt albums (en comptant la série des Lu's Jukebox) depuis Ramblin' en 1979 et, si elle a connu quelques sérieux soucis de santé, elle n'a pas pour autant baissé la garde. World's Gone Wrong est un concentré de rock et de blues. La chanson titre à elle seule justifie l'acquisition de l'album avec ce refrain: "Allez bébé / Nous devons être forts / Les jours sombres s'éternisent / Je cherche du réconfort dans une chanson / Tout le monde sait que le monde va mal". Il y a tout au long du disque des messages plus ou moins explicites qui s'adressent au locataire de la Maison Blanche. How Much Did You Give For Your Soul?, So Much Trouble In The World, Black Tears, Freedom Speaks en sont quelques exemples mais chaque chanson est porteuse d'un message. Sur le plan musical, Ray Kennedy et Tom Overby ont co-produit l'album. Doug Pettibone et Tom Overby ont coécrit la plupart des titres avec Lucinda. Les exceptions sont We've Come Too Far To Turn Around (écrit par Lucinda seule), Low Life (coécrit avec les membres de Big Thief) et, bien sûr, So Much Trouble In The World de Bob Marley. Les guitares de Doug Pettibone et (surtout) Marc Ford brillent particulièrement, soutenues par la basse de David Sutton et la batterie de Brady Blade. Rob Burger est aux claviers, essentiellement à l'orgue Hammond B3. Marc Ford troque sa guitare électrique pour une acoustique sur Low Life et une slide sur We've Come Too Far To Turn Around, les deux titres les plus calmes du disque. Ailleurs, on n'est pas loin du Neil Young en colère d'albums comme Living With War et le duo de guitaristes rappelle souvent celui de Crazy Horse. Parmi les invités, il y a Brittney Spencer qui chante sur les deux premiers titres, Maureen Murphy qui en fait autant sur le gospelisant How Much Did You Give For Your Soul? et sur trois autres titres. Plus notables sont les présences de Mavis Staples au chant sur la composition de Bob Marley, et celle de Norah Jones (chant et piano) sur We've Come Too Far To Turn Around, dernier titre du disque où Reese Wynans tient l'Hammond B3 et où Stuart Mathis ajoute une guitare électrique. Il est certain que Lucinda ne va pas se faire que des amis mais en ces temps où l'eau tiède et l'auto-censure sont de rigueur, World's Gone Wrong est porteur d'une colère salutaire. 


 

lundi 12 mai 2025

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

Alison KRAUSS & UNION STATION

"Arcadia" 

Cri du 💚 


La voix de l’ange est de retour. Notre ange à nous, les bluegrasseux. Alison Krauss revient au bluegrass, quatorze ans après Paper Airplane, son dernier album avec Union Station (Le Cri du Coyote 123). Dans l’intermède, elle ne nous guère offert que le très dispensable disque country Windy City en 2017 et le deuxième album avec Robert Plant en 2021. Looks Like the End of the Road, le premier titre d’Arcadia, est une valse qui débute par une rythmique de guitare toute simple. Pourtant, dès les premières notes, on sait que la magie va fonctionner. Il y a un son Union Station qui magnifie la voix d’Alison (à moins que ce soit l’inverse)… Toutes les rythmiques, tous les arrangements sont délicats et somptueux. Je ne vous épargnerai pas la comptabilité dressée par tous les amateurs de bluegrass depuis la sortie de So Long So Wrong en 1997. Oui, cette fois encore, il n’y a qu’un seul titre chanté par Alison avec Ron Block au banjo. Dans la mesure où les chansons sont plutôt graves, les thèmes douloureux, le dobro de Jerry Douglas et la guitare de Ron Block dominent logiquement les arrangements. Adam Steffey (un ancien Union Station) est en renfort à la mandoline sur deux titres. Alison est plutôt discrète au violon. Elle a habilement sélectionné le répertoire, de très jolies mélodies idéales pour sa voix, pour la plupart œuvres de compositeurs avec lesquels elle a déjà travaillé (Robert Lee Castleman, Jeremy Lister, son frère Viktor, Dan Tyminski). One Ray of Shine a une très jolie mélodie. Le chant est tour à tour délicat et puissant dans The Wrong Way, magnifiquement souligné par le dobro. La voix est d’une pureté incomparable dans There’s A Light Up Ahead. Et Alison chante évidemment tout aussi bien quand la chanson est menée par le banjo (Richmond on the James). Il y a un changement notable dans Union Station (le premier depuis plus d’un quart de siècle). Russell Moore remplace Dan Tyminski, occupé par sa propre carrière solo, comme second chanteur. Tout le monde connait Russell Moore, une des grandes voix du bluegrass, élu 7 fois de suite chanteur de l’année par IBMA, à la tête du groupe IIIrd Tyme Out depuis plus de 30 ans (qu’il n’a apparemment pas l’intention de quitter), après avoir fait ses classes auprès de Doyle Lawson. Il a été le premier choix d’Alison Krauss quand il a fallu remplacer Tyminski. Il a le même genre de voix, un peu moins de puissance et d’agressivité peut-être. Alison lui a fait de la place puisqu’il interprète quatre des dix chansons. Ma préférence va aux deux titres avec banjo. Snow est une composition bien rythmée de Bob Lucas (dont AKUS a déjà enregistré plusieurs titres et chez qui New Grass Revival avait fait son marché dans les années 70). North Side Gal est un blues entrainant repris du chanteur rockabilly revivaliste JD McPherson avec un solo de banjo boogie. Granite Mills est une bonne chanson plus sombre qui rejoint davantage l’esprit des titres interprétés par Alison. On glisse encore plus dans la noirceur avec The Hangman et, pour tout dire, j’aurais préféré à la place une troisième chanson avec banjo. Malgré le remplacement (peut-être temporaire) de Tyminski par Moore, Arcadia est tout à fait dans la lignée des précédents albums d’Alison Krauss & Union Station. Pas de surprise, mais après avoir attendu quatorze années, c’est exactement ce qu’il nous fallait.


 

 

Sierra HULL

"A Tip Toe High Wire" *

Cri du 💚 

25 Trips, le précédent album de la mandoliniste et chanteuse Sierra Hull qui date de 2020 (Le Cri du Coyote 165) ayant été Cri du Cœur, A Tip Toe High Wire l’est aussi puisqu’en gros, c’est le même en mieux. En plus cohérent au moins avec des arrangements servis par une équipe réduite (Shaun Richardson - guitare, Avery Merritt - fiddle, Erik Coveney - basse, Mark Raudabaugh - batterie), de jeunes et talentueux musiciens encore peu connus bien que certains aient déjà accompagné des artistes comme Béla Fleck, Missy Raines, Dailey & Vincent, Tony Trischka ou Front Country. Pas de pedal steel, de claviers ni de violoncelle comme dans 25 Trips, et peu de guitare électrique (jouée par Sierra elle-même). Sierra a juste ajouté du banjo (Béla Fleck) sur un instrumental et son mari, Justin Moses (dobro) sur trois chansons. Il y a moins de digressions instrumentales également, ce qui n’empêche pas de brillantes interventions des différents musiciens. Les rythmiques sont très originales mais toujours efficaces. Le son de la mandoline de Sierra est magnifique, son jeu virtuose. Les sommets de l’album sont Muddy Water, à la fois rythmé et délicat et Spitfire, superbement chanté, un des deux titres que Sierra accompagne (très bien) à la guitare. Let’s Go a des influences Nickel Creek / newgrass alors que la ballade Redbird et Truth To Be Told nous rapprochent davantage de l’univers d’Alison Krauss (sans doute en partie à cause de la présence du dobro). Come Out of My Blues avec sa délicate rythmique en arpèges de mandoline et Boom ont de fortes influences blues. Parmi les deux instrumentaux, malgré la présence de Béla Fleck en duo avec la guitare électrique de Sierra dans E Tune, ma préférence va à Lord That’s A Long Way, original, virtuose et musical à la fois. Tous les morceaux ont été écrits ou coécrits par Sierra. Pas un titre faible dans ce très bel album, au point de rendre presque anecdotique la présence de chanteurs comme Tim O’Brien, Ronnie Bowman, Aoife O’Donovan et Lindsey Lou en harmonie vocale. 


 

 

Becky BULLER

"Jubilee" 

Jubilee a été inspiré à Becky Buller par la dépression qu’elle a vécu pendant le confinement. L’album contient dix titres mais dure moins de 25 minutes car cinq morceaux font moins de deux minutes, Prelude et Interlude plafonnant à une trentaine de secondes. C’est un album parfois grave mais jamais triste ni pessimiste. Mon titre préféré, Kismet, est même un instrumental entrainant, voire joyeux. Spiral, autre instrumental, est plus romantique. Aucune des quatre chansons n’est réellement marquante mais aucune n’est banale. Jubilee a été coécrit par Becky avec Aoife O’Donovan (elle a composé seule les autres morceaux) qui chante avec elle les refrains. Dans Woman, Becky s’accompagne avec un banjo old-time baryton qui amène de la gravité. Alone est construit sur une rythmique de mandoline newgrass (Wes Lee) et laisse de grands espaces aux solistes du groupe de Becky (Ned Lubercki - banjo; Becky - fiddle; Jacob Groopman guitare). Whale est un blues bien rythmé qui permet un des nombreux duos banjo-fiddle de l’album. Jubilee est un album atypique dans la discographie de Becky Buller et sans doute à conseiller en priorité à ses fans.


 

 

Various Artists

"Bluegrass Sings Paxton" 

À l’initiative de Cathy Fink (qui a souvent composé avec Tom Paxton) et du songwriter Jon Weisberger, Bluegrass Sings Paxton propose douze chansons de Tom Paxton en version bluegrass par douze interprètes différents. La partie protest song du répertoire de Paxton n’est malheureusement pas reprise ici (ses chansons contre la guerre du Vietnam, le formidable Johnny Got A Gun sur la prolifération des armes) mais ce n’est sans doute pas celle qui s’adapte le plus facilement au bluegrass. Huit chanteurs sont accompagnés par une formation 5 étoiles réunie pour la circonstance: Kristin Scott Benson (banjo), Deanie Richardson (fiddle), Darren Nicholson (mandoline), Chris Jones (guitare) et Nelson Williams (contrebasse). Ils déploient tout leur talent pour donner des arrangements vraiment bluegrass à des chansons qui ne le sont pas. Les interprétations les plus remarquables à mon goût sont celles de Claire Lynch (I Give You The Morning) et Laurie Lewis (Central Square) grâce à la douceur de leurs voix qui convient bien à des titres qui sont, à l’origine, des ballades folk. On notera également l’interprétation remarquable du blues The Things I Notice Now par Alice Gerrard qui ne devait pas avoir loin de 90 ans au moment de l’enregistrement (c’est son âge aujourd’hui). The Last Hobo par Chris Jones n’est pas mal non plus. Leaving London (Greg Blake), The Same River Twice (Aaron Burdett, nouveau chanteur de Steep Canyon Rangers), Looking for the Moon (Sav Sankaran, bassiste de Unspoken Tradition) et Ramblin’ Boy (Danny Paisley) sont plus ordinaires. Trois titres sont interprétés par des groupes constitués. Sister Sadie reprend sans grand brio The Last Thing On My Mind, la composition de Tom Paxton la plus populaire dans le milieu bluegrass (la version de Tony Rice est la plus célèbre). Depuis quelque temps, Tim O’Brien et son épouse Jan Fabricius composent régulièrement avec Tom Paxton (un album entier de leurs chansons devrait sortir courant 2025). Tim et son groupe interprètent ici une de leurs œuvres communes, le gospel You Took Me In, arrangé à la manière de Flatt & Scruggs avec la guitare en fingerpicking, mais avec le swing propre à O’Brien et une belle partie de fiddle de Shad Cobb. Autre chanson de Paxton parfois reprise par les formations bluegrass, I Can’t Help But Wonder Where I’m Bound est chanté en duo par Tom Paxton lui-même et Celia Woodsmith, accompagné par Della Mae, le groupe de Celia qu’on pourra entendre à Bluegrass In La Roche l’été prochain. La voix de Celia est magnifique sur ce titre. Della Mae accompagne également Cathy Fink (banjo clawhammer) et Marcy Marxer (mandoline) dans All I Want, une compo de Tom et Cathy, intégralement chantée en duo par Cathy et Marcy. C’est un des tout meilleurs titres de l’album avec son tempo rapide et un joli solo de Kimber Ludiker (fiddle). 


 

 

SHADES OF NIGHT 

 

Après Bluegrass 43, les Cactus Pickers, Turquoise, les Banjomaniacs, Sanseverino (j’en oublie certainement), Shades of Night est la nouvelle aventure musicale de Jean-Marc Delon. Shades of Night est un duo formé de Jean-Marc (guitare, banjo) et Marie Sheid (contrebasse). Tous deux chantent. Pour ce premier EP (7 titres), ils ont décidé d’enregistrer dans les conditions de la scène, c’est-à-dire que Jean-Marc ne double pas banjo et guitare sur un même titre. Le répertoire est très orienté bluegrass puisqu’il y a trois compositions de Bill Monroe et deux traditionnels qui sont des classiques du genre. Les arrangements le sont moins parce que Jean-Marc ne joue du banjo que sur un titre. Ma préférence va aux deux morceaux les moins liés au bluegrass, très bien chantés par Marie. Pour Song for a Winter’s Night de Gordon Lightfoot, Jean-Marc, à la guitare, s’est inspiré de l’arrangement de Tony Rice. When You Come Back Down sonne folk, très différemment de la version originale qui est un des rares titres de la discographie de Tim O’Brien où on peut entendre un saxophone. Marie chante également Rocky Road Blues. Avec Jean-Marc elle interprète intégralement en duo I’m Blue I’m Lonesome et Rabbit in the Log. De son côté, Jean-Marc chante When the Golden Leaves Begin to Fall et Ain’t Gonna Work Tomorrow. Cette dernière chanson est la seule sur laquelle Jean-Marc joue du banjo et, personnellement, j’en aurais voulu un peu plus… 


 

samedi 13 août 2022

Du Côté de chez Sam, par Sam Pierre

 

Graham NASH

"Live - Songs For Beginners / Wild Tales" 

En 1970, on ne parlait presque que de Crosby, Stills, Nash & Young. Il y avait eu l'album du groupe, Déjà Vu, le troisième album solo de Neil Young, After The Gold Rush, et le premier album solo (sans titre) de Stephen Stills. 1971 démarrait de la même manière. Neil Young annonçait un double LP live acoustique (qui devait être différé de quelques décennies au profit de Harvest) alors que David Crosby offrait If I Could Only Remember Your Name. En avril, c'était au tour de CSNY de publier en avril le monumental 4 Way Street, enregistré en public. Tous ces albums ayant reçu un accueil triomphal, on se demandait ce que le discret Graham Nash nous réservait. La réponse arriva le 28 mai et se nommait Songs For Beginners, album à l'image de l'homme, à la fois plein de candeur et incitant à la réflexion avec de fortes connotation politiques (Military Madness, Chicago / We Can Change The World). Deux ans plus plus tard, ce fut le tour de Wild Tales, disque pas vraiment encouragé par le le label Atlantic et publié seulement en 1974. En 2019, Graham Nash réunit un groupe de musiciens, dont beaucoup n'avaient jamais joué avec lui, pour quatre concerts (avec seulement trois jours de répétition) afin de jouer l'intégralité des deux albums précités, dans l'ordre initial des titres, avec des arrangement fidèles aux originaux, dans le but de publier l'album live dont il est ici question. Shane Fontayne (guitares, lap steel, orgue, bouzouki, voix), Todd Caldwell (claviers, saxophone ténor, voix), Thad DeBrock (guitares, pedal steel, mandoline, voix), Andy Hess (basse), Toby Caldwell (batterie, voix), Don Caldwell (saxophone alto), Celisse Henderson et Grace Stumberg (voix) donnent ainsi une nouvelle jeunesse à deux albums dont on se rend compte qu'ils ont gardé la même fraîcheur et, souvent, la même actualité, à l'mage de Military Madness, en ce qui concerne les thèmes abordés.

 

Jack WILLIAMS

"A Tickle In My Soul" 

Autre vétéran, Jack Williams porte fièrement cheveux et barbe d'un blanc immaculé. Originaire de Caroline du Sud et établi en Arkansas, il a démarré sa carrière en 1958, alors qu'il n'était encore qu'un teenager, jouant de la trompette jazz et de la guitare classique, avant de se faire une renommée comme guitariste électrique (Peter Yarrow dit de lui qu'il est le meilleur guitariste qu'il ait jamais entendu). Sa carte de visite est impressionnante: il a notamment accompagné John Lee Hooker, Big Joe Turner, Jerry Butler, Hank Ballard, les Shirelles et les Del-Vikings, avant de se consacrer à une carrière d'auteur-compositeur et interpréte. Son premier LP, Highway From Back Home (le seul qui ne soit plus disponible) est paru en 1992. A Tickle In My Soul, son treizième album (il a aussi publié un DVD), est un nouvel enchantement pour ses supporters. Jack a composé sept titres, en a coécrit trois (le premier avec Geoff Bartley, le deuxième avec Donna Mulhollan, le troisième avec sa compagne Judy Smith. Il a aussi honoré deux amis disparus en reprenant If My Eyes Were Blind de David Olney et Affected By The Moon de Chuck Pyle. Jack chante et assure la plupart des parties instrumentales (guitares, évidemment, basse, mandoline et quelques instruments samplés), avec occasionnellement l'apport de Kelly Mulhollan (banjo, mandoline, ukulele, basse, voix), Randy Sabien (fiddle), Judy Smith (mandoline, voix), Donna Mulhollan et Lis Williamson (voix). L'ambiance est calme, avec parfois des moments plus enlevés, aux tonalités jazz, comme We're All Alike (un titre de 2003 revêtu de nouvelles paroles) et Swing High. Songs In My Head et Goodbye ont des accents de musique classique, alors que Old Solid Gold Rock & Roll est un clin d'œil à la musique et au mode de vie des fifties. Les mélodies sont toujours superbes mais ne font pas oublier la qualité des des textes. Qu'il raconte des souvenirs (Fly Away Home), chante son amour pour Judy (Twilight Song) ou aborde des sujets plus graves (Looking For A Rainbow, When The Light Has Gone), Jack Williams confirme qu'il est un maître et que, les années passant, il continue à se bonifier. 

 

Tom PAXTON, Cathy FINK & Marcy MARXER

"All New" 

Je ne vais pas vous faire l'affront de vous présenter Tom Paxton (85 ans bientôt et soixante ans de carrière). En revanche, on connaît moins ses deux partenaires avec qui il avait déjà enregistré Live In The UK en 2003 (disque en public constitué uniquement de compositions de Tom). La différence est qu'ici il n'y a que des titres inédits (d'où le titre All New), enregistrés en studio ou sur scène et tous composés par Tom et Cathy. Cette dernière chante et joue du banjo et de la guitare alors que Marcy chante et joue toute une palette d'instruments (guitare acoustique, guitare à résonateur, mandoline, washbord, cittern, banjo-violoncelle, banjo-uke). Il faut aussi noter le travail de Kimber Ludiker (fiddle et mandoline occasionnelle) et Alex Lacquement (basse et harmonica). "Le disque est une collection de vingt-huit chansons, écrites par deux vieux amis lors de sessions hebdomadaires d'écriture par Zoom alors que le confinement lié au COVID avait pris le le pouvoir. Il se trouvait que ces deux amis avaient du talent". Les thèmes abordés sont variés avec parfois du pur Tom Paxton comme Pete's Shoulders (The Power Of Song) dédié à Pete Seeger, To The Ones Who Gave It All (émouvant trio a cappella) ou encore Trump Lost, Biden Won, titre de dix-sept secondes et onze mots: "One great truth beneath the sun, Trump lost and Biden won" (une grande vérité sous le soleil, Trump a perdu et Biden a gagné). Mais ce disque est bien celui d'un trio, Cathy et Marcy ne jouant pas seulement les accompagnatrices de talent mais étant à leur juste part placées sous les projecteurs, Tom restant souvent en retrait (Dry Times, The Freedom Of Forgiving, Friends Like These, Me Too). On ne peut que s'émerveiller à entendre ce disque, car si chaque membre du trio a dépassé l'âge commun de la retraite, si la voix de Tom est parfois fatiguée, à aucun moment, on ne sent l'affaiblissement de l'enthousiasme et de la joie de vivre et de chanter. We're Still Here n'est pas qu'une déclaration, c'est une réalité. Folk, bluegrass, swing et mélodies celtiques se mélangent allègrement et Now, Not Then, qui conclut le premier CD est lui aussi chanté a cappella. 

 

Randy Lewis BROWN

"Wind Of Change" 

Comparé aux artistes précédents, Randy Lewis Brown est un gamin puisqu'il n'a que 70 ans et n'a débuté sa carrière discographqiue qu'en 1997 avec le groupe Jealousy Motel avant d'aborder une carrière solo en 2006. Wind Of Change n'est que son quatrième album solo, paru sur Berkalin Records, le label de Brian Kalinec, gage de qualité. Pour ce disque, Randy à confié les manettes d'ingénieur du son et de producteur (et de batteur) à Merel Bregante qui a connu la gloire avec Loggins & Messina, il y a lontemps de cela. Les douze compositions du disque sont originales, DeSoto Parish Nights, le premier titre évoque l'ambiance des chansons de Guy Clark, alors que l'ouverture de Highway 84 (coécrit avec Randy Palmer) me fait penser à Riders On The Storm des Doors. Je peux encore citer This Old Car, Living Is Hard (coécrit avec le talentueux Terry Klein), Wind Of Change ou Warm Wind mais il n'y a aucune composition simplement moyenne sur cet album. La voix chaude de Randy est mise en avant par les talentueux Mark Epstein (basse), Pete Wasner (claviers), Dave Pearlman (steel guitar, dobro et lap steel), Cody Braun (fiddle et mandoline), sans oublier le violoncelle de Dirje Childs (partenaire au sein de Jealousy Motel) ni les harmonies de Sarah Pierce. Randy nous explique ce que Wind Of Change représente pour lui: "Si j'ai appris quelque chose pendant mon court séjour sur terre, c'est que tout n'est que changement. Rien ne reste jamais pareil. Chaque chanson ici, à sa manière, est à propos du changement: la naissance, le vieillissement, la mort, la déception, les débuts, les fins et toutes les autres petites choses qui rappellent que nous ne sommes pas aux commandes. J'atteins 70 ans avec la sortie de ce disque et je voulais résumer les choses d'une certaine façon en vous donnant ma vision du monde à ce stade de ma vie". 

 

Jeff FINLIN

"Soul On The Line" 

Jeff Finlin est un artiste plutôt prolifique puisque Soul On The Line est son treizième album depuis 1991. Il a d'autres cordes à son arc et a écrit plusieurs livres (le dernier, Lightbox, poésie et prose, vient de paraître. Il varie aussi les ambiances musicales. Après The Guru In The Girl enregistré aux Pays-Bas avec les seuls BJ Baartmans et Sjoerd van Bommel), il est de retour chez lui, à Fort Collins, dans le Colorado (même s'il est né à Cleveland, Ohio, petit-fils d'un émigré irlandais, travailleur ferroviaire) pour enregistrer dix titres qui confirment son grand talent et nous font nous demander pourquoi sa notoriété n'a pas, ou si peu, franchi nos frontières. Nos presque voisins néerlandais, et en particulier le label Continental Record Services ne s'y sont pas, eux, trompés. L'ambiance du disque est plutôt sombre, très marquée par les angoisses du moment. Inutile donc de préciser qu'il s'agit d'un album qui incite plutôt à réfléchir qu'à faire la fête. C'est comme "une nouvelle musicale qui serpente spirituellement, émotionnellement, politiquement et écologiquement pour trouver notre destin écrit avec amour dans les étoiles". Musicalement, le disque est très électrique. Aux côtés de Jeff qui joue de la batterie (son instrument d'origine) et des percussions, des guitares et du piano on ne trouve que Taylor Tesler (basse), Joe V. McMahan, Eben Grace et Eric Straumanis (tous trois au guitares électriques) et Brian Keller (cuivres et accordéon). Si le disque est sombre, il ne bascule pas dans le pessimisme larmoyant et témoigne même d'une belle détermination à l'image du très rock Misery Man, du plus calme Round In The Circle ou du lancinant Hearts On High, au titre qui est presque un manifeste. S'il vous plaît, ne passez pas à côté de ce grand songwriter et, si vous avez le temps, plongez-vous dans sa discographie, il y aura forcément un album (et même davantage) pour vous séduire. 

 

 
"This Mess We're In" 
 
Deux ans après le pourtant excellent Die Midwestern, Arlo McKinley semble avoir atteint une autre dimension avec This Mess We're In. L'équipe de musiciens autour du producteur et guitariste Matt Ross-Spang est la même, mais quelque chose semble avoir changé, comme une confiance nouvelle audible dans la voix et qu'il sait faire partager à l'auditeur. Le fait que le disque ait été enregistré aux studios Sam Phillips a sans doute aussi inspiré le songwriter et son groupe. C'est l'album plus serein d'un homme qui a lutté contre ses addictions et qui, après le décès de deux amis proches et de sa mère au moment de la sortie de son album précédent, veut voir l'avenir avec plus d'optimisme. I Don't Mind (le premier titre) est à cet égard révélateur. Parmi les titres les plus remarquables, This Mess We're In, porté par le piano de Rick Steff apparaît comme comme un moment de beauté qui irradie l'ensemble. Sur la plupart des titres, l'importance des fiddles de Jessie Munson doit être relevée, c'est le cas notamment pour les deux chansons précitées ainsi que Back Home, I Wish I et What You Want Me. On n'oubliera pas non plus de souligner la qualité de la production de Matt Ross-Spang, qui perçoit et transmet parfaitement les attentes d'Arlo, ni son travail aux guitares qu'il partage avec Will Sexton. À l'écoute de ce disque, on comprend mieux que jamais pourquoi John Prine était un fan d'Arlo et combien cette soirée de 2019, où John était venu assister à son concert à Nashville, a inversé la courbe du destin de son jeune confrère.