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jeudi 17 juillet 2025

L'avis d'Alain, par Alain Kempf

 

L'Avis d'Alain 
 

Karoline and the Free Folks

"Bat Girl" 


Une fois n’est pas coutume, c’est d’un vidéoclip musical qu’il est question. Bat Girl est une chanson écrite par Caroline Penot (Karoline), musicienne et chanteuse lyonnaise qui présente ainsi son texte (écrit en anglais), inspiré par ses moments d'insomnie et d'anxiété: "des moments où l'on devient chauve-souris quand sonnent quatre heures du matin, et que tous les monstres de l'esprit attendent derrière la porte, tapis dans l'ombre". Cette ambiance est joliment rendue dans la vidéo. 

Musicalement, Karoline se revendique de l’americana; la rythmique et le son des guitares sont bien dans ce registre. Mais Bat Girl a également un côté pop, avec une mélodie accrocheuse et une structure harmonique riche. La voix et le phrasé de Caroline constituent une signature personnelle. Elle est également une instrumentiste confirmée, ici à la guitare acoustique. Les guitares électriques sont jouées par l’impeccable Jimmy Josse, qui nous régale tout au long du morceau. À la contrebasse, Noémie Charmetant, est très efficace, avec un beau passage à l’archet (Noémie est aussi partenaire de Caroline Penot dans Cow Comino Train, bien connu des amateurs de bluegrass). Enfin, Tommy Rizzitelli assure un jeu de batterie très country.

Bat Girl est aussi disponible en single sur les principales plateformes audio où il sera rejoint le 14 juillet par un nouveau morceau, Bluegrass Left to Share. Je l’ai entendu sous forme de maquette acoustique et on peut s’attendre à un beau résultat final. Le premier album du groupe, Reckless Dances (12 titres, sorti en 2022) est disponible également, avec déjà la même patte musicale bien identifiable. 

 En septembre dernier, Karoline and the Free Folks était en couverture du Country Web Bulletin : si vous voulez mieux connaître le groupe et les projets de Karoline, une interview et plusieurs articles lui sont consacrés : https://www.cwb-online.fr/CWB/144.pdf 

Je me permets d’ajouter un point de vue “backstage” car j’ai eu la chance d’accompagner Karoline sur scène (en compagnie du mandoliniste Philippe Colleu) pour un petit set acoustique lors du European Bluegrass Summit à Prague il y a quelques mois. Bat Girl et ses autres compositions, même en version acoustique très dépouillée, "tiennent la route" et sont des morceaux très intéressants à jouer. Et quelle aisance vocale et instrumentale, c’était vraiment une belle expérience ! Suivez Karoline and the Free Folks, et aussi Cow Comino Train sur les réseaux sociaux pour assister à leurs concerts.

Alain Kempf 


 

mercredi 28 décembre 2022

L'avis d'Alain par Alain Kempf

 

 L'Avis d'Alain 

 

WATKINS FAMILY HOUR

"Vol. II" 

Cri du 💚

Cette “famille” est un projet centré sur Sara Watkins et son frère Sean, respectivement violoniste et guitariste (et tous deux chanteurs) du légendaire groupe de bluegrass Nickel Creek (qui ressuscitera pour quelques concerts en 2023). Entourés d’invités divers (et généralement prestigieux), ils se produisent depuis vingt ans de manière très épisodique sous le nom Watkins Family Hour, en parallèle à leurs activités (par exemple le trio I’m With Her dont fait partie Sara). Cet album, comme son nom l’indique, n’est que le second sur cette longue période; il se compose de onze reprises de morceaux de styles divers, enregistrés avec des orchestrations variées, avec un grand talent instrumental et vocal de tous les (nombreux) participants et beaucoup d’inventivité. Les trois premiers morceaux sont des choix audacieux et rendent d’emblée l’album à la fois inclassable et mémorable. Tout d’abord The Way I Feel Inside, un morceau du groupe pop britannique The Zombies qui date de 1967, avec un arrangement vocal splendide. Ensuite Hypnotized, d’un obscur groupe de rock "indé" californien, avec un orgue lancinant, puis Pitseleh d’Elliott Thomas (un rocker décédé en 2003) aux remarquables arpèges de guitare électrique. On aborde ensuite un répertoire plus familier (à mes oreilles, du moins), mais traité de manière toujours originale : Thanks A Lot, le vieux tube d’Ernest Tubb est interprété sur un rythme syncopé à la Bo Diddley. Tennessee Waltz est chanté par Sara avec un accompagnement de piano nostalgique. Des vidéos sont disponibles pour The Late Show, de Jackson Browne, interprété en compagnie de l’auteur et She Left Me Standing on the Mountain, standard des Delmore Bros chanté avec Willie Watson (fondateur de Old Crow Medicine Show). Les amateurs de western swing se régaleront avec Remember Me (I’m The One Who Loves You), jadis chanté par Dean Martin et Johnny Cash: l’association de la pedal-steel de Greg Leisz et du violon de Sara, les vocaux avec la participation de Fiona Apple, tout est parfait! L’album se conclut par une valse country, Grief and Praise de Glen Phillips, qui se transforme en une sorte d’hymne au fil des refrains, avec un chœur où interviennent, entre autres, les Milk Carton Kids. Ce disque a été enregistré en trois jours, ce qui demande une sacrée maîtrise, vu la complexité des arrangements, mais donne aussi une belle spontanéité, avec une œuvre très vivante de la part d’une Watkins Family qui montre son éclectisme. Je n’ai pas regretté le voyage!

 

WE BANJO 3

"Open the Road" 

Ce quartet originaire de Galway (Irlande) est composé de deux paires de frères: les frères Scahill, Enda (banjo) et Fergal (violon) ; les frères Howley, David (guitare et chant lead) et Martin (mandoline). J’ai indiqué leur instrument principal, mais ils sont tous multi-instrumentistes. À l’origine, le groupe était un trio dont tous les membres jouaient (alternativement) du banjo, ce qui explique le nom We Banjo 3. Sur le disque, on entend aussi, selon les morceaux, du bodhrán, de la batterie, de la basse, des flûtes… En 10 ans d’existence et plusieurs albums, We Banjo 3 s’est construit une identité musicale singulière, qui a été qualifiée de Celtgrass : mélodiquement et harmoniquement, le folk irlandais est très présent, mais l’instrumentation et les techniques de jeu empruntent beaucoup au bluegrass. Toutefois, le banjo, particulièrement mis en avant, est essentiellement joué “à l’irlandaise”, en 4 cordes et au médiator et le jeu d’Enda Scahill est très spectaculaire. Toutes les chansons sont remarquablement arrangées, que ce soit instrumentalement ou vocalement. Je conseille de les découvrir sur la chaîne Youtube du groupe, notamment les extraits du concert donné en 2022 au célèbre Merlefest (Caroline du Nord) : Hummingbird, Open the Road, et Garden Song sont ainsi à écouter en version live. Les versions du CD sont tout aussi convaincantes, avec des instruments additionnels. On trouve aussi le clip de Gift Of Life, un morceau particulièrement sophistiqué qui lorgne vers la pop. Mais ma préférence va à l’instrumental The First Second Gentleman; je n’ai pas idée de la signification du titre, mais cette gigue complexe et virtuose vaut le détour. 

 

The RICHARD THOMPSON ACOUSTIC TRIO

"Live from Honolulu" 

Cet album réunit deux légendes du folk-rock anglais des années 60! Richard Thompson était le guitariste de Fairport Convention et mène depuis 1971 une carrière solo de chanteur, avec une discographie abondante, et des prestations innombrables de musicien de studio. Sur son site web il met en évidence une citation du Los Angeles Times : “The finest rock songwriter after Dylan and the best electric guitarist since Hendrix”. En toute modestie… Sur ce disque live, il interprète 13 de ses compositions qu’il chante remarquablement et joue à la guitare acoustique, d’une manière à la fois non-conventionnelle (il joue plutôt comme un guitariste électrique) fort intéressante. L’autre célébrité dans ce trio est le contrebassiste virtuose Danny Thompson (homonyme, mais pas apparenté à Richard) qui a fait partie du Alexis Korner’s Blues Incorporated et surtout du révolutionnaire groupe anglais Pentangle. Plus récemment, il a fait partie des fameuses Transatlantic Sessions avec les stars du bluegrass et de la musique celtique. Le troisième membre du trio est Michael Jerome aux percussions. Nous ne disposons pas d’autres informations sur cet enregistrement publié en 2022: ni l’endroit exact ni, surtout, l’année. Des connaisseurs le situent en 2006, mais en tout cas les participants sont en pleine forme et la musique sort des sentiers battus. Certaines chansons empruntent au jazz et au blues, comme Al Bowlly’s in Heaven, avec un magnifique solo de basse ou Mingus Eyes, dont il existe une version vidéo très proche de celle de l’album, qui vous donnera une bonne idée de la performance. Johnny’s Far Away est un morceau aux couleurs celtiques, Misunderstood sonne rock, One Door Opens nous rappelle le folk anglais de la grande époque, et le jeu de guitare de Richard est splendide sur Waltzing’s For Dreamers. L’interprétation vocale est tout aussi remarquable. 

 

The BROTHER BROTHERS

"Cover to Cover" 

Les harmonies vocales parfaites des frères jumeaux Adam et David Moss font indéniablement penser aux Everly Brothers ou à Simon & Garfunkel, sur ces douze reprises de chansons. L’album débute par That’s How I Got To Memphis et enchaîne sur These Days de Jackson Browne, avec un habillage de steel-guitare. Ensuite vient You Can Close Your Eyes de James Taylor, avec Sarah Jarosz en guest et toujours une orchestration country. If You Aint’t Got Love, moins connu (titre du groupe The Revelers) est plutôt pop-rétro; I Will, des Beatles est joliment orchestré avec du violoncelle et un violon qui joue pizzicato. La grande banjoïste Alison Brown est présente (avec classe!) sur deux titres et les sœurs Price, autres figures du bluegrass, chantent sur un titre jazzy. Tout s’écoute très agréablement et la technique vocale est impressionnante. Le hasard fait que sur cet album figure Waltzing’s For Dreamers de Richard Thompson, dont je venais d’écouter une version Live from Honolulu par l’auteur (CD chroniqué ici également), très rugueuse et poignante, alors que celle des Brother Brothers est toute “propre”, quasiment édulcorée. Même remarque à propos de la reprise très "lisse" du titre de Tom Waits Flower’s Grave. Bref, un disque très joli, mais parfois trop poli! 

 

Amy SPEACE

"Tucson" 

J’avais aimé l’album précédent de la chanteuse-songwriter américaine paru l’an dernier, dont les textes évoquaient le décès récent de son père. Elle a ensuite sombré dans une période de dépression qui lui a inspiré 6 des 7 chansons de ce nouvel album, le disque se terminant par une reprise de My Father’s House de Bruce Springsteen. Tout est bien interprété, dans un registre folk-rock mélancolique, mais musicalement rien ne m’a particulièrement accroché. 

 

Mary GAUTHIER

"Dark Enough to See the Stars" 

D’emblée on est captivé par la voix et la diction singulières de Mary Gauthier, par le texte simple et émouvant de Fall Apart World qui célèbre l’amour en rempart contre l’adversité. How Could You Be Gone, qui parle d’un deuil est dans le même registre, avec des structures harmoniques simples, un refrain facile à reprendre. L’ambiance musicale du disque oscille entre blues, soul, country et gospel avec une belle instrumentation où la couleur est donnée selon les morceaux par l’orgue Hammond, la guitare électrique ou la pedal-steel (voir par exemple la vidéo officielle du morceau-titre “Dark Enough to See the Stars”). On pourra regretter tout de même que les dix chansons soient toutes sur un tempo medium-lent trop uniforme.

 

DEAD HORSES

"Brady Street" 

Dead Horses est un duo basé à Milwaukee, composé de la chanteuse-songwriter Sarah Vos et du bassiste Daniel Wolff, qui sortent leur quatrième album (10 titres). On est dans un style folk-rock plutôt électrique, avec interprétation vocale très convaincante de Sarah Vos. Les morceaux sont construits sur des nappes de guitares qui créent des climats qu’on pourra trouver envoûtants si on accroche ou lassants dans le cas contraire. Vous pouvez vous faire une bonne idée à partir de la vidéo du morceau-titre Brady Street.

 

 

Michelle RIVERS

"Chasing Somewhere"

 Cette chanteuse-songwriter originaire du Montana, mais basée à Nashville, est bien entourée pour ce deuxième album (15 titres) : on y trouve par exemple le légendaire Al Perkins à la steel-guitare ou Barry Bales, le contrebassiste d’Alison Krauss. Le premier morceau Going West est très entraînant et combine l’instrumentation country (pedal-steel, guitare électrique, batterie) et bluegrass (banjo, fiddle). Gone est une autre chanson dans ce style, évoquant les grands espaces. Tout est bien interprété et bien produit, mais l’intérêt des pistes est irrégulier. 

dimanche 31 juillet 2022

L'Avis d'Alain, par Alain Kempf

 

L'Avis d'Alain

 

Tim O’BRIEN, Bill FRISELL & Dale BRUNING 

"Life Lessons " 

Les lecteurs du Cri connaissent Tim O’Brien, membre fondateur du groupe de bluegrass Hot Rize, chanteur, mandoliniste, violoniste, guitariste, auteur et compositeur actif depuis une cinquantaine d’années. Star du bluegrass, il excelle aussi en musique irlandaise, old-time, etc. Bill Frisell est également, une sommité, l’un des guitaristes de jazz contemporains les plus notoire-ment connus, qui a pour particularité d’associer le jazz au folk et à la country-music. En revanche, je n’avais jamais entendu parler de Dale Bruning, le troisième membre du trio signant cet album. Au début des années 1970, il était le professeur de guitare à la fois de Tim et de Bill, à Denver, et son influence a été déterminante sur la carrière de ses deux célèbres élèves. Life Lessons est le fruit de la réunion, un demi-siècle plus tard, des trois musiciens. Cet album revêt donc un caractère “historique” mais la réussite musicale est-elle au rendez-vous? Sachant que le projet est l’initiative de Nick Forster, bassiste de Hot Rize et remarquable producteur, on ne risquait guère d’être déçu et, en effet, le voyage musical est superbe. Dale Bruning joue de la guitare acoustique archtop, Bill Frisell essentiellement de la guitare électrique et Tim O’Brien intervient avec sa palette d’instruments à cordes (guitare, mandoline, mandocello, etc.) et chante sur plusieurs titres. Ils sont parfois accompagnés à la basse par Nick Forster. Il y a plusieurs standards de jazz : l’arrangement de Bags Groove, joué en en duo par Dave et Bill, est excellent; All Things You Are et Sweet Lorraine sont chantés par Tim, très à l’aise dans ce registre de crooner. Dale Bruning interprète en solo Gone With The Wind et à l’écouter on ne se douterait pas qu’il était âgé de 86 ans au moment de l’enregistrement! Red Rocking Chair, puisé dans le répertoire old-time est ici adapté de façon très originale, entre folk et blues. Autre emprunt au répertoire folk: Spanish Is The Loving Tongue, popularisé par Bob Dylan. D’autres titres sont soit des originaux, soit des raretés (je ne dispose pas des noms des auteurs). Paris Nights est une très jolie valse latine. Sur Langosta Bay, swing langoureux, des cuivres et une contrebasse sont invités avec bonheur. Tim O’Brien clôt l’album en chantant I Pluck A Red Rose, ballade celtique qui prend des couleurs jazzy. Tous les 11 morceaux de l’album sont sur des rythmes assez lents et les musiciens ne font pas étalage de virtuosité spectaculaire, mais privilégient le beau son et la sensibilité dans l’interprétation. Life Lessons doit s’écouter attentivement, au calme, pour en apprécier les grandes qualités. 

 

Eliza GILKYSON

"Songs From the River Wind" 

Cette chanteuse (et songwriter) du Nouveau-Mexique, née en 1950, a sorti son premier disque en 1969, suivi par de nombreux autres. Celui-ci évoque le vieil Ouest, les vastes paysages, les cowboys et cowgirls. La voix est étonnamment jeune, la manière de chanter et l’orchestration sont dans une veine americana intemporelle de très bon goût. C’est donc fort plaisant à écouter, grâce aux talents d’écriture et d’interprétation d’Eliza mais aussi aux excellents arrangements du producteur et multi-instrumentiste Don Richmond (cf. Wind River And You). Le disque démarre par une ballade acoustique enrobée d’accordéon, de mandoline et de slide guitar. Elle suivie par chanson endiablée sur un rythme de square-dance, où le dobro et le fiddle sont à l’honneur. Puis on enchaîne avec une très jolie ballade avec un accompagnement dépouillé de guitare électrique. Au fil des plages, on aura de l’autoharp, de la steel-guitar, du trois-temps, du banjo, pas le temps de s’ennuyer! 

 

The SPACE AGE TRAVELLERS 

"Satellite Shuffle"  

Les amateurs de belle guitare électrique devraient apprécier ce disque instrumental, création de BJ Baartmans qui revendique des influences très variées qu’on retrouve dans ses compositions : les Shadows, Brian Setzer, Bill Frisell… On a donc des morceaux de différents styles où BJ déploie un grand talent et des sons de guitare réjouissants. Il est accompagné par une section rythmique impeccable formée de Gerco Aerts (basse) et Sjoerd Van Bommel (batterie). Satellite Shuffle est un blues planant, Sandology fait tourner un riff sophistiqué et groovy, Charlie’s Pickup lorgne vers le western-swing, Miles Inbetween nous fait penser au jazz de Bill Frisell, The Saturn 3 propose du ska psychédélique: on peut embarquer sans crainte dans ce satellite néerlandais !

 

Susan CATTANEO 

"All is Quiet" 

La chanson-titre de l’album fait l’objet d’une vidéo qui donnera une bonne idée de l’œuvre. “Tout est calme”; certes, jamais de rythmes débridés, pas de débordements vocaux, mais l’émotion pointe dans les neuf titres splendides. La voix de Susan Cattaneo, claire avec un vibrato parfaitement maîtrisé, me fait penser aux grandes chanteuses folk comme Judy Collins. On sent une artiste expérimentée, même si sa carrière discographique est assez récente : bostonienne, elle est professeur de songwriting au prestigieux Berklee College, respect! L’accompagnement instrumental est fourni par deux fabuleux guitaristes, Kevin Barry et Duke Levine: pas des stars non plus, mais des CV bourrés de grosses références en studio et sur scène. Nulle esbroufe, mais un tissu de guitares électriques et acoustiques de toute beauté. Difficile d’isoler une chanson en particulier dans cet ensemble très homogène, mais mon coup de cœur va à Blackbirds, petit bijou de délicatesse folk. Une très belle réussite. 

 

Grant HAUA 

"Ora Blues at the Chapel" 

On a pu voir ce bluesman maori en France cet été, dans les festivals blues de Cognac et Cahors. Les 13 titres de l’album issus du répertoire déjà enregistré précédemment de Grant Haua, mais joués en live devant un public restreint: on a ainsi l’énergie d’un concert, mais avec une qualité de son comparable à celle du studio. Les morceaux sont très énergiques, avec une orientation blues-rock et on se régale grâce aux qualités vocales et guitaristiques de l’artiste, très bien accompagné par ailleurs (basse, batterie, piano). Sur Voodoo Doll, on voit que l’esprit de la Nouvelle-Orléans souffle sur la Nouvelle-Zélande. Cerise sur le kiwi : la chanteuse de soul (elle aussi maorie) Delanie Ututaonga est présente sur quelques titres et met le feu. Difficile de rester assis en écoutant Beetlejuice! 

 

Neko CASE 

"Wild Creatures" 

Il s’agit d’une compilation de 21 titres retraçant les 25 ans carrière de la chanteuse-songwriter américaine, classée entre indie-rock et alt-country. S’y ajoute une nouveauté: Oh, Shadowless. La plupart de morceaux sont du rock électrique, mais on trouve aussi un titre acoustique un peu old-time, le tout étant fort bien chanté et joué. Cet album est disponible exclusivement en version numérique sur les différentes plateformes.

lundi 21 février 2022

L'avis d'Alain, par Alain Kempf

L'avis d'Alain

 
 

ROOTS ROCKIN’ 54

"Hillbilly Tuesdays" 

Voilà un groupe normand qui pousse la modestie à ne pas indiquer le patronyme des musiciens, ni sur la pochette du CD, ni sur la page Facebook! Cette dernière ne comporte que la mention laconique : "Groupe de hillbilly et early rockabilly des années 50". En tout cas, on n’est pas trompé sur la marchandise, c’est exactement ce qu’on entend! Sur la photo de pochette, les habitués du Cri reconnaîtront Frédéric “Walf” Mahieu (guitare solo et chant) et Éric Allart (steel guitare), deux membres des fameux Muddy Hill Boys chéris du public du festival de La Roche-sur-Foron (Éric nous régale par ailleurs de ses articles érudits dans notre magazine musical préféré!). Pas étonnant que le CD enchaîne 9 reprises de titres loin des standards rabâchés du rockabilly, de petites perles vintage qu’on prendra plaisir à découvrir, interprétées à la fois respectueusement des originaux et avec une énergie qui fait danser : Down In The Holler (Bill Browning), Go Boy Go (Carl Smith), False Hearted Girl (Delmore Bros.)… Ensuite, on a une belle version de Darling Corey, traditionnel du répertoire old-time et bluegrass revisité et l’album finit sur Goofy, un original composé par Frédéric, amusant et très réussi. Les autres membres du groupe sont Albert (guitare rythmique et chant), Astrid (chant et guiro) et Charly (contrebasse et chant). Il faut saluer le travail de ce bassiste qui slappe discrètement, fournissant une belle assise rythmique qui fait oublier l’absence de batterie. La mise en place instrumentale et vocale de ce CD autoproduit et la qualité du son nous font passer un excellent moment, dans l’ambiance du rock’n’roll naissant. On devine aussi qu’on ne doit pas s’embêter en rencontrant Roots Rockin’ 54 sur scène!

 

 

  GOOD ROCKING CAJUN 

"Lâchez-les" 

Le nom de ce groupe français annonce la couleur: un mélange de rockabilly et de cajun. La touche cajun est donnée par la présence de Roger Morand (dont on connaît le “Cajun Band”) au mélodéon (accordéon diatonique) et au chant. Il partage les solos et le chant lead avec Éric Lachasseigne (guitare électrique et chant) et la rythmique (d’enfer!) est assurée par Jean-Marie Ferrat (basse, chœurs) et Michel Droz (batterie). Le répertoire puise à diverses sources: des reprises de classiques du rockabilly (Matchbox Blues, Blue Moon of Kentucky, I’m Walking…), des morceaux cajun ou zydeco (La porte en arrière, Johnny peut pas danser…) et plusieurs compositions de Roger Morand (Ce type, Forty One Day…). Tout cela est joyeux et dansant, un parfait remède à la morosité!

 

STEREO NAKED 

"Unseen Course" 

Le deuxième album de ce duo de Cologne est une belle réussite : intéressant de bout en bout, à la fois sophistiqué et agréable à écouter, avec une belle diversité sonore et musicale et une forte personnalité. 

Dans le N°159 du Cri, je vous avais dit tout le bien que je pensais du concert du groupe (basé à Calogne) Stereo Naked à La Roche-sur-Foron, lors du festival bluegrass 2018, et de leur premier album Roadkill Highway sorti cette année-là. Comme le nom l’indique, il s’agit d’un duo jouant (en principe) dans une orchestration dépouillée: Julia Zech (chant, banjo clawhammer, piano) et Pierce Black (chant, contrebasse), auteurs des douze chansons de Unseen Course. On retrouve tout ce qui faisait le charme de l’album précédent : il y a l’ambiance folk et old-time qui se teinte selon les morceaux de jazz, blues, rock ou pop; Julia arrive à adapter son jeu de banjo aux contextes les plus divers; les deux voix se marient à merveille; la contrebasse porte le tout ; les textes sortent de l’ordinaire… 

Mais cette fois, Julia et Pierce font intervenir 14 autres musiciens et vocalistes qui donnent à chaque titre des colorations nouvelles, sans jamais étouffer la dynamique du duo originel. L’instrument additionnel le plus présent est la batterie, jouée par Nico Stallmann (7 interventions) et Peter Kowal (un morceau); il faut saluer leur travail impeccable qui contribue, en toute discrétion, à l’énergie d’ensemble (liste complète des intervenants ici). Le premier titre Drive Right In est le plus dépouillé: juste les deux voix, des percussions corporelles et un bourdon. Puis There We Go a des accents americana, avec un rythme syncopé. Would You? est le morceau le plus “old-time” avec un beau jeu de banjo de Julia. Old Solo est de toute beauté: une ambiance celtique envoûtante avec clarinette basse, nyckelharpa, contrebasse à l’archet et surtout une performance vocale vraiment émouvante. Homeward Bound me fait penser à du folk britannique et un insolite flugelhorn apporte un charme supplémentaire. Pierce devient crooner sur Give me Back My Mojo, drôle et jazzy avec une pedal-steel parfaitement employée. 

Sur Tunes With You, on est dans un rythme pop-rock, avec guitare électrique et trombone, et l’interprétation vocale de Julia est un régal. Sanity est un bijou de sophistication instrumentale et vocale, sur un texte radical: “Let’s dance like chickens with our heads cut off” (Dansons comme des poulets sans tête)! Peut-être le morceau le plus marquant de l’album, jugez-en en regardant le clip. Love Song Nr. 4 est une belle valse old-time; Patterns est une autre composition inclassable, rythmiquement complexe (superbe batterie!), et on admire la faculté de Julia à y adapter avec bonheur son banjo. Pierce Black nous raconte une belle histoire de retrouvailles inattendues avec un ami perdu de vue dans Dear Old Friend, plutôt bluesy, avec Julia au piano. L’album se clôt sur une ballade country à la fois psychédélique et délirante, avec pedal-steel et vocalises éthérées, qui m’évoque le grand Commander Cody : Take the Money and Run. 

 

SANTANA 

"Blessings and Miracles" 

Comme tout le monde, les groupes pop historiques cèdent à la mode du featuring; chez Santana, les invités sont principalement des chanteurs. Pour les lecteurs du Cri, c’est sans doute Chris Stapleton sur le reggae Joy et Stevie Winwood sur la reprise électro de A Whiter Shade of Pale qui retiendront l’attention, mais on a aussi le rappeur G-Eazy sur She’s Fire. Plusieurs titres sonnent très hard rock et on a la présence de Kirk Hammett (Metallica) sur America for Sale. Tout cela est richement produit mais tant les performances vocales que le traitement instrumental m’ont laissé froid. Ce sont les instrumentaux que j’ai préférés: Santana Celebration, avec percussions exubérantes, orgue Hammond et guitare “santanesque” des tous débuts; Song For Cindy, ballade guitaristique langoureuse à la Europa et surtout Angel Choir/All Together, superbe morceau de latin-jazz-rock qui accueille le pianiste Chick Corea, dont c’est probablement l’un des derniers enregistrements, puisqu’il nous a quittés en février 2021. 

 

NASH ALBERT 

"Yet" 

Les rares informations dont nous disposons sur ce chanteur-songwriter nous indiquent qu’il est originaire de Géorgie (celle du Caucase), a séjourné aux USA et est basé à présent à Moscou. Les onze titres de cet album peuvent être classés en “rock indé”. Ils sont chantés en anglais, dans une ambiance électrique souvent sombre, mais avec de l’énergie et du lyrisme. La voix est intéressante, fait penser parfois à Bowie (Sunrise) ou à Dylan (Monkey Blues). L’instrumentation alterne des arrangements très bruts, avec des accents punk (Love To Rest), d’autres sophistiqués et lyriques (Lost In Jerusalem, Autumn Rain). Un artiste digne d’intérêt.