mercredi 19 janvier 2022

Cris du Cœur #170 (première partie)

Le Cri du Coyote, par la force des choses, évolue. Désormais, les chroniques de disques seront diffusées sur ce blog. Pour attendre, voici quelques-uns des Cris du Cœur du numéro 170, paru en novembre 2021.

JESSE DANIEL "Beyond These Walls" 

Le premier album de Jesse Daniel, "Rollin' On", ne date que de l'an dernier. Il avait d'ailleurs été gratifié d'un Cri du Cœur. Voici déjà la suite. J'espère qu'il ne continuera pas à ce rythme-là car on ne pourra pas programmer toutes ses bonnes chansons, et des mauvaises, il n'y en a pas. Des moyennes qui font remplissage sur maints albums, je n'en trouve pas non plus. Ce nouvel ouvrage est bâti sur le concept du précédent, à savoir pas mal de honky-tonk ou de country rapides, un country-rock et une seule ballade acoustique. La nouveauté quand même est l'introduction des deux titres tex-mex, l'un chanté en espagnol, El Trabajador, au rythme guilleret, et le second, bilingue, est une valse. Les deux bénéficient bien naturellement de la présence d'un excellent accordéon. Cet artiste californien poursuit son œuvre avec brio. (Jacques Dufour)

TIM O'BRIEN "He Walked On" 

Après un album bluegrass en groupe (Le Cri 161), Tim O'Brien revient à sa formule habituelle : un album mélangeant compositions et reprises, arrangées dans une large variété de styles. Il y a assez souvent un concept ou un thème qui réunit les chansons d'un album de Tim O'Brien. "He Walked On" est un album post-Covid. Nervous traite du mal-être et des nouvelles technologies dans nos sociétés modernes sur un air de swing égayé par le fiddle virevoltant de Shad Cobb. Pushing The Buttons est une jolie valse avec fiddle et steel sur l'informatique qui rend nos vies étriquées. The Same Boat Brother, léger et jazzy, superbement chanté, constate que nous sommes tous embarqués dans le même bateau. La responsabilité individuelle est le thème de That's How Every Empire Falls. When You Pray est un reggae avec orgue et chœurs féminins, cousin de la période Slow Train Coming de Dylan. On retrouve ces très beaux chœurs dans plusieurs chansons dont He Walked On où Tim joue de la guitare (acoustique et électrique), du bouzouki, du fiddle et de la mandole. La ballade Can You See Me Sister est un beau texte sur le destin lié à la couleur de la peau que font vibrer la guitare de Tim et le piano de Mike Rojas. Ce dernier est en soutien de la mandole et du mandocello de Tim dans El Comedor, chanson prenante sur l'immigration mexicaine. Pas de bluegrass dans He Walked On mais du old time (I Breathe In avec Tim au banjo) et du square dance (Sod Buster). Parmi les musiciens, il faut aussi citer Mike Bub (contrebasse), Justin Moses (dobro) et le batteur Pete Abott, présent sur presque tous les titres. Un disque plein de bonnes chansons et d'humanité, porté par la voix réconfortante et amicale de Tim. (Dominique Fosse)

RORY GALLAGHER (50th Anniversary Edition) 

En août 1970, le groupe Taste cartonne au Festival de l'île de Wight - j'y étais - mais, à l'issue du show, Rory, le batteur John Wilson (ex-Them & Van Morrison) et le bassiste Richie McCracken annoncent la séparation du trio. De retour à Cork County, Rory jamme avec la section rythmique du groupe Deep Joy, les auditionne à nouveau à Londres et monte son nouveau trio avec Gerry McAvoy à la basse et le batteur Wilgar Campbell. Il écrit sur sa guitare acoustique des morceaux qui relatent plus ou moins la fin de Taste, Wave Myself Goodbye, I'm Not Surprised, I Fall Apart, Just The Smile, des pièces folk différentes de son blues-rock habituel. Il y a aussi l'explosif metal-rock Laundromat et le fabuleux Sinner Boy qu'il avait commencé à jouer au slide avec Taste à Wight. Accessoirement, Rory travaille son jeu de saxophone - comme Van Morrison - et prend un solo sur la suite d'accords sophistiqués de Can't Believe It's True. Cette réédition inclut aussi de superbes chutes de studio enregistrées à Advision Studio dans le quartier londonien d'Euston. Un origibnal, At The Bottom, une version de Gypsy Woman de Muddy Waters et le fantastique It Takes Time d'Otis Rush. En bonus, des prises live pour la BBC et un DVD de 40 minutes filmé à la Taverne de l'Olympia pour l'émission Pop 2. Document précieux car peu après Rory Gallagher fait sa rentrée londonienne au Marquee de Wardour Street, avant de partir en tournée. En vinyle, en CD ou en édition de luxe, c'est un premier album solo incontournable. (Romain Decoret)

MATT PATERSHUK "An Honest Effort" 

On retrouve (presque) la même équipe que chez Gordie Tentrees pour "An Honest Effort" (Black Hen Music), cinquième album de Matt PATERSHUK. Steve Dawson, Gary Craig, Jeremy Holmes, Fats Kaplin et Keri Latimer sont là. Que l'on n'y s'y trompe pas, lorsque Matt parle d'honnête effort, il évoque les héros anonymes qui peuplent ses chansons, les gens qui osent, qui essaient, car l'album en lui-même est tout simplement brillant et les chansons de véritables diamants finement ciselés. Les thèmes abordés sont variés: Turn The Radio Up parle du vivre ensemble lorsqu'on parvient au milieu de sa vie, Johanna évoque une femme perdue (dont le narrateur espère qu'elle se perdra de la meilleure des façons) alors que Jupiter And The Flying Horse se déroule dans le milieu du cirque. Matt avait écrit Memory And The First Law Of Thermodynamics pour son troisième album, il récidive ici avec The 2nd Law Of Thermodynamics, ce qui est en soi une performance. Le tempo des mélodies est souvent dans le registre médium et devient irrésistible quand il prend la couleur d'une valse country comme dans 1.3 Miles, mon titre préféré de l'album avec Clever Hans, une délicate ballade acoustique. Le talent est plus apparent que l'effort dans ce bel album, avec la pointe d'humour apportée par Shane MacGowan où il est question des nouvelles dents du chanteur des Pogues. Mon disque de l'automne. (Sam Pierre)

JACKSON BROWNE "Downhill From Everywhere" 

Ce musicien est un de mes héros. Avoir co-écrit Take It Easy au début de sa carrière est un indice, avoir joué dans les plus grands stades à la fin des 70's en faisant redécouvrir la lap steel de l'incroyable Dave Lindley en est un autre. Enfin, continuer à sortir des albums sans aucune faute de goût reste sans doute la marque d'un talent jamais corrompu. Fin de l'hommage du fan. Alors, un nouveau CD? Oui, dix titres écrits récemment qui reprennent ses thèmes de prédilection incluant humanisme, compassion et ce sens aigu de l'observation du monde, que l'angle soit politique, écologique ou social. Ses actions au niveau de nombreuses associations en sont la preuve si besoin était. OK, toujours des choses à dire mais la musique? J'espère ne choquer en écrivant que ces titres auraient pu figurer The Pretender ou Time The Conqueror. On retrouve les orchestrations de son band et sa patte très personnelle pour tourner une mélodie. Deux chansons à écouter pour vous faire votre idée: A Little Soon To Say a cette sensibilité et cette nostalgie qui n'appartiennent qu'à lui et Downhill From Everywhere avec la rage d'un ado de 73 ans (dont la voix n'a pas vieilli d'un comma (ou d'un iota pour ceux qui ne sa-vent pas ce qu'est un comma (c'est un petit intervalle plus petit qu'un demi-ton))). Sacré Jackson, toujours ce feeling qui lui est propre, définitivement un grand bonhomme. (Christian Labonne)

EMMYLOU HARRIS & THE NASH RAMBLERS "Ramble in Music City: The Lost Concert" 

On a retrouvé le concert disparu ! Tous les fans d'Emmylou connaissent (et chérissent) le fameux At The Ryman enregistré en public à Nashville au printemps 1991, qui dérocha un Grammy en 1992. L'année 1990 avait constitué un tournant dans la carrière de la chanteuse, lorsqu'elle s'était séparée de son "Hot Band” électrique et a commencé une tournée acoustique, entourée de Randall Stewart (guitare, chant), Al Perkins (dobro, banjo, chant), Roy Huskey Jr. (contrebasse), Larry Atamanuik (batterie) et bien sûr Sam Bush (mandoline, violon et chant). Un premier passage à Nashville avait eu lieu le 28 septembre 1990 au Tennessee Performing Arts Centers, et l'enregistrement de ce concert, jamais publié, vient de ressurgir après trente ans d'oubli. Et voici, avec la même excellente qualité sonore, 23 morceaux dont aucun ne doublonne avec le “Ryman”, ce qui justifie largement l'acquisition, bien que l'album ne contienne aucun inédit. Le niveau vocal et instrumental est évidemment au-delà de toute critique. La setlist contient des joyaux du répertoire d'Emmylou qu'elle interprète merveilleusement, comme Roses In The Snow, Born To Run, Wayfaring Stranger, Two More Bottles of Wine, Boulder To Brimingham, des reprises de The Boxer (Simon & Garfunkel) et Save The Last Dance For Me (Drifters), linstrumental bluegrass Remington Ride… Mention spéciale à The Price I Pay: Emmylou venait d'enregistrer cette chanson de Chris Hillman pour son album Duets avec le Desert Rose Band, en version électrique. Sur la version acoustique du Lost (mais pas least!) Album, c'est Sam Bush qui est en vedette avec une intro de mandoline époustouflante, puis chante en lead. Les amateurs de bluegrass seront comblés ! (Alain Kempf)

BILLY STRINGS "Renewal" 

Depuis la découverte du jeune William Apostle sur YouTube assis sur son lit et rendant un bel hommage à Doc Watson avec un Brown's Ferry Blues d'anthologie, sa carrière a démarré sur les chapeaux de roues sous le pseudo de Billy Strings. Les précédents albums chroniqués ici-même, ont toujours reçu un bel accueil mais là, il est clair qu'une étape a été franchie; Renewal s'étend sur plus d'une heure et nous transporte dans son univers qui oscille entre bluegrass traditionnel et plus expérimental. Un voyage initiatique que l'on pourrait situer entre Bill Monroe, New Grass Revival, The Allman Brothers et Grateful Dead. Tout au long des 16 morceaux, le respect à la tradition est bel et bien là, tant au niveau des instruments que des voix avec une belle mise en avant de chaque membre du groupe et aucune prépondérance de la guitare. Idem pour les voix dont les harmonies sonnent finalement très traditionnelles. Après il est clair que certaines envolées, qui nous rappellent les plus belles heures des concerts du Grateful Dead, pourraient surprendre plus d'un auditeur prend et nous transporte réelle-ment dans son univers psychédélique sans être ennuyeux une seule seconde. Une réussite incontestable pour une carrière qui devrait continuer de nous enthousiasmer et qui lui a déjà valu de nombreuses récompenses aux IBMA Awards entre autres. Un Cri du Coeur largement mérité en sera une de plus. (Philippe Ochin)

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