mardi 20 mai 2025

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

Grey DeLISLE

"The Grey Album" 

Un double 33 tours à la pochette immaculée, sans titre, avec juste le nom de l'artiste, cela ne vous rappelle rien? Joli clin d'œil de la part de Grey DeLisle à ses illustres prédécesseurs de Liverpool. Cet album (qui tient sur un CD simple) prend son envol, comme une évidence, sous l'appellation The Grey Album. Au menu, vingt titres qui explorent toutes les facettes du talent de songwriter de la dame qui, depuis trois ans et après une absence discographique de dix-huit ans, fait preuve d'une belle créativité. La production est assurée par Marvin Etzioni (ex Lone Justice) et au premier rangs des musiciens figure Murry Hammond (ex Old 97's), complice de longue date (pas seulement musical puisqu'ils ont un fils ensemble). Le talent vocal de Grey explose dans tous les registres. Des titres aux accents country comme le morceau d'ouverture Hello I'm Lonesome ou Daddy, Can You Fix A Broken Heart, des chansons plus rock et blues comme Sister Shook, 40 Something Runaway (avec Cherrie Currie des Runaways), Didn't We Try (avec la présence vocale de Stephen McCarthy des Long Ryders), The Last, Last Time ou I Can't Be Kind, des ballades pleines de tendresse comme Who To Love, A Promise I Can't Keep, Don't Let Go Of My Hand ou Take Me Dancing Again. Je ne peux citer tous les titres mais aucun n'est faible ni même simplement moyen, comme en témoignent Reach For The Sky, Convince Me ou encore My Darlin' Vivian. Parmi les musiciens qui donnent des couleurs lumineuses à ce Grey Album, je retiendrai particulièrement Tammy Rogers (violon, alto et arrangements de cordes) et Greg Leisz (steel guitar, Rickenbacker 12 cordes). À l'exception de Convince Me (écrit à l'origine pour Roy Orbison par Marvin Etzioni) et A Coastal Town, coécrit avec Joey Simeone, a écrit toutes les parole et musiques du disque. Cependant, si vous écoutez le dernier titre, l'émouvant Red Dress, vous reconnaitrez certainement une mélodie connue depuis la Carter Family (I'm Thinking Tonight Of My Blue Eyes). Dire que The Grey Album est une réussite est un euphémisme, c'est un véritable moment de bonheur musical qui dure près d'une heure


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Jefferson ROSS

"Backstage Balladeer"

 J'ai découvert Jefferson Ross vers 2012 pour sa participation à la trilogie The 1861 Project de Thomm Jutz. J'ai ensuite présenté ses albums dans les colonnes du Cri du Coyote à de nombreuses reprises. Notre homme, accompagné du producteur et multi-instrumentiste Thomm Jutz, a démontré au cours de la dernière décennie qu'il était un auteur-compositeur interprète de haute volée dont on peut simplement se demander pourquoi il n'est pas plus célèbre en dehors de sa Georgie. Avec Backstage Balladeer, Jefferson a choisi de se passer de toute aide, de privilégier le côté artisanal de son œuvre. Écriture, interprétation, enregistrement, mixage: il a tout fait, à la matière de Paul McCartney pour son premier album solo. Le son est plus brut que dans les disques précédents mais cela ne fait qu'ajouter au charme de l'ensemble. Les thèmes abordé sont variés et si Power a des connotations politiques et House Of The Lord religieuses, Lion In Zion sonne comme un gospel teinté de reggae, alors que The Blues And The Blood a des accents blues-rock lancinants, presque inquiétants. Travel, un des sommets du disque, honore une des nombreuses passions de Jefferson, le voyage. Son dernier en date, en Europe, en 2022, l'a amené à passer par la France, de la Provence à l'Alsace en passant par Paris, et les clichés qu'il a pris à cette occasion démontrent un autre de ses talents, la photographie qu'il pratique avec un œil de peintre (il excelle aussi dans ce domaine). Tout cela pour vous dire que chacun des textes est un véritable portrait, ou un paysage, avec une dimension qui dépasse celle de la simple chanson. Il peut évoquer Jerry Lee Lewis ou Mary Magdalene (deux titres de chansons) ou s'aventurer davantage musicalement avec Serpent, il sait nous régaler avec Brimstone Blues ou le superbe Backstreet Balladeer qui justifient à eux seuls l'acquisition de l'album. DIY peut-être, excellent certainement, Backstreet Balladeer a tout ce qu'il faut pour être aimé, sans condition. 


 

 

Martha FIELDS

"Live!" 

Martha Fields, alias Marty Fields Galloway, avait prévu d'enregistrer un album live (CD + DVD), il y a quelques années, du côté de Bordeaux mais COVID et confinement en ont décidé autrement. C'est donc en novembre 2023 que Martha, accompagnée de ses French boys, s'est retrouvée à Lanton, au Baryton, pour réaliser enfin son projet qui permet à celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de voir le groupe en concert de mesurer l'énergie déployée sur scène. Martha (guitare acoustique et chant) est accompagnée par Manu Bertrand (dobro, banjo, mandoline, lap steel et harmonies), Urbain Lambert (guitare électrique et harmonies), Serge Samyn, (contrebasse, basse électrique et harmonies), Olivier Leclerc (violon) et Denis Bielsa (batterie). Un concentré de haut niveau au service d'un répertoire partagé entre compositions de Martha et reprises choisies. Les premiers titres évoque la double appartenance de Martha, qui  se partage entre USA et France. Il y a d'abord Paris To Austin où la Seine ressemble au Colorado, puis Country Roads Of France avec ce pont entre deux continents: "Yes the bridge is long and wide / Faire un pont pour de bon". Dans le traditionnel Lonesome Road Blues, Martha évoque la douleur du partir: "My momma, she said don't go to France / I got ants in my pants so I went to France" (Maman m'a dit ne va pas en France / J'avais des fourmis dans les jambes donc je suis parti en France). Biscay Bay, Headin' South et Demona évoquent des souvenirs personnels avec, intercalée, une belle et dynamique reprise de Honky Tonk Blues de Hank, Sr. C'est ensuite la chanson bilingue que tout le monde connaît et chante en chœur, J'entends Siffler le Train / 500 Miles et Johanna, chanson pleine d'émotion pour celle qui "Ressemblait à Mata-Hari / S'habillait comme Marlene Dietrich / Dansait au Moulin Rouge / Pour les soldats du Troisième Reich". Changement de décor avec le Kokomo Blues de Mississippi Fred McDowell où le Chicago blues est mis à l'honneur, prétexte à une jam magnifique où le talent d'Urbain, Olivier et Manu expose littéralement, avec le soutien sans faille de Serge et Denis. Vient ensuite un moment de calme avec Wayfaring Stranger qui permet au six amis de mieux déployer une dernière fois leur énergie, au couleurs du bluegrass, avec le célèbre Orange Blossom Special qui laisse tout le monde sur les rotules. J'aurais aiméêtre là, c'est ce que chacun se dit au bout de ces soixante-dix-huit minutes de partage musical. Pour ma part, j'avais prévu d'assister à l'enregistrement prévu initialement, mais le destin en a décidé autrement


 

Guy CLARK

"Looking For The Words: Live at the U of H Coffee House – October 30,1970" 

Si l'on m'avait dit qu'en 2025 je chroniquerais un album de Guy Clark, décédé il y a tout juste neuf ans, j'aurais doucement souri! Quelques chutes de studio ou maquettes ont bien été publiées, mais cela ne suffisait à donner matière à un texte. Mais lorsque j'ai vu ce Looking For The Words, enregistré en public en 1970 (je rappelle que Old No. 1, le premier LP de Guy n'est paru qu'en 1975), j'ai été intrigué et ma curiosité a été bien récompensée. Pour ce qui est de la qualité sonore, elle est excellente et cela malgré les vicissitudes survenues à l'enregistrement réalisé par John Kuntz ainsi qu'il le narre dans les notes du livret (seize pages richement documentées et illustrées). Pour ce qui est du contenu, la surprise est aussi grande qu'agréable. À côté des traditionnels Frankie And Johnnie et Rye Whiskey, des blues Corina Corina et San Francisco Bay Blues, des standards que sont Just Like Tom Thumb's Blues de Bob Dylan (qui avait lui aussi à son répertoire de jeunesse les deux blues précités) et These Days de Jackson Browne, le CD propose douze compositions du jeune Guy Clark. Œuvres d'un auteur-compositeur qui se cherche encore ou titres déjà mûrs, ces chansons présentent un point commun: elles n'ont jamais été enregistrées par Guy sur un de ses albums studio. On connaît juste Step Inside My House devenue Step Inside This House pour donner le titre à un double album de Lyle Lovett en 1998. Looking For The Words se déguste comme un tout, d'un seul trait. Qu'il s'agisse d'un Susanna à l'état d'ébauche (y compris pour le jeu de guitare) ou d'un Frankie And Johnnie survitaminé, de chansons plus abouties comme Raggedy Ann, Spring Thing ou Step Inside My House où l'on trouve déjà le Guy Clark que l'on aimera plus tard, on reste captivé tout au long de ce concert où l'authenticité domine. Et puis, découvrir des titres de la qualité de The Gypsy Boy, Wine And Cigarettes et surtout Looking For The Words, plus d'un demi-siècle après, c'est un plaisir dont il serait dommage de se priver. Guy finit ce show par Headed Back To California, une chanson qui n'est en rien prophétique puisque, dès l'année suivante, Guy et Susanna Clark allaient quitter le Texas pour Nashville où s'écrirait leur brillant destin. 


 

 

Barry ORECK and Friends

"We Were Wood" 

L'espèce des songwriters n'est pas en voie d'extinction aux États-Unis d'Amérique. Beaucoup d'entre eux émergent sur le tard après une vie passée à travailler pour vivre, laissant en sommeil une passion toujours vivante. Il est bien dommage que certains ne se fassent jamais entendre en dehors d'un cercle restreint. Barry Oreck est de ceux-là. Originaire de Chicago et établi à Brooklyn, il a fréquenté Steve Goodman et Frank Hamilton dans sa jeunesse et à mené une carrière de chorégraphe dans la danse et le théâtre tout en continuant à écrire et chanter ses chansons dans un style qui défie les étiquettes. Il revendique comme influences Stephen Sondheim, Odetta, Steve Goodman, Tom Waits et Tim O'Brien. Il aborde des thèmes variés, personnels ou politiques, parle de l'amour et du vieillissement, de questions sociales et écologiques. Il a publié son premier album en 2016 et We Were Wood est son cinquième. Le groupe d'ami(e)s autour de Barry (guitares et chant), se compose de Jesse Miller (guitares et harmonies), Rima Fand (violon et harmonies) et Adam Armstrong (basse). Les dix chansons sont de la plume de Barry, trois ayantété coécrites avec Rob Meador. Elle sont toutes sur un même tempo calme et la voix riche et sensible de Barry vogue tranquillement sur des arrangements pleins de trouvailles où chaque musicien apporte sa pierre à l'édifice. C'est véritable travail de groupe dont la production est assurée par Barry Oreck et Bob Harris qui ajoute quelques touches de mandoline, percussion et claviers. Parmi les titres qui ressortent du lot, je citerai Build Me A City: The Ballad Of Robert Moses (Robert Moses est un peu à New York ce que le Baron Haussmann est à Paris), The Crabbit Wee Tailors Of Forfar, et surtout The Norris Dam qui évoque la construction d'un barrage dans le Tennessee avec le drame vécu par les familles qui ont été obligées de tout quitter pour laisser la place au progrès, l'eau noyant l'histoire et les souvenirs d'une région entière (le Lac du Der ou celui de Serre-Ponçon, chez nous, auraient aussi pu inspirer des chansons). We Were Wood se termine sur She Calms Me, une tendre chanson d'amour, belle conclusion pour un disque attachant


 

Gordie TENTREES & Jaxon HALDANE

"Double Takes" 

Gordie Tentrees vient du Yukon et Jaxon Haldane du manitoba et ont longtemps mené des carrières parallèles, Gordie était davantage connu comme songwriter et Jaxon comme multi-instrumentiste (aux côtés des Sadies, de Romi Mayes ou de Jon Spencer). Ils ne se sont rencontrés qu'en 2005 lors d'un pique-nique chez Fred Eaglesmith dans l'Ontario. C'était d'ailleurs leur dénominateur commun puisque Gordie a souvent assuré les premières parties de Fred alors que Jaxon était un ami de longue date et protégé de Willie P. Bennett, fidèle second de Fred, sur disque et sur scène. Les deux nouveaux amis ont tout naturellement eu envie de se produire ensemble, assurant plus de 1100 show ensemble lors de la dernière décennie (j'avais eu la chance de les voir à Nancy en novembre 2015), dans le même esprit de camaraderie et de qualité qui a uni Fred et Willie pendant leurs vingt-cinq années de vie musicale commune. S'ils avaient publié un album en public, intitulé Grit (voir Le Cri du Coyote n° 157 en juin 2018), Double Takes est leur premier disque commun en studio. Jaxon a écrit et chante en s'accompagnant à la guitare acoustique Franklin, Crystal, Drive Or Push, Bobbi & Gus et Nowhere Fast. Gordie a écrit et chante en s'accompagnant à la guitare acoustique Arcata, Time, Gratitude, Tinkering et Bygone Days. Jaxon y ajoute toute une palette d'instruments, comme guitare électrique, la lap steel, mandoline, scie musicale et banjo (ainsi que des harmonies vocales) alors que Gordie se contente d'ajouter harmonica et dobro sur Bobbi & Gus. Cela étant, et contrairement à ce que cette énumération pourrait laisser croire, il s'agit bien d'un disque commun dont l'unité n'est jamais mise en doute. Parmi les musiciens invités ou associés (et je n'omettrai pas de citer Shawn Fichter à la batterie et Steve Mackey à la basse), on trouve quelques noms légendaires comme Charlie McCoy à l'harmonica sur le bluesy Drive Or Push et sur Gratitude, Lucky Oceans (Asleep At The Wheel) à la pedal steel sur Time. Il y a aussi Tania Elizabeth au fiddle sur Bygone Days et Crystal. Bill Chambers (moins célèbre que sa fille Casey) est à la lap steel sur Franklin et son fils Nash produit le disque, ajoutant quelques percussions et un peu de melodica. C'est un album plein de musicienneté (ne cherchez pas dans le dictionnaire, c'est ma version française de musicianship), de talent, d'amitié, de mélodies et de voix qui touchent. Si jamais ces deux-là passent près de chez vous, n'hésitez pas, il en valent le plaisir. Et puis Jaxon, entre sa scie à archet et ses boîtes de cigares transformée en guitares, c'est un spectacle à lui tout seul. 


 

lundi 12 mai 2025

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

Alison KRAUSS & UNION STATION

"Arcadia" 

Cri du 💚 


La voix de l’ange est de retour. Notre ange à nous, les bluegrasseux. Alison Krauss revient au bluegrass, quatorze ans après Paper Airplane, son dernier album avec Union Station (Le Cri du Coyote 123). Dans l’intermède, elle ne nous guère offert que le très dispensable disque country Windy City en 2017 et le deuxième album avec Robert Plant en 2021. Looks Like the End of the Road, le premier titre d’Arcadia, est une valse qui débute par une rythmique de guitare toute simple. Pourtant, dès les premières notes, on sait que la magie va fonctionner. Il y a un son Union Station qui magnifie la voix d’Alison (à moins que ce soit l’inverse)… Toutes les rythmiques, tous les arrangements sont délicats et somptueux. Je ne vous épargnerai pas la comptabilité dressée par tous les amateurs de bluegrass depuis la sortie de So Long So Wrong en 1997. Oui, cette fois encore, il n’y a qu’un seul titre chanté par Alison avec Ron Block au banjo. Dans la mesure où les chansons sont plutôt graves, les thèmes douloureux, le dobro de Jerry Douglas et la guitare de Ron Block dominent logiquement les arrangements. Adam Steffey (un ancien Union Station) est en renfort à la mandoline sur deux titres. Alison est plutôt discrète au violon. Elle a habilement sélectionné le répertoire, de très jolies mélodies idéales pour sa voix, pour la plupart œuvres de compositeurs avec lesquels elle a déjà travaillé (Robert Lee Castleman, Jeremy Lister, son frère Viktor, Dan Tyminski). One Ray of Shine a une très jolie mélodie. Le chant est tour à tour délicat et puissant dans The Wrong Way, magnifiquement souligné par le dobro. La voix est d’une pureté incomparable dans There’s A Light Up Ahead. Et Alison chante évidemment tout aussi bien quand la chanson est menée par le banjo (Richmond on the James). Il y a un changement notable dans Union Station (le premier depuis plus d’un quart de siècle). Russell Moore remplace Dan Tyminski, occupé par sa propre carrière solo, comme second chanteur. Tout le monde connait Russell Moore, une des grandes voix du bluegrass, élu 7 fois de suite chanteur de l’année par IBMA, à la tête du groupe IIIrd Tyme Out depuis plus de 30 ans (qu’il n’a apparemment pas l’intention de quitter), après avoir fait ses classes auprès de Doyle Lawson. Il a été le premier choix d’Alison Krauss quand il a fallu remplacer Tyminski. Il a le même genre de voix, un peu moins de puissance et d’agressivité peut-être. Alison lui a fait de la place puisqu’il interprète quatre des dix chansons. Ma préférence va aux deux titres avec banjo. Snow est une composition bien rythmée de Bob Lucas (dont AKUS a déjà enregistré plusieurs titres et chez qui New Grass Revival avait fait son marché dans les années 70). North Side Gal est un blues entrainant repris du chanteur rockabilly revivaliste JD McPherson avec un solo de banjo boogie. Granite Mills est une bonne chanson plus sombre qui rejoint davantage l’esprit des titres interprétés par Alison. On glisse encore plus dans la noirceur avec The Hangman et, pour tout dire, j’aurais préféré à la place une troisième chanson avec banjo. Malgré le remplacement (peut-être temporaire) de Tyminski par Moore, Arcadia est tout à fait dans la lignée des précédents albums d’Alison Krauss & Union Station. Pas de surprise, mais après avoir attendu quatorze années, c’est exactement ce qu’il nous fallait.


 

 

Sierra HULL

"A Tip Toe High Wire" *

Cri du 💚 

25 Trips, le précédent album de la mandoliniste et chanteuse Sierra Hull qui date de 2020 (Le Cri du Coyote 165) ayant été Cri du Cœur, A Tip Toe High Wire l’est aussi puisqu’en gros, c’est le même en mieux. En plus cohérent au moins avec des arrangements servis par une équipe réduite (Shaun Richardson - guitare, Avery Merritt - fiddle, Erik Coveney - basse, Mark Raudabaugh - batterie), de jeunes et talentueux musiciens encore peu connus bien que certains aient déjà accompagné des artistes comme Béla Fleck, Missy Raines, Dailey & Vincent, Tony Trischka ou Front Country. Pas de pedal steel, de claviers ni de violoncelle comme dans 25 Trips, et peu de guitare électrique (jouée par Sierra elle-même). Sierra a juste ajouté du banjo (Béla Fleck) sur un instrumental et son mari, Justin Moses (dobro) sur trois chansons. Il y a moins de digressions instrumentales également, ce qui n’empêche pas de brillantes interventions des différents musiciens. Les rythmiques sont très originales mais toujours efficaces. Le son de la mandoline de Sierra est magnifique, son jeu virtuose. Les sommets de l’album sont Muddy Water, à la fois rythmé et délicat et Spitfire, superbement chanté, un des deux titres que Sierra accompagne (très bien) à la guitare. Let’s Go a des influences Nickel Creek / newgrass alors que la ballade Redbird et Truth To Be Told nous rapprochent davantage de l’univers d’Alison Krauss (sans doute en partie à cause de la présence du dobro). Come Out of My Blues avec sa délicate rythmique en arpèges de mandoline et Boom ont de fortes influences blues. Parmi les deux instrumentaux, malgré la présence de Béla Fleck en duo avec la guitare électrique de Sierra dans E Tune, ma préférence va à Lord That’s A Long Way, original, virtuose et musical à la fois. Tous les morceaux ont été écrits ou coécrits par Sierra. Pas un titre faible dans ce très bel album, au point de rendre presque anecdotique la présence de chanteurs comme Tim O’Brien, Ronnie Bowman, Aoife O’Donovan et Lindsey Lou en harmonie vocale. 


 

 

Becky BULLER

"Jubilee" 

Jubilee a été inspiré à Becky Buller par la dépression qu’elle a vécu pendant le confinement. L’album contient dix titres mais dure moins de 25 minutes car cinq morceaux font moins de deux minutes, Prelude et Interlude plafonnant à une trentaine de secondes. C’est un album parfois grave mais jamais triste ni pessimiste. Mon titre préféré, Kismet, est même un instrumental entrainant, voire joyeux. Spiral, autre instrumental, est plus romantique. Aucune des quatre chansons n’est réellement marquante mais aucune n’est banale. Jubilee a été coécrit par Becky avec Aoife O’Donovan (elle a composé seule les autres morceaux) qui chante avec elle les refrains. Dans Woman, Becky s’accompagne avec un banjo old-time baryton qui amène de la gravité. Alone est construit sur une rythmique de mandoline newgrass (Wes Lee) et laisse de grands espaces aux solistes du groupe de Becky (Ned Lubercki - banjo; Becky - fiddle; Jacob Groopman guitare). Whale est un blues bien rythmé qui permet un des nombreux duos banjo-fiddle de l’album. Jubilee est un album atypique dans la discographie de Becky Buller et sans doute à conseiller en priorité à ses fans.


 

 

Various Artists

"Bluegrass Sings Paxton" 

À l’initiative de Cathy Fink (qui a souvent composé avec Tom Paxton) et du songwriter Jon Weisberger, Bluegrass Sings Paxton propose douze chansons de Tom Paxton en version bluegrass par douze interprètes différents. La partie protest song du répertoire de Paxton n’est malheureusement pas reprise ici (ses chansons contre la guerre du Vietnam, le formidable Johnny Got A Gun sur la prolifération des armes) mais ce n’est sans doute pas celle qui s’adapte le plus facilement au bluegrass. Huit chanteurs sont accompagnés par une formation 5 étoiles réunie pour la circonstance: Kristin Scott Benson (banjo), Deanie Richardson (fiddle), Darren Nicholson (mandoline), Chris Jones (guitare) et Nelson Williams (contrebasse). Ils déploient tout leur talent pour donner des arrangements vraiment bluegrass à des chansons qui ne le sont pas. Les interprétations les plus remarquables à mon goût sont celles de Claire Lynch (I Give You The Morning) et Laurie Lewis (Central Square) grâce à la douceur de leurs voix qui convient bien à des titres qui sont, à l’origine, des ballades folk. On notera également l’interprétation remarquable du blues The Things I Notice Now par Alice Gerrard qui ne devait pas avoir loin de 90 ans au moment de l’enregistrement (c’est son âge aujourd’hui). The Last Hobo par Chris Jones n’est pas mal non plus. Leaving London (Greg Blake), The Same River Twice (Aaron Burdett, nouveau chanteur de Steep Canyon Rangers), Looking for the Moon (Sav Sankaran, bassiste de Unspoken Tradition) et Ramblin’ Boy (Danny Paisley) sont plus ordinaires. Trois titres sont interprétés par des groupes constitués. Sister Sadie reprend sans grand brio The Last Thing On My Mind, la composition de Tom Paxton la plus populaire dans le milieu bluegrass (la version de Tony Rice est la plus célèbre). Depuis quelque temps, Tim O’Brien et son épouse Jan Fabricius composent régulièrement avec Tom Paxton (un album entier de leurs chansons devrait sortir courant 2025). Tim et son groupe interprètent ici une de leurs œuvres communes, le gospel You Took Me In, arrangé à la manière de Flatt & Scruggs avec la guitare en fingerpicking, mais avec le swing propre à O’Brien et une belle partie de fiddle de Shad Cobb. Autre chanson de Paxton parfois reprise par les formations bluegrass, I Can’t Help But Wonder Where I’m Bound est chanté en duo par Tom Paxton lui-même et Celia Woodsmith, accompagné par Della Mae, le groupe de Celia qu’on pourra entendre à Bluegrass In La Roche l’été prochain. La voix de Celia est magnifique sur ce titre. Della Mae accompagne également Cathy Fink (banjo clawhammer) et Marcy Marxer (mandoline) dans All I Want, une compo de Tom et Cathy, intégralement chantée en duo par Cathy et Marcy. C’est un des tout meilleurs titres de l’album avec son tempo rapide et un joli solo de Kimber Ludiker (fiddle). 


 

 

SHADES OF NIGHT 

 

Après Bluegrass 43, les Cactus Pickers, Turquoise, les Banjomaniacs, Sanseverino (j’en oublie certainement), Shades of Night est la nouvelle aventure musicale de Jean-Marc Delon. Shades of Night est un duo formé de Jean-Marc (guitare, banjo) et Marie Sheid (contrebasse). Tous deux chantent. Pour ce premier EP (7 titres), ils ont décidé d’enregistrer dans les conditions de la scène, c’est-à-dire que Jean-Marc ne double pas banjo et guitare sur un même titre. Le répertoire est très orienté bluegrass puisqu’il y a trois compositions de Bill Monroe et deux traditionnels qui sont des classiques du genre. Les arrangements le sont moins parce que Jean-Marc ne joue du banjo que sur un titre. Ma préférence va aux deux morceaux les moins liés au bluegrass, très bien chantés par Marie. Pour Song for a Winter’s Night de Gordon Lightfoot, Jean-Marc, à la guitare, s’est inspiré de l’arrangement de Tony Rice. When You Come Back Down sonne folk, très différemment de la version originale qui est un des rares titres de la discographie de Tim O’Brien où on peut entendre un saxophone. Marie chante également Rocky Road Blues. Avec Jean-Marc elle interprète intégralement en duo I’m Blue I’m Lonesome et Rabbit in the Log. De son côté, Jean-Marc chante When the Golden Leaves Begin to Fall et Ain’t Gonna Work Tomorrow. Cette dernière chanson est la seule sur laquelle Jean-Marc joue du banjo et, personnellement, j’en aurais voulu un peu plus… 


 

samedi 3 mai 2025

Disqu'Airs, par Jacques Brémond

 



Malgré les innombrables propositions d’internet, les clips et la consommation musicale en ligne, il reste heureusement des amateurs de disques exigeants et cela permet la continuation d’une production de CD de qualité, comme ceux du label Bear Family, désormais promus directement en France, comme ces exemples récents:

"The Elvis Presley Connection Vol. 4"

(Sous-titre: 28 Roots and Covers of Elvis Presley)

Pas un jour sans Elvis, pas un mois sans une nouvelle sortie depuis son envol céleste en 1977 ! La réserve semble fantastique et inépuisable, avec un sens du marketing qui n’en finit plus de proposer “l’indispensable” version que tout fana a envie de posséder. Mais, à côté des reprises de concerts et les montages à thèmes, et en attendant une éventuelle résurrection du King (?) on exploite aussi l’entourage esthétique, comme ici avec des versions peu connues de chansons dont il a fait des succès. Comme toujours avec Bear Family, le livret et la mise en sons possèdent les qualités qui réjouissent tout collectionneur. Reste à savoir qui a envie d’écouter les 28 pistes qui ont inspiré le King. Je parie que les fans préféreront souvent la version d’Elvis, mais l’écoute des originaux, ou des interprétations diverses, apporte un intérêt à la fois esthétique (une majorité de belles plages sonores) et historique (ce qu’on écoutait en cette époque souvent mythifiée par l’histoire musicale). Avec, entre autres, les qualités de Jerry Reed, Charlie Rich, Don Gibson, Ray Charles, Conway Twitty, Mac Davis, Bob Luman, Bobby Bare, Mark James, Johnny Tillotson, Neil Diamond etc. Bref, une belle collection de voix et d’artistes majeurs, qui forme un album de fan pour les fans et musicologues curieux, ce qui englobe sans doute une bonne partie de nos amis coyotesques 😏
(Bear Family BCD 17760, 2025) www.bear-family.com


 

 

"On The Prowl With The Wolf"

(Sous-titre: 32 Growling and Howling Tracks with the Wolf, about the Wolf and How to get along with the Wolf! Happy Prowling Everybody).

Le loup porte en soi toute une mystique, de la peur à la fascination, et l’animal (réel ou symbolique) a inspiré bien des auteurs de chansons, et pas seulement pour les enfants. D’ailleurs le “loup est à notre porte” -chanté par Howlin’ Wolf (sic)  aux côtés de Leon Payne, les Maddox Brothers (excellents) Amos Milburn, Ray Harris, Sam The Sham (bien aussi), Bunker Hill, The Anderson Sisters, Elvis Presley (ici avec le moins courant Wolf Call) et bien d’autres artistes, encore connus ou non de nos jours. Trente-deux titres réunis par ce thème (le mot Wolf faisant le lien en étant inclus dans le titre des chansons) qui passent de la séduction de l’animal à la métaphore et servent aussi bien les sentiments de crainte que l’état psychologique des transis d’amour. Une belle idée de thème pour réunir des enregistrements issus de divers labels parfois restés obscurs, mêlant un peu tous les styles (country, blues, rock ’n’ roll des années 50 et 60). Un livret de 26 pages joliment illustrées permet d’apprivoiser les divers aspects esthétiques de l’animal, sans oublier des figurations humoristiques (Tex Avery a marqué plus d’une génération!). Ainsi plus personne n’a peur du grand (gentil) loup quand il pousse son chant, et grands et petits peuvent profiter pleinement de ses échos musicaux! (Bear Family BCD17762, 2025) 

 

"That’ll Flat… Git It! Vol. 49"

(Sous-titre: Rockabilly & Rock’n’Roll from the Vaults of Columbia & Epic Records)

Bear Family n’en finit pas de piocher dans les archives, et de proposer des enregistrements quasi inconnus, comme ici de Bill Craddock, Ronnie Self, Onie Wheeler, Werly Fairburn, Johnny Hicks, ou Charlie Adams et Jim Burgett, des noms qui ne parleront peut-être qu’aux mordus du genre. Certes tout n’est pas aussi prestigieux que les grands aînés restés dans les archétypes du rockabilly, mais cette profusion témoigne d’une belle énergie auprès d’un public qui se déhanche avec une délectation parfois juvénile ou, de nos jours, la nostalgie de son adolescence avec les différents “revivals” qui émergent plus ou moins régulièrement au cours des ans. Ce disque de rockabilly ravivé propose des petites perles moins connues de David Frizzell, Johnny Bond ou Little Jimmy Dickens, à côté des grandes stars comme Johnny Horton, les Collins Kids et bien sûr Carl Perkins. Au total 26 titres dont une majorité mérite une attention bienveillante. Un petit morceau d’histoire sans rides, qui semble hors du temps et qui bouge agréablement. (Bear Family BCD17751, 2024)

"Randy Starr - Presley Style Vol. 1" (35 titres) et "Randy Starr - Presley Style Vol. 2" (31 titres)

(Sous-titre : Lost Elvis Songwriter Demos).

J’avoue qu’à part deux ou trois (très) rares exceptions captées sur des sites spécialisés, je ne connaissais pas ces enregistrements de démos. Là encore, le nom d’Elvis permet de réunir des enregistrements réalisés par d’autres artistes. Si Randy Starr est l’auteur d’une douzaine de compositions utilisées dans les bandes sonores des films du King, et capte légitimement l’attention, ainsi que la majorité des titres répartis sur les deux volumes, on découvre aussi Malcom Dodds, Kenny Karen, Bernie Knee, en compagnie de Mimi Roman, sans doute la plus connue encore aujourd’hui. Une compilation inégale, mais qui ouvre les oreilles sur tout un champ musical moins porté sur le devant de la scène à l’époque de sa création et que les fouilleurs du passé aiment parfois raviver avec bonheur.
(Bear Family BCD 17703, 2024 et BCD 17748, 2025)

 

Quelques disques pour ne pas oublier que la scène est principalement alimentée par des artistes “de chez nous”. En dehors des quelques festivals encore actifs, ils sont la principale source de “musique vivante” en concerts. Il faut donc ne pas les négliger:

WISE GUYS

"Terlingua" 

Ces petits malins (ou mafieux, selon les traductions et le contexte ;-) sont bien de chez nous, et plus particulièrement de Lyon : Phil Tardy (basse) JP Gouillon (guitare électrique) Jack Spiry (guitare, voix) Pierre Bissuel (batterie) Jaco Petot (guitare électrique, voix). Jacques “Spring” Spiry est connu depuis longtemps pour son apport à la radio, ses conseils judicieux de programmation de concerts (on se souvient des rendez-vous Navajo!) et avec Georges Carrier pour quelques années de festivals de Craponne au début du siècle. Avec ses complices musiciens, l’inspiration commune qu’ils ont affichée est celle de Buffalo Springfield, Alejandro Escovedo, Tom Petty, Steve Earle, Jerry Jeff Walker, Nick Lowe, Waco Brothers (sic). Belle brochette d’une sorte d’americana, un temps qualifiée d’insurgent. Les compositions, signées Jacques Spiry, ont le tempo et les thèmes dominants d’une marche dans l’univers d’une Amérique sublimée (rêvée ? en tout cas hors de ses scories actuelles). On a envie de chausser les bottes et saisir sa guitare pour les suivre. Un peu comme le voyage permanent d’une vie régénérée à Austin ou dans quelque chemin désertique menant enfin au patelin paumé qu’est Terlingua. Les images de Paris Texas se mêlent à nos propres errances, entre fantômes et redécouvertes de ces ambiances à fleur de peau. Une évidence partagée qui s’impose avec ses coups de guitares acoustiques dominantes, scandées comme un battement de cœur qu’on retrouve au générique d’émotions simples, claires et vibrantes, comme une poésie populaire. NB: bonus sur le net : The Litany Of Heroes. (soundcloud.com/jswiseguys) 


 

 

Eddy Ray COOPER and THE TRAVELERS

"Live à l’Espass Rognac" 

Pas simple de mener une carrière sur un créneau emprunté par une foultitude de chanteurs et de groupes ! Pour-tant, depuis qu’il participa à Sweet Nashville et sortit son premier album en 1996, Eddy tient toujours le coup, et son public et la scène ! Car il a réussi à maitriser l’essentiel de ces musiques entre rock’n’roll, blues et country, que ce soit en solo ou avec des complices comme ici avec Gil Zerbib (basse, voix) et Roberto Ferrero (batterie, voix). Le combo de base en trio - parangon par excellence du rockabilly - est alors exploité à partir de plusieurs sources: Hank Williams, les Cochran Brothers, Chuck Berry, Johnny Cash et Joe Shelton, à qui Eddy ajoute sa propre signature, son célèbre Limoncello Blues. Bref, un mélange de classiques et de réinterprétations, lancé avec fougue et en public (ce qui, encore une fois, nécessite un bonne tenue face aux amateurs). Un peu de nostalgie, mais sans toile d’araignée, pas mal d’action contemporaine, une fidélité incarnée, de quoi faire résonner longtemps encore des classiques auxquels Eddy s’est fort bien intégré avec la complicité d’un auditoire affectueux. (www.eddyraycooper.com)

 

Dallas KINCAID & DYL

"Surging Out Of The Blue" 

Un album indirectement coyotesque, si l’on considère les critères majoritaires de nos plus de trente ans de publications de chroniques (à l’époque du papier !). Cependant, s’ils ont grandi un peu après nous (moi en tout cas ;-) ces deux musiciens ont écouté plein de choses que nous n’avons peut-être pas détaillées à l’époque. En particulier, il existe toute une frange du rock’n’roll que le magazine Abus Dangereux (“Indie Rock, Pop, punk, hardcore, noise, folk le meilleur de la musique indépendante” (sic) a présentée des années durant et dont nous avions quelques échos parfois grâce à la rubrique des Lone Riders (clin d’œil aux anciens lecteurs du Cri du Coyote). Mais comme c’est parfois “en marge” qu’on affine les paragraphes, le “détour découverte” devrait tenter certains de nos lecteurs les plus ouverts. Les deux amis avouent leurs sources musicales communes : “la maladie (!) Cohen, Bowie et Puccini” ! Les compositions sont de Dallas Kincaid, le reste (arrangements et mixage) a été maîtrisé par Dyl. Jetez une oreille et testez cette réalisation, même si aucun projet de concert n’est annoncé. Et amusez-vous à chercher les noms des “bons gars” derrière leurs pseudonymes, vous ne serez pas dépaysé(e)s. (Masters At Paradise 3/1).  


 

 

Finissons avec un nouvel épisode des grands classiques de notre univers sonore:

 

Les Nocturnes – Georges Lang

(Sous-titre : Best Of Cool & Soft Rock)

Le coffret de 5 CD propose un livret intéressant sur la destinée de la radio des années 70 (les pirates, Europe n°1, Pop Club, Radio-France et bien sûr RTL, l’influence anglo-saxonne jusqu’à la (re)découverte des productions hégémoniques américaines). Il accompagne cette riche compilation. On revisite l’enfance musicale et les moments de vie de Georges, son apprentissage comme animateur, sa voix de confesseur amical, proche de nous, avec une science des enchaînements qui nourrit une expérience toujours enrichie par des nouveautés. Georges a interviewé et fréquenté les plus grand(es) mais ici il s’agit d’écouter une partie de sa richissime discothèque lancée à l’antenne dans “la chaleur de la nuit”. L’appellation Soft Rock est suffisamment souple pour que chacun y accroche sa préférence. On peut consulter sur Internet la liste des auteurs et titres (trop longue à citer ici, 92 pistes !). Même si on n’est plus familier de certains titres historiques, le temps passant, notre mémoire rejoint un forme de patrimoine collectif qui résonne encore, comme une sorte d’inconscient réveillé par cette écoute. On a tous entendu l’essentiel de ces titres et on peut maintenant vraiment les écouter ! Un petit coup de jouvence qui garde sa force d’émotion et donne envie de prendre la route des vacances avec la "radio plein les oreilles”. (Universal/ Panthéon/ RTL). 

© Jacques Brémond

samedi 19 avril 2025

Disqu'Airs, par Alain Fournier et Éric Allart

 

Jack ELLIOTT & Derroll ADAMS 

"Folkland Songs" SCR-94

"Riding in Folkland" SCR-95

Superbe réédition remasterisée des deux albums enregistrés à Milan en 1957 par Walter Guertler pour son label Joker. 28 standards de la musique acoustique américaine interprétés avec décontraction par nos deux bourlingueurs U.S, armés d’une simple guitare et d’un banjo 5 cordes! Beaucoup de fraicheur, de justesse et de sincérité dans des prises de son réalisées voilà déjà 68 ans! Au milieu des classiques Mule Skinner Blues ou San Francisco Bay Blues, en passant par Hard Travelin, on remarque déjà Portland Town la compo fétiche que Derroll ne gravera qu’en 1967 sur son premier album solo chez Ace of Clubs. Avec l’approbation de Jef van Gool, Theo Lissenberg et Danny Adams, saluons cette initiative judicieuse de Pieter Groenveld qui nous replonge dans la musique folk des Années 50 avec un enthousiasme renforcé.

Pour l’anecdote, la photo-couleur insérée à l’intérieur de la pochette a été prise sur les rails près de Milan en 1957: elle aurait pu être utilisée à l’époque pour la couverture de ces deux albums italiens. Il n’en fut rien… Curieusement ce cliché inédit se retrouvera sur un 33t français Barclay des Coachmen daté de 1959, et sous-titré Ce bon vieux Far-West! Encore un mystère de l’industrie phonographique… Familiers ou non de l’univers musical de Ramblin’ Jack et de Derroll Adams, vous trouverez un éternel parfum folk chez ces "deux parfaits inconnus" qui devraient vous séduire. (Alain Fournier)
Strictly Country Records SCR@PieterGroenveld.com 


 

 

 

Johnny Lee WILLS

"The Band’s A Rockin’" 

A l’heure où un trublion à la coiffure orange prétend rendre sa grandeur à l’Amérique, force est de constater qu’en matière d’édition musicale, ledit pays est à la ramasse si on le compare aux productions luxueuses de référence du label allemand Bear Family records basé à Brème. L’auteur de cette chronique, comme de nombreux ex-teenagers de sa génération, voue un culte mérité à la série de LP Rompin’ Stompin, Singin’ Swingin’ sortis au milieu des années 1980. Alors que les Stray Cats dominaient le marché revivaliste, pour la première fois, le vieux monde avait accès aux pointures du Western Swing, du Hillbilly Bop, qui avaient ouvert la voie dès les années 30. Spade Cooley, Pee Wee King, Al Terry, sortaient de l’oubli pour frapper une génération d’Européens qui de fait, fut la première à être exposée à cet héritage. En 1983, le BFX 1503 proposait 14 titres issus des sessions RCA Victor de Johnny Lee, cadet de Bob Wills, qui à l’instar de Luke et Billy Jack, profita de l’énorme demande du public pour prendre la tête d’un orchestre de western swing franchisé destiné à suppléer à l’impossibilité des Texas Playboys d’assurer tous les contrats. Si Bob était tout en exubérance, vampirisant la scène par ses cris et interjections, Johnny Lee, plus réservé, s’efface derrière la dream team qu’il a en main. Les vocalistes Leon Huff et Curley Lewis brillent sur des plages mises en boite entre 1941 et 1953. Le western swing d’après guerre est plus compact, plus agressif, les structures rythmiques plus lourdes et percutantes. La période est fascinante car elle correspond à la transition rapide qui contient déjà tous les germes du rock and roll. Les boogies et les blues sont déjà dedans. La coexistence avec quelques ballades et novelties swing accroit encore la distorsion et la richesse du répertoire. On y perçoit tout l’humour et la transgression du western swing, les solis de steel, de guitare électrique, de piano et de clarinette sont parfait, les twin fiddles ont encore le phrasé rugueux, il se dégage de tout ceci un sentiment de bonheur et de joie communicative. La version de Milk Cow Blues de 1941 à elle seule justifie l’achat immédiat. Je tiens le Tom Cat Boogie de 1950 comme un chef d’œuvre. Alors qu’un optimisme contagieux transparait dans tout l’album, le genre va entrer en crise profonde et connait alors son chant du cygne. Le 45 tours et la télévision captent un public plus jeune. Le Rockabilly et le Rock and roll naissant n’auront aucune gratitude pour leur père fondateur. La formation va vivoter avec un noyau de fans vieillissant. Johnny Lee décède en 1984. Les 14 titres du vinyle de 1983 ont ici été accrus de 17 supplémentaires avec un livret somptueux. Alors que les coffrets intégraux Bear Family à plusieurs centaines d’euros sont souvent inaccessibles bien qu’exhaustifs et remarquablement documentés, ce CD de 31 titres est un investissement digne de figurer dans toute bonne discothèque, pour une écoute assise ou dans un dance hall! La remarque vaut d’ailleurs pour les autres éditions de cette formidable série. (BCD 17146. Série Gonna shake this shack tonight) © Eric Allart


 

 

"Headin’ For The Poorhouse - 

What To Do When The Money Is Through ?” 

Le label encyclopédique de référence se livre avec cette compilation à un exercice thématique qui n’est pas étranger aux lecteurs du Cri du Coyote : picorer des chansons à travers les décennies sur un sujet unique. Nous explorons ici les facettes de la pauvreté, du manque d’argent. Trente titres très divers, de 1948 à 1969, où des anonymes côtoient des figures de notoriété mondiale comme Elvis Presley, Carl Perkins, Slim Harpo, Clyde Mc Phatter mais aussi un obscur groupe allemand de 1962, The Rebel Guys. Les genres qui ont fait la réputation du label allemand sont presque tous échantillonnés, à l’exception du Bluegrass. Blues, Rhythm and Blues, Hillbilly, Western swing, Teenage Rock, Rock and roll. J’apprécie beaucoup cette confrontation de chapelles qui ouvrent l’esprit et le goût en montrant à quel point des sujets communs transcendent les barrières commerciales. Un constat en ressort : si des chansons légères ironisent sur la dèche passagère (en particulier celle des ados), un fond tragique et violent irrigue le tableau d’une société où une sécurité sociale inexistante a vite fait de plonger dans la misère. Celle-ci est parfois arborée comme motif de résilience et fierté devant les épreuves (Faron Young), dans d’autres cas elle est le moteur des pires compromissions et trahisons (Eugene Lee). Si l’édition ne s’étend pas sur des commentaires, elle offre en sus des 30 titres un livret de 38 pages, où biographies et illustrations de qualité confirment qu’un achat chez Bear n’est pas une dépense mais un investissement. Si je n’ai pas de réponse simple sur “Quoi faire quand l’argent fait défaut?”, j’ai une idée claire de la situation inverse: acheter le BCD 17763 de Bear Family. © Eric Allart 

 

lundi 10 mars 2025

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

A.J. LEE & BLUE SUMMIT

"City of Glass" 

A.J. Lee & Blue Summit seront parmi les invités vedettes de la vingtième édition du prochain festival Bluegrass in La Roche. Le groupe était déjà venu en 2019. Scott Gates a depuis remplacé Jesse Fichman mais la formation californienne a toujours cette composition très particulière avec deux guitaristes solistes (Gates et Sullivan Tuttle, frère de Molly), une mandoliniste (A.J. Lee) et un fiddler (Jan Purat). Le contrebassiste Forrest Markowitz n’est pas crédité comme membre du groupe mais il est présent dans 11 des 12 titres de City of Glass, leur troisième album que m’avait chaudement recommandé Philippe Ochin l’été dernier (et que j’ai eu quelques difficultés à me procurer sinon je vous en aurais parlé plus tôt). Sans banjo ni dobro, avec deux guitares, A.J. Lee & Blue Summit n’est pas votre groupe de bluegrass habituel et aucune chanson n’est vraiment dans ce style. A.J. a un timbre pur, une jolie voix douce idéale pour des compositions calmes comme All I Know et surtout le magnifique slow I Still Think of Her, ou la seule reprise de l’album, le blues He Called Me Baby de Harlan Howard qu’avait aussi enregistré Patsy Cline et dont Blue Summit fait un arrangement habilement modernisé. La modernité passe aussi par les harmonies pop et la mandole (A.J.) dans Hillside. Sick on a Plane a un bon arrangement pop et un rythme entrainant mais j’ai trouvé le texte ridicule (ou alors il y a un sens caché que je n’ai pas compris). City of Glass qui a donné son titre à l’album est une autre composition de A.J. où elle montre la puissance de sa voix, bien soutenue par le banjo old-time de Luke Abbott. A.J. avait débuté avec le groupe de la famille Tuttle qu’elle retrouve dans I Can’t Find You At All, une composition de Sullivan et son père Jack qu’elle interprète en duo avec Molly. L’enthousiasme et le dynamisme de la voix de Scott Gates font contraste avec la douceur de A.J.. Bakersfield Clay est un blues lent avec pedal steel qui m’a moyennement plu mais qui se termine en yodle, ce qui fait toujours son effet. Scott est surtout épatant dans le swing rapide Toys et le boogie Sollicitor Man. Sullivan Tuttle ajoute encore une autre couleur à la palette sonore de Blue Summit avec sa voix chaude de baryton (un petit côté Johnny Cash) dans Seaside Town, relevé par une batterie, des chœurs féminins (Rainbow Girls) et un soupçon de guitare électrique. On notera aussi l’originalité de la pochette de City of Glass, un dessin de l’illustrateur belge François Schuiten. Hâte de revoir A. J. & Blue Summit sur la scène de La Roche-sur-Foron.


 

 

The GRASCALS

"20" 

Si le treizième album des Grascals s’intitule 20, c’est que le groupe célèbre ses vingt ans d’existence. C’est le troisième disque depuis le départ de son principal chanteur et membre fondateur Terry Eldredge. Vocalement, les Grascals semblent avoir retrouvé un équilibre avec le retour de Jamie Johnson (l’autre chanteur des débuts du groupe) aux côtés de John Bryan qui l’avait remplacé en 2015. Avec deux chanteurs aux registres similaires, le son des Grascals est forcément différent de l’époque où le timbre nasillard d’Eldredge contrastait avec celui de ses différents partenaires. Il demeure une constante cependant, les trios sont toujours parfaits avec l’harmonie baryton du contrebassiste Terry Smith. En plus du retour de Jamie Johnson, le groupe a un tout nouveau fiddler, Jamie Harper. Une recrue de premier choix puisque le nouveau venu a été membre de Sideline et du groupe de Junior Sisk et qu’il est l’auteur d’un album solo remarqué, Old Pal (Le Cri du Coyote 148). Deux titres de 20, Tennessee Hound Dog et Georgia Pineywood, proviennent du répertoire des Osborne Brothers, une des principales influences des Grascals à leurs débuts, et ce sont de belles réussites, restituant l’esprit Osborne Brothers avec un son actuel. Jamie Johnson interprète très bien Coal Dust Kisses, un bon countrygrass écrit par Jerry Salley, et I Go, une chanson rapide, assez moderne, une de ses quatre compositions pour cet album. John Bryan s’illustre particulièrement sur la mélodie mélancolique du slow I Need A Night Off et sur une des compositions de Johnson (coécrite avec Adam Haynes), Reflection, moderne également, avec un bon arrangement et la voix mixée en avant dans le style de Peter Rowan. Dans le même style, Just Let Me Know mené par le banjo de Kristin Scott-Benson n’est pas mal non plus. Jamie Harper interprète Some People Make It, un blues de Roger Miller avec un timbre qui rappelle celui de Terry Eldredge. Les Grascals ont aussi inclus un gospel, Come Jesus Come, chanté par Johnson. Les autres chansons m’ont paru moins intéressantes. En revanche le mandoliniste Danny Roberts signe 12th & Pine, un joli instrumental sous influence grismanienne qui a inspiré les trois solistes du groupe. 


 

 

Lluis GÓMEZ

"Dotze Temps" 

Lluis Gómez est un des tous meilleurs banjoïstes européens et sans doute celui qui fait preuve de la plus grande créativité. Il aime mélanger les cultures et les influences et il a réuni pour enregistrer Dotze Temps le violoniste français Raphaël Maillet, le guitariste tchèque Ondra Kozak et sa compatriote espagnole et fidèle contrebassiste Maribel Rivero. Lluis avait précédemment réussi le mélange du bluegrass et du flamenco avec le groupe Flamengrass et l’album Alegria (cf. avril 2022). Trois titres de Dotze Temps en sont le prolongement. Carol Duran, la chanteuse de Flamengrass interprète en duo avec Maribel Rivero une de ses compositions, Tardes de Juliol, et surtout le magnifique traditionnel Anda, Jaleo. Il y a des claps de mains dans cette dernière chanson qui accentuent le côté flamenco et qu’on retrouve comme seul soutien du banjo dans Alma, une des quatre compositions instrumentales de Lluis pour Dotze Temps. Dans la seconde, T’ho Vaig Dir!, l’influence de Tony Trischka est nettement perceptible. Dans ses interventions, Raphaël Maillet profite largement de la liberté que peut donner ce genre de titre. Lluis Gómez traîne à longueur d’année son banjo aux quatre coins de l’Europe, notamment au rassemblement bluegrass de Virton en Belgique qui lui a inspiré Virton Banjo Musette, une valse (musette) très bien jouée par les quatre musiciens. Les choses se calment un peu dans le quatrième instrumental de Lluis, Dora. On retrouve encore des sonorités espagnoles dans Barcelona Castaway qui, curieusement, est une composition de Ondra Kozak, moderne, avec un beau dialogue entre le banjo et le fiddle. Le dernier instrumental de Dotze Temps est Crunch Sister, très jolie composition de Maribel où chacun des quatre musiciens brille en solo et à laquelle Frank Solivan vient ajouter sa mandoline (forcément, ça ne gâte rien). Le banjo se fait plus discret sur La Dama d’Aragó, une chanson calme à nouveau magnifiquement interprétée par Carol et Maribel. Ondra Kozak chante deux titres, le standard Walk On Boy et Zradny Banjo, une traduction de Polka On The Banjo dont il interprète deux couplets en tchèque et le troisième en espagnol avec le soutien vocal de Maribel et Raphaël sur les refrains. Dotze Temps est à la fois une belle réussite collective de musiciens européens et un excellent album de Lluis Gómez.


 

 

Donna ULISSE

"Mountain Lilly" 

Le précédent album de Donna Ulisse, Livin’ Large (cf. janvier 2023), était un des meilleurs de sa discographie. Mountain Lilly, produit comme les trois précédents par Doyle Lawson, est plus inégal. Donna Ulisse a toujours su bien s’entourer. On retrouve à ses côtés Greg Davis (banjo) et Evan Winsor (basse) déjà présents sur Livin’ Large, Joe Swift (dobro) qui a joué sur des albums plus anciens de Donna et trois musiciens avec qui elle n’avait jamais enregistré : Jason Barie (fiddle), Jake Stargel (guitare) et Nate Burie (mandoline). Donna est une auteure-compositrice réputée. Elle signe neuf des dix titres de Mountain Lilly. Une chanson se détache, Don’t Time Drag, calme, légèrement swing, avec un arrangement tout en finesse qui colle parfaitement à ce titre composé avec Marc Rossi, partenaire d’écriture de longue date. Le slow Safe, la ballade Where The Lillies Grow avec un bon trio vocal, Rollin’ mené par le banjo et I’m Fallin’ sur un tempo rapide sont également très plaisants. Les autres compositions de Donna sont bien jouées, bien chantées mais très ordinaires. La seule reprise, It’s A Lovely, Lovely World qui fut un succès country pour Carl Smith puis Gail Davies, est le titre le plus réussi après Don’t Time Drag

 


 

Darin & Brooke ALDRIDGE

"Talk of the Town"

 The Life We’re Livin’, le précédent album de Darin & Brooke Aldridge (Le Cri du Coyote 170), était fortement influencé par la musique country tout en gardant des arrangements essentiellement bluegrass. Talk of the Town saute le pas avec six chansons faisant la part belle au piano, à la pedal steel et à la batterie (ainsi qu’au fiddle de Stuart Duncan), et trois autres arrangées en country acoustique. Il faut dire que la musique country convient particulièrement bien à la voix de Brooke qui interprète la très grande majorité des chansons. Parmi les arrangements country, Brooke brille particulièrement dans God Made de Lori McKenna, Here We Are de Vince Gill et la ballade (Now There’s) A Fool Such As I qui fut un succès pour Hank Snow et Elvis. Les arrangements country acoustique concernent surtout deux compositions de Darin et Brooke, Same Ole New Love et It Can’t Be Wrong, avec toujours la voix de Brooke en vedette mais aussi le dobro de Jacob Metz et le fiddle de Samantha Snyder. Le duo vocal de Brooke et Darin est remarquable dans Same Ole New Love. Darin chante deux titres dont A Million Memories composé par Vince Gill en hommage à Byron Berline. Le gospel Jordan est joliment chanté en quartet par Brooke, Darin, Ricky Skaggs et le chanteur country Mo Pitney dont la belle voix de baryton/basse rappelle celle de Josh Williams. Si Talk of the Town est indéniablement un disque réussi, il serait dommage que Brooke et Darin s’éloignent durablement du bluegrass car les deux chansons arrangées dans ce style sont parmi les plus belles de l’album. Ron Block est au banjo dans My Favorite Picture of You, une autre composition des Aldridge et ces derniers ont placé en tête de Talk of the Town une reprise bluegrass de The Price I Pay de Desert Rose Band. L’interprétation de Darin et Brooke vaut largement celle de la version originale par Chris Hillman et Emmylou Harris. Il y a un bon break de mandoline par Darin et l’invité vedette John Jorgenson joue un solo de guitare acoustique inspiré de son jeu à l’électrique dans l’enregistrement de Desert Rose Band.