Affichage des articles dont le libellé est Eddy Ray Cooper. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eddy Ray Cooper. Afficher tous les articles

mercredi 18 mars 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

TOM PAXTON & John McCUTCHEON

"Together Again" 

Tom Paxton serait-il éternel? Soixante-quatre ans après son premier album, The Man Who Built The Bridges, il est toujours actif. Si son dernier disque studio en solo, Boat In The Water, remonte à 2017, il a depuis multiplié les collaborations avec notamment The DonJuans (Don Henry et Jon Vezner), Cathy Fink & Marcy Marxer. Il a aussi beaucoup coécrit, avec C. Daniel Boling (deux albums en ont résulté) mais aussi Tim O'Brien et Jan Fabricius. Et puis en 2023, il s'est associé à son vieux (quinze de moins que lui quand même) compagnon de lutte John McCutcheon pour un album intitulé tout naturellement Together. C'est donc tout aussi naturellement qu'ils récidivent aujourd'hui avec Together Again. Quatorze titres co-composés et une belle bande d'amis pour les accompagner: John Carroll (piano, orgue, accordéon), JT Brown (basse), Steve Fidyk (batterie), Stuart Duncan (fiddle) et Steve Hinson (pedal steel). C'est au son d'un fiddle mélancolique que s'ouvre le bal avec un ballade intitulée The Future, mêlant nostalgie du passé et confiance en l'avenir, représenté par de jeunes musiciens qui tout en s'appuyant sur la tradition folk ou bluegrass, innovent en permanence. Old Dog est un hommage à un fidèle compagnon à quatre pattes, porté par piano, fiddle, guitare et harmonies: "Bien qu’il n’ait pas de papiers / Qu’il n’ait jamais connu sa lignée / Je savais qu’il avait un cœur de race pure / Et il me l’a entièrement donné". Artie’s Last Stand est à la fois un hommage aux journaux, aux kiosques à journaux et à Artie, leur propriétaire, et il évoque une époque où "le monde entier tenait dans vos mains / le matin et en fin d’après midi". Il y a aussi Pathfinder, où McCutcheon troque la guitare pour le banjo, hommage à Pete Seeger: "Il ne recherchait pas la gloire / Il n’avait pas peur d’échouer / Là où il ne trouvait pas de sentier, il en laissait un". Paxton livre une performance a cappella sur la gigue celtique Sargeant O’Reilly, tandis que la valse jazz-country Cheatin’ When I’m Eatin’, avec Steve Hinson à la pedal steel, raille avec un humour bon enfant notre obsession pour la nourriture saine: "J’ai été élevé au bacon / Tout était frit / Tout le monde mangeait ce que je mangeais / Et tout le monde mourait". Il y a aussi la chanson country au rythme enlevé Every Monday At Two, que l'on imagine écrite au zinc d'un bar et qui célèbre l’amitié entre les auteurs, exprimant le plaisir de leurs séances d’écriture hebdomadaires. L’album se clôt avec le pétillant Lay Down This Old Guitar, un adieu mélancolique à une carrière sur la route, mais aussi une célébration des souvenirs que cette vieille guitare a permis de créer. Je ne vous cacherai pas le plaisir que me procurent les quatorze chansons de Together Again. Cette nouvelle collaboration entre Tom Paxton et John McCutcheon met en valeur le talent et l’humour malicieux de ces deux auteurs compositeurs interprètes emblématiques.


 

 

Michael Weston KING

"Nothing Can Hurt Me Anymore" 

Michael Weston King, songwriter britannique n'a pas forcément un nom qui évoque immédiatement quelque chose. Pourtant, si l'on mentionne The Good Sons (groupe composé de Michael Weston King, Phil Abram, Sean McFeteridge et Ben Jackson) ou My Darling Clementine (duo de Michael Weston King avec son épouse américaine Lou Dalgleish, en concert le mercredi 18 mars au Café du Village à Paris et le dimanche 22 au Club 27 à Marseille), on entre dans un territoire mieux connu. Michael a pourtant déjà derrière lui une belle carrière solo entamée (sur disque) avec God Shape Hole en 1999. Il s'est aussi produit au moins deux fois en solo à Paris: en 2002 à l'Hôtel du Nord (trois titres de ce passage figurent sur son album live Absent Friends) et en 2006 à la Pomme d'Ève. Il n'avait pas prévu d'enregistrer un nouveau disque solo mais, à l'été 2024, alors que Lou et lui travaillaient sur un nouvel album de My Darling Clementine, une tragédie les frappa: leur petite-fille, Bebe, avait été tuée lors de l'attaque au couteau de son école de danse à Southport. C'est ainsi que Lou et Michael ont choisi d'enregistrer en solo plutôt qu'en duo, permettant à chacun des deux de trouver un exutoire à la peine qu'il/elle ressentait personnellement. Nothing Can Hurt Me Anymore, le titre du disque dit tout et Michael précise: "Pour être honnête, il m'était presque impossible d'écrire à propos d'autre chose. J'espère que j'ai maintenant épuisé ma créativité sur le sujet mais je pense que cela affectera mon écriture pour toujours, tout comme, en effet, la perte de Bebe le fera". Nothing Can Hurt Me Anymore est produit par Michael avec Colin Elliot et Clovis Phillips, comporte onze titres qui, pour la plupart, parlent d'eux-mêmes. Just A Girl In The Summertime (avec les harmonies de A Girl Called Eddy), A Mother's Pride et Nothing Can Hurt Me Anymore sont sans doute les plus émouvants et je pourrais y ajouter Grow Old With With Me. La chanson d'ouverture, The Golden Hour, traduit la vision de Michael sur les événements tragiques de l'été 2024 et fait référence à la façon dont le meurtre des trois jeunes filles à Southport et le deuil de leurs familles ont été détournés et exploités par l'extrême droite: "Nous avons ramené notre chagrin à la maison / Certains l'ont emmené dans la rue...". Le poignant La Bamba In The Rain, qui se déroule dans la ville balnéaire anglaise de Southport, où Michael a grandi, aborde la tendance actuelle à brandir le drapeau à travers le Royaume-Uni, et l’appel lancé par la droite pour que l’origine ethnique et le statut d’immigration des auteurs d’attentats soient rendus publics: "Y a-t-il encore de l'espoir pour nous cette fois / Quand chaque petite chose est traitée comme un péché ou un crime / Quand l’Union Jack est déployée / Et placée autour de la taille de chaque adolescent et adolescente". Tous les titres ne sont pas directement inspirés par la tragédie de Southport, mais chacun démontre le talent d'écriture de Michael, que l'émotion à sublimé, dans un registre inclassable, ni folk, ni country, ni americana, mais simplement humain. L'album se termine par Sally Sparkles, nom d'une professeure de danse américaine. C'est une chanson dépouillée et délicate, aux allures de berceuse, qui s'inspire du "nom de scène" que Bebe utilisait lorsqu'elle se produisait sur la balançoire dans son jardin.


 

 

Lynn MILES

"A Bouquet Of Black Flowers" 

Lynn Miles est une des plus belles plumes du songwriting canadien (et même au-delà) et chez elle, comme chez Jean de la Fontaine, le ramage n'a rien à envier au plumage. Sa riche discographie force le respect et, de Chalk This One Up To The Moon (1991) à TumbleWeedyWorld (2023), elle n'a pas commis la moindre faute de goût. En 2008, elle a entrepris de réenregistrer l'ensemble de son œuvre dans son plus simple appareil, juste sa voix accompagnée d'une guitare acoustique ou d'un piano. Quatre volumes de ces Black Flowers sont parus entre 2008 et 2014 pour un total de quarante compositions. D'autres devraient suivre bientôt mais, en attendant, Lynn propose A Bouquet Of Black Fowers, soit une compilation de quinze chansons extraites des quatre volumes déjà parus. Rien de nouveau donc mais une bonne occasion de rappeler à ceux qui auraient manqué les chapitres précédents l'existence de cette grande dame aussi discrète que talentueuse. L'album commence d'ailleurs par I'm Still Here et ce n'est sans doute pas un hasard. Quinze titres, quinze pépites, quinze prétextes pour se replonger dans la discographie de Lynn et (re)découvrir des trésors parfois oubliés comme Sweet & Tender Heart, Surrender Dorothy, I Always Told You The Truth, Fearless Heart, Rust et tous les autres.


 

 

The RIGHT REVEREND CROW

"Demokracy Blues" 

The Right Reverend Crow est né lors de sessions d'enregistrement de Nathan Bell en 2019 pour l'album Red, White And American Blues (It Couldn't Happen Here). Si ce dernier n'est paru qu'en 2021 en raison de la pandémie, un mini-album fut publié, The Right Reverend Crow Sings New American Folk And Blues, fort de huit titres, avec une face A blues et une face B folk. Aux côtés de Nathan Bell et de ses guitares on trouvait Frank Swart à la basse et Alvino Bennett à la batterie, tous deux ayant un curriculum vitae fourni et prestigieux. Quant à Nathan, il est le fils du poète Marvin Bell, disparu en 2020 et dont il a hérité le talent, utilisant les mots qu'il met en musique pour combattre les injustices et propager la vérité. Cinq ans plus tard, le trio s'est retrouvé dans un studio californien pour une session marathon de vingt-huit titres. Chemin faisant, Frank Swart et Brian Brinkerhoff, co-producteurs, ont suggéré que Nathan utilise une guitare électrique pour quelques morceaux plus bluesy, générant ainsi les treize titres de You Say Nothing (Demokracy Blues) à A Woman (par ordre d'enregistrement). La formule est simple, brute et efficace: juste la voix et la guitare électrique de Nathan, la basse de Frank et la batterie d'Alvino, désormais collectivement devenus The Right Reverend Crow. Tout juste Sean "Mack" McDonald a-t-il ajouté une guitare sur What Time It Is, How, How, How et The Devil Lives In Bargain Town (un boogie lancinant) et un solo sur Downhearted And Blue (où l'on pense à Robin Trower). On peut aussi entendre la voix de Tamara Mack sur Roll (Right Over You). L'ensemble est un mélange percutant et musclé de blues et soul qui véhicule des messages anti fascistes et pro justice, tel que les conçoit Nathan Bell qui ne connaît en la matière pas le sens du mot compromis. L'une des illustrations de cela est Governor Lee, chanson évoquant Bill Lee, gouverneur républicain du Tennessee. Le plus rock Hard Worker évoque la difficile condition du travailleur, comme le fait It's A Wonder (What People Can Do) consacré à ceux qui viennent du Mexique, de Colombie ou du Guatemala. Dans Roll (Right Over You), il est question de certains territoires des USA où les droits de l'homme sont aujourd'hui ouvertement en recul, du Ku Klux Klan, de Guantanamo, d'un nouveau troisième Reich et de tous ces hauts lieux de l'Amérique trumpiste. Il y a aussi l'instrumental Hot Tub Shark, Talking Pandemic Blues et, pour terminer, l'inquiétant You Say Nothing (Demokracy Blues) où ceux qui n'ont pas le bon profil de suprémaciste blanc n'ont d'autre choix que de se taire et de se faire discrets. Nathan Bell est peut-être le Woody Guthrie du moment et Demokracy Blues, brûlot de blues et de soul, de boogie et de rock, a tout pour tuer les fascistes. Il est illustré des photos de Jimi Hendrix et des athlètes Tommie Smith et John Carlos, poing levé sur le podium du 200 mètres des Jeux Olympiques de Mexico. Il est sous-titré There Is Always Hope, et c'est sans doute le message qu'il convient de retenir ("There is hope, there is still hope, there is always hope", extrait de More About the Dead Man and Government #14, the Book of the Dead Man, de Marvin Bell, 1994). Pour information, les trois commandements du Révérend sont: 1- Aime tout le monde; 2- Ne détourne jamais les yeux de l'injustice; 3- Ne te plains pas, agis! Je pense que personne ne sera surpris si j'affirme que Nathan Bell, armé de son Demokracy Blues, ne serait pas le bienvenu à la cour du roi orange. 




 

 

Eddy Ray COOPER and The TRAVELERS

"Vespa Ride" 

Le dernier enregistrement studio d'Eddy Ray Cooper était Thirty & Eight paru en 2018 (cf. Le Cri du Coyote n°157). Depuis, il a publié un album Live à l'Espass Rognac (en 2024). Avec Vespa Ride, notre niçois d'adoption reste lui-même tout en évoluant par rapport à son opus précédent. Il reste fidèle à la formule simple mais efficace du trio, avec cette fois-ci Gil Zebib (basse) et Roberto Ferrero (batterie et chœur). S'il avait écrit toutes les chansons de Thirty & Eight, il a séquencé Vespa Ride d'une manière très claire. Les cinq premiers titres, dont l'énoncé fleure bon la fin des années 1950, sont de sa plume: Vespa Ride, Crazy Pop, Blue Cheese and Red Wine, Low Down et Boppin With You Baby. Suivent cinq reprises qui synthétisent parfaitement ses goûts musicaux: Something Else (Eddie Cochran), Brand New Cadillac (Vince Taylor), Lonely Blue Boy (Conway Twitty), Rock Therapy (Johnny Burnette) et Splish Splash (Bobby Darin). Le disque se termine par le traditionnel Cocaine Blues. Si vous croisez Vespa Ride avec l'album live, où l'on croise Johnny Cash, Chuck Berry, Carl Perkins, Hank Williams et Lloyd Price, vous aurez un parfait résumé des influences d'un des meilleurs et plus authentiques rockers de l'hexagone. Vespa Ride est un disque à écouter, à réécouter et à savourer, un vrai moment de bonheur musical qui nous rappelle ce qu'était le rock 'n' roll à l'origine.


 

 

Lucinda WILLIAMS

"World's Gone Wrong" 

Lucinda Williams, la lionne du Texas, n'a pas fini de rugir. Si je compte bien, elle a publié plus de vingt albums (en comptant la série des Lu's Jukebox) depuis Ramblin' en 1979 et, si elle a connu quelques sérieux soucis de santé, elle n'a pas pour autant baissé la garde. World's Gone Wrong est un concentré de rock et de blues. La chanson titre à elle seule justifie l'acquisition de l'album avec ce refrain: "Allez bébé / Nous devons être forts / Les jours sombres s'éternisent / Je cherche du réconfort dans une chanson / Tout le monde sait que le monde va mal". Il y a tout au long du disque des messages plus ou moins explicites qui s'adressent au locataire de la Maison Blanche. How Much Did You Give For Your Soul?, So Much Trouble In The World, Black Tears, Freedom Speaks en sont quelques exemples mais chaque chanson est porteuse d'un message. Sur le plan musical, Ray Kennedy et Tom Overby ont co-produit l'album. Doug Pettibone et Tom Overby ont coécrit la plupart des titres avec Lucinda. Les exceptions sont We've Come Too Far To Turn Around (écrit par Lucinda seule), Low Life (coécrit avec les membres de Big Thief) et, bien sûr, So Much Trouble In The World de Bob Marley. Les guitares de Doug Pettibone et (surtout) Marc Ford brillent particulièrement, soutenues par la basse de David Sutton et la batterie de Brady Blade. Rob Burger est aux claviers, essentiellement à l'orgue Hammond B3. Marc Ford troque sa guitare électrique pour une acoustique sur Low Life et une slide sur We've Come Too Far To Turn Around, les deux titres les plus calmes du disque. Ailleurs, on n'est pas loin du Neil Young en colère d'albums comme Living With War et le duo de guitaristes rappelle souvent celui de Crazy Horse. Parmi les invités, il y a Brittney Spencer qui chante sur les deux premiers titres, Maureen Murphy qui en fait autant sur le gospelisant How Much Did You Give For Your Soul? et sur trois autres titres. Plus notables sont les présences de Mavis Staples au chant sur la composition de Bob Marley, et celle de Norah Jones (chant et piano) sur We've Come Too Far To Turn Around, dernier titre du disque où Reese Wynans tient l'Hammond B3 et où Stuart Mathis ajoute une guitare électrique. Il est certain que Lucinda ne va pas se faire que des amis mais en ces temps où l'eau tiède et l'auto-censure sont de rigueur, World's Gone Wrong est porteur d'une colère salutaire. 


 

samedi 3 mai 2025

Disqu'Airs, par Jacques Brémond

 



Malgré les innombrables propositions d’internet, les clips et la consommation musicale en ligne, il reste heureusement des amateurs de disques exigeants et cela permet la continuation d’une production de CD de qualité, comme ceux du label Bear Family, désormais promus directement en France, comme ces exemples récents:

"The Elvis Presley Connection Vol. 4"

(Sous-titre: 28 Roots and Covers of Elvis Presley)

Pas un jour sans Elvis, pas un mois sans une nouvelle sortie depuis son envol céleste en 1977 ! La réserve semble fantastique et inépuisable, avec un sens du marketing qui n’en finit plus de proposer “l’indispensable” version que tout fana a envie de posséder. Mais, à côté des reprises de concerts et les montages à thèmes, et en attendant une éventuelle résurrection du King (?) on exploite aussi l’entourage esthétique, comme ici avec des versions peu connues de chansons dont il a fait des succès. Comme toujours avec Bear Family, le livret et la mise en sons possèdent les qualités qui réjouissent tout collectionneur. Reste à savoir qui a envie d’écouter les 28 pistes qui ont inspiré le King. Je parie que les fans préféreront souvent la version d’Elvis, mais l’écoute des originaux, ou des interprétations diverses, apporte un intérêt à la fois esthétique (une majorité de belles plages sonores) et historique (ce qu’on écoutait en cette époque souvent mythifiée par l’histoire musicale). Avec, entre autres, les qualités de Jerry Reed, Charlie Rich, Don Gibson, Ray Charles, Conway Twitty, Mac Davis, Bob Luman, Bobby Bare, Mark James, Johnny Tillotson, Neil Diamond etc. Bref, une belle collection de voix et d’artistes majeurs, qui forme un album de fan pour les fans et musicologues curieux, ce qui englobe sans doute une bonne partie de nos amis coyotesques 😏
(Bear Family BCD 17760, 2025) www.bear-family.com


 

 

"On The Prowl With The Wolf"

(Sous-titre: 32 Growling and Howling Tracks with the Wolf, about the Wolf and How to get along with the Wolf! Happy Prowling Everybody).

Le loup porte en soi toute une mystique, de la peur à la fascination, et l’animal (réel ou symbolique) a inspiré bien des auteurs de chansons, et pas seulement pour les enfants. D’ailleurs le “loup est à notre porte” -chanté par Howlin’ Wolf (sic)  aux côtés de Leon Payne, les Maddox Brothers (excellents) Amos Milburn, Ray Harris, Sam The Sham (bien aussi), Bunker Hill, The Anderson Sisters, Elvis Presley (ici avec le moins courant Wolf Call) et bien d’autres artistes, encore connus ou non de nos jours. Trente-deux titres réunis par ce thème (le mot Wolf faisant le lien en étant inclus dans le titre des chansons) qui passent de la séduction de l’animal à la métaphore et servent aussi bien les sentiments de crainte que l’état psychologique des transis d’amour. Une belle idée de thème pour réunir des enregistrements issus de divers labels parfois restés obscurs, mêlant un peu tous les styles (country, blues, rock ’n’ roll des années 50 et 60). Un livret de 26 pages joliment illustrées permet d’apprivoiser les divers aspects esthétiques de l’animal, sans oublier des figurations humoristiques (Tex Avery a marqué plus d’une génération!). Ainsi plus personne n’a peur du grand (gentil) loup quand il pousse son chant, et grands et petits peuvent profiter pleinement de ses échos musicaux! (Bear Family BCD17762, 2025) 

 

"That’ll Flat… Git It! Vol. 49"

(Sous-titre: Rockabilly & Rock’n’Roll from the Vaults of Columbia & Epic Records)

Bear Family n’en finit pas de piocher dans les archives, et de proposer des enregistrements quasi inconnus, comme ici de Bill Craddock, Ronnie Self, Onie Wheeler, Werly Fairburn, Johnny Hicks, ou Charlie Adams et Jim Burgett, des noms qui ne parleront peut-être qu’aux mordus du genre. Certes tout n’est pas aussi prestigieux que les grands aînés restés dans les archétypes du rockabilly, mais cette profusion témoigne d’une belle énergie auprès d’un public qui se déhanche avec une délectation parfois juvénile ou, de nos jours, la nostalgie de son adolescence avec les différents “revivals” qui émergent plus ou moins régulièrement au cours des ans. Ce disque de rockabilly ravivé propose des petites perles moins connues de David Frizzell, Johnny Bond ou Little Jimmy Dickens, à côté des grandes stars comme Johnny Horton, les Collins Kids et bien sûr Carl Perkins. Au total 26 titres dont une majorité mérite une attention bienveillante. Un petit morceau d’histoire sans rides, qui semble hors du temps et qui bouge agréablement. (Bear Family BCD17751, 2024)

"Randy Starr - Presley Style Vol. 1" (35 titres) et "Randy Starr - Presley Style Vol. 2" (31 titres)

(Sous-titre : Lost Elvis Songwriter Demos).

J’avoue qu’à part deux ou trois (très) rares exceptions captées sur des sites spécialisés, je ne connaissais pas ces enregistrements de démos. Là encore, le nom d’Elvis permet de réunir des enregistrements réalisés par d’autres artistes. Si Randy Starr est l’auteur d’une douzaine de compositions utilisées dans les bandes sonores des films du King, et capte légitimement l’attention, ainsi que la majorité des titres répartis sur les deux volumes, on découvre aussi Malcom Dodds, Kenny Karen, Bernie Knee, en compagnie de Mimi Roman, sans doute la plus connue encore aujourd’hui. Une compilation inégale, mais qui ouvre les oreilles sur tout un champ musical moins porté sur le devant de la scène à l’époque de sa création et que les fouilleurs du passé aiment parfois raviver avec bonheur.
(Bear Family BCD 17703, 2024 et BCD 17748, 2025)

 

Quelques disques pour ne pas oublier que la scène est principalement alimentée par des artistes “de chez nous”. En dehors des quelques festivals encore actifs, ils sont la principale source de “musique vivante” en concerts. Il faut donc ne pas les négliger:

WISE GUYS

"Terlingua" 

Ces petits malins (ou mafieux, selon les traductions et le contexte ;-) sont bien de chez nous, et plus particulièrement de Lyon : Phil Tardy (basse) JP Gouillon (guitare électrique) Jack Spiry (guitare, voix) Pierre Bissuel (batterie) Jaco Petot (guitare électrique, voix). Jacques “Spring” Spiry est connu depuis longtemps pour son apport à la radio, ses conseils judicieux de programmation de concerts (on se souvient des rendez-vous Navajo!) et avec Georges Carrier pour quelques années de festivals de Craponne au début du siècle. Avec ses complices musiciens, l’inspiration commune qu’ils ont affichée est celle de Buffalo Springfield, Alejandro Escovedo, Tom Petty, Steve Earle, Jerry Jeff Walker, Nick Lowe, Waco Brothers (sic). Belle brochette d’une sorte d’americana, un temps qualifiée d’insurgent. Les compositions, signées Jacques Spiry, ont le tempo et les thèmes dominants d’une marche dans l’univers d’une Amérique sublimée (rêvée ? en tout cas hors de ses scories actuelles). On a envie de chausser les bottes et saisir sa guitare pour les suivre. Un peu comme le voyage permanent d’une vie régénérée à Austin ou dans quelque chemin désertique menant enfin au patelin paumé qu’est Terlingua. Les images de Paris Texas se mêlent à nos propres errances, entre fantômes et redécouvertes de ces ambiances à fleur de peau. Une évidence partagée qui s’impose avec ses coups de guitares acoustiques dominantes, scandées comme un battement de cœur qu’on retrouve au générique d’émotions simples, claires et vibrantes, comme une poésie populaire. NB: bonus sur le net : The Litany Of Heroes. (soundcloud.com/jswiseguys) 


 

 

Eddy Ray COOPER and THE TRAVELERS

"Live à l’Espass Rognac" 

Pas simple de mener une carrière sur un créneau emprunté par une foultitude de chanteurs et de groupes ! Pour-tant, depuis qu’il participa à Sweet Nashville et sortit son premier album en 1996, Eddy tient toujours le coup, et son public et la scène ! Car il a réussi à maitriser l’essentiel de ces musiques entre rock’n’roll, blues et country, que ce soit en solo ou avec des complices comme ici avec Gil Zerbib (basse, voix) et Roberto Ferrero (batterie, voix). Le combo de base en trio - parangon par excellence du rockabilly - est alors exploité à partir de plusieurs sources: Hank Williams, les Cochran Brothers, Chuck Berry, Johnny Cash et Joe Shelton, à qui Eddy ajoute sa propre signature, son célèbre Limoncello Blues. Bref, un mélange de classiques et de réinterprétations, lancé avec fougue et en public (ce qui, encore une fois, nécessite un bonne tenue face aux amateurs). Un peu de nostalgie, mais sans toile d’araignée, pas mal d’action contemporaine, une fidélité incarnée, de quoi faire résonner longtemps encore des classiques auxquels Eddy s’est fort bien intégré avec la complicité d’un auditoire affectueux. (www.eddyraycooper.com)

 

Dallas KINCAID & DYL

"Surging Out Of The Blue" 

Un album indirectement coyotesque, si l’on considère les critères majoritaires de nos plus de trente ans de publications de chroniques (à l’époque du papier !). Cependant, s’ils ont grandi un peu après nous (moi en tout cas ;-) ces deux musiciens ont écouté plein de choses que nous n’avons peut-être pas détaillées à l’époque. En particulier, il existe toute une frange du rock’n’roll que le magazine Abus Dangereux (“Indie Rock, Pop, punk, hardcore, noise, folk le meilleur de la musique indépendante” (sic) a présentée des années durant et dont nous avions quelques échos parfois grâce à la rubrique des Lone Riders (clin d’œil aux anciens lecteurs du Cri du Coyote). Mais comme c’est parfois “en marge” qu’on affine les paragraphes, le “détour découverte” devrait tenter certains de nos lecteurs les plus ouverts. Les deux amis avouent leurs sources musicales communes : “la maladie (!) Cohen, Bowie et Puccini” ! Les compositions sont de Dallas Kincaid, le reste (arrangements et mixage) a été maîtrisé par Dyl. Jetez une oreille et testez cette réalisation, même si aucun projet de concert n’est annoncé. Et amusez-vous à chercher les noms des “bons gars” derrière leurs pseudonymes, vous ne serez pas dépaysé(e)s. (Masters At Paradise 3/1).  


 

 

Finissons avec un nouvel épisode des grands classiques de notre univers sonore:

 

Les Nocturnes – Georges Lang

(Sous-titre : Best Of Cool & Soft Rock)

Le coffret de 5 CD propose un livret intéressant sur la destinée de la radio des années 70 (les pirates, Europe n°1, Pop Club, Radio-France et bien sûr RTL, l’influence anglo-saxonne jusqu’à la (re)découverte des productions hégémoniques américaines). Il accompagne cette riche compilation. On revisite l’enfance musicale et les moments de vie de Georges, son apprentissage comme animateur, sa voix de confesseur amical, proche de nous, avec une science des enchaînements qui nourrit une expérience toujours enrichie par des nouveautés. Georges a interviewé et fréquenté les plus grand(es) mais ici il s’agit d’écouter une partie de sa richissime discothèque lancée à l’antenne dans “la chaleur de la nuit”. L’appellation Soft Rock est suffisamment souple pour que chacun y accroche sa préférence. On peut consulter sur Internet la liste des auteurs et titres (trop longue à citer ici, 92 pistes !). Même si on n’est plus familier de certains titres historiques, le temps passant, notre mémoire rejoint un forme de patrimoine collectif qui résonne encore, comme une sorte d’inconscient réveillé par cette écoute. On a tous entendu l’essentiel de ces titres et on peut maintenant vraiment les écouter ! Un petit coup de jouvence qui garde sa force d’émotion et donne envie de prendre la route des vacances avec la "radio plein les oreilles”. (Universal/ Panthéon/ RTL). 

© Jacques Brémond