lundi 8 août 2011

Jim Lauderdale: Bluegrass DeLuxe

Jim Lauderdale - Reason and Rhyme
Bluegrass Songs by Robert Hunter & Jim Lauderdale
(Sugar Hill Records SUG-CD-4070)


Jim Lauderdale est un grand songwriter. Mais pas seulement. En qualité d'interprète, il a une vingtaine d'albums à son actif, en solo, mais aussi avec Ralph Stanley & The Clinch Mountain Boys (2 disques) ou Donna & The Buffalo.

Il s'est souvent associé pour le songwriting avec une autre légende, l'ex-partenaire de Jerry Garcia, Robert Hunter (dont nous n'oublierons pas qu'il a aussi produit quelques beaux albums sous son nom dont "Tales Of The Great Rum Runners" en 1974 et "Tiger Rose" en 1975).

Ensemble, en plus de qelques collaborations occasionnelles, ils ont déjà co-écrit deux albums entiers: "Headed For The Hills", en 2004, avec au générique un casting des plus prestigieux, et "Patchwork River" en 2010.

Pour leur troisième travail commun, Jim et Robert ont enrichi le répertoire bluegrass de onze joyaux supplémentaires. Rien à dire sur ce qui nous est ici proposé. mélodies, textes, tout est frappé au sceau de la classe. C'est du grand art, tout simplement.

Et pour servir au mieux ce menu de fin gourmet, nos deux chefs de rang ont enveloppé la voix de velours de Jim d'un enrobage confectionné par quelques maîtres en la matière: Mike Compton (mandoline), Jay Weaver (basse), Scott Vestal (banjo), Tim Crouch (violon), Clay Hess (resonator et harmonies), sans oublier la participation vocale d'Ashley Brown sur "Don't Tempt The Devil (With Your Love)".

What else? Rien! Je me tais et vous écoutez...

lundi 1 août 2011

Donna Ulisse: Singer, Songwriter, Bluegrass Poet

Donna Ulisse – An Easy Climb
Hadley Music Group HMG1007



Les fidèles (et nostalgiques) lecteurs de Xroads s'en souviennent peut-être. Les amateurs de bluegrass aussi. Ceux qui cumulent les deux qualités ne peuvent pas avoir oublié mes chroniques élogieuses, voir dithyrambiques, des deux albums de Donna Ulisse parus respectivement en 2009 (Walk This Mountain Down", Xroads #21) et en 2010 ("Holy Waters", Xroads #21). Les autres pourront se rafraîchir la mémoire en consultant les archives de ce blog.

Donna aime écrire, elle aime chanter, elle aime se produire en public avec son groupe "The Poor Mountain Boys". Alors elle écrit, elle enregistre, elle donne des concerts et nous offre des albums au rythme d'une livraison annuelle. Elle aime aussi la musique et les musiciens qui l'accompagnent, et surtout celui qui partage sa vie.

"An Easy Climb" est son quatrième album, de bluegrass au moins, car il ne faut pas oublier sa première tentative en qualité de chanteuse country pour un disque, "Trouble At The Door", paru en 1991, qui, quoi que fort honorable, ne correspond plus vraiment à ce que Donna est aujourd'hui.

On dit communément qu'on ne change pas une équipe qui gagne, alors Donna ne change rien, ou si peu. Et elle gagne encore.

Il est vrai que les musiciens qui l'entourent sont tous des maîtres dans leur art: Scott Vestal (banjo), Andy Leftwich (mandoline et violon) Viktor Krauss (basse), Rob Ickes (dobro), sans oublier le producteur magique, Keith Sewell (guitare et harmonies). Et je garde pour la bonne bouche l'être aimé, Rick Stanley, aussi modeste que son nom est célèbre, toujours présent pour quelques harmonies vocales, sans oublier une inspiration et un soutien sans faille.

Et Rick ne se contente pas de cela, il co-écrit avec Donna cinq des treize titres de l'album. Marc Rossi (un autre grand nom du songwriting bluegrass, écoutez pour vous en convaincre la mélodie de "Her Heart Is A Stone Hard Ground", admirablement soulignée par le dobro de Rob Ickes) en fait autant. Au final, moi qui étais décidé à modérer mon enthousiasme, je me retrouve désarmé lorsqu'il s'agit de trouver un point faible à l'ensemble. Manque d'objectivité ou qualité de l'enregistrement? Sans doute un peu de deux.

Et c'est ainsi que je m'émerveille encore une fois devant la maîtrise sans cesse plus grande de l'écriture de Donna. Que je suis ébloui par le jeu des différents intervenants, par la complicité et la complémentarité qui règne entre eux. Andy Leftwich, en particulier, au violon comme à la mandoline, ajoute encore une couleur musicale supplémentaire à l'œuvre, transformant en arc-en-ciel un album qui commence par "Let It Rain". Et Donna chante toujours aussi bien...

Mais comme je suis quelqu'un d'exigeant, malgé tout, je voudrais terminer par une requête qui s'adresse aussi bien à Madame et Monsieur Stanley, Donna & Rick, qu'à leur A&R, Kathy Sacra-Anderson (chez Hadley Music Group). Compte tenu de ce que l'on entend dans certains titres de "An Easy Climb" ("Where The Cold Wind Blows", "Banks Of Roane River"), pourquoi n'envisagez-vous pas un album de ballades en duo, husband & wife, un peu dans l'esprit de ce que font Barry & Holly Tashian? Après avoir apporté un grand bol d'air frais au bluegrass, vous aideriez la country music, qui en a davantage besoin, à se régénérer un peu. Une prompte réponse de votre part m'agréerait (Kathy, je sais que vous lisez le Français)…

PS – autre requête: MM. Les organisateurs du Festival Bluegrass de La Roche-sur-Foron, si vous me lisez (dans le cas contraire, je sais que le mesage vous arrivera quand même), invitez Donna & The Poor Mountain Boys, je promets de faire le déplacement (non, pas à pied, quand même). Je sais qu'elle serait ravie de se produire en France. Après tout, Donna et les garçons reviennent bien d'une tournée triomphale en Russie!

TRANSLATION

Regular (and nostalgic) readers of Xroads may remember. Bluegrass fans too. Those who belong to both categories can't have forgotten my reviews full of praise, almost dithyrambic, of last two Donna Ulisse's album released in 2009 ("Walk This Mountain Down", Xroads #21) and 2010 ("Holy Waters", Xroads #21). Others may refresh their memory by going to this blog's archives.



Donna loves writing, singing, doing shows with her group "The Poor Mountain Boys". So she sings, she records, she gives shows and offers us albums, one every year. She also loves music and the musicians who play with her, especially the one who shares her life.


"An Easy Climb" is her fourth album, at least of bluegrass kind, because we won't forget her first attempt as a country singer for a disc, "Trouble At The Door", dating from 1991. It was very estimable, but doesn't looks like today's Donna Ulisse.


We use to say that a winning team must not be changed. So Donna changes nothing, or so few. And she wins again.


The fact is that the musicians featured here are all true masters masters of their art: Scott Vestal (banjo), Andy Leftwich (mandolin and fiddle) Viktor Krauss (bass), Rob Ickes (dobro), without forgetting the magic producer, Keith Sewell (guitar and harmonies). And I keep for the end the beloved man, Rick Stanley, as humble as his name is famous, always here for some harmonies, as well as inspiration and permanent support.


And that's not all, he co-writes with Donna five of the album's thirteen tracks . Marc Rossi (another great name of bluegrass songwriting – if you need to be convinced, listen to the melody of "Her Heart Is A Stone Hard Ground", beautifully underlined by Rob Ickes's dobro) does the same. In the end, though I was determined to soften my enthusiasm, I was disarmed when I needed to find a weak point. Was it my lack of objectivity or the CD's quality? Probably a few of both.


And so I'm once again amazed by Donna's ever growing songwriting mastery. I'm starry-eyed about the musicians' playing, their complementary connivence. Andy Leftwich, especially, on mandolin as on fiddle, adds an extra musical colour to the opus, turning into a rainbow an album that begins with "Let It Rain". And Donna still sings so beautifully...


But as I'm a very demanding person, I nevertheless have a request, as well for Mrs. and Mr. Stanley as for their A&R (Kathy Sacra-Anderson (courtesy of Hadley Music Group). If we consider what we hear on some tracks of "An Easy Climb" ("Where The Cold Wind Blows", "Banks Of Roane River"), why don't you plan a duet ballads' album, husband a wife, in the vein of what Barry & Holly Tashian do. After having brought a lot of fresh air to bluegrass, you could help country music, much more in need, to regenerate. A quick answer would be appreciated (Kathy, I know you can read French).


PS – another request for the bookers of La Roche-sur-Foron Bluegrass Festival, if you read me (if no, I know someone will carry the message to you), add Donna & the Poor Mountain Bots to your next program, I promise to come (I won't go by foot, don't ask me that…). I know she would be happy to play in France. After all, Donna and the boys have just come back from a successful tour in Russia.

The Twilite Broadcasters – Trente minutes de plaisir

The Twilite Broadcasters: The Trail Of Time



The Twilite Boadcasters, c'est deux hommes: Adam Tanner (mandoline, violon et voix) et Mark Jackson (guitare et voix). Ils se produisent ensemble depuis fin 2008 et "The Trail Of Time" est leur deuxième album.

Dans l'esprit des string bands, ils nous proposent une formule simple et efficace: harmonies à deux voix et instruments acoustiques (ils sont sur ce disque renforcés par le seul Duane Anderson, à la basse sur cinq des douze titres).

Quelques semaines après Cahalen Morrison & Eli West (et le superbe "The Holy Coming Of The Storm"), ils sont pour moi une belle découverte, due cette fois à Hallie Pritts et Peter Knapp (Peter Knapp & Company).

Leur musique est inspirée directement par les Louvin Brothers et Bill Monroe, ou par ceux qui ont régalé leurs oreilles dans leur jeunesse pas si lointaine, comme David Grisman (pour Adam), Bill Monroe, les Stanley Brothers ou la Carter Family (pour Mark).

Si je devais chroniquer ce disque en quelques mots, je dirais simplement que les Twilite Broadcasters nous offrent trente minutes de bonheur et de plaisir partagés.

Alternant instrumentaux et titres aux harmonies quasi-fraternelles, Adam et Mark nous entraînent dans un voyage aux sources de la tradition musicale américaine. C'est l'Americana au sens premier du mot, celui qui est à l'origine de baucoup de courants actuels.

La Carter Family, les Louvin Brothers, Bill et Charlie Monroe, les Delmore Brothers, Arthur Smith et même Hank Willams retrouvent une jeunesse et une fraîcheur rarement égalées ainsi qu'en témoignent notamment "Weary Blues From Waiting" et "I can't Keep You In Love With Me".

Les instrumentaux, comme "North Buncombe Gallop" (seule composition originale) ou "Fiddler's Dream" démontrent une compétence aux frontières de la virtuosité qui ne bascule jamais dans la démonstration gratuite.

On imagine aisément, à l'écoute de ce disque, l'ambiance qui doit régner lors des prestations scéniques du duo, et l'on peut espérer (sans trop y croire cependant) qu'ils nous rendront une petite visite si jamais l'idée leur vient de traverser l'océan.

En attendant, nous avons "The Trail Of time" pour nous régaler, et c'est déjà mieux que bien.

jeudi 28 juillet 2011

Lucky Greg

Greg Jacobs – Lucky (live)
Blue Door Records


Si j'ai découvert Greg Jacobs un peu par hasard, naviguant de lien en lien sur le web un jour de 2007, c'est d'abord parce que j'ai lu qu'il était un fan de John Prine, visa suffisant (mais pas nécessaire) pour entrer dans mon univers avec un a priori favorable. Greg l'explique lui-même: « Au début, j'ai beaucoup interprété Bob Dylan mais celui qui m'a vraiment motivé est John Prine. J'étais le jukebox John Prine. Un jour, je l'ai rencontré et lui ai dit que je jouais vingt-six de ses chansons. Il m'a regardé et m'a répondu: "vraiment, moi je n'en joue que vingt-deux". Je n'oublierai jamais cela ».

Originaire de Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs comprit rapidement qu'il n'était pas fait pour le système nashvillien auquel tout songwriter au répertoire plus ou moins teinté de country est tenté de se confronter. Il migra vers la ville de  Stillwater, foyer bourgeonnant de musiciens de talent parmi lesquels Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers et même, à une époque, un certain Garth Brooks. C'est la scène "Red Dirt", une des plus fertiles et talentueuses de l'époque, où l'on croise aussi des gens comme Monica Taylor (particulièrement recommandée) ou Jimmy Karstein (fidèle accompagnateur de J.J. Cale, Okie lui aussi).

Après trois albums studio qui le classent parmi les meilleurs songwriters de l'Oklahoma et des environs, le trop rare Greg Jacobs publie "Lucky", enregistré en trois endroits différents entre juin et octobre 2009. Neuf des dix-sept titres ont été enregistrés à Oklahoma City, au Blue Door de Greg Johnson, qui est devenu depuis quelques années un véritable temple de la musique acoustique.
"Lucky" est pour moi l'exemple de ce que doit être un album enregistré en public. Ce n'est pas seulement un "best of live" dans lequel l'artiste se contente de répéter ses titres les plus connus. Cela n'est pas dans la philosophie de Greg qui a choisi une fois pour toute les critères d'envie et de plaisir pour guider sa carrière.

Bien sûr, il interprète ici ses compositions les plus connues ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town", "Farmer's Luck", "Okie Wind") mais en leur donnant une nouvelle vie. Et, à cet égard, il faut louer le rôle joué par les accompagnateurs: Travis Linville au dobro et à la guitare acousique lead, Terry "Buffalo" Ware à la guitare électrique et John Fullbtright à l'accordéon (et à la guitare acoustique lead sur un titre) servent à merveille les compositions mid-tempo de Greg, auxquelles la voix douce de l'artiste confère un sentiment d'intimité parfaite avec l'auditeur.

L'association dobro / accordéon est particulièrement appréciable, que ce soit sur des titres connus ou sur les nouvelles chansons que sont "Eyes Of A Child", "Here To Tulsa" (co-composé avec Susan Herndon et John Fullbright, deux noms à retenir) ou "C Chord". Ces nouveaux titres sont plus qu'une valeur ajoutée à l'album, ils en sont la véritable raison d'être.

"C Chord" est pour moi le sommet de l'album. Ce titre est dédié à Bob Childers, l'ami, le modèle, disparu en 2008. Bob Childers était la figure de proue de cette "Red Dirt scene" d'Oklahoma. Tous s'en réclament aujourd'hui et Greg l'évoque ici avec une force émotionnelle rare. " Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Bob Childers que Greg imagine au paradis, tout près de Woody Guthrie, frappant son fameux accord en mi avec un sourire bienveillant.

Ce seul titre suffirait à justifier l'acquisition du disque, mais l'ensemble (plus de soixante-huit minutes) est de très haut niveau. Un niveau auquel se situe Greg Jacobs, digne de ses modèles, et à qui il ne manque qu'une reconnaissance plus large.

Quelques liens utiles:

Rappel discographique:
"South Of Muskogee Town" (1997, Binky Records)
"Look At Love" (1999, Binky Records)
"Reclining With Age" (2001, Binky Records)


I tried a translation. Forgive my mistakes...

If I discovered Greg Jacobs almost by accident, browsing from link to link on the web some day of 2007, it's mostly because I read that he was a John Prine fan, enough (but not necessary) to step into my universe with a positive opinion. As Greg himself explains: « Starting out, I played a lot of Bob Dylan, but what really got me going was John Prine. I was the John Prine jukebox. I met him once and told him 'I'm your biggest fan, I play twenty six of your songs' and he looked at me and said, "Really, I only play twenty two.' I'll never forget that". ».

Coming from Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs quickly understood that he was not made for the Nashville system, necessary passage for every songwriter whose repertoire is more or less country flavoured. He moved to Stillwater, home of many a talent: Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers and even, at some time, Garth Brooks. It's  "the Red Dirt scene", one of the most fertile and talented of the time, where we can also meet people like Monica Taylor (highly recommended) or Jimmy Karstein (faithful sideman of another Okie, J.J. Cale).

After three studio albums that revealed him as one of the best songwriters in and around
Oklahoma, the too rare Greg Jacobs is now releasing "Lucky", recorded in three different venues between June and October 2009. Nine of the seventeen tracks were recorded in Oklahoma City, in Greg Johnson's Blue Door, now a real temple for acoustic music.

"Lucky" is, from my point of view, the perfect example of what a live album should be. It's not only a live best-of where the artist simply repeats his most famous tracks. It's not in Greg's philosophy, as he definitively chose to let only envy and pleasure guide his career.

Of course, he performs here his most known compositions ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town", "Farmer's Luck", "Okie Wind") but he gives them a new life. It's important here to insist on the role of the sidemen: Travis Linville on Dobro and lead acoustic guitar, Terry "Buffalo" Ware on electric guitar and John Fullbtright on accordion (and lead acoustic guitar on one track) perfectly serve Greg's mid-tempo compositions; the sweet voice of the artist provides a real feeling of intimacy with the listener.

The association between Dobro and accordion is especially noticeable, on the older tracks as on the new ones: "Eyes Of A Child", "Here To
Tulsa" (co-written with Susan Herndon and John Fullbright, two promising artists) or "C Chord". The new songs are more than a value added to the album. They are its real reason of being

"C Chord" is for me the highlight of the CD. This track is dedicated to Bob Childers, a friend as well an example, who died in 2008. Bob Childers was the leader of this "Red Dirt scene" of
Oklahoma. Everybody there claims his heritage today and Greg evokes him with a rarely equalled emotional strength. "Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Greg imagines Bob Childers in Heaven, near Woody Guthrie, strumming his famous C-Chord with a friendly smile.

This track alone would justify the acquisition of the disc, but everything (more than sixty-eight minutes) is at the same high level. It's the level where Greg Jacobs stands, the level of his models, Bob and John. Only a wider recognition is missing now.

mercredi 27 juillet 2011

Bluegrass de France

Bluegrass 43 – The Witch



Bluegrass 43, c'est une histoire d'amitié, d'abord. D'amour aussi, de la musique et plus précisément du bluegrass. C'est aussi la preuve que l'herbe bleue peut s'épanouir au soleil du Puy en Velay où passe donc aussi la route de cette musique née au Kentucky.

La formation actuelle (Alain Audras: basse et dobro; Jean-Marc Delon: banjo et guitare; Jean-Paul Delon: guitare; Philippe Ochin: mandoline) est née en fait à Lyon en 1983. Les quatre amis vivent aujourd'hui entre Bourgogne et Bordeaux (tout un programme) et se produisent aussi souvent que possible, avec un succès qui ne se dément pas. Le dossier qui leur est consacré dans le dernier numéro du Cri du Coyote vous en apprendra davantage.

Sur le plan discographique, le quatuor n'avait jusqu'à présent à son actif qu'un album, "Country & Swing" paru en 1989, enregistré entre Riom-es-Montagne, Auvergne,  et Nashville, Tennessee, disque riche: 21 titres alliant Mozart à Charles Trénet, Hank Williams à Paul Siebel, sans oublier quelques compositions originales. Il bénéficiait aussi de la présence de quelques grands noms: Sam Bush, Kathy Chiavola, Kenny Malone sans oublier le sorcier du son, Bil Vorn Dick. Ce disque est de nouveau disponible en téléchargement, ici par exemple: http://www.qobuz.com/album/bluegrass-43-country-swing-bluegrass-43/3297167890217

Changemment total de cap avec "The Witch": 6 titres seulement et rien que des reprises. Pas d'intervenant extérieur à l'exception de Stuart Duncan au violon sur un titre et de l'ami Francis Vital (longtemps compagnon de route et qui vit aujourd'hui au Canada) à l'harmonica et à la voix ténor sur un autre.

Six titres (pas tout à fait 18 minutes), c'est court. C'est frustrant parce que c'est bon. On se console en se disant que Doyle Lawson avec son groupe Quicksilver a fait à peine plus (7 titres) pour son dernier opus, "Drive Time". Et puis on se dit que l'on ne devra peut-être pas attendre 22 ans pour le prochain enregistrement! C'est du moins ce que souhaitent les membres du groupe: moins, mais plus souvent.

Autre consolation, de taille, la qualité du disque. Rien que des grands titres, des grands songwriters, jugez-en (l'avantage d'un disque court, c'est que l'on peut citer tous les titres!
1- I've just seen a face (John Lennon / Paul McCartney)
2- The witch (Jeff Hooker)
3- Mr. Jones (Raul Malo)
4- Never again (Benny Williams)
5- Carolina star (Hugh Moffatt)
6- With a memory like mine (Darrell Scott / Wayne Scott)

Maintenant, il ne vous reste qu'à écouter, pour être conquis. À lire, aussi, car la présentation du disque par l'ami fidèle, Jacques Brémond, est pleine de saveur.

Vous apprécierez la qualité des instrumentistes, rodés sur la route et soudés par une réelle complicité. Sur le plan vocal, Bluegrass 43 n'a rien à envier à la plupart de ses cousins d'Amérique et Philippe (lead), Jean-Marc (tenor, low tenor, baritone), Jean-Paul (baritone), Alain (bass) font mieux que rendre justice aux titres qu'ils interprètent, il leur donnent une nouvelle vie. Écoutez par exemple la reprise de "Carolina Star" de Hugh Moffatt dont vous connaissez sans doute quelques versions prestigieuses. C'est une totale réussite.

En attendant le prochain disque, vite, ne passez pas à côté de celui-ci. Vous pouvez vous le procurer ici: http://www.bluegrass43.com/cdthewitch

Vous pouvez aussi écouter quelques titres là: http://www.reverbnation.com/artist/song_details/8962038

lundi 25 juillet 2011

Salut Bill

Bill Morrissey, 25 novembre 1951 - 23 juillet 2011


Bill Morrissey nous a quittés brutalement alors qu'il était en tournée (en Georgie, USA) et que tout semblait aller bien pour lui. Il laisse une œuvre dont on a pas fini de mesurer la richesse.

Pour ma part, je ne l'ai longtemps connu que par son disque en duo avec Greg Brown "Friend Of Mine" (1993), et c'est notre ami commun Hervé qui a réellement appelé mon attention sur ce songwriter et guitariste de grand talent, qui a inspiré nombre de ses pairs.

Par amitié pour Bill, Hervé avait organisé un concert exceptionnel à la Pomme d'Ève le 24 janvier 2010, 18 mois après les "adieux "officiels" de l'association Acoustic in Paris. C'est de ce concert qu'est extraite la photo ci-dessus. La veille, Bill s'était produit au Cinéma Jean Vigo de Jacques Déniel.

Je dédie ces quelques lignes à ses amis, à mes amis, Joe Phillips (à qui j'ai malheureusement annoncé la mauvaise nouvelle) et Hervé Oudet.

Adieu l'artiste, et merci.

http://www.billmorrissey.net/

jeudi 21 juillet 2011

WildCat Recording. Jerry Short

Jerry Short: Lifeline


L'ami Joe Phillips ne manque jamais de nous surprendre et nous offre régulièrement des disques d'artistes dont la renommée n'était jamais parvenue à nos oreilles. "The reality of Art" est le slogan de son label, WildCat Recording et, quel que soit le genre proposé, on a l'assurance de la qualité.

Je ne sais pas qui est Jerry Short, d'où il vient (il est né dans le Kentucky et a grandi dans l'Indiana avant de se fixer dans le Maine), mais je sais que cette dernière découverte (le disque est disponible aujourd'hui - à commander ici: http://www.wildcatrecording.com/) va séduire bon nombre d'amateurs d'Americana.

Jerry est un adepte du picking,des guitares qui résonnent, claires et fières. Il est ici accompagné principalement de Rick Watson avec qui il produit le disque. Rick touche à (presque) tout: guitares, piano, mandoline, accordéon, violon... Il a par ailleurs dans le passé joué avec des artistes légendaires tels que Bill Morrissey, Cormac McCarthy (not the writer), Allison Krauss et... Joe Phillips. Inutile de préciser que l'on est ici dans le très haut niveau.

Mais ce n'est pas tout car Jerry est un excellent chanteur, à la voix pure, et un songwriter de premier plan qui aborde avec bonheur pas mal de genres musicaux (il a écrit ou co-écrit les dix titres de "Lifeline"). Ses influences vont de Bill Monroe à Paul Simon en passant par les Allman Brothers. La palette est étendue...

L'album commence par le morceau titre, un peu à part, une chanson écrite pour le mariage d'un ami, l'ambiance est très seventies, peace & love, l'amour pour ligne de vie, avec des harmonies qui rappellent Brewer & Shipley (si quelqu'un s'en souvient). Le piano est ici très présent. Ambiance très paisible également pour le deuxième titre, hommage à l'Indiana. Les titres plus "roots" arrivent ensuite. L'évocation d'un peintre, poète et vagabond, Everett Ruess, est suivie par "The Baseball Cap", véritable chanson d'amour-humour pour une casquette (avec du velcro derrière)! Inimaginable chez nous. Mandoline, dobro et violon sont entrés en action.

Et c'est le moment que choisit Jerry pour nous asséner un blues-rock électrique, "Get That Outa Here" qui lui permet de démontrer son talent d'harmoniciste et son éclectisme. Ce titre est tonifiant, comme l'est "Katie's Barn", à l'ambiance totalement différente, très rurale, avec crin-crin et accordéon. Deux ballades suivent, très belles, pour nous permettre de souffler, avant que le violon endiablé ne reprenne les commandes pour "Carter Joe", dédié au fils de Jerry (qui signale que la ressemblance de ce morceau avec "Hot Corn, Cold Corn" est totalement intentionnelle).

Pour terminer, "Nothing Ever Felt This Good To Me" nous plonge dans une ambiance cajun. Une guitare électrique (tendance Shadows) s'unit, bien sûr, à un accordéon. Un "parlez-vous Français" se fait entendre au détour d'un couplet. Bon temps roulez, Thunderbird et gumbo sont de sortie. Les voitures, l'amour, la nourriture: les choses essentielles de la vie, en somme...

Joe Phillips dit de cet album que c'est de la "real American music", celle qu'il aime (il dit aussi que le disque est too Short). J'ajouterai que c'est pour moi l'une des belles surprises du moment (mais chez WildCat, la véritable surprise serait d'entendre un album qui soit simplement moyen). C'est le genre de disque que je peux écouter en boucle, un après-midi entier, sans me lasser, qui vogue avec aisance d'un genre à l'autre en évitant avec talent tous les écueils.

mercredi 20 juillet 2011

Je ne suis qu'un cri...

Deux mois déjà sans Xroads. Deux mois que mes chroniques sont orphelines. Le mois dernier, j'ai publié ici celles qui avaient été écrites pour l'édition de juin (#99) qui n'est jamais parue.

Je vais désormais reprendre un rythme plus régulier et vous parler de toutes ces musiques que j'aime et qui continuent à m'enchanter et à m'étonner, tellement la qualité artistique est grande.

En attendant, "Le Cri du Coyote", irréductible fanzine de passion, continue à résister encore et toujours à l'envahisseur. Un numéro double (123/124) vient de paraître, qui réussit la performance de réunir sur la même couverture Elvis Presley et Bluegrass 43. Je ferme les yeux et les imagine jammant sur "Blue Moon of Kentucky".


56 pages riches et denses, à glisser dans toutes les valises de l'été.

Pour s'abonner (pas disponible en kiosque), une seule adresse:

Le Cri du Coyote
BP 48
26170 BUIS LES BARONNIES
France
cricoyote@orange.fr

That's all, folkeux, rendez-vous très vite ici-même. Je vous parlerai (dès que je l'aurai reçu) de "The Witch", le nouvel EP de Bluegrass 43 qui démontre que le bluegrass français de qualité existe...

samedi 25 juin 2011

Peter Case et sa valise magique

Peter Case: The Case Files (Alive Records / Differ-Ant)
Peter Case: Wig! (Yep Roc Records)
The Nerves: One Way Ticket (Alive Records)
The Plimsouls: Live! Beg, Borrow & Steal (Alive Records)

http://www.petercase.com/

En convalescence après son opération à cœur ouvert en 2009, Peter Case n'est pas resté inactif. Il a fouillé dans ses archives et exhumé quelques trésors des Breakaways, Nerves et Plimsouls, ses anciens combos. Aujourd'hui, il s'attaque à son œuvre solo et nos propose onze titres tout droit sortis de sa valise, enregistrés entre le milieu des années 80 et 2009.

Voici donc "The Case Files". Les sources sont différentes, les conditions de réalisation aussi: des maquettes, des enregistrements live, des titres oubliés dans quelque carton et, pourtant, l'artiste nous propose un ensemble dont le manque de cohérence ne saute pas aux oreilles, il est même d'une consistance que pourraient lui envier beaucoup d'albums, conçus comme tels, qui sortent de nos jours. Le son est rude, souvent, mais clair en même temps, par la magie de la production; il véhicule une urgence et une énergie auxquelles, il faut bien le dire, Peter nous a habitués depuis toujours. L'esprit des Plimsouls ne s'est pas affadi avec le temps. On rencontre pêle-mêle les compagnons d'enregistrement de ses disques récents, un Plimsoul par-ci (Eddie Munoz pour "Anything (Closing Credits)", un T Bone Burnett par-là (pour une première version de "Steel Strings" à l'époque du premier album solo) ou encore Stan Ridgway ("Let's Turn This Thing Around"). Remarquable aussi est la présence du regretté Duane Jarvis, notamment sur le titre le plus expérimental du disque "Ballad Of The Minimal Wage". Quatre reprises sont au menu à côté des compositions originales. Le classique "Milk Cow Blues", le blues des Stones "Good Times, Bad Times" (pas le plus connu mais un des meilleurs), celui de Maître Bob "Black Crow Blues" (même remarque que pour les Stones) et un "The End" bien sauvage d'Alejandro Escovedo. Un disque destiné aux fans mais qui deviendra vite indispensable, non seulement à tout amateur du bonhomme (qui n'a pas épuisé, à n'en point douter, sa malle aux trésors) mais aussi à tous ceux qui ont besoin de cette conception intègre de la musique, quel que soit son genre.


Je profite de l'occasion pour parler de "Wig!" paru en 2010 et qui est passé un peu inaperçu en notre beau pays. En effet, pendant sa convalescence, Peter ne s'est pas contenté d"explorer ses archives, il a aussi enregistré un album. On aurait pu s'attendre à une collection de ballades tranquilles et l'on découvre un petit bijou de blues-rock où Peter Case a pour seuls partenaires D.J. Bonebrake (percussions diverses) et Ron Franklin (guitares et un soupçon de piano), à l'exception d'un titre enregistré en 2005 avec un groupe incluant Duane Jarvis, décédé en 2009. Manifestement, le cœur tout neuf de Peter joue bien son rôle si l'on en juge à la vitalité déployée tout au long de cet album qui se situe quelque part entre Chuck Berry et le blues revival anglais des années 60. Vital, indispensable!




The Nerves, groupe éphémère fondé en 1975 comprenait Peter Case, Paul Collins et Jack Lee. Durant sa courte existence, il n'a publié en tout et pour tout qu'un EP 4 titres, réédité depuis sous différentes formes. Cette compilation, produite en 2008 par Peter est la plus complète. Des titres studio, des titres live, des maquettes, tout y est, et même un peu plus: trois des morceaux n'ayant pas été enregistrés par les Nerves mais par, respectivement, les Plimsouls, Jack Lee & Band ou Paul Collins & Peter Case. D'une certaine manière, ce disque sonne un peu comme du remplissage (il comporte vingt titres alors que le groupe n'en a publié officiellement que quatre) mais, quoi qu'il en soit, c'est un document fondamental, le début d'une histoire qui s'est poursuivie avec the Breakaways, the Plimsouls et Paul Collins' Beat.



Rien de tel avec les Plimsouls et "Live! Beg, Borrow& Steal" puisqu'il s'agit d'un concert enregistré le 31 octobre 1981 au Whisky A Go Go, à Los Angeles, quelques mois après "One Night In America". Si ce dernier, plus court, avait un son plus sauvage, la nouvelle publication (parue en 2010) montre un groupe cohérent, sans doute l'un des meilleurs de cette époque avec les Blasters. Les Plimsouls sont déjà au sommet de leur art scénique, passant avec aise du rock au rhythm & blues, des compositions de Peter Case aux reprises de Little Richard, Bo Diddley, Larry Williams ou Ray Davies. À noter, sur deux titres, la présence des Fleshtones qui ouvraient le show en ce soir d'Halloween. "Everywhere At Once", le meilleur album du groupe, ne devait paraître qu'en 1983, mais tous les ingédients étaient déjà présents dans cet enregistrement public avec, en particulier, un "A Million Miles Away" qui démontrait le grand talent de songwriter de Peter Case.

jeudi 23 juin 2011

Audrey Auld, le soleil de Tasmanie

Audrey Auld: Come Find Me (Reckless Records)

Ceux qui me connaissent déjà et qui ont fréquenté mon blog "Blue Umbrella" savent déjà à quel point j'apprécie Audrey Auld-Mezera, que je vous avais présentée ici:

Ellenous revient aujourd'hui avec un nouvel album, son plus abouti à ce jour.

"There are a thousand ways I could show my love / A thousand songs I could sing / I can feel the grace of my family’s place / My heart is in Tasmania".


La Tasmanie, île située au sud de l'Australie dont elle est un état, est surtout célèbre pour ses diables (des marsupiaux). Elle peut aussi s'enorgueillir d'Audrey Auld, sans doute le plus beau cadeau offert aux USA. Depuis ses débuts discographiques en 1999 (l'album "Looking Back To See", en duo avec Bill Chambers, père de Kasey Chambers), elle a conquis l'Amérique (et en particulier Mez Mezera qu'elle a épousé), enchaîné les enregistrements de haute volée, démontrant d'indéniables et originales qualités de songwriter, et recueillant au passage l'hommage de ses pairs (Fred Eaglesmith, Mary Gauthier, Eliza Gilkyson, Jimmy LaFave, Kieran Kane et bien d'autres) pour ses talents vocaux et scéniques.

Elle enchante évidemment le public, aussi bien dans sa patrie d'adoption qu'en Australie où elle vient d'effectuer une tournée triomphale.

Son nouvel opus, "Come Find Me", a été enregistré à Austin sous la houlette de Mark Hallman, par ailleurs principal contributeur instrumental et nous offre douze joyaux de la plume d'Audrey, deux étant des co-compositions: "Just Love" avec Mez Mezera et "Orphan Song" avec l'auteur australien Terry McArthur. Ce dernier titre (enregistré a cappella) est dédié à Mary Gauthier, le texte en ayant été inspiré à son concepteur après une rencontre avec Mary. "Petals" est un titre dédié à John Dee Graham, légende de la scène d'Austin, survivant de tous les excès et accidents de la vie. Audrey a également écrit la chanson "Bread And Roses" pour le pénitencier de San Quentin où elle s'est souvent produite lors de ses séjours en Californie.

Rien à jeter dans cet album, vous l'avez deviné, mais "Tasmania", dont quatre vers sont cités en introduction de cette chronique, occupe une place de choix, tellement ce titre porte l'émotion à fleur de peau de celle qui se dit la fière représentante de la Tasmanie partout dans le monde. "Forty", avec le piano magique et jazzy de Michael Ramos, mérite également une citation: "J'ai quarante ans / Je suis à mi-chemin de la maison"; une chanson pour rester toujours jeune. Audrey se prend pour Johnny Cash, avec l'ombre du picking Luther Perkins (ici, c'est Phil Hurley qui est à la guitare), quand elle chante "Nails", elle évoque Rosa Park ou Martha Luther King dans "The Butterfly Effect".

Comme on le voit, les thèmes d'inspiration sont riches et variés. "Just Love" est une exception pour quelqu'un qui dit ne jamais écrire de chansons d'amour.

Audrey Auld Mezera a encore frappé fort et juste. Son nom devrait devenir plus grand encore et ce disque figurer dans la discothèque de tout amateur d'americana qui se respecte, un americana auquel Audrey apporte l'inestimable et salutaire fraîcheur d'un autre continent.

mardi 21 juin 2011

Amanda Shires dans la lumière

Amanda Shires: Carrying Lightning (amandashiresnet)
http://www.amandashires.net/Amanda_Shires/HOME.html

À la sortie de West Cross Timber", j'avais été littéralement émerveillé par la voix d'Amanda Shires, sa fraîcheur, la qualité de ses compositions, son jeu de violon. Je prenais le pari d'une confirmation rapide. Pari gagné. Carrying Lightning porte bien son titre, c'est un album de lumière, de joie, d'enthousiasme, de talent. Toujours armée de son violon, de son ukulélé et de sa voix acidulée, Amanda frappe encore, et fort, en plein cœur, pour notre bonheur. Elle débute avec Swimmer, morceau mi-chanté, mi-sifflé, qui donne le ton à l'ensemble, nous parle d'oiseaux ou d'abeilles, de trains qui n'arrivent pas quand on en a besoin (toute ressemblance avec une compagnie ferroviaire française que je ne nommerai pas est purement fortuite, d'ailleurs Amanda n'a jamais entendu parler de la SNCF). When You Need A Train It Never Comes est l'un des titres forts, un tube imparable, pour peu qu'il fût paru en d'autres temps. Detroit Or Buffalo de Barbara Keith est la seule composition qui ne soit pas de la plume d'Amanda. On en connaît aussi une reprise par Neal Casal, présent sur l'album, comme Rod Picott et David Henry (les coproducteurs), Chris Scruggs ou Will Kimbrough. Je vous défie de résister au sourire vocal, à l'archet de velours d'Amanda Shires, à ses textes inspirés, tendres, joyeux et mélancoliques alternativement (si ce n'est les trois en même temps). Bien sûr, les amateurs de heavy metal passeront leur chemin en haussant les épaules pour mieux écouter Carrying Lightning en cachette, car ce disque n'est déconseillé qu'aux êtres dénués de sensibilité.

Thrift Store Cowboys: Light Fighter (Thrift Store Cowboys /Village Records)
http://thriftstorecowboys.info/


Pour ceux qui ne le sauraient pas, Amanda Shires a aussi son côté rock comme le prouve Light Fighter (encore une histoire de lumière) de Thrift Store Cowboys. Ce groupe originaire de Lubbock, Texas, réunit une bande copains (dont Miss Shires) autour de Colt Miller et Daniel Fluitt, et s'est taillé une belle réputation sur scène depuis une dizaine d'années. On parle à son propos de "gypsy desert music", mais il est en réalité assez inclassable, mixant parfaitement rock, country ou musique tzigane. Amanda Shires est moins en avant, vocalement, dans cette formation, mais chante néanmoins deux titres de sa composition. Reste son jeu de violon tout en émotion au milieu d'un son plus brut que celui de ses œuvres en solo dont cet album est un excellent complément.

vendredi 17 juin 2011

Jubal Lee Young: Le rebelle nouveau est arrivé

Jubal Lee Young: Take It Home (Reconstruction Records / CD Baby)
http://www.juballeeyoung.com/


Voici un disque qui m'a laissé perplexe à la première écoute. Jubal Lee Young est, je le rappelle, le fils de Steve Young (et de Terrye Newkirk; ah! "My Oklahoma",) et s'était attaché jusqu'à présent à n'interpréter que ses compositions à l'exception de trois ou quatre titres (dont un de papa et un de maman).

J'attendais de lui qu'il continue à se démarquer de son père, auquel il est difficile de ne pas penser. Et voici que "Take It Home" débute par "To Satisfy You", certes une composition de Waylon Jennings, mais aussi la chanson titre d'un album de Steve Young. Deux titres passent (dont la superbe ballade "Angel With A Broken Heart") et arrivent deux reprises de Daddy (dont le célèbre "Renegade Picker" - pas un hasard, ce choix, vous comprendrez pourquoi plus loin). Manque d'inspiration sans doute.

Et puis c'est le grand coup de massue. "Don't You Dare Love Her", semble sortie du répertoire de Merle Haggard, Harlan Howard ou Buck Owens. Eh bien non! C'est une composition de JLY, la meilleure chanson country du 21ème siècle. Si vous ne me croyez pas, écoutez (si vous me croyez, vous aurez déjà écouté sans lire le reste de la chronique). Tout est là: un amour impossible, un amoureux perdant d'avance, un harmonica lancinant pour l'ambiance, une steel guitare larmoyante, et des voix, celle de Jubal et les harmonies féminines, au sommet de leur émotion. Larmes garanties dans les chaumières, mais qu'il est doux de pleurer ainsi.

À partir de là, on écoute le disque d'une autre façon et des morceaux comme "You Only Call Me" (une reprise) ou "Have You Met Me?" ne font que renforcer l'idée que l'on a affaire à un très grand disque country. En fait, la clé se trouve dans le dernier titre dont l'énoncé suffit à tout comprendre: "There Ain't No Outlaws Anymore". "There ain't no outlaws anymore / Breaking all the rules and kicking down the door / It's the same old song we've all heard before".

La chronique commence alors à prendre forme dans ma tête. Jubal Lee Young a décidé d'assumer son statut, d'accepter d'être le brillant successeur, non seulement de ses parents, mais aussi de tous ces outlaws dont l'héritage à été dilapidé, aseptisé, par la machine à laver nashvillienne. La lecture ultérieure des notes de pochette du disque (qui ne figurent pas sur la pochette mais sur le site web de l'artiste) ne fait que confirmer mon point de vue puisque c'est dans les grandes lignes ce qu'écrit Jubal Lee Young.

La musique country a besoin de ces rebelles, de ces renégats, de ces hors-la-loi dont il a décidé, faisant fi des inévitables références à son père, de devenir le porte-drapeau. Ce n'est qu'un (superbe) début, qui continuera le combat?

jeudi 16 juin 2011

Sweet Revenge, 16 juin 2011

Les artistes folk nord-américains parcourent l'Europe et, sans parler du Royaume-Uni où ils sont quasiment chez eux, ils ont une cohorte d'admirateurs aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Allemagne. En revanche, malgré leur désir de jouer en France, ils en trouvent rarement l'opportunité. La faute à qui? Certainement pas au Cinéma Jean Vigo de Gennevilliers qui propose chaque mois une affiche de qualité devant, malheureusement, une salle trop peu remplie. Le dernier concert de la saison, le 18 juin, présentera la Britannique Jancis Harvey avec Heather Joyce, Anglo-Canadienne et Parisienne d'adoption. Deux jours plus tard, un autre organisateur, qui ne manque pas de bon goût, vous propose d'entendre le 20 juin, les Canadiennes de Madison Violet qui se produiront au Sentier des Halles. Deux rendez-vous à ne pas manquer, avant la Fête de la Musique, pour mieux aborder l'été.




Madison Violet est un duo féminin composé de Brenley MacEachern et Lisa MacIsaac, qui chantent, composent et jouent de la guitare. Elle sont originaires de Nouvelle Ecosse, au Canada, et No Fool For Trying (True North Records) est leur troisième album. Depuis leurs débuts, elles ont évolué d'un style plutôt pop à un Americana du meilleur tonneau. Les amateurs de belles mélodies et d'harmonies vocales aériennes trouveront ici plus que leur compte. Madison Violet est sans doute le meilleur duo féminin en provenance du Canada depuis les sœurs McGarrigle avec qui on trouve beaucoup de points communs, notamment la qualité du songwriting. Pas de confusion cependant, Brenley et Lisa sont bien de leur temps, et l'on sent que leur folk s'est nourri à la source du rock. Les textes sont souvent autobiographiques, teintés de tristesse quand il s'agit d'évoquer des disparus comme le frère de Brenley (« The Woodshop »), tragiquement assassiné, ou Denny Doherty, des Mamas and Papas (« Hallways Of Sage »). Les guitares me font souvent penser à Neil Young dans ses moments acoustiques, la production de Les Cooper (qui joue par ailleurs de différentes guitares ou de claviers) est au dessus de tout reproche. Pour moi, les meilleurs titres sont ceux où Lisa sort son violon, parfois rejoint par la mandoline de Les ou le banjo de Chris Coole.





Au Canada toujours, David Francey vient de publier son neuvième album Late Edition (Laker Music). Ce natif d'Ecosse, à la voix chaude et aux textes pleins d'une humanité aux accents poétiques s'est entouré ici de véritables pointures: Kieran Kane (mandoline, banjo, guitare), Fats Kaplin (violon, accordéon, guitare), Richard Bennett (guitare, bouzouki) et Lucas Kane (fils de Kieran (batterie). Le titre de l'album est dû au fait que la plupart des titres ont été écrits en réaction à l'actualité, qu'elle soit personnelle, locale ou internationale. Comme d'habitude, avec David, on savourera la qualité des textes, la proximité d'un artiste que l'on écoute comme un vieil ami qui aurait écrit les chansons rien que pour nous. Mais le plaisir est aussi dans la richesse de la mise en son de cet album enregistré dans les conditions du live dans un studio de Nashville. On goûte les interventions de chacun des invités, sans réserve aucune. Un grand cru.




Bruce Cockburn, un autre Canadien, a lui plus de quarante ans de carrière et une trentaine d'albums à son actif. Il est respecté de tous, même si sa célébrité n'est que toute relative chez nous. Cinq ans après son dernier album studio, l'infatigable défenseur des causes nobles (paix, justice, écologie, démocratie), chanteur engagé s'il en fût, n'a rien perdu de sa pugnacité comme en témoigne Small Source Of Comfort (True North Records) et continue à parcourir le monde armé de sa guitare. C'est ainsi que l'Afghanistan lui a inspiré deux titres, « The Comets Of Kandahar » et « Each One Lost », le second étant dédié à deux jeunes soldats canadiens tués au combat. Du vécu! Sur le plan musical, Bruce a souhaité avec ce disque s'éloigner des sons noisy et des guitares saturées qui caractérisaient ses derniers enregistrements. On a donc ici affaire à une collection des titres plus folk, plus acoustiques dont la production a été confiée à Colin Linden, par ailleurs multi instrumentiste. Ceux qui connaissent la qualité et le talent de ce Monsieur ont sans doute déjà acheté le disque, les yeux fermés. Et je suis sûr qu'ils savent aussi quel guitariste, adepte du fingerpicking, est Bruce Cockburn, qui n'est pas seulement un songwriter. Les instrumentaux, au nombre de cinq, délicieusement teintés de jazz (grâce en particulier au violon de Jenny Scheinman), conférent à ce bel album l'aspect de bande son d'une tranche de vie, celle d'un observateur du monde et de ses turpitudes qui prend le temps de s'arrêter pour le faire point, de notre vie aussi, d'une certaine façon.








Emma Hill fait figure de gamine et, à vingt-trois ans, pourrait être la petite-fille du troubadour canadien. Après deux albums solo (le deuxième paru il y a quelques mois seulement), c'est sous l'appellation Emma Hill & Her Gentlemen Callers que cette native de l'Alaska nous propose aujourd'hui Meet Me At The Moon (Shut Eye Records / CD Baby). Le disque se situe cependant dans la droite ligne du précédent (Clumsy Seduction), plein de ballades folk indie ou alt country, où la guitare et la voix d'Emma sont agréablement soulignées par la pedal steel ou le banjo de Bryan Daste. L'ensemble est frais, mélodieux, les textes sont inspirés et poétiques, révélant au passage la grande maturité de cette jeune femme. C'est un disque qui plaira aux amateurs de Kathleen Edwards, de Caitlin Cary (Whiskeytown) ou des Be Good Tanyas, un disque qui a tout pour séduire, et qui y parvient. Le véritable challenge, pour Emma, sera de surnager dans un genre où les demoiselles de talent ne manquent pas.








Je n'avais jamais entendu parler de Cahalen Morrison & Eli West avant que l'on ne me donne à écouter The Holy Coming Of The Storm (Lucky Dice Distribution) et c'est une des belles révélations de l'année. Les amateurs de string bands et d'old timey ne peuvent qu'adorer, et ne s'en privent pas! C'est un véritable festival de Clawhammer banjo, bouzouki, mandoline, sans oublier quelques guitares, que nous offrent les deux compères avec le renfort de quelques amis dont l'excellent Matt Flinner, dont la virtuosité à la mandoline est appréciée des spécialistes. Quatorze titres, originaux à l'exception de deux traditionnels, nous embarquent dans cette Amérique, au son de cette musique qui est comme "un langage naturel qui provient d'un endroit où force et tendresse se rencontrent". C'est beau et c'est bien fait. Un disque rafraîchissant et vivifiant.








Tim Grimm est un songwriter et comédien qui a déjà derrière lui une belle carrière et quelques albums à la frontière du folk et de la country music. Ce chantre de l'Amérique rurale a cette fois-ci choisi de rendre hommage à un de ses glorieux aînés, un de ses maîtres en songwriting avec un album au titre explicite: Thank You Tom Paxton (Vault Records / CD Baby). Le disque, co-produit avec le guitariste Jason Wilber (habituel partenaire de John Prine, autre influence majeure de Tim) revisite douze titres de l'auteur de « Ramblin' Boy » ou « The Marvelous Toy ». Si ces deux standards sont ici absents, d'autres classiques reçoivent un nouvel habillage dont l'inoubliable « Last Thing On My Mind » (dont je collectionne les versions), « Fare Thee Well, Cisco » ou « How Beautiful Upon The Mountain ». Un bel hommage, avec évidemment les limites du genre, c'est à dire un répertoire totalement non original. Cela posé, c'est fait avec goût, talent et sincérité. Et Papy Tom (73 ans) mérite bien ce coup de chapeau, de son vivant.








Il est toujours question d'Amérique rurale avec Mark Jungers et son cinquième album studio More Like A Good Dog Than A Bad Cat (American Rural Records / CD Baby). Je vous avais déjà présenté Whistle This, son album live paru en 2009 (Xroads #27). Son nouvel opus confirme tout le bien que je pense de lui et si l'influence de gens comme John Mellencamp (tendance campagnarde) peut toujours être évoquée, on pense aussi, au long des treize titres de cet album, à Tom Petty et aux Traveling Wilburys, à la fois pour le timbre de voix et l'ambiance joyeuse et décontractée de l'ensemble. Mark est un artiste naturel qui a choisi de le rester, optant ainsi pour une technique totalement analogique qui met parfaitement en valeur l'esprit qui a présidé à la réalisation de l'œuvre (entièrement due à Mark). À l'exception de « Heel To Toe » de Phil Stevens, Mark Jungers a composé l'ensemble des morceaux, partageant l'écriture de deux titres avec Adam Carroll et d'un avec Owen Temple, deux beaux noms du songwriting texan. Je n'oublierai pas de signaler la présence (en plus de celle de son groupe The Whistling Mules) de l'excellente Susan Gibson pour quelques parties vocales du meilleur aloi.













Tokyo Rosenthal, ancien boxeur, a déjà eu les honneurs de ces colonnes avec Ghosts, son précédent album (Xroads #28). Son nouveau disque nous pose une question fondamentale: Who Was That Man? (Rocks & Socks Records / Hemifrån). Et qui est vraiment Tokyo Rosenthal? C'est en tout cas un artiste plein d'enthousiasme et de talent, un de ceux sur lesquels mise l'excellent Peter Holmstedt (avec son label Hemifrån). Le visuel du disque, inspiré d'une vielle série TV américaine intitulée The Lone Ranger donne une idée du contenu, porté par une instrumentation essentiellement acoustique où se distinguent le fiddle de Bobby Britt et la pedal steel de Allyn Love. La voix est toujours aussi chaude, les mélodies inspirées et le talent de raconteur d'histoires de l'ami Toke s'est encore affirmé. La section rythmique (Chris Stamey – qui co-produit – à la basse et Will Rigby à la batterie) assurent un tempo sans faille et l'unité d'ensemble qui faisait légèrement défaut aux opus précédents. Bref, c'est de la belle ouvrage, un album qui se fait rapidement une place dans les chaumières européennes. Toke Rosenthal sera d'ailleurs en tournée sur notre continent à partir de fin septembre et voudrait jouer en France (c'est même un besoin pour lui). Avis aux amateurs (et organisateurs).









Steve Spurgin est une légende. Sa carrière professionnelle approche le demi-siècle mais, avant de se mettre à la guitare folk dans les années 60, il avait découvert la musique par le piano classique et le cor anglais. Il a aussi joué de la batterie pendant une quinzaine d'années avec des groupes de rock ou de bluegrass électrique (avec Byron Berline notamment) avant de penser à une carrière solo. Ainsi naquirent Distant Faces en 1996, Tumbleweed Town en 2002 (avec, pour ne citer que les plus prestigieux des musiciens, Byron Berline, Chris Hillman et Herb Pedersen) et aujourd'hui Past Perfect (Blue Night Records), un disque enregistré avec des amis de grand talent, musiciens de bluegrass reconnus: Rob Ickes à la resonator et Adam Steffey à la mandoline sont deux noms qui suffiront à susciter l'intérêt des amateurs. Cela étant, si l'instrumentation est essentiellement bluegrass, on n'a pas ici affaire à une version intégriste du genre mais à un grand disque de singer-songwriter qui s'est paré des couleurs de l'herbe bleue. Des titres comme « Collar To The Wind » ou « The Light Of Reno » s'insinuent très vite en vous et la reprise de « Song For A Winter's Night » de Gordon Lightfoot finit de convaincre que Past Perfect est un grand disque, plein de talent et de chaleur humaine, un de ceux qu'on a envie de faire découvrir aux amis de passage. C'est d'ailleurs l'amitié qui a présidé à sa réalisation, et cela est plus que sensible à l'écoute.








Pour terminer, un disque qui appartient à la sous-rubrique download only et, là encore, il est dû à l'ami Joe Phillips qui cette fois nous propose l'album de Doc Merwin, It's Just Been Life (WildCat Recording). Andy "Doc" Merwin a 65 ans et il s'agit de son premier album solo, le couronnement – je l'espère – d'une carrière commencée à la fin des sixties. Doc a beaucoup joué pour les autres, a fait partie de quelques groupes, à traversé les hauts et les bas de l'existence d'un musicien rock et, pour la première fois, nous propose sa musique. Quatorze titres de sa plume, rien que sa voix et ses guitares (avec une apparition de Barry Marshall au saxophone): un festival de talent, une musique entre folk et blues toujours teintée d'une vitale énergie rock 'n' rollienne. Doc est l'un des guitaristes parmi les plus brillants et les plus inspirés entendus depuis longtemps et c'est quelqu'un qui a encore beaucoup de choses à dire. « J'ai donné à Joe Phillips, le producteur, presque assez de matériel pour deux albums, et j'ai écrit de nouvelles chansons depuis, c'est pourquoi j'éspère que vous serez sufisamment nombreux à acheter le disque pour inciter Joe à produire le second! ». Chiche?








C'est tout pour ce mois-ci, folkeux, et c'est déjà pas mal, comme dirait un ami!












jeudi 9 juin 2011

John Prine disque à disque - Sweet Revenge (1973)



1- Sweet revenge (John Prine)
2- Please don't bury me (John Prine)
3- Christmas in prison (John Prine)
4- Dear Abby (John Prine)
5- Blue umbrella (John Prine)
6- Often is a world I seldom use (John Prine)
7- Onomatopeia (John Prine)
8- Grandpa was a carpenter (John Prine)
9- The accident (Things could be worse) (John Prine)
10- Mexican home (John Prine)
11- A good time (John Prine)
12- Nine pound hammer (Merle Travis)


John Prine: Vocals, acoustic guitar
Reggie Young: Electric guitar,acoustic guitar
Steve Goodman: Electric guitar, acoustic guitar, harmony vocals
David Briggs: Piano, organ
Mike Leech: Bass
Kenny Malone: Drums
Cissy Houston: Background vocals
Deirdre Tuck: Background vocals
Judy Clay: Background vocals
John Christopher: Acoustic guitar
Dave Prine: Dobro, abnjo
Raun McKinnon: Harmony vocals
Grady Martin: Dobro, acoustic guitar
Jerry Shook: Harmonica
Steve Burgh: Electric guitar, acoustic guitar
Kenny Ascher: Electric piano
Hugh McDonald: Bass
Steve Mosley: Drums
Ralph McDonald: Percussion
Bill Slater: Percussion
Doyle Grisham: Steel guitar
Bobby Wood: Piano
Arif Mardin: Horn Arrangements


Produit par Arif Mardin

"Sweet Revenge" est le troisème volet de la trilogie magique de John Prine. Il marque la fin d'un cycle, comme on le constatera par la suite. C'est le disque le plus country de John pour cette première moitié des seventies. Il a d'ailleurs été, dans sa grande majorité (9 titres sur 12), enregistré à Nashville, avec des musiciens locaux.


"Sweet Revenge" confirme que John Prine fait partie des plus grands songwriters de son temps, les mélodies sont tout autant inspirées que les textes. L'humour, toujours teinté d'auto-dérision et de second degré tient encore dans ce disque une place importante comme le démontrent plusieurs titres: "Onomatopeia", "The Accident" ou le désoplilant "Dear Abby", enregistré en public.



Il y a aussi la reprise de "Nine Pound Hammer", de Merle Travis qui permet à Steve Goodman de montrer encore une fois son talent à la 6 cordes.


"Grandpa Was A Carpenter" est un portrait plein d'amour et de nostalgie. D'autres belles ballades: "Christmas In Prison", "A Good Time" et "Mexican Home" donnent la tonalité générale de cet album, qui balance toujours entre humour et tendresse, quand les deux ne sont pas réunis dans le même titre.


Je garde pour la fin deux morceaux. Il y a d'abord le morceau titre qui a donné son nom à ma nouvelle rubrique mensuelle sur Xroads (qui trouvera d'ailleurs un prolongement, prochainement, ici-même).


Et puis il y a "Blue Umbrella" qui rappellera à certains le titre de mon autre blog et qui, pour moi, reste une des plus belles chansons d'amour (ou de rupture) du vingtième siècle, à jamais dans mon top 10 personnel, avec ces mots superbes:


"Feelings are strange
Especially when they come true
And I had the feeling
That You would be leaving soon
...
Blue umbrella rest upon my shoulder
Hide the pain
While the rain
Makes up my mind
...
Just give me one good reason
And I promise I won't ask you anymore
Just give me one extra season
So I can figure out the other four"


... à suivre avec "Common Sense", bientôt...