jeudi 5 novembre 2026

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

The GOTHIC COWBOY aka Melvin LITTON

 w/ MANDO DAN & Sasha FERYOK

"The Dealer" 

Melvin Litton, 75 ans, a une belle carrière derrière lui. Avec The Border Band, puis sous le nom de Gothic Cowboy, il nous a laissé de bien beaux albums au long desquels il perpétue la tradition de Woody Guthrie, Bob Dylan, Townes Van Zandt, Leadbelly ou Hank Williams, pour ne citer que quelques-uns des maîtres. Il présente son nouvel album, The Dealer, avec ces mots: "Dans ce vaste monde, il se trouve toujours un dealer, qu’il siège à la Maison-Blanche ou qu’il évolue dans les plaines où paissent les bisons, qui cherche à truquer la partie, au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre". Le disque nous propose vingt-et-un titres. Beaucoup sont nouveaux, certains ont été tirés de la poussière de sa longue carrière. Tous sont de la plume de Melvin (dont Boxcars 'n Boneyards coécrit avec Robb Popp) sauf Cowtown écrit par David Leach et le traditionnel Range Of The Buffalo qui clôture l'opus. Aux côtés de Melvin, sont seuls présents, dans une formule simple et efficace, Mando Dan aka Dan Hermreck (mandoline) et Saha Feryok (fiddle slave). The Gothic Cowboy nous régale de son folk teinté de blues, avec un sens de l'observation aigu. Il parvient à saisir les sentiments, qu'il s'agisse d'amour, de désolation, de faits personnels ou politiques, d'une manière qui donne à l'auditeur l'impression d'être au cœur de l'action. La chanson-titre, The Dealer, est un véritable petit film musical qui dure plus de sept minutes, c'est un morceau très représentatif de ce que sait faire l'artiste. Just Before He Dies capture d'une façon émouvante les derniers instants d'un homme. Il y a aussi des chansons simples et tendres comme Your Green Eyes Smile, Son Of Mine ou Sweet Nancy, en mémoire de la sœur de Melvin. Je peux encore citer les nostalgiques Hero, Last Ride, For A Nickel Or A Dime, décerner une mention spéciale à James Street Bridge, Bring The House Down et Dead Bear In The Baranca, mais la vérité m'oblige à dire qu'il n'y a pas un moment faible au long des quatre-vingts minutes que dure The Dealer. Dans le Cri du Coyote n°164, en 2020, à propos de Between The War, j'avais écrit, et je le confirme: " L'album est captivant de bout en bout et Melvin Litton un parfait exemple de ce que le folk américain peut offrir de meilleur. Indispensable!".


 

 

The CASHVILLE TRASH PANDAS

(self-titled) 

Derrière The Cashville Trash Pandas se cache un nom bien connu, Jubal Lee Young. Au chant et à la guitare, il est ici en compagnie des seuls Mike Carty (basse) et Chuck Sigler (batterie). Max Williams qui est cité comme guitariste sur la pochette du CD n'a rejoint le groupe qu'après l'enregistrement de ce premier opus. Jubal est connu pour être le fils de Steve Young (et de Terrye Newkirk) mais aussi, comme le prouve sa discographie, pour être un des meilleurs dépositaires du label outlaw country. Ici, il se contente de conserver le côté outlaw, qu'il développe au son d'une guitare électrique brûlante au long des douze titres très rock qui composent l'album. Dix sont de sa plume, Worker's Song (Handful Of Earth) est l'œuvre d'Ed Pickford et The White Trash Song est une composition bien connue de Steve Young. Les premiers mots de Fuck That Guy, le premier titre, donnent le ton: "Tu continues à répandre la haine / Tout en brandissant une bible / Tu diffames et calomnies / Et tu te vautres dans la cupidité / Puis tu affirmes que tu vas prier / Pour que Jésus me sauve / Mais ce qui le mettait en colère / C’était l’hypocrisie". C'est une charge en règle contre Trump et sa clique de faux-culs bénis, mais le côté mercantile de Nashville en prend aussi pour son grade avec Welcome To Nashville, Asshole (déjà enregistré pour l'album Squirrels) ou Fuck The AMA, sans parler de Chicken, Beer & Atmosphere. Sacrifice est un autre moment fort de l'album avec ce souhait "Si nous sacrifiions ne serait-ce qu’un milliardaire par an, un milliardaire par an, ils abandonneraient tout". Il y a un aspect autobiographique dans I Refuse qui traduit bien le côté rebelle et indomptable de Jubal Lee Young. L'hypocrisie et la bigoterie en prennent de nouveau pour leur grade avec Have Me Shot: "Non, je ne suis pas tenu de respecter ta foi / Ta foi doit mériter mon respect / Tant que tu t’en sers pour haïr / Ne t’attends à rien". People Like You enfonce le clou avec ces mots: "Les gens comme vous disent qu’ils se fichent de ce que les autres pensent / Mais, en réalité, ça leur importe / Les gens comme moi, eux, s’en fichent vraiment / Mais nous ne le dirions jamais aux gens comme vous". Le disque se conclut avec Here's Your Hat, une chanson de rupture, sur un ton peu plus léger. Voilà un groupe qui laisse éclater sa colère, un disque que l'on reçoit comme un coup de poing salutaire dans l'estomac. Il est juste dommage qu'il ne puisse pas atteindre davantage d'Américains (mais pas seulement). 


 

 

Dean OWENS and The SINNERS

"Our Favourite Sins - Live from the Slate Room" 

Cet album a une histoire, celle de sa genèse. À la fin d'une tournée aux Pays-Bas, Dean Owens avait été approché par Bert Pijpers, de Continental Record Services. Ce dernier lui avait demandé s'il pouvait enregistrer un album live pour son label Must Have Music, ou plus exactement un disque enregistré en studio dans les conditions du direct, regroupant quelques-uns des titres favoris du songwriter écossais. C'est ainsi que Dean Owens & The Sinners se sont retrouvés à l'automne 2025 aux Slate Room Studios, près d'Édimbourg pour graver cette collection de dix-sept titres (dont l'inédit Road Of Diamonds) pour la plupart parus dans les albums récents de Dean. Dean Owens (voix, guitares acoustiques à cordes nylon et métal), Craig Ross (guitares électriques et acoustiques et chœurs), Adam McMillan (contrebasse & chœurs) et Pip Cardwell (trompette) constituent le groupe, rodé par trois années de concerts. On connaît (ou pas) Dean au travers de ses albums solo, de ses groupes (The Felsons, Redwood Mountain, Buffalo Blood) et de ses collaborations avec Will Kimbrough & Neilson Hubbard ou Calexico. Ce qui est intéressant avec Our Favourite Sins (puisque le disque s'appelle ainsi), c'est de redécouvrir des chansons connues, interprétées par un groupe soudé avec une unité de ton et de son. C'est ainsi que des titres relativement anciens comme New Mexico ou The Night Johnny Cash Played San Quentin trouvent une seconde jeunesse et cohabitent sans peine avec les plus récents que sont Land Of The Hummingbird, Arizona, My Beloved Hills, Hopeless Ghosts et d'autres. Il y a aussi le morceau sifflé, The Rain That Never Lands, où la trompette joue un rôle important comme dans nombre d'autres titres. Dean siffle encore pour introduire le nouveau titre, Road Of Diamonds, où la guitare électrique, tout en retenue, de Craig Ross dialogue joliment avec la voix de Dean. Le disque se referme avec After The Rain, comme une parenthèse avant un nouvel album qui devrait paraître en 2027. Pour ceux qui ne connaitraient pas encore Dean Owens et son œuvre, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est riche et variée, ces péchés favoris sont une belle porte d'entrée.


 

 

RJ CHESNEY

"A Southern Man" 

Après Prayers Of A Wayward Son (2010), Angels Falling (2013) et Amateur Revolution (2019), RJ Chesney revient avec A Southern Man. Ce disque propose douze titres dont 9 écrits ou co-écrits par RJ auxquels s'ajoutent Holy Roller (Mesa Pullman / Shira Myrow), Suzanne (Kyle McNeill) et, surtout, Biloxi (Jesse Winchester), dernier titre de l'opus. Le songwriter de Macon, Georgia, revendique son identité sudiste au travers du titre de l'album qui a été produit à Los Angeles par Zachary Ross et Jason Hiller. Ces derniers sont aussi les deux principaux accompagnateurs de RJ. Jason joue de la basse, de la contrebasse et de l'orgue à anches, alors que Zachary joue toutes sortes de guitares et assure quelques chœurs (il a aussi co-composé quatre titres). Parmi les musiciens les plus notables, il faut signaler Marty Rifkin (pedal steel et dobro), John T. Thomas (piano, orgue, accordéon), Deacon Marrquin ou David Goodstein (batterie). La voix de RJ Chesney est bien posée, plutôt soul, elle est particulièrement remarquable dans le morceau d'ouverture, Unforgiving Heart, ou dans la très belle ballade Suzanne (un prénom qui a inspiré beaucoup de songwriters) et prend des accents de Guy Clark dans Holy Roller. Il convient de souligner la qualité de la production et celle de l'accompagnement, où les guitares savent évoquer J.J. Cale ou Tony Joe White (dans la chanson titre par exemple) aussi bien que les groupes de rock sudiste. Parmi les titres les plus forts, il y a aussi The Devil Is Beating His Wife (NdR: mon morceau favori de l'album), Orphans Of The Sky, My Silent Storm et, bien sûr, A Southern Man, sans oublier Afraid Of The Ball aux accents country. Quant à Biloxi, il conclut l'ensemble de fort belle manière, avec notamment la guitare à résonateur de Zachary Ross. 


 

 

Ags CONNOLLY

"Yesterday's Man" 

La parenthèse James Hand refermée (Your Pal Slim: Songs Of James Hand paru en 2024), Ags Connolly est de retour avec un album de chansons originales, Yesterday's Man, le premier depuis Siempre en 2023. On retrouve aux côtés d'Ags une partie de l'équipe qui avait contribué à cet album: Rob Updegraff (guitares), Anna Robinson (basses et voix) et Chris "CJ" Jones (batterie). S'y ajoutent Sarah Jory (pedal steel), Kieran Towers (fiddle) et Andy May (piano). Cerise sur le gâteau, l'Américain (établi en Écosse) Cahalen Morrison, dont le prochain album, Broken Bell, est prévu pour janvier, vient ajouter quelques notes de mandoline et de banjo sur Didn't I Say, et de guitare acoustique sur Someone Wrote A Song About You. Disons-le tout de suite, si toute la musique country américaine était de ce calibre et de cette authenticité, le genre se porterait bien mieux. Le titre de cet album (qui est aussi celui de la première chanson) est à cet égard une forme de manifeste. "Maintenant, je comprends pourquoi les vieux aiment les vieux films / C’est parce qu’ils regrettent une vie disparue à jamais / Traitez-moi d’homme d'hier / Si vous le voulez". Mais l'homme du passé, qui ne cherche pas à faire moderne y compris dans sa tenue, est tout sauf passéiste, même si la plupart des titres sont empreints d'une douce nostalgie (Aren't You Lucky), portée par une voix dont la qualité n'est plus à démontrer. That Song Caught Me Wrong, qui évoque le grand et regretté Billy Joe Shaver, en est une belle illustration. Certains titres mettent en scène des personnages, d'autres sont plus personnels (What Am I Gonna Think About You, avec une introduction au piano, Come Back Around), avec souvent une touche d'humour et d'autodérision (When You Had The Chance). Parmi les titres les plus marquants, je citerai aussi Yesterday's Man, porté par une belle pedal steel guitar, Didn't I Say, plein d'énergie, et Someone Wrote A Song About You, avec une vivifiante partie de fiddle. Ags Connolly poursuit sa route, affinant son art à chaque album. Si vous cherchez de la bonne country music, il n'est pas forcément nécessaire d'aller à Austin ou à Nashville. Ags s'est simplement rendu dans un studio de l'Oxfordshire, armé de sa voix, de sa guitare acoustique et de dix chansons, pour produire un des meilleurs albums du genre de cette année.


 

 

Mike GUINEY

"The Grace Of Eloquence" 

Mike Guiney est ce qu'on appelle un late bloomer puisqu'il a attendu d'avoir 61 ans pour publier The Grace Of Eloquence, son premier album. L'éclosion tardive de ce natif de Terre-Neuve-et-Labrador (la province de Newfoundland au Canada) ne signifie néanmoins pas qu'il est un débutant puisqu'il a écrit ses premiers poèmes à l'âge de 16 ans et toujours été passionné par les chansons et notamment les textes de celles-ci. Ses premiers écrits avaient la forme de longues ballades, de chansons à histoires à la manière de Marty Robbins ou Tom T. Hall. La vie passant, en dehors de ses activités et métiers variés, Mike n'a jamais laissé de côté la plume et le papier, se distinguant même à plusieurs reprises lors de l'ISC (International Song Competition) et vainqueur à deux reprises (2015 et 2019) du Lyric Contest Grand Prize du magazine American Songwriter. Cela lui valu de gagner trois guitares dont il apprit peu à peu à jouer, en particulier les accords des chansons de cowboy, avec le désir de devenir un véritable songwriter. C'est ainsi qu'est né The Grace Of Eloquence qui nous propose dix titres que Mike chante de sa voix feutrée. Le disque est produit par Zane Whitfield et Chris Brown (qui joue également piano, orgue et cuivres). Jason Scherr est aux basses électrique et acoustique, ajoutant un banjo sur Troubadour Blues. Pete Bowers est à la batterie et de nombreux invités apportent leur contribution. C'est d'ailleurs au son de la guitare électrique de l'un d'eux, Tony Scherr, que l'album débute avec Gone Dry où l'orgue tient également une place importante. Après Ain't No Friend Of Mine, plus murmuré que chanté, Tony Scherr est de retour, avec Mickey Raphael à l'harmonica, pour Gravedigger Blues qui nous transporte quelque part entre Leonard Cohen et J.J. Cale. La voix de Miss Emily enjolive le titre suivant, Love Can Be Dangerous avec, cette fois, la guitare électrique de Tom Savage. Le rythme de l'ensemble est lent et ne s'accélère pas avec Gone Are The Days où la mandoline de Joey Wright et les cuivres et le piano de Chris Brown apportent cependant une couleur différente. "The grace of the eloquence" (quel beau titre pour un album!) sont les premiers mots de Beyond's Fate Control, au tempo lent et chaloupé, où la guitare de Tony Scherr brille encore. Le saxophone de Jonathan "Bunny" Stewart donne des accents presque joyeux à Come Down (Before You Fall) que l'on pourrait qualifier de country-jazz, tendance ragtime. Puis vient Troubadour Blues, avec le banjo de Jason Mercer et l'harmonica de Todd Bryant Weeks, avant Moonlight On The Water, dépouillé et nostalgique. Counting Lucky Stars, pour terminer, est un long morceau dont les notes (surtout celles de la guitare de Tony) et les mots s'étirent sur plus de sept minutes et demi, Il est révélateur de l'art de Mike Guiney et se conclut sur une réflexion selon laquelle on peut agir sur son destin, sans subir la fatalité. Pour résumer, The Grace Of Eloquence est un bel album, qui manque certes un peu de rythme, mais qui se laisse découvrir avec plaisir, par touches successives. 


 

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