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dimanche 15 décembre 2024

Du Côté de Chez Sam, par Sam Pierre

 

C. Daniel BOLING

"Love, Dan" 

En entendant les premières notes de banjo et les premiers mots de la chanson Love, Dan, j'ai cru entendre Loudon Wainnwright III. "Dear Mama I hate, you. Love, Dan". Ces blessures d'enfance, cette conscience douce-amère du temps qui passe, de la bascule trop rapide du statut de fils à celui de père ("Dear Daddy, I Hate you. Love, Sam"), tout cela est typique du songwriter new-yorkais. Et pourtant, il s'agit bien ici de C. Daniel Boling qui nous donne avec Love, Dan (l'album), un nouvel aperçu de son talent. Entre deux aventures avec Tom Paxton (le prochain disque est prévu pour 2025), Daniel, armé de sa guitare et de son banjo, nous offre quatorze nouvelles chansons, des ballades tendres, sérieuses, humoristiques, nostalgiques. C'est ainsi qu'il peut aussi bien chanter l'actualité (All Of Us Are Immigrants, Toward The Fire, For Better Or Worse) que l'amour (Maya, I Adore You, coécrit avec Tom Paxton), parler d'un père qui manque (Whadya Do Today?) et évoquer encore sa mère (The Leash). Il parle aussi, sans le nommer, dans Public Domain d'un songwriter qui a grandi à Bristow, Oklahoma, dont on connait les chansons sans toujours savoir qu' il les a écrites; il s'agit bien sûr de Tom Paxton. Il dit notamment "He wrote a little ditty back in 1965 / About a wino vagabond just glad to be alive / Now everyone from les enfants to mesdames et messieurs / Declares it's a French folk song they've sung a hundred years". Chacun aura reconnu Bottlle Of Wine / Sacrée Bouteille. Daniel n'oublie pas non plus la nature, au milieu de laquelle il a toujours vécu, et conclut l'album avec The Sycamore Tree. Voilà pour les chansons. Pour le reste, il faut noter la production impeccable, comme toujours, de l'excellent Jono Manson. Kelly Mulholan (mandoline notamment) et Char Rothchild (accordéon et tin whistle) contribuent beaucoup au son de l'album. Un violon par-ci (Jason Crosby sur Something From Your Past), un violoncelle par-là (Michael G. Ronstadt sur If I Were You), ou encore un dobro (John Egenes sur The Leash) font le reste, en douceur et en beauté.


 

 

Jeffrey FOUCAULT

"The Universal Fire" 

Le nouveau disque de Jeffrey Foucault, The Universal Fire, est dédié à Billy Conway (1956-2021), batteur attitré de Jeffrey, qui était encore présent sur son dernier album Blood Brothers, paru en 2018. C'est à cette époque que j'avais eu l'occasion de voir en France Jeffrey Foucault avec son groupe au grand complet: Jeffrey (guitare), Billy (batterie), Jeremy Moses Curtis (basse) et Eric Heywood (pedal steel). Eric (qui joue également de la guitare électrique, tout comme Jeffrey) et Jeremy sont présents sur le nouvel opus, John Convertino à pris le siège de Billy, Erik Koskinen est à la guitare électrique et Mike Lewis produit le disque, y ajoutant piano, orgue et saxophone ténor. Dès le début, on comprend que The Universal Fire est l'œuvre d'un groupe, au son rock, compact et parfois sombre , comme dans Winter Count qui ouvre l'album. Cela s'explique par le fait que l'ensemble a été enregistré dans les conditions du direct, en studio, en l'espace d'une semaine, en novembre 2023. Un premier constat s'impose, la qualité de l'écriture est toujours la même et cela ne surprendra pas ceux qui ont découvert Jeffrey avec Miles From The Lightning, au début du millénaire, et n'ont jamais été déçus depuis. Ici, l'écriture semble simplement plus concise et percutante, comme si elle répondait à une forme d'urgence. Le côté brûlant du titre se reflète dans l'instrumentation, très électrique, avec parfois trois guitares et le titre Nightshift, par exemple, en est la parfaite illustration, aux frontières du hard-rock. Même les titres les plus calmes comme Moving Through ou Sometimes Love (avec la voix de Kris Delmhorst) montrent que Jeffrey Foucault n'est pas simplement le troubadour acoustique que l'on a connu et que l'on retrouve dans East Of Sunshine. Si cet album est un hommage à Billy Conway, l'ami de longue date, le titre The Universal Fire fait directement référence à l'incendie qui a ravagé les studios Universal en 2008, détruisant au passage des centaines d'enregistrements originaux, trésors irremplaçables. 


 

 

Various Artists

"Can't Steal My Fire: The Songs Of David Olney" 

La vie et la mort de David Olney, décédé sur scène au milieu d'une chanson, en janvier 2020, juste avant le cauchemar du COVID, appartiennent désormais à la légende. Son ami et partenaire Gwil Owen a pris l'initiative de réunir certains de ses pairs et admirateurs autour d'un beau projet: Can't Steal My Fire: The Songs Of David Olney. Ils sont venus, ils sont tous là, certains tirés de la tombe, comme Townes Van Zandt, d'autres d'un oubli profond (et volontaire) comme Willis Alan Ramsey. David lui-même apparaît dans le court Sonnet #40, un texte mis en musique par Irakli Gabriel. L'album est riche de dix-sept titres, dix-sept artistes, et pas mal de musiciens célèbres venus les soutenir. Ils viennent d'horizons différents, de styles musicaux variés avec un dénominateur commun, l'amour des chansons de David. "Because David Olney was the best of us", écrit Steve Earle, ici présent avec Sister Angelina. Steve et David s'étaient rencontrés en 1973, quand ils venaient de débarquer à Nashville, avec des rêves plein la tête, notamment celui de placer leurs compositions auprès d'artistes célèbres. Steve connaissait déjà Townes Van Zandt qui interprète ici Illegal Cargo, version publique enregistrée en 1977, 4 ans avant le premier disque de David (avec les X-Rays), 12 ans avant le premier enregistrement officiel de ce titre par son auteur-compositeur sur Deeper Well. Plutôt que des mots, une simple liste des participants, par ordre d'apparition, vous donnera une idée de la qualité de l'album: Lucinda Williams, Steve Earle, The McCrary Sisters, Buddy Miller, The Steeldrivers, Willis Alan Ramsey, Mary Gauthier, R.B. Morris, Jimmie Dale Gilmore, Anana Kaye, Greg Brown avec Bo Ramsey, David Olney avec Irakli Gabriel, Afton Wolfe, Dave Alvin with the Rick Holmstrom Trio, Jim Lauderdale, Janis Ian, Townes Van Zandt. Mieux qu'un who's who, non? Il ne faut pas oublier les sidemen prestigieux qui sont venus donner un coup de main. Au premier rang d'entre eux on trouve, bien sûr, Gwil Owen, omniprésent. Quel plaisir de retrouver, avec une nouvelle vie, des titres aussi forts que Jerusalem Tomorrow, If My Eyes Were Blind, 1917, Deeper Well, Women Across The River, If It Wasn't For The Wind, Sister Angelina… Et combien d'autres auraient pu aussi faire partie du menu! Can't Steal My Fire: The Songs Of David Olney est une belle occasion de (re)découvrir l'œuvre d'un des plus grands songwriters de ces cinquante dernières années.


 

 

Steve EARLE

"Alone Again… Live" 

Les dernières parutions discographiques de Steve Earle ont été consacrées à des hommages à son fils, Justin Townes Earle, et à Jerry Jeff Walker. Son dernier album de chansons originales, Ghosts Of West Virginia, date de 2020. En 2023, Steve a ressenti le besoin de partir seul sur les routes, en tournée avec sa guitare, son harmonica et ses chansons. C'est aujourd'hui sans surprise, mais non sans plaisir, que nous pouvons écouter Alone Again… Live, fort de quinze titres enregistrés au court de ladite tournée. Le répertoire en en majorité composé de chansons des premières années discographiques de Steve: The Devil's Right Hand, My Old Friend The Blues, Someday, Guitar Town, I Ain't Ever Satisfied, Goodbye, Copperhead Road. Il y a aussi des titres des années de la "renaissance", après la prison: Now She's Gone, Transcendental Blues, CCKMP (Cocaine Cannot Kill My Pain), South Nashville Blues, The Galway Girl, Sparkle And Shine. Un titre obscur, instrumental, figure au programme, Dominick St., dont la version studio avait été enregistrée en même temps que The Gallway Girl (qu'il précède ici) et que l'on ne trouvait que sur la compilation Sidetracks. Le seul titre récent, paru sur Ghosts Of West Virginia, est It's About Blood. Alone Again… Live, est un album pour les fans de Steve qui retrouvent ainsi, dans sa plus pure expression, un artiste dont on mesure de mieux en mieux l'importance à chaque fois qu'un de ses maîtres et/ou amis rejoint le "singer-songwriter Heaven". Pour ma part, j'y ai retrouvé la même énergie et la même fraîcheur qu'en avril 1986 quand j'avais découvert par hasard le 33 tours Guitar Town, séduit par la pochette et ses précieuses informations, dans un bac de la FNAC de Lyon.

 

FOREST SUN

"No Finish Line" 

J'ai déjà parlé à plusieurs reprises de Forest Sun (Schumacher) dans les colonnes du Cri du Coyote (et précédemment dans Xroads). La dernière fois, c'était en octobre 2023 pour Hey Magnolia. Depuis, l'artiste californien, toujours aussi difficile à enfermer dans une catégorie, a continué à nous distiller ses chansons par le biais de Patreon avant de les réunir sous la forme d'un album intitulé No Finish Line. En effet, la ligne d'arrivée n'est pas en vue pour notre ami qui continue, avec classe et élégance, à nous ravir avec ses compostions fines et mélodieuses, que sa voix chaude sait si bien habiller d'émotion. Aux côtés de Forest Sun (voix, guitare et piano), on trouve essentiellement son complice et coproducteur Gawain Matthews (banjo, contrebasse, batterie, harmonies vocales, orgue Hammond, piano, accordéon, guitare électrique, mandoline, dobro). L'alchimie entre les deux hommes fonctionne à merveille et les seuls renforts sont Lara Louise (harmonies vocales), Luke Price (fiddle) et Aaron Kierbel (batterie sur un titre). Forest Sun est un véritable artiste, qui vit pour sa passion, ou plutôt ses passions car il a plusieurs cordes à son arc, sans chercher la gloire à tout prix. C'est un homme heureux qui aime son pays (America, I Love You) même si ce dernier le fait parfois souffrir. Dans ce cas, le remède est la musique (Music Is My Medicine). Il sait la précarité de l'existence (Precious Days), il sait que la vie n'est pas une course (No Finish Line), manie la nostalgie dans le bluesy Autumn In Montreal, chante l'amour simple (Take Along Our Love, Because You're Mine), évoque une forme de lassitude (Too Much Of Everything). Les orchestrations sont tantôt riches (merci Gawain), tantôt dépouillées mais se rejoignent dans un ensemble harmonieux. Et quand Forest Sun nous quittee avec Apples & Oranges, c'est au son d'un piano, bientôt rejoint par quelques notes subtiles de guitare électrique, qu'il nous donne rendez-vous pour de nouvelles aventures, de nouvelles chansons.


 

 

LOVESICK

"Remember My Name" 

Lovesick (ex Lovesick Duo) est un groupe italien composé de Paolo Roberto Pianezza (guitares, lap steel, chant) et Francesca Alinovi (contrebasse et chant). Ils ont toujours été influencés par la musique américaine, du rock 'n' roll à la country music, du blues au western swing. Au duo est venu s'ajouter Alessandro Cosentino (fiddle, batterie et chant). Disons-le tout de go, Remember My Name est un pur concentré de bonne humeur et de joie (ce qui n'empêche par une qualité musicale de haut niveau). Until I'm Done ouvre le bal, et ce western swing (avec la clarinette de Chloe Feoranio) emporte, dès les premières notes, l'adhésion de l'auditeur. L'intérêt va croissant et, ça et là, on note des références aux pères du rock Eddie Cochran, Buddy Holly ou Elvis Presley (Goin' Back For More, You And I, The Rain). La country music est là aussi avec le bien nommé I've Got A Smile For You. On pense aussi à Johnny Cash (Blue Skies) et on se dit que Remember My Name, Martha et l'entrainant Goin' Down (compositions de Paolo & Francesca, comme les autres titres) sont des chansons que beaucoup auraient aimé écrire. L'album se termine par un instrumental, Kauai, dont le seul intitulé définit le style. Solidement ancrés dans les années 1950, nos amis italiens de Lovesick, en duo ou en trio, sont, à n'en point douter un véritable plaisir à voir sur scène. 


 

lundi 16 mai 2022

Disqu'Airs, le retour (discret)

Quelques mots d'introduction pour rappeler que les bonnes volontés sont les bienvenues. Disqu'Airs, rubrique bien connue des les lecteurs du Cri du Coyote, revient sur la pointe des pieds avec une chronique d'Alain Fournier mais elle est ouverte à quiconque voudrait partager son amour de la musique qui nous est chère.

 

Mathis HAUG & Benoit NOGARET

"Sitting On The Top Of The World" (Wild Time 004)

 Voilà enfin un vrai disque, 12 titres en version physique qu’on peut regarder, ouvrir et surtout écouter. Avec un superbe hommage à Doc Watson, ce légendaire chanteur-guitariste qui nous a quittés en 2012. Le duo reconnait "puiser son inspiration dans des styles qui ont en commun le swing et l’énergie". Pour faire bonne mesure, j’ajouterai la sincérité et l’émotion. Pour ce qui est de l’énergie et de la virtuosité chez ce diable d’homme attachant, Mathis et Benoit ont été servis ! 

Pas étonnant qu’ils aient eu envie de se mesurer à la muraille ! L’entreprise n’était pas sans risque, et enfiler les bottes de sept lieues de ce géant démontre une volonté affirmée, non seulement de relever le gant, mais surtout de réussir ce "tribute". Mission accomplie avec brio. De Coo Coo Bird à Shady Grove, les morceaux respectent l’univers musical de Doc, souligné par les apports de son fils Merle. Ici, le travail des guitares accompagne la voix de Mathis, (présent dans un style différent lors de sessions antérieures avec Jean-Jacques Milteau ou Eric Bibb pour Dixiefrog). Sur leur lancée ils se permettent une incursion sur les terres des Delmore Brothers, autre duo fondateur de la musique country au même titre que les York et autres frères Louvin. La tentation était forte mais le résultat est bien à la hauteur de l’ambition. Gonna Lay Down My Old Guitar ou Deep River Blues sont restitués avec talent, sans plate imitation mais joués avec les tripes… 

Font également partie du voyage: Aurore Voilqué au violon, Christian Séguret au fiddle et à la mandoline, Steve Louvat au banjo et Manu Bertrand à la mandoline. Leur présence donne à l’ensemble une nécessaire cohésion et cette chaude tonalité amicale que l’on perçoit au fil des chansons. En respectant la musique de Doc Watson et celle d’Alton & Rabon Delmore, Mathis et Benoit ont réussi leur examen de passage : ils peuvent prétendre se faire entendre dans la cour des grands. Mais c’est peut-être déjà fait ? (Alain Fournier)

J.P. HARRIS' DREADFUL WIND & RAIN

"Don't You Marry No Railroad Man" 

Après trois albums de compositions originales, le songwriter originaire de l'Alabama, J.P. (Joshua Pless) Harris, qui se définit lui-même comme un charpentier qui écrit des chansons, nous revient sous l'appellation J.P. Harris' Dreadful Wind & Rain pour nous offrir un disque composé uniquement de chansons traditionnelles. En fait, derrière le nom qui pourrait être celui d'un groupe, se cachent simplement J.P. (banjo fretless de sa fabrication) et Chance McCoy ancien membre d'Old Crow Medicine Show, fiddle et chœurs). Les deux hommes avaient déjà publié ensemble un disque en 2017, dans le même esprit (Two Bad Hombres). On ne sera pas surpris de trouver ici House Carpenter et le moins connu The Little Carpenter qui renvoient au job de J.P., aux côtés de Mole In The Ground, Barbry Allen ou Wild Bill Jones, dix titres en tout qui nous font passer un excellent moment. C'est de la musique old-time pratiquée par deux passionnés qui nous font partager leur plaisir de jouer. 

 

Jake Xerxes FUSSELL 

"Good And Green Again"  

La musique old-time, c'est aussi le domaine de prédilection de Jake Xerxes Fussell. Avec son quatrième album, Good And Green Again, il explore de nouveaux territoires sonores. Si ses premiers disques étaient autoproduits, pour celui-ci, il s'est adjoint les services de James Elkinton, par ailleurs muti-instrumentiste. Autre nouveauté: il y a trois compositions de Jake, toutes instrumentales, ainsi que la mise en musique d'un texte anonyme, Washington. Si certains titres restent proches de ce que Jake avait publié précédemment, par exemple Love Farewell et The Golden Willow Tree (qui s'étire sur neuf minutes), c'est-à-dire du folk pur, l'ensemble du disque est un peu la bande-son d'un documentaire sur les paysages de Caroline du Nord, comme une invitation au voyage. La guitare et la voix de Jake sont toujours aussi présentes et assurées, mais d'autres instruments donnent une couleur différente, comme la pedal steel sur Rolling Mills Are Burning Down, le fiddle sur In Florida ou des cuivres ici et là. À noter que Bonnie "Prince" Billy est présent pour quelques vocaux additionnels. Avec cet album, nostalgique et plein d'espoir en même temps, Jake Xerxes Fussell atteint une nouvelle dimension d'artiste. 

 

David OLNEY 

"Evermore" / "Nevermore" 

L'année 2020 a été terrible pour les grands songwriters américains. Le premier à nous quitter, de manière inattendue (il est mort sur scène) a été David Olney dont on a du mal à réaliser qu'il n'est plus parmi nous. Le vide qu'il a laissé va être provisoirement comblé par deux albums enregistrés en concert aux Pays-Bas et sous-titrés The Final LIVE IN HOLLAND Sessions. Ce sont les septième et huitième disques en public publiés par l'excellent Pieter Groenveld sur son label Strictly Country Records. Ils ont été enregistrés en 2016 et 2018 et, pour l'occasion, David est accompagné par Daniel Seymour (basse et voix). Le premier volume (rose) s'appelle Evermore, le second (bleu) Nevermore. 

 

Chacun comporte quinze titres (un peu plus car cinq d'entre eux sont des medleys de deux chansons). Tout l'art de David Olney s'exprime encore une fois. Il était aussi bien un auteur-compositeur exceptionnel qu'un interprète (chant et guitare hors-pair). On retrouve ici des classiques comme Deeper Well, Roses, Border Town, A Dangerous Man et d'autres succès plus récents comme Evermore,  This Side Or The Other, Thing Of Beauty et Innocent Heart. Au menu, également, quatre titres nouveaux ainsi que des reprises: I Still Miss Someone (Johnny Cash), Speed Of The Sound Of Loneliness (John Prine), She's Not There (Zombies), For The Sake Of The Song et Rex's Blues (Townes Van Zandt), New York Mining Disaster 1941 (Bee Gees) et Everyday (Buddy Holly). En bref, David, par l'entremise de son ami Pieter, nous offre plus que deux disques, mieux qu'un concert d'adieu: un véritable feu d'artifice, un bouquet final illuminé par son talent.

mercredi 17 septembre 2014

De Nashville à Nancy, Irene Kelley






Le nom d'Irene Kelley m'est familier depuis longtemps. Je l'ai rencontré souvent, dès le début des années 1990, parmi les crédits de chansons interprétées par d'autres. Rhonda Vincent, Claire Lynch, Mark Newton, artistes bluegrass de renom, mais aussi le songwriter Pierce Pettis avec qui elle a coécrit un titre pour l'album "Great Big World" font partie des gens avec lesquels elle a collaboré ou/et pour qui elle a écrit des chansons. Ce n'est en fait qu'avec la parution du premier volume de la saga historique de Thomm Jutz, "The 1861 Project", que j'ai compris qu'Irene Kelley chantait, et de fort belle manière: un titre, "Horse Without A Rider" a suffi à m'en convaincre.

Native de Latrope, en Pennsylvanie, Irene a débuté dans un groupe qui chantait des reprises de Led Zeppelin avant de se sentir attirée par la country music (elle aurait aimé chanter du Dolly Parton avec son groupe, ce qu'elle ne put faire; pour l'anecdote, plus tard, Dolly fit une reprise de "Stairway To Heaven"). Une de ses premières compositions, "Pennsylvania Is My Home" lui permit d'acquérir un début de notoriété, elle envoya des maquettes aux maisons d'édition de Nashville où elle finit par s'établir. Elle enregistra un album entier pour MCA, qui ne publia que deux singles, mais elle continua à écrire, avec succès, pour les autres tout en élevant ses deux filles, Justyna et Sara Jane.

C'est en 1999 que son premier album "Simple Path" fut publié sur son propre label avant d'être réédité en 2001 par Relentless Nashville.

Il comporte onze titres, tous coécrits par Irene Kelley:
  1- A little bluer than that (Irene Kelley / Mark Irwin)
  2- O Mexico (Irene Kelley / Michael Joyce)
  3- Not so different after all (Irene Kelley / Jeff Hughes)
  4- Scorns of time (Irene Kelley / Claire Lynch)
  5- It wasn't me (Irene Kelley / Mark Irwin)
  6- Dancin' shoes (Irene Kelley / Dave Gillon)
  7- Pilgrim in the rain (Irene Kelley / Kim Richey)
  8- Constant state of grace (Irene Kelley / Darrell Scott)
  9- Jealousy (Irene Kelley / Claire Lynch)
10- One fine day (Irene Kelley / Kim Patton-Johnston)
11- Never lookin' back (Irene Kelley / Billy Smith / Terry Smith)

Aux côtés d'Irene, sur cet album produit par Scott Neubert, on entend Bob Mummert (batterie), Joey Click (guitare basse), Victor Krauss (contrebasse), Aubrey Haynie (violon), Brent Truitt (mandoline), Scott Neubert (guitares électrique et acoustique, dobro, lap steel, mandoline) Peter Hyrka et Daniel Nadasdi (accordéons), Claire Lynch, Tim Hensley, Craig Fuller, Mel Besher et Kim Patton-Johnston (harmonies).
Ce premier disque, qui confirme les talents d'écriture de la dame, démontre à ceux qui en doutaient (au premier rang desquels figurent les deux grandes compagnies discographiques qui ne lui ont pas vraiment donné sa chance) qu'elle était née pour chanter. "Simple Path" est un album sans fioriture inutile, plein de mélodies inspirées portées par une voix qui surfe souvent sur la vague de l'émotion. Un beau premier pas.

En 2004, parait le second album, "Thunderbird" qu'Irene co-produit avec Scott Neubert. Celle fois encore, il y a onze titres, tous écrits ou coécrits par Irene Kelley:


  1- Highway (Irene Kelley / Claire Lynch)
  2- If I had any strength at all (Irene Kelley / Mark Irwin)
  3- Cold all the time (Irene Kelley / Bill Anderson)
  4- Somebody let the water in (Irene Kelley / Billy Crane)
  5- Thunderbird (Irene Kelley / Billy Smith)
  6- My sun and moon (Irene Kelley / Lisa Aschmann)
  7- Big girl now (Irene Kelley / Bernie Nelson)
  8- Burn down the house (Irene Kelley / Rand Bishop)
  9- Might unbreak my heart (Irene Kelley / Trent Summar)
10- Comin back from the moon (Irene Kelley)
11- I pray (Irene Kelley / Billy Yates)

On retrouve quelques-uns des partenaires de "Simple Path", tant parmi les co-auteurs que parmi les musiciens: Scott Neubert (guitares électrique et acoustique, dobro, lap steel, Tacoma papoose, mandoline), Bob Mummert (batterie), Mike Chapman (basse électrique), Mark Fain (basse acoustique), Stuart Duncan (violon et mandoline), Brent Truitt (mandoline), Claire Lynch, Jon Randall Stewart et Rodney Crowell (harmonies). La présence de ce dernier sur le titre "If I Had Any Strength At All" et une forme d'hommage au Hot Band et aux duos d'Emmylou et Gram.


Après ces deux albums country, Irene avait en elle le désir de faire un album plus orienté bluegrass, correspondant vraiment à ses racines, avec quelques-uns des meilleurs musiciens du genre. Mark Fain, qui a une carte de visite impressionnante (il a entres autres longtemps été le bassiste de Ricky Skaggs), fut chargé de la production et "Pennylvania Coal" vit le jour au début de l'an 2014. Il a été pour moi l'objet d'une grande frustration parce que j'aurais voulu en faire la chronique pour "Le Cri du Coyote". Hélas, l'ami Dominique Fosse, spécialiste incontestable de la musique de l'herbe bleue avait pris les devants pour en faire l'éloge, de fort belle manière (même si je me dois de lui faire remarquer - mesquine vengeance - que le batteur, à l'exception du titre bonus, est Lynn Williams et non Pat McInerney). L'album comporte, comme les précédents, onze titres, avec en plus un bonus qu'Irene chante avec ses deux filles:


  1- You don’t run across my mind (Irene Kelley / Peter Cooper)
  2- Feels like home (Irene Kelley / Peter Cooper)
  3- Pennsylvania coal (Irene Kelley / Thomm Jutz)
  4- Breakin’ even (Irene Kelley / Mark Irwin)
  5- My flower (Irene Kelley / Justyna Kelley)
  6- Rattlesnake rattler (Irene Kelley / Thomm Jutz)
  7- Sister’s heart (Irene Kelley / Jon Weisberger)
  8- Things we never did (Irene Kelley / David Olney / John Hadley)
  9- Angels around her (Irene Kelley / Billy Yates)
10- Better with time (Irene Kelley / Justyna Kelley / Peter Cooper)
11- Garden of dreams (Irene Kelley / David Olney / John Hadley)
          Bonus track
12- You are mine (Irene Kelley / Justina Kelley / Sara Jean Kelley)

Les instruments traditionnels du bluegrass sont là, tenus par des maitres du genre. Mark Fain est à la basse, Bryan Sutton à la guitare et au banjo ainsi qu'au dojo (banjo avec résonateur) sur un titre, Stuart Duncan au violon, Adam Steffey à la mandoline. Par rapport à une formation de bluegrass traditionnel, on a en plus la batterie de Lynn Williams (qui ne dénature pas l'ensemble). Participent également Thomm Jutz à la guitare, Jeff Taylor à l'accordéon et au hammer dulcimer, Irina jouant de l'autoharpe sur un titre. Ajoutons Scott Neubert (dobro) et Pat McInerney (batterie) pour la chanson bonus. Quant aux harmonies, elles sont assurées par un véritable who's who: Dale Ann Bradley, Steve Gulley, Claire Lynch, Justina Kelley, Trisha Yearwood, Bonnie Keen, Darren Vincent, Carl Jackson, Jerry Salley, Rhonda Vincent et Chip Davis. Un casting de rêve pour un grand et beau disque. Et quand on voit que les coauteurs s'appellent Peter Cooper, John Hadley, David Olney, Jon Weisberger et quelques autres, on a une idée du niveau de ce disque, un des meilleurs de la musique americana en 2014.


Pendant quelques-jours, Irene Kelley est en Europe où elle se produit avec sa fille Justyna. La Belgique, Paris, l'Italie, Disneyland Paris, et Nancy, pour terminer, le 20 septembre, seront ses étapes. Belle occasion de faire connaissance avec une artiste qui n'a pas encore chez nous la reconnaissance que son talent mérite.