jeudi 30 septembre 2010

John Prine disque à disque - John Prine (1971)



John Prine
Atlantic Records – Novembre 1971
1- Illegal Smile (John Prine)
2- Spanish Pipedream (John Prine)
3- Hello In There (John Prine)
4- Sam Stone (John Prine)
5- Paradise (John Prine)
6- Pretty Good (John Prine)
7- Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore (John Prine)
8- Far From Me (John Prine)
9- Angel From Montgomery (John Prine)
10- Quiet Man (John Prine)
11- Donald And Lydia (John Prine)
12- Six O'clock News (John Prine)
13- Flasback Blues (John Prine)

John Prine: Vocals & Acoustic Guitar
Reggie Young: Lead Guitar
Leo LeBlancPedal Steel Guitar
John Christopher: Rhythm Guitar
Bobby Emmons: Orga
Bobby Wood Pianos
Mike Leech: Bass
Gene Chrisman: Drums, Tambourine on "Flashback Blues"
Bishop Heywood: Percussion, Drums on "Flashback Blues"
Steve Goodman: Harmony Vocal on "Paradise", Acoustic Guitar on "Paradise" & "Flashback Blues"
Dave Prine: Fiddle on "Paradise"Neal Rosengarden: Bass on "Paradise"
Noel Gilbert: Fiddle on "Flashback Blues"
Produced by Arif Mardin
Si l'on se réfère à ce qu'ont écrit sur lui les critiques depuis 1971, si l'on totalise le nombre de ses pairs qui le citent comme influence et se réclament de lui, John Prine est une immense superstar. Malheureusement, le succès commercial (relatif) n'est arivé pour lui que 20 ans et onze albums plus tard avec The Missing Years. Mais revenons-en au commencement. Voici ce qu'écrivit Kris Kristofferson après avoir vu John en été de cette annèe-là: "John Prine nous a pris par surprise au moment de la décompression de fin de nuit après notre dernier show à Chicago. Steve Goodman nous demanda d'aller au club Old Town pour écouter un ami que, d'après lui, nous devions entendre, et comme Steve nous avais épatés toute la semaine avec ses propres chansons, nous avons accepté. Il était vraiment trop tard et nous devions nous lever très tôt; quand nous sommes arrivé à l'Old Town, il n'y avait plus que des rues désertes et des fenêtres obscures. Et le club fermait. Mais le propriétaire nous laissa entrer, poussa quelques chaises près d'une paire de tables et John revint chanter. Peu de choses sont aussi déprimantes que ces chaises empilées tête-bêche sur les tables d'une vieille taverne vide, et nous en étions à ce moment étrange, assis en attendant que ce gamin nous montre ce qu'il savait faire. Et lui, debout, tout seul, les yeux baissés vers sa guitare à se demander ce que diable nous faisions là, les uns et les autres. Il commença à chanter et, dès la fin du premier vers, nous savions que nous entendions quelque chose de différent. Ce devait être comme tomber par hasard sur Dylan la première fois qu'il a chanté à Greenwich Village… Un de ces rares, grands moments, où tout semble valoir la peine d'être vécu… Il chanta une douzaine de chansons, et dut en faire une douzaine de plus. Rien de comparable à ce que j'avais entendu avant: "Sam Stone", "Donald & Lydia". Celle sur les vielles personnes. Il n'a que vingt-quatre ans et il écrit comme s'il en avait deux-cent-vingt. Je ne sais pas d'où il vient mais j'ai une bonne idée de ce vers quoi il va…". Les choses allèrent vite ensuite. Invité par Kris à New York, John Prine n'eut pas besoin de plus de trois chansons pour convaincre Jerry Wexler de le signer chez Atlantic et d'enregister son premier album, à Memphis, sous la direction d'Arif Mardin et avec quelques requins du coin. Le plus grand problème dut être pour John de choisir douze titres parmi l'immense répertoire qu'il avait en réserve. Quand il commença à se produire dans les clubs de Chicago, il se croyait en effet obligé, par respect du public, de venir avec une nouvelle composition chaque soir. Quoiqu'il en soit, de "Illegal Smile" à "Flashback Blues", "John Prine" (c'est le titre de l'album), contient quelques-uns des classiques indémodables du songwriter. "Sam Stone", observation douloureuse sur la guerre du Vietnam; "Paradise", titre écrit pour son père (afin qu'il comprenne qu'il était un songwriter), où l'ami Steve Goodman et le grand frère Dave Prine vinne donner un coup de main; "Hello In There", émouvant hommage aux personne âgées ou "Donald And Lydia"; des titres où l'humour décapant, rôdé sur scène, de John se révèle: "Illegal Smile" ou "Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore"; il y a encore "Quiet Man", "Angel From Montgomery" ou "Far From Me", un moment de grande beauté nostalgique, et puis le dramatique "Six O'Clock News". Bref, pas un moment faible pour ce coup d'essai. À l'époque où toute l'Amérique cherchait un nouveau Dylan, John Prine se révèlait d'emblée bien autre chose que cela. Marqué par le blues et le folk comme Bob, John avait une voix plus typiquement country, parfaitement adaptée à ses mélodies (mais difficilement exportable chez nous, par exemple). Et il apparaissait surtout comme un songwriter sachant manier les mots comme peu avant lui, traçant, avec une précision de l'écriture, une concision, un sens de la formule très personnel, des portraits de ses contemporains, tantôt tendres, tantôt acides, qui s'inscrivaient immédiatement au patrimoine de la chanson américaine. Mais ce n'était que le début…

dimanche 19 septembre 2010

Forest Sun with Ingrid Serban "Twenty Toes in the Sand"

Ils sont venus le 8 septembre au Ciné Jean Vigo à Gennevilliers, à l'invitation de l'ami Jacques Deniel.

Après l'étonnant (un guitar picking dans la lignée de ses compatriotes Bert Jansck ou John Renbourn) Peter Jagger, ils nous ont offert un show très éclectique, avec un bonheur de jouer évidents.

Deux moments forts pour moi: "Trampoline" and "Gurus and Rockstars".

Et, puis, après le set, un mini-concert privé pour quelques privilégiés, 2 titres de Maître Bob en cadeau d'anniversaire (le mien): "She Belongs To Me" et "Tomorrow Is A Long Time".

Beauté et émotion...

De tout coeur, merci...

mardi 20 avril 2010

Donna Ulisse



Aujourd'hui paraît le nouvel CD de Donna Ulisse, Holy Waters, qu'elle appelle son "soul journey". L'inspiration y est très largement religieuse. L'album comporte 13 Titres dont 12 sont écrits ou co-écrits par Donna qui s'affirme plus que jamais comme l'un des grands talents du bluegrass moderne. Le treizième morceau est « Who Will Sing For Me » de Carter Stanley. Vous en saurez plus en lisant Xroads le mois prochain (#30).

En Attendant, vous pouvez vous reporter à la chronique de Walk This Mountain Down publiée dans Xroads #21. Et achetez ce disque si vous ne l'avez déjà fait; il est disponible à un prix très raisonnable chez Amazon France. (http://www.amazon.fr/Walk-This-Mountain-Donna-Ulisse/dp/B001MWNQC4/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=music&qid=1271744652&sr=1-1)



DONNA ULISSE *****
Walk This Mountain Down
Hadley Music Group / CD Baby
Le bonheur en musique

Donna Ulisse (pronounced "You-liss-ee") est née à Hampton, Virginie, dans une famille d'origine en partie italienne où tout le monde chantait. Elle-même fit ses débuts sur scène à l'âge de 3 ans! Elle chanta pour un groupe de western swing avant de rencontrer et d'épouser Rick Stanley. Précision importante: ce dernier est le cousin des Stanley Brothers et Ralph Stanley lui-même vint jouer en compagnie des Clinch Mountain Boys lors de la réception suivant le mariage du couple. Donna ne pouvait donc pas échapper au bluegrass. Sa voix, entendue notamment aux côtés de Jerry Reed, attira vite l'attention des "majors" et c'est chez Atlantic qu'elle publia en 1991 son premier album Trouble At The Door. Ce disque country, de qualité mais sans réelle originalité, resta sans suite et ce fut une longue traversée du désert qui permit à Donna Ulisse-Stanley de découvrir son talent pour l'écriture. "Ma nouvelle passion est le songwriting. J'ai découvert cette partie de moi lors de mon long voyage de retour après un contrat discographique avec une major. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort… Qui a dit cela? Après la fin de mon contrat de chanteuse, je me suis sentie perdue jusqu'à ce que je trouve un stylo et un papier". Retour à la case bluegrass en 2007 pour When I Look Back (dont Donna à écrit ou co-écrit les 14 titres). Une véritable réussite, suivie rapidement de ce Walk This Mountain Down qui confirme le(s) talent(s) de la Dame. 13 titres qui prouvent que l'on a affaire à l'une des meilleures plumes de Nashville et d'ailleurs. Donna a réuni un groupe de musiciens exceptionnels: Scott Vestal (banjo), Rob Ickes (dobro), Andy Leftwich (mandoline et violon), Keith Sewell (guitare et production), Byron House (basse) et quelques voix amies (Claire Lynch, Rick Stanley, Curtis Wright, Jerry Salley, Keith Sewell, Wendy Buckner). La recette est simple mais d'une efficacité totale, telle je me suis rendu sans condition avant la fin de la première écoute. Il est vrai que ce disque, non content d'être proche de la perfection sur tous les plans, est un véritable hymne à la joie de vivre. Le titre « Lovin' Every Minute » en est la meilleure illustration: "Every tear, every smile / Every memory, every mile has you in it / Your constant love kept me strong / Every step along the way, every hour of every day / Because of you I can say that I have spent it / Lovin' every minute". Chanson d'amour, d'un amour (qui dure depuis longtemps) pour quelqu'un qui partage la même passion pour la musique, la même passion pour la vie. Donna est heureuse et le dit, et ce bonheur de vivre la vie qu'elle avait rêvée (même si la réalité déforme quand même un peu les rêves) rejaillit sur chaque seconde de ce disque, un album qui fait que l'on se sent mieux, et meilleur, après l'avoir écouté. Donna vit chaque jour comme un cadeau, heureuse comme un enfant de cinq ans quand il déballe un cadeau. De superbes mélodies, une voix qui enchante, un groupe de musiciens au mieux de leur forme, c'est déjà beaucoup; mais il serait dommage de passer à côté des mots, parce qu'une telle qualité de plume, dans le bluegrass, c'est plutôt rare. Ce disque n'est pas loin, pour moi, d'être celui de l'année. Il sera assurément celui de l'été.

À ranger entre deux disques des Stanley Brothers. Carter serait fier que son nom soit perpétué de si belle manière.

Sam Pierre

mardi 15 septembre 2009

Tift à l'église...

Tift Merritt – Buckingham Solo


Voici une chronique que vous ne lirez pas dans Xroads. Il a été en effet décidé démocratiquement que pour le numéro 22 de votre magazine favori, ce serait celle de Jacques-Eric Legarde qui serait publiée. Après tout, il faut bien que les jeunes auteurs aient l'occasion de s'exprimer.

Vous pouvez néanmoins prendre connaissance de ce à quoi vous avez échappé...

TIFT MERRITT ***
Buckingham Solo
Vella Recordings / Fantasy Records
Encore un autre pays


Tift Merritt aime la scène. Elle a publié trois albums en studio (du moins en solo, car on peut aussi mentionner l'excellent EP country-punk enregistré avec Two Dollar Pistols) et, 4 ans après Home Is Loud, elle nous offre déjà son second album live. Tift Merritt aime l'Europe. Après Paris et la France où elle a trouvé l'inspiration pour Another Country, c'est l'Angleterre, (et plus précisément Buckingham, dans une ancienne église) qu'elle a choisie pour enregistrer ce nouvel opus où elle apparaît totalement seule, s'accompagnant tantôt au piano, tantôt à la guitare (avec aussi quelques notes d'harmonica). Buckingham Solo est d'abord un disque pour les fans qui a d'ailleurs été publié sur le label de Tift, Vella Recordings, quelques semaines avant d'être édité par Fantasy Records. C'est un disque qui offre les chansons dans toute leur nudité, leur vérité, conçu pour ceux qui aiment la musique épurée, sans fioriture. C'est au piano qu'elle débute le set avec "Another Country", avant de passer à la guitare pour "Something To Me" et "Broken". Le son est parfait et l'on a réellement l'impression d'assister à un de ces concerts intimistes qui font la joie des amateurs de musique acoustique. L'inconvénient de ce type d'enregistrement, surtout quand il n'est pas trafiqué ou overdubbé en studio, c'est que les défauts ressortent aussi parfaitement. La voix, qui évolue avec grâce sur un fil invisible perd parfois sa justesse et, sur un titre comme "Tender Branch", au tempo très lent, le piano et les cordes vocales semblent quelque peu désaccordés. Mais c'est cette fragilité, associée au fait que l'artiste ne triche pas, qui font que l'on aime Tift Merritt; quoi qu'il en soit, ces petites imperfections ne réussissent pas à gâcher le plaisir d'ensemble. Tift interprète six titres de Another Country, trois de Tambourine et seulement un de Bramble Rose, qui reste pour moi son plus bel album. Elle termine par une composition inédite, "Do Something Good", et une seule reprise, "I Live For You" signée de George Harrison. Pour ceux qui ont envie découvrir Tift Merritt, je conseillerai plutôt de commencer par Bramble Rose ou Another Country. Mais pour les autres, Buckingham Solo constitue un excellent complément à une discographie qui commence à s'étoffer.

À ranger à côté de Home Is Loud, enregistré avec un groupe, pour comparer.

Sam Pierre

lundi 31 août 2009

Straight to the heart

Gretchen et Tom (et réciproquement)


Il y a plusieurs mois déjà, j'annonçais la parution de l'album de Gretchen Peters (avec Tom Russell) "One To The Heart, One To The Head". Ce disque prometteur ne m'a pas déçu, loin de là. Six mois après, il figure défiitivement tout en haut de la liste des albums préférés de 2009.



Voici ce que j'écrivais à son sujet (Xroads #17):


GRETCHEN PETERS with TOM RUSSELL *****
One To The Heart, One To The Head
Scarlet Letter Records / Frontera Records
Ode à l'Ouest


Ce disque n'aurait pas vu le jour si, en 2004, après la parution de "Halcyon", Tom Russell n'avait adressé à Gretchen Peters une véritable lettre de fan, l'invitant à chanter sur son prochain album, ce qui lui permit de toucher un plus vaste public. Tom eut ensuite l'idée d'enregistrer un album dédié à l'Ouest Américain auquel les deux artistes sont attachés. Gretchen le dit ainsi: "J'ai grandi dans le Colorado, où la terre et le ciel vous rappellent constamment l'immensité de la nature et du temps. Je sais que l’Ouest fait partie de moi-même et lorsque j’ai commencé avec Tom Russell à choisir les chansons de cet album, la voix de l’Ouest a de nouveau résonné en moi. Les thèmes tels que la liberté, la mort, le renouveau, la notion primordiale de grandeur et d'intemporalité de l'Ouest sont les éléments que j’ai souhaité graver sur cet album. Je suis reconnaissante à Tom d’avoir été la source d’inspiration de ce disque et d’avoir veillé à la réalisation de cette vision". Quant à Tom, il parle de ce side-project "western", co-produit avec Gretchen, en ces termes: "Je suis un invité sur ce disque. Gretchen est la chanteuse de Dieu ("God's chanteuse")". On ne peut plus clairement poser les choses. Nous avons affaire à un disque de Gretchen Peters. Mais que les fans de Tom se rassurent, depuis les illustrations du livret jusqu'à la tonalite générale du disque en passant, bien sûr, par sa participation, vocale uniquement si l'on excepte quelques percussions, sa présence est bien palpable. Comme l'est celle de Barry Walsh, le claviériste extraordinaire et attitré de Gretchen qui signe l'instrumental d'ouverture "North Platte" avant d'enchaîner, toujours au piano sur le morceau de Mary McCaslin "Prairie In The Sky" où la voix de Gretchen, céleste, fait déjà des merveilles. Puis arrive l'accordéon, ici tenu par Joel Guzman pour un "Billy 4" de Bob Dylan, extrait de "Pat Garrett & Billy The Kid", premier duo de cet album. C'est ensuite la voix de Gretchen qui nous emmène toujours plus haut avec "Blue Mountains Of Mexico", signé Ian Tyson "Cowboys Born Out Of Their Time" de Tom Dundee (avec cette fois Barry Walsh à l'accordéon), et la seule composition (nouvelle) de Tom, "Guadalupe". Tom revient pour 4 duos, "Sweet And Shiny Eyes", "Wolves" de Stephanie Davis, un sublime "Snowin On Raton" de Townes Van Zandt, sans qui l'Ouest (et le Sud) musical ne serait pas ce qu'il est, et le traditionnel "Old Paint". C'est alors que Gretchen entame un bouquet final de toute beauté où sa voix, toujours en retenue et en nuances, fait des prodiges avec "My Last Go Round" de Rosalie Sorrels, "If I Had A Gun" (signé par Diana Jones et trois de ses copines) dont est extrait le titre de l'album "One To The Heart, One To The Head", et "Prairie Melancholy", entrecoupés par la reprise de "North Platte". Pour Tom, "Ce disque est un chef d'œuvre du western, il ne comporte pas une mauvaise chanson", et encore: "J'ai écouté la voix de Gretchen. Irréelle. Il n'y avait pas d'autre raison de faire ce disque que l'amour de l'Ouest et le désir de faire prendre conscience aux amateurs de musique western du pouvoir de Gretchen". L'objectif est plus que largement atteint. Plus qu'un disque de "cowboys", cet album est la bande-son d'un western imaginaire dont les images sont celles que Gretchen et Tom ont si bien su nous suggérer, celles de la grandeur et de l'immensité de l'Ouest américain, qui défilent à l'infini dans nos cœurs et dans nos têtes.


À ranger, dans quelques années, pas loin des œuvres du genre de Ian Tyson, Tom Russell ou Michael Martin Murphy.

Sam Pierre


Je n'ai donc pas changé d'avis au sujet de cette œuvre de grande beauté. Mais comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, celle qui concerne la prochaine parution de "Blood And Candle Smoke", nouvel album de Tom Russell, ne peut que réjouir ceux qui aiment Gretchen.



Gretchen est présente ainsi que ses deux fidèles acolytes, Barry Walsh et David Henry. On note également la présence des membres de Calexico Joey Burns, John Convertino et Jacob Valenzuela.


Douze titres (dont une autre version de "Guadalupe"), tous de la plume de Tom, sont au menu:

1- East Of Woodstock, West Of Viet Nam

2- Santa Ana Wind

3- Nina Simone

4- Criminology

5- Crosses Of San Carlos

6- Finding You

7- Mississippi River Runnin' Backwards

8- The Most Dangerous Woman In America

9- Don't Look Down

10- Guadalupe

11- American Rivers

12- Darkness Visible


Vous pourrez lire une présentation de chacun des titres ("Series of Dreams") en rendant visite au blog de Tom Russell, "Notes from The Borderland" http://www.russelltom.blogspot.com/







dimanche 24 mai 2009

Elvis Costello goes bluegrass

"Secret, Profane & Sugarcane"


Voici un disque que je n'ai pas chroniqué pour Xroads. L'excellent Tony Grieco l'a fait, et bien fait (cf. Xroads #19 en vente dans tous les bons kiosques). Cet album sortira début juin des 2 côtés de l'Atlantique.
Elvis Costello alias Declan Patrick Aloysius MacManus, tout le monde le connaît depuis 1977, époque où, porté par la vague punk, il faisait une entrée fracassante dans le milieu de la musique rock. Personne n'a oublié des titres comme "Alison" ou "Watching The Detectives", ni l'album "My Aim Is True".
Depuis, Elvis 2 a démontré qu'il était d'une espèce à part, un touche à tout de génie qui réussit dans tout ce qu'il tente (avec, quand même, des hauts et des bas): rock, musique de chambre, country, jazz...
Pour son nouveau disque, il a choisi une approche "tout acoustique" (avec juste quelques notes de guitare électrique dues à T Bone Burnett, qui produit aussi l'album).
Plus étonnant, notre "Imposter" favori s'est entouré de la fine fleur du bluegrass. Jugez-en vous-même: Jerry Douglas (dobro), Stuart Duncan (violon et banjo), Mike Compton (mandoline), Jeff Taylor (accordéon) et Dennis Crouch (contrebasse). Et, au cas où cela ne suffirait pas, Jim Lauderdale (un des talents les plus immenses et les plus mésestimés de la country music) assure les harmonies. Dans le rôle de la cerise sur ce beau gâteau, on trouve Emmylou Harris pour une apparition vocale sur "The Crooked Line".
Le disque est composé de morceau d'origines différentes. Quatre d'entre eux, en particulier, ont été écrits pour un opéra inachevé sur la vie de Hans Christian Andersen ("How Deep Is the Red?", "She Was No Good", "She Handed Me a Mirror" et "Red Cotton". Deux ont été écrits pour Johnny Cash dont "Hidden Shame" qui figue sur l'album "Boom Chicka Boom". On touve aussi "Down Along The Wines And Spirits" écrit à l'origine pour Loretta Lynn (qui co-écrit ici "I Felt The Chill"). T Bone Burnett, le "Coward Bother" et l'un des partenaires favoris d'Elvis co-signe lui "Sulphur To Sugarcane" et "The Crooked Line". L'album se conclut sur un titre popularisé par Bing Crosby: "Changing Partners".
Je n'aurais peut-être mis que 4 étoiles à ce disque si je l'avais chroniqué. Elvis n'atteint pas, en termes d'écriture, les somments qu'il a pu côtoyer pour "Spike" ou "King of America". L'aspect un peu patchwork de l'album est également sensible à l'écoute. Et puis Elvis ne cherche pas à faire beau en matière vocale (mais c'est aussi pour cela qu'on l'aime), conservant ce côté teigneux qui est sa marque de fabrique. Mais un telle somme de talents ne peut pas produire un mauvais album, et cet album est excellent.
Comme le dit si bien Tony: à ranger au rayon "bonne surprise" ou même "surprise" tout court.

Pour plus d'informations et quelques sons, rendez-vous ici: http://www.elviscostello.com/

PS: pour ceux qui en douteraient, il s'agit bien d'un album d'Elvis Costello, pas d'un album de bluegrass de plus. Le style reste reconnaissable, les harmonies ne sont pas celles du bluegrass. Un titre comme "The Crooked Line" a une saveur cajun avec le crin-crin et l'accordéon mais, dans l'ensemble, tous ces titres pourraient se parer d'une autre instrumentation, plus électrique. Cela écrit, au bout de 3 écoutes, on a du mal à imaginer un autre casting que ce super-groupe de circonstance.

mercredi 6 mai 2009

The Survivor

Charlie Louvin est un survivant. Il aura 82 ans en juillet, plus de 60 ans de métier, depuis ses débuts avec son frère Ira, en 1946.


Les Louvin Brothers se sont produits ensemble jusqu'à leur rupture en 1963, avant qu'Ira ne trouve la mort dans un accdent de voiture le 20 juin 1965, à 41 ans. Ira était parti avec sa mandoline et sa merveilleuse voix de ténor. L'influence des deux frères et de leurs harmonies vocales sur les générations suivantes est toujours réelle.


Charlie est resté seul et poursuit depuis une carière solo, démontrant même un regain d'activité ces dernières années.


Il a ainsi publié en 2008 deux albums qui ont été chroniqués dans Xroads: "Steps To Heaven" (#13) et "Charlie Louvin Sings Murder Ballads And Disaster songs" (#15).


Voici ces deux chroniques:







CHARLIE LOUVIN ***
Steps To Heaven
Tompkins Square

En attendant…

Charles Elzer Loudermilk (cousin de John D. Loudermilk, auteur de l'immortel "Tobacco Road"), plus connu sous le nom de Charlie Louvin, est né le 27 juillet 1927. Ses débuts dsiscographiques, aux côtés de son frère Ira datent de 1946. L'influence des Louvin Brothers sur les générations suivantes (à commencer par Gram & Emmylou) n'est plus à démontrer. Et pourtant, Charlie ne décroche pas. Un an après Charlie Louvin enregistré en compagnie d'une bande de (plus ou moins) jeunes (Jeff Tweedy, Elvis Costello, Will Oldham…), il revient avec ce Steps To Heaven qui en est l'exact opposé. Peu de monde autour de lui, sous la férule du producteur Mark Nevers: le piano de Derrick Lee, la basse et la guitare de Chris Scruggs (fils de Gail Davies et Gary Scruggs et petit-fils d'Earl Scruggs) et les voix gospel des (trois) sœurs McCrary. C'est un disque austère, sans fioriture, mais loin d'être triste. À leurs débuts, les Louvins ont mis plusieurs années avant d'avoir le droit d'enregistrer autre chose que du gospel mais, aujourd'hui, Charlie y revient de son plein gré avec 8 titres traditionnels et 2 reprises du duo fraternel: "There's A Higher Power" et "Just Rehearsing". La voix de notre homme est l'élément central du disque, tantôt lasse, tantôt forte et pleine de confiance, elle véhicule essentiellement un message d'espoir (celui de reformer, là-haut, l'impossible duo?), d'acceptation et non de peur de la mort, évitant le piège du prêchi-prêcha trop souvent inhérent à ce type d'enregistrement. Tout n'est pas parfait, certes, le chœur gospel est parfois un peu envahissant mais des titres comme "How Beautiful Heaven Must Be" ou "If We Never Meet Again This Side of Heaven" donnent le frisson. En attendant…




À ranger tout près coffret Close Harmony, intégrale des Louvin Brothers publiée chez Bear Family Records, en attendant Charlie Louvin Sings Murder Ballads & Disaster Songs prévu pour le 9 décembre prochain. Car Charlie nest pas pressé de les franchir, ces Steps To Heaven!



Sam Pierre








CHARLIE LOUVIN ***
Sings Murder Ballads And Disaster Songs
Tompkins Square


L'heure du crime




Charlie Louvin nous avait laissés il y a peu (cf. Xroads #13) avec son Steps To Heaven. Comme promis, il est de retour avec ses Murder Ballads And Disaster Songs. Là encore, il puise largement dans le répertoire traditionnel avec les plus que rabâchés "Darling Corey", "Wreck Of The Old 97" ou "Mary Of The Wild Moor". Il y a aussi "Dark As A Dungeon" de Merle Travis, "Wreck On The Highway" de Dorsey Dixon, "Is This My Destiny" d'Helen Carter ou "My Texas Girl" de la Carter Family. Bref, rien d'original, mais si la tonalité générale de Steps To Heaven était largement teintée d'optimisme, on est ici à l'opposé, thématique oblige. Sur le plan vocal, les chœurs des sœurs McCrary laissent place à quelques harmonies essentiellement mâles. Orchestralement, le contraste est également net avec l'apparition des fiddles de Andrew Bird et Billy Contreras et, ça et là, d'une steel guitar (Chris Scruggs) ou d'un pipe organ (Matt Allen) qui viennent jouer un contre-chant du meilleur effet. Dans l'esprit et dans le dépouillement, on n'est pas loin de Will The Circle Be Unbroken du Nitty Gritty Dirt Band. La voix de Charlie Louvin est parfaitement à l'aise dans ce répertoire – il est vrai qu'il a connu son lot de tragédies – notamment quand elle s'élève seule (et là, on doit saluer la production impeccable de Mark Nevers) mettant particulièrement bien en relief le côté sombre du répertoire. Rien d'original, disais-je plus haut? Au fil des écoutes, cette impression de déjà entendu laisse cependant place à autre chose, on entend les confidences d'un vieil ami dont la voix chaude nous fait penser à celle de nos aïeux quand, enfants, nous étions suspendus à leurs lèvres fatiguées qui savaient si bien nous conter des histoires d'un autre temps. Des titres comme "Down With The Old Canoe" et "The Little Grave In Georgia" en sont la meilleure illustration, et trop vite on arriveà la fin de l'album, qui nous laisse le sentiment d'une douce mélancolie. See you soon, Charlie...




À ranger à côté de Steps To Heaven!




Sam Pierre


Et si vous pouvez, procurez vous l'intégrale des Louvin Brothers (coffret 8 CD): Close Harmony. Plaisir garanti!










mardi 3 février 2009

Chuck Brodsky - Two Sets

À ceux qui ont la nostalgie du Dylan des années 60, je recommande Chuck Brodsky. Il a une voix, un talent de raconteur d'histoires et une qualité de jeu de guitare acoustique qui le placent parmi les meilleurs héritiers de Woody et Bob, aux côtés de John Prine ou Sammy Walker.

C'est aussi un passionné de baseball, mais dans ce domaine, en bon Français qui se respecte, je ne le suivrai pas.
Pour en savoir plus sur Mr. Chuck, 2 adresses: http://www.chuckbrodsky.com/ et http://www.myspace.com/chuckbrodsky


Cette chronique a été publiée dans Xroads #13

CHUCK BRODSKY ****
Two Sets
Waterbug
Le peintre des mots

Chuck Brodsky est né en 1960 à Philadelphia, ce qui l'a empêché de concourir pour le titre de "nouveau Dylan", challenge très en vogue vers 1970. Ce détail chronologique mis à part, il aurait été le mieux placé, aux côtés de John Prine et Sammy Walker pour l'emporter. Il a tout: la voix, les textes, un jeu de guitare très musical, auxquels il ajoute une passion pour le baseball (qui le poussa même à publier The Baseball Ballads en 2002). Il n'a longtemps été qu'un nom pour moi, quelqu'un que je me promettais d'écouter jusquà ce que je me rende sur son MySpace et que je télécharge (c'est payant) sa première œuvre enregistrée: Live From Spam City, à l'origine une cassette auto-produite datant de 1991. Depuis, 7 albums studio sont parus, tous de grande qualité, avant ce Two Sets sur Waterbug, label de l'ami Andrew Calhoun. En 25 chansons de sa plume, seul avec sa guitare, sur 131 minutes, Chuck revisite son répertoire (2 titres nouveaux seulement) et nous démontre l'étendue de son talent d'entertainer à l'humour acéré (cf. la dizaine de passages parlés ici présents ou "Armitage Shanks", l'un des titres inédits). Bien sûr, cela semble un peu long pour un néophite, bien sûr il est préférable de comprendre l'Anglais pour apprécier vraiment l'ensemble, il n'empêche que l'on a affaire à l'un des secrets les mieux gardés de la scène folk américaine, l'un des songwriters qui sortent du lot, l'un de ceux que je rêve de voir à la Pomme d'Ève (ah bon, c'est fini les concerts?) dont la dimension est parfaitement adaptée. Les thèmes qui lui tiennent à cœur sont tous présents: la destruction des cultures par la mondialisation ("Trees Falling"), le baseball ("Dock Ellis' No No"), la politique ("He Came To Our Town"), les droits civiques ("Dangerous Times") et quelques portraits pleins d'humanité dignes du peintre des mots qu'est Chuck. Mais c'est un tableau plein d'humour que je citerai pour terminer: "On Christmas I Got Nothing", petit chef d'œuvre d'humour juif ("But on Christmas I got nothing, 'cause we were Jews").

À ranger entre Live de John Prine et In Concert de Sammy Walker, pas loin de Radio de Chuck Brodsky, sans doute le meilleur disque pour aborder l'artiste.

Sam Pierre

lundi 26 janvier 2009

Pour le coeur et pour la tête

Bientôt entre vos oreilles, le nouveau disque de Gretchen Peters (www.myspace.com/gretchenpeters) s'annonce des plus passionnants. Pensez donc, il s'agit d'un album de Gretchen Peters with Tom Russell: "One To The Heart, One To The Head". Tom Russell lui-même le dit: "je ne suis que l'invité sur le disque de Gretchen".




Je ne connais pas encore ce disque qui va paraître dans les prochains jours mais, lorsque deux des plus grands songwriters (et singers) s'unissent (surtout quand rien ne les y oblige), on ne peut qu'être optimiste quant au résultat... Gretchen le dit: "Tom and me are both very excited about this project". Et moi, j'attends avec ilmpatience.

L'album est une forme d'hommage à l'Ouest Américain mais ce n'est pas pour autant un album de Western ou de Cowboys. Il y a des reprises: Bob Dylan ("Billy 4"), Townes Van Zandt ("Snowin On Raton"), Ian Tyson ("Blue Mountains Of Mexico")... Une seule composition personnelle ("Guadalupe" de Tom chanté par Gretchen)... À suivre dans un prochain numéro (#17?) de Xroads.

En attendant, je vous invite à vous immerger dans la (belle et passionnante) discographie de Gretchen Peters, malheureusement trop peu connue par ici. Elle avait déjà chanté sur 2 des derniers albums de Tom Russell. Je vous l'avais également sommairement présentée dans le spécial Xroads "Génération folkeuses".

THE SECRET OF LIFE (1996)


GRETCHEN PETERS (2000)


HALCYON (2004)


TRIO - Live 2004 (2005)


BURNT TOAST & OFFERINGS (2007)


NORTHERN LIGHTS (2008)





Enjoy !!!

mercredi 14 janvier 2009

Loudon Wainwright III: Recovery

Loudon Wainwright III fait partie de mon univers depuis 1972, année de la parution de son troisième album, sobrement intitulé "Album III". Je me rappelle l'avoir acheté, à Nancy, en même temps que le nouveau disque de Georges Brassens, que j'allais voir le surlendemain à Bobino. LWIII faisait partie de la cohorte des "nouveaux Dylan" (au même titre que John Prine, par exemple). C'était en effet l'époque ou Bob s'était égaré dans la country music ou la grande variété, décevant ceux qui voyaient en lui un nouveau prophète et éprouvaient le besoin de lui trouver un héritier. Loudon en fera d'ailleurs plus tard une chanson "Talking New Bob Dylan". Loudon n'était pas un prophète, il avait plus une approche journalistique du monde qui l'entourait, écrivant des chansons qui étaient autant de billets trempés dans le vitriol d'un humour plein d'auto-dérision.
Cette chronique m'a permis de pousser un cri car j'avais envie de rendre justice à Loudon dont la popularité n'a jamais été aussi forte que celle de ses enfants Rufus (surtout) et Martha (il y a aussi maintenant leur demi-soeur Lucy). Mais quel que soit le talent des enfants, je considère celui du père comme infiniment supérieur ainsi que le démontrent les 24 ou 25 albums parus à ce jour. On est bien entendu pas tenu d'être d'accord avec cette opinion.
Ce "Recovery" reprend des titres extraits des 4 premiers albums de Mr. Wainwright. C'est un excellent album, bénéficiant de la production top niveau de Joe Henry. Je préfère pourtant les originaux, conscient cependant qu'il est plus facile d'entrer dans l'univers particulier de l'artiste en commençant par la fin.
Pour l'anecdote, un titre de de LWIII ("The Swimming Song") a été adapté en Français par Jean-Michel Caradec sous le titre de "Dans ma peau". C'est l'occasion pour mois de saluer ce troubadour de talent, trop tôt disparu.
Je signalerai, pour terminer, que la réédition des 2 premiers albums de Loudon ("Loudon Wainwright III" et "Album II") a été chroniquée dans Crossroads #44 sous la plume de Hugues Orsetti.


Cette chronique est parue dans Xroads #12

LOUDON WAINWRIGHT III ***
Recovery
(Yep Roc Records)
Assez!

J'en ai assez! Vraiment! Assez que l'on ne parle de Loudon qu'incidemment en évoquant Martha ou Rufus! Assez que l'on s'extasie devant Jeff en oubliant Tim (accessoirement que l'on oublie que Leonard a écrit et chanté "Hallelujah"). Assez que l'on oublie ce que l'on doit à cette génération éclose à la fin des années 60. Loudon Wainwright, le troisième, doit en avoir assez aussi pusiqu'il ressort 13 titres issus de ses quatre premiers albums pour leur faire un lifting, chez Yep Roc Records. Besoin d'argent, question de droits à récupérer, d'un nouveau marché à conquérir? Peu importe, le résultat est là. Comme toujours, Joe Henry (qui avait déjà produit Strange Weirdos) est aux manettes avec sa fine équipe: Greg Leisz, David Piltch, Patrick Warren, Jay Bellerose. Je me garderai bien d'émettre un avis trop tranché sur cet album. Je n'en avais pas besoin. J'ai toujours mes 33 tours d'époque, soigneusement repiqués sur CDR quand même (ils ont depuis été réédités en CD) et je n'ai pas besoin d'autre chose. Je n'avais pas absolument envie d'entendre "The Drinking Song", "School Days", "Be Careful There's A Baby In The House" ou "The Man Who Couldn't Cry" par un Loudon dont la voix a perdu la couleur papier-émeri qui lui allait si bien. Mais pour ceux qui ont eu la chance de naître 20 ou 30 ans après moi, ce disque est presque un must. Les textes n'ont rien perdu de leur humour ni les mélodies de leur acidité. Et puis il est là pour rappeler qu'il y avait une vie avant Martha et Rufus. D'ailleurs LWIII avait écrit, il y a longtemps. "Little Martha" et "Rufus Is A Tit Man", tous deux absents de Recovery.

À écouter, parce que c'est un bon disque et à comparer aux versions originales que l'on aura envie d'entendre, forcément. À classer ensuite, en connaissance de cause.

Sam Pierre

dimanche 11 janvier 2009

Friends from myspace: Josh Langston

Peu de temps après le début de ce blog, j'ai sacrifié à la mode (imitant par là-même, une nouvelle fois, mon maître JEL) et j'ai ouvert mon "myspace": http://www.myspace.com/sampierre23


Rien de révolutionnaire, pas (encore) de jukebox, simplement une liste d'amis, soigneusement choisis que vous pourrez découvrir, si vous le souhaitez, en cliquant sur le lien idoine.


Soigneusement choisis parce que je les ai sollicités et qu'ils ont répondu favorablement à mon invitation. Aucune chance de rencontrer chez moi quelqu'un qui ne soit pas en lien avec la musique que je m'efforce de défendre, tant bien que mal.


J'ai aussi été sollicité par un certain nombre de myspacers, mais je n'ai donné suite qu'à 3 demandes. David Bradley, un Anglais émigré à Nashville, au parcours atypique, dont je parlerai sans doute plus tard. Bethany Dick, une violoniste, mais aussi singer-songwriter, qui met de la dynamite dans son bluegrass (et vous offre en téléchargement gratuit son dernier EP que l'on peut obtenir en payant chez CD Baby).


Et puis, il y a Josh Langston que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam avant qu'il ne me sollicite.


Joshua Langston m'a intéressé, à différents titres. D'abord parce qu'il fait partie de cette scène du Texas dont la richesse m'étonne un peu plus chaque jour. Ensuite parce qu'il fait partie des gens qui croient en ce qu'ils font et se battent pour exister: il donne des concerts chaque fois qu'il le peut, parce que la scène est vraiment sa raison de vivre; et il passe beaucoup de temps sur myspace, pour faire du marketing et présenter sa musique au plus grand nombre (http://www.myspace.com/joshlangston).


Josh a publié 2 albums dont la renommée n'a pas dépassé les frontières du Texas. Le premier est paru en janvier 2004 et s'intitule "Walkin' Away"




C'est un disque essentiellement acoustique qui comprend 12 compostions de Josh ainsi qu'un morceau caché signé Charlie Daniels.

L'ariste se révèle un auteur-compositeur de talent et un chanteur passionné, dans un registre pas très éloigné de celui d'un Steve Earle tendance "Angry Young Man", d'un Ryan Bingham ou d'un Robert Earl Keen, Jr.

Autour de lui, quelques musiciens de talent: Jeremy Watkins (harmonies et violon), John Peyton (Harmonica), Chad Maudlin (basse et guitare lead), Zeke Martinez (batterie) et surtout Milo Deering (steel guitare, Dobro, mandoline, violon) qui illumine l'album de ses interventions. Milo s'est également fait remarquer (par moi, n tout cas) en compagnie d'un autre Texan, Houston Marchman, sur l'album "Key To The Highway", paru en 2006 (cf. à cet égard la chronique de "Naked" par Jacques-Eric Legarde sur Xroads #9.

En mai 2005, parut "Ashes From Embers" par Josh Langston and the Joint Chiefs




Les Joint Chiefs, ce sont Mike Luna (lead guitare), Dave Boyd (basse) et Raymond Earwood (batterie). Le casting (la photo aussi) indique clairement un changement de style. On est cette fois plus proche de ZZ Top que de "Walkin' Away", même si l'accent est davantage mis sur le songwritingque sur la virtuosité du guitariste. 10 titres dont 7 compositions de Josh et une de Dave Boyd & Mike Luna, et un titre caché - et acoustique - "Oh My Sweet Carolina" de Ryan Adams. Il est certain que l'ensemble me plait moins que celui de l'album précédent. Néanmoins, c'est un disque qui s'écoute avec plaisir parce que la qualité des compositions est toujours là. Et l'on sent que Josh Langston, à la voix souvent rageuse, met son coeur et son âme dans chacune des ses interventions.

Ensuite? Josh Langston prépare un nouvel album, qui reviendra à une conception plus acoustique. Le début de l'enregistrement est prévu pour février mais le nerf de la guerre, l'argent, manque: "We are still about $10,000 (U.S.) short and any help we can get with that would be fantastic and much appreciated".

Si vous souhaitez, comme moi, faire partie de l'aventure, il vous suffit de vous rendre sur ici et de cliquer sur le bouton "Donate".

lundi 29 décembre 2008

The Grascals - Keep On Walkin'

Depuis que j'ai réeelement découvert le bluegrass, vers le début des années 70, je prête une oreille attentive à tout ce qui se peut se faire en la matière. Mais il n'est pas toujours facile de faire le tri. J'ai personnellement commencé à explorer le genre à partir de groupes que cette musique avait influencés comme les Byrds ou les Flying Burrito Bros. C'est donc tout naturellement que les Dillards ou les Kentucky Colonels ont fait irruption dans mon univers avant que je ne découvre les pères du genre au premier rang desquels figure Bill Monroe.

Depuis, ce sont des dizaines de formations, à géométrie souvent variable, que j'ai pu entendre. Entre les virtuoses dont la performance est souvent plus sportive que musicale, les tenants du newgrass plus proches du jazz que de la country music, les traditionalistes et les modernistes, il est souvent difficile de faire son choix. Je privilégie personnellement les groupes ou artistes qui n'oublient pas les mélodies, qui ne cherchent pas la virtuosité inutile, et pour qui les harmonies vocales sont importantes.

Les Grascals font partie de ceux qui répondent à ces différents critères.







Cette chronique est parue dans Xroads #12.



THE GRASCALS ****
Keep on Walkin'
Rounder Records
Mayberry Bluegrass

Dans un genre qui a du mal à se faire entendre en France, les Grascals peuvent constituer une bonne porte d'entrée. Pas rééllement Newgrass, loin des Punch Brothers et leurs longues suites expérimentales, ils savent allier modernisme et tradition d'une manière particulièrement talentueuse. Terry Eldredge et Jamie Johnson (guitares), Danny Roberts (mandoline), Terry Smith (basse), Jimmy Mattingly (fiddle, remplacé depuis par Jeremy Abshire) et Aaron McDaris (banjo, qui a remplacé David Talbot) publient leur troisième album, 2 ans après Long List Of Heartaches. Sponsorisés par Mayberry's Finest, une chaîne de produits alimentaires (c'est de plus en plus courant dans la nébuleuse country aux USA), les 2 Terry et Jamie harmonisent à la perfection, avec pour seul renfort vocal extérieur Vince Gill qui vient prêter son ténor sur "Sad Wind Sighs". Le disque s'ouvre par "Still Feelin' Blue" qui évoque les grandes heures de Bill Monroe, mais très vite, on sent des influences qui viennent autant de la country music que du bluegrass, comme chez J.D. Crowe & The New South. Cela est particulièrement notable avec "Choices" (dont on connaissait déjà la version de George Jones), puis avec le standard larmoyant de Merle Haggard "Today I Started Loving You Again" ou le classique country-rock de Waylon "The Only Daddy That'll Walk The Line". Flatt & Scruggs sont également représentés avec "Rollin' In My Sweet Baby's Arms". Deux titres sont dus à la plume de l'un des plus fins compositeurs du genre, Harley Allen, fils de Red (ex-compagnon des Osborne Brothers puis de J.D. Crowe) et trois à celle de Aubrey Holt (des Boys From Indiana et des Wildwood Valley Boys).L'album se clôt par le gospel "Farther Along" dans l'une des plus émouvantes interprétations d'un titre que l'on croyait pourtant avoir déjà trop entendu. Un disque pour tous les amateurs de bluegrass. Et pour les autres, qui le deviendront.

À classer entre No Turning Back de Lonesome River Band (qui vient de paraître) et Lefty's Old Guitar de J.D. Crowe mais, d'abord, à écouter sans modération.

mercredi 17 décembre 2008

David Kleiner - The News That's Fit To Sing

Comme Dave Hamilton, j'ai découvert David Kleiner, "Folk Singer-Songwriter", "Songwriting Teacher" et "Freelance Writer" par un téléchargement chez DigStation. Le titre a attiré mon attention et m'a fait penser à Phil Ochs. Et c'était totalement voulu!


La preuve?





Cette chronique est parue dans Xroads #12

DAVID KLEINER *****
The News That’s Fit To Sing
(David Kleiner / CD Baby)
Kleiner is great

Ce disque est le genre de surprise qui se produit trop rarement, un véritable coup de cœur. Un nom inconnu (il y a un autre Dave Kleiner qui chante avec son épouse Liz Pagan) mais un titre familier et même une photo démarquée de celle qui ornait All The News That’s Fit To Sing de Phil Ochs. La référence n'est pas fortuite. David Kleiner (par ailleurs un homme d'une rare gentillesse) a enseigné pendant 12 ans le songwriting (University of Virginia’s Young Writers Workshop), a chroniqué des disques (Minor7th.com) tout en se produisant comme artiste en Pennsylvanie et ailleurs. Il veut ici rendre un hommage affectueux aux disques des singers / songwriters des sixties et plus particulièrement à Phil Ochs. L'objet, en lui-même, relève d'un concept original (et réussi). 15 titres qui sont autant d'articles d'un journal, présentés par rubrique. Le livret (qui lui vaut la cinquième étoile) est un fac similé de ce journal qui nous redonne le plaisir trop rare de lire et d'écouter en même temps, comme au temps heureux des 33 tours. Kleiner en est à sa troisième production indépendante. La précédente, This Human Heart, était centrée sur l'amour et les relations humaines. Ici, tous les thèmes sont abordés, avec un talent dont chaque écoute révèle la subtilité. "That's Why I Fight", inspiré par des blogs, laisse la parole aux soldats engagés dans des conflits tandis que "To Kill In My Name" évoque le peine de mort. "Jack Hardy's Brother" est basé sur une interview du méconnu songwriter dont le frère Jeff (également son bassiste) a péri le 11 septembre 2001 dans l'une des twin towers. D'autres sujets sont traités comme le sport avec "Rooting For A Loser", la rubrique nécrologique ("The Anniversary Of My Death") ou les faits divers ("Massacre On Lex Street"). Et le disque se referme avec "Phil Ochs As I Knew Him" qui est l'hommage rendu par David à son "high school hero". Musicalement, ce disque n'est pas une copie de ce qui se faisait en 1965. Dès le premier morceau, la flûte de Jeff Levin (venu du jazz) peut dérouter. Mais l'esprit reste folk, dominé par la guitare acousique de David et les percussions de Cheryl Prasher. Et il y a les harmonies de Jen Schonwald (Angel Band) et, ça et là, un dobro, des harmonicas, un banjo ou un violon. Et surtout, ce disque se livre petit à petit, avec pudeur, s'insinue en vous, écoute après écoute, pour ne plus vous quitter.

À classer entre All The News That’s Fit To Sing et les disques de Jack Hardy, mais pour moi, ce ne sera pas avant longtemps.

David m'a confié par mail que j'avais été son premier acheteur français. Depuis, tout en soutenant activement la campagne de Barrack Obama, il a poursuivi son petit bonhomme de chemin, se produisant un peu plus souvent sur scène, bénéficiant de passages radio chez lui mais aussi aux Pays-Bas ou en Allemagne. Son disque a également été chroniqué par un autre magazine français, l'excellent "Cri du Coyote".



lundi 15 décembre 2008

Dave Hamilton - Back Roads Of My Mind

Voici typiquement le genre d'artiste sorti de nulle part qui, au hasard de la navigation sur le web, attire mon attention. Il s'appelle Dave Hamilton et n'est pas photographe (du moins à titre professionnel).




Cette chronique est parue dans Xroads #12.


DAVE HAMILTON ***
Back Roads Of My Mind
(Dave Hamilton / CD Baby - http://www.cdbaby.com/)
Y'a pas photo

J'ai rencontré Dave Hamilton, sur un site de téléchargement, par le hasard d'une courte bio où figurait un nom qui pour moi est un sésame: John Prine était cité parmi les influences principales (aux côtés de Bob Dylan ou Hank Williams). Autre information précieuse "Back Roads Of My Mind" comporte 20 titres dont 9 reprises, 1 traditionnel et 10 compositions de Dave. Et la liste acheva de me convaincre... Dave Hamilton est un respectable Monsieur à cheveux (et moustache) gris. Sérieux aussi: il est titulaire d'un "college degree" en histoire, spécialisé dans l'ouest américain. C'est pourtant un saltimbanque, depuis près de 30 ans. Laissons-le se présenter lui-même: (remerciant un ami) "... Il m'a donné des leçons de guitare à la fin des années 70. Il a eu l'audace de me forcer à monter sur scène et jouer devant un public lors d'un "open mic" en 1979. J'étais terrifié à mort, tremblant, transpirant, mon coeur battait à 200 pulsations à la minute, mes yeux bougeaient à toute allure d'un côté à l'autre, mais je l'ai fait. J'ai eu un excellent accueil et, depuis, je joue, soit en solo, soit au sein du "Sonoma Mountain Band" dont je suis l'un les membres fondateurs". Le résultat de ces 29 années est donc "Back Roads Of My Mind". La liste des reprises révèle le bon goût de l'artiste. "Tomorrow Is A Long Time" de Bob Dylan; "If You Were A Bluebird" de Butch Hancock (chanté aussi par Emmylou Harris); "Nothing But A Breeze" de Jesse Winchester; "Last Train From Poor Valley" de Norman Blake qui est l'un des classiques du groupe de bluegrass Seldom Scene featuring John Starling; "Streets of London" de Ralph McTell; "Spoon River" de Mike Smith, rendu célèbre par Steve Goodman; "The Hobo Song" de John Prine, titre qui pourrait appartenir au répertoire de Woody Guthrie ou Pete Seeger; "Way Over Yonder In The Minor Key", un texte de Woody Guthrie mis en musique par Billy Bragg; "Roseville Fair" de Bill Staines. La liste est belle, l'interprétation ne l'est pas moins, avec la voix chaude et la guitare de Dave dont les compositions s'accomodent très bien de cette prestigieuse compagnie. Du morceau-titre qui ouvre l'album à "Something I'd Really Like To Lose", en passant par "Vacation", "Jim Bridger" ou "In Her Memory", ce n'est que du haut niveau. Des mélodies et des cordes qui chantent. Et des textes de grande qualité. Sur ce disque, Dave chante (bien), d'une voix vite familière, joue de la guitare et du banjo. Il est accompagné de John Karsemeyer (banjo et mandoline), Alice Fitzwater (au fiddle omniprésent), Blair Hardman (basse, percussion, clavier) et Gailene Grillo (harmonies vocales). Aucun de ces noms n'est connu mais le CD, entre folk et bluegrass, procure 78 minutes de plaisir immédiat et renouvelé.

À écouter au coin du feu, cet hiver, et à ranger pas loin des modèles ni du "Comedians & Angels" de Tom Paxton.

Quelques mois après, je n'ai pas changé d'avis. Il s'agit d'un disque sans prétention, enregistré pour le plaisir, un plaisir partagé. Les reprises sont bien choisies et l'équilibre avec les compositions personnelles est réussi. Il reste à savoir si ce bel essai sera transformé car David a l'intention de publier un nouvel album en 2009.


Est-ce le fruit du hasard? Une ressemblance troublante existe avec un des meilleurs disques de ces dernières années. Je viens seulement de m'en rendre compte:


dimanche 14 décembre 2008

Sammy Walker - Misfit Scarecrow



Cette chronique, parue dans Xroads #10, j'aurais aimé l'écrire Mais c'est Jacques-Eric Legarde qui l'a fait. Je ne lui en veux pas, pour 2 raisons: d'abord, il a attribué 5 étoiles à l'album; ensuite, je ne collaborais pas encore à mon magazine préféré (j'ai commencé avec le spécial "Génération Folkeuses" puis avec le n°12).

C'est donc un album qui est arrivé trop tôt! Trop tôt? Façon d'écrire car le dernier disque de Sammy, "Old Time Southern Dream" remonte quand même à 1994. Et puis notre homme n'en est qu'à 7 disques au compteur dont un live et un "tribute" à Woody Guthrie, il ne nous a donc pas submergé de sa production:
"Song For Patty" (1975)
"Sammy Walker" (1976)
"Blue Ridge Mountain Skyline" (1977)
"Songs From Woody's Pen" (1979)
"In Concert" (1990 - live en Italie)
"Old Time Southern Dream" (1994)
"Misfit Scarecrow" (2008)
C'est sans doute pour cela que l'album dure 68 minutes. Pour moi, il aurait pu durer 2 heures. Pour la critique américaine, il aurait dû être plus court. C'est peut-être vrai, Sammy le reconnaît lui-même. Mais il me faut plus d'une heure pour me me lasser d'un ami de 30 ans, surtout quand il me rend si rarement visite.
Quoi qu'il en soit, ce disque est un vrai trésor. Si l'on excepte quelques intervention de Tony Williamson à la mandoline, il n'y que Sammy, sa voix et sa guitare, ici un banjo, là une basse et puis, grande nouveauté, un piano. Car Sammy, né dans une famille qui aime la musique, a appris cet instrument dès son plus jeune âge. Et deux titres superbes, "If Jesus Don't Show" et "Song For Jessie" démontrent son talent devant un clavier.
Mais le principal argument de Mr. Walker, c'est sa voix. Celle d'un folksinger des années 60 (au hasard: un jeune Dylan?), toujours pleine d'émotion. Ajoutez-y un sens de la mélodie jamais pris en défaut et vous obtiendrez un album dont vous ne pourrez plus vous passer pour peu que vous aimiez le genre.
Bien sûr, ce n'est pas un disque moderne: Sammy Walker n'est pas à la mode. Il ne sera jamais à la mode, restant toujours ce "misfit" n'appartenant à aucune mode, à aucun courant. Bien sûr, les thèmes abordés, pas forcément originaux, vous inciteront plus à la mélancolie qu'à la gaudriole. Mais c'est le genre de disque que j'avais envie d'entendre, "un mélange de nouvelles chansons, de quelques anciennes, et de quelques-unes entre les deux". C'est le disque que Dolphus Ramseur de Ramseur Records lui a donné l'opportunité d'enregistrer.
Personnellement, j'ai du mal à entendre "Proud and Poor" ou "Homer Byron McGuthrie" sans être profondément touché parce que ces titres me rappellent des personnes chères à mon coeur. Je pourrais d'ailleurs citer les 16 titres car aucun ne me laisse indifférent, pour toutes les bonnes raisons.
Et j'attends déjà le prochain disque! Mais avant 2022, s'il vous plaît, Sammy.

samedi 13 décembre 2008

Rodney Crowell - Sex & Gasoline (Xroads #12)


RODNEY CROWELL ****
Sex & Gasoline
(Yep Roc Records)
Joe Henry strikes again




L'un des plus talentueux des songwriters country modernes, Rodney Crowell n'a sans doute pas eu, en qualité d'interprète, la reconnaissance que son œuvre mérite. Pourtant, de "Ain't Living Long Like This" (en 1978) à "The Outsider" (en 2005) en passant par la réjouissante digression des Notorious Cherry Bombs, il n'a pas commis un mauvais album. Et il a composé nombre de superbes chansons, reprises par les plus grands, depuis sa collaboration avec Emmylou. "Til I Gain Control Again", en particulier, qui fait partie, à jamais, de mon top personnel. Pour ce nouvel opus (le 13ème), Rodney a fait appel à l'omniprésent Joe Henry (qui vient pousser le duo sur "I've Done Everything I Can"), accompagné de toute son équipe: Greg Leisz, David Piltch, Patrick Warren, Jay Bellerose, Doyle Bramhall. Sex & Gasoline est une collection de chansons sur les femmes (amantes, filles, amies, madonnes et prostituées), la plupart du temps du point de vue – supposé – d'une femme. Pas de point faible dans ce disque: le songwriting est toujours au plus haut niveau, le propos est dense, l'interprétation impeccable, comme la production. Mais il manque l'étincelle qui a fait d'un album comme "Diamonds & Dirt" quelque chose d'exceptionnel. Il manque le titre qu'on a immédiatement envie de fredonner, que l'on garde en tête pendant des heures (dans "Diamonds & Dirt", il y en avait au moins cinq). Le son est plus blues-rock que par le passé ("Sex & Gasoline", "Who Do You Trust"), pas loin d'un Dylan des dernières années (c'est encore plus net dans "Funky And The Farm Boy"). Disque sérieux souvent, sombre parfois, poétique toujours, "Sex & Gasoline" s'achève par un "Closer To Heaven" de grande facture, dont le crescendo, orné de chœurs gospel, donne envie d'appuyer sur la touche "repeat".

À réécouter souvent, avant de se faire une opinion définitive et à classer plus près de "Love & Theft" que de "Diamonds & Dirt".

Sam Pierre

Les chroniques de Sam Pierre


Il ne sera ici question que de musique.


Ce sera l'occasion de mettre en ligne les chroniques publiées sous mon nom dans Xroads (de les compléter éventuellement) mais aussi celles que j'aurais aimé écrire si quelqu'un d'autre ne l'avait pas fait avant moi, ou si j'avais collaboré à ce magazine plus tôt.


Et il y aura aussi celles que je n'ai pas (n'aurais pas) osé écrire...