Mardi 16 Mars 1993, À la Clé de Sol, Châlons sur Marne
C'était un époque bénie où existaient encore quelques disquaires. En l'occurrence, il s'agissait ici d'un magasin électroménager avec un rayon disques bien achalandé, même si son responsable ne connaissait pas toujours bien ce qu'il vendait (mais les clients le formaient, petit à petit).
Il y avait même une rangée étiquetée "country music" avec principalement ce qui était le plus vendable, donc pas ce que Nashville proposait de mieux. Les maisons de disques, même en France, faisaient quelques efforts pour promouvoir ce genre qui, grâce aux néo-traditionnalistes, retrouvait un certain succès, éphémère. Et puis, de temps en temps, il y a avait un disque qui sortait du lot, parfois peut-être un disque de bluegrass.
Il y avait surtout ce CD qui m'intriguait: "After Awhile" par un certain Jimmie Dale Gilmore dont je n'avais jamais entendu parler. Un disque distribué en France par Elektra Nonesuch dans les American Explorer Series.
Plus d'une fois, je l'avais retourné entre mes mains, lisant les notes, du moins ce qu'un disque scellé pouvait laisser entrevoir. Par chance, le nom des musiciens figurait au dos du boîtier et quelques noms connus comme Stephen Bruton, Tish Hinojosa ou Richard Bowden (tous fleurant bon le Texas), quelques instruments sympathiques (mandolin, fiddle, steel Guitar, dobro) finirent par emporter ma décision. Et puis, autre élément important, le disque avait été enregistré à Austin, Texas, pas à Nashville! Et me voici déballant le précieux objet pour l'insérer dans le lecteur CD de ma voiture; trois quarts d'heure de route pour rentrer du boulot, c'était la durée idéale.
Le premier effet fut la surprise en entendant la voix de ténor, haut perchée, nasillarde. Très country mais aussi très originale, elle aurait pu faire office de repoussoir. Et puis il y avait les mélodies, les rythmes, souvent de ces valses que les Texans adorent, une instrumentation hors pair... Bref, avant d'arriver, j'étais conquis.
Le soir, je parcourus avidement le livret avec cinq pages traçant la biographie de Jimmie Dale Gilmore. C'est ainsi que j'appris la brève existence, vingt ans auparavant, de son groupe, The Flatlanders, avec Butch Hancock et Joe Ely. Les Flatlanders renaitront par la suite, mais c'est une autre histoire. Ce qui est certain, c'est que ce disque, "After Awhile", m' aouvert des portes qui ne se sont jamais refermées...
Liste des titres:
1- Tonight I Think I'm Gonna Go Downtown (Jimmie Dale Gilmore / John Reed)
2- My Mind's Got A mind Of Its Own (Butch Hancock)
3- Treat Me Like A Saturday Night (Jimmie Dale Gilmore)
4- Chase The Wind (Jimmie Dale Gilmore)
5- Go To Sleep Alone (Jimmie Dale Gilmore)
6- "After Awhile" (Jimmie Dale Gilmore)
7- Number 16 (Jimmie Dale Gilmore)
8- Don't Be A Stranger To Your Heart (Jimmie Dale Gilmore / Rick Smith / David Hammond)
9- Blue Moon Waltz (Jimmie Dale Gilmore)
10- These Blues (Jimmie Dale Gilmore)
11- Midnight Train (Jimmie Dale Gilmore)
12- Story Of You (Jimmie Dale Gilmore)
Musiciens et chanteurs:
Jimmie Dale Gilmore / Stephen Bruton / Wes Starr / Keith Carper / James Pennebaker / Ponty Bone / Richard Bowden / Bill Ginn / Paul Glasse / Butch Hancock / Tish Hinojosa / Teddy Roddy / Jesse Taylor / Steve Williams
Discographie de Jmmie Dale Gilmore:
- En solo:
"Fair & Square" (1988)
"Jimmie Dale Gilmore" (1989)
"After Awhile" (1991)
"Spinning Around The Sun" (1993)
"Braver Newer World" (1996)
"One Endless Night" (2000)
"Come On Back" (2005)
"Heirloom Music" by The Wronglers with Jimmie Dale Gilmore (2011)
- Avec The Flatlanders:
"The Odessa Tapes" (2012, enregistré en 1972)
"All American Music" (publié en 1972 sous forme de cartouche 8 pistes, réédité par la suite sous divers titres comme "Unplugged" ou "More A Legend Than A Band")
"Live At One Nite, Austin TX" (2004, enregistré en public en 1972)
"Now Again" (2002)
"Wheels Of Fortune" (2004)
"Hills And Valleys" (2009)
- Avec Butch Hancock:
"Two Roads" (1990, enregistré en public en Australie)
Louis Ville, pour moi, c'est d'abord l'histoire d'une
rencontre qui n'aurait jamais dû se produire. D'un côté, il y a le responsable de ces lignes: Sam Pierre
(un pseudo), amateur de musiques américaines, fan de folk et de bluegrass, pour
qui la chanson française se résume essentiellement à quelques grands noms, de
Georges Brassens à Michel Jonasz, de Léo Ferré à Renaud, de Jacques Brel à Alain Souchon, de François Béranger à
Richard Gilly. De l'autre, Louis Ville (un pseudo), auteur-compositeur-interprète
d'origine vosgienne, totalement inconnu de ma personne et qui a pourtant déjà publié
quatre CD (je ne l'ai appris qu'ensuite) et décrit par la presse comme un Arno
français avec un côté Léo Ferré et quelques autres références. Rien de rédhibitoire
pour moi, bien au contraire, mais à quoi bon s'intéresser aux copies quand on
peut écouter tranquillement les originaux dans le confort de son salon, devant
une bière ou un Perrier selon ses goûts.
Mais voilà, il y a Bar le Duc, charmante préfecture du vert
département de la Meuse, qui organise chaque été les Dimanches du Parc dans les
jardins de son hôtel de ville. Des concerts en plein air (gratuits) qui
permettent d'entendre des artistes régionaux mais aussi d'autres à la renommée
nationale ou même internationale. En ce dimanche 7 août 2011, Louis Ville était
l'invité principal, précédé de Christophe Freyssac. Pas suffisant encore pour
me motiver mais un élément important est venu emporter la décision: le soleil!
Il faisait beau, sans quoi Louis me serait sans doute resté inconnu pour
longtemps.
Une première partie agréable, et voici Louis Ville sur
scène, dans ce kiosque à musique qui surplombe les chaises installées devant
lui. Un grand escogriffe aux pieds nus, mélange de timidité et d'assurance mais
qui, dès les premiers mots, dès les premières notes, dégage quelque chose de
rare. Un côté authentique, une gentillesse un peu bourrue qui entraîne
immédiatement la sympathie. C'est sans doute ce qu'on appelle le charisme. Le
concert démarre, les titres s'enchainent, et l'impression initiale ne se dément
jamais. Je cherche les références, forcément, je ne connais pas l'artiste!
Arno? Ferré? Bien sûr, il reprend "Vingt Ans", mais à sa manière.
Tout au plus, dans la construction de pas mal de chansons, je pense à Brel,
pour l'utilisation du crescendo qui est une des marques de fabrique du grand
Jacques. En fait, j'entends surtout un artiste original, aux textes très
personnels. Les mots sont parfois très crus mais sans jamais tomber dans la
vulgarité. L'humour est parfois délirant, parfois cruel mais la tendresse n'est
jamais bien loin. Des titres découverts ce jour-là se sont gravés en moi, dès
la première écoute: "Cruelle", "Marcello", "Le
chanteur", "Sans rien dire", "Aime-moi"… Une corde
casse, Christophe Freyssac prête sa guitare le temps de procéder à la
réparation. Et quand il revient, Louis se fend d'un commentaire humble et
admiratif devant la rapidité de l'opération. Le public, pas forcément fait
seulement de connaisseurs, est "dans sa poche".
Et c'est déjà la fin du spectacle avec comme le vague regret
de ne pas être allé rencontrer l'artiste, de ne pas être allé acheter
"Cinémas", son plus récent CD. Mais il y a, et c'est un sentiment fort, la
conscience d'avoir assisté à un vrai beau moment, d'avoir découvert un chanteur
talentueux et authentique mais, avant tout humain. Une porte s'est refermée,
c'est du moins ce que je crois.
En effet, quelques jours plus tard, dans un espace
commercial à vocation culturelle au centre de la capitale de la Champagne (aujourd'hui hélas fermé), où
je vais fréquemment flâner après ma matinée de travail, j'ai la bonne surprise
de découvrir "Cinémas" et, cette fois, je n'hésite pas. J'éprouve
bien sûr l'appréhension de ne pas retrouver sur CD la magie du concert, où Louis
était seul avec sa guitare. Sur le disque, peu de monde, mais une variété
d'instruments assez grande, Louis en assurant lui-même une grande partie. Le
son est différent, mais le charme opère néanmoins: Louis Ville est vraiment entré dans ma
vie musicale, et l'envie d'en découvrir plus est là.
Facebook et le hasard font le reste et ce grand réseau pas
toujours social joue en l'occurrence pleinement son rôle. Il permet de belles
rencontres, des échanges sur des passions communes. Et puis il permettra vite à
Louis Ville de faire savoir que ses trois premiers albums étaient réédités, et
à moi de les acheter, puis de constater sa gentillesse et sa disponibilité
quand je lui demanderai quelques informations sur lesdits albums.
En plus des CD, il y a de "De beaux riens", un
recueil de textes paru aux éditions Strapontin{s}. Un beau petit livre, bien
illustré, avec quelques lignes d'amis qui en révèlent beaucoup sur le
personnage et, entre les lignes, plus encore sur l'homme qui se cache derrière
l'artiste.
Quelques mois passent. J'ai quelques échanges avec Louis.
J'aimerais parler de lui sur mon blog, de son dernier disque, à l'occasion de
sa réédition ("Cinémas", augmenté de "Moteur!", un disque
bonus). Le principe d'une interview est posé. Facebook toujours, Louis annonce
ses concerts à venir et, ô surprise, je vois au programme un
"Chant' Appart" programmé le samedi 16 juin 2012, à quelques dizaines
de mètres de l'endroit où je passe mes weekends. Il s'agit en fait d'un concert
à la maison (les house concerts sont très prisés des artistes folk anglo-saxons
mais moins répandus par ici) organisé par et chez des amis de Louis Ville. Nous
décidons de nous rencontrer un peu avant afin d'échanger, de mieux faire
connaissance. Et je bénéficie par la-même d'une invitation pour le show.
Louis n'est pas seul. Il y a Yvanna. Et rien qu'aux regards
qu'ils portent l'un sur l'autre, je comprends l'importance de cette présence.
L'interview commence et devient vite une conversation à bâtons rompus avec un vague
fil conducteur, sans magnéto, juste quelques notes.
Louis parle de son enfance vosgienne, près de Remiremont, la cité des Abbesses, dans
une famille de cinq enfants, de ses parents qui lui ont appris la tolérance,
l'ouverture et qui ont permis son émancipation rapide. À 17 ans, Louis (qui ne
s'appelle pas encore ainsi) quitte la maison pour découvrir le monde, avec une
guitare payée par un premier job d'été. Il prend le chemin de Paris puis des
Alpes, va de petit boulot en petit boulot.
Louis avait commencé en musique avec la trompette
d'harmonie. Son adolescence avait été bercée par les Stooges, David Bowie, les
Rolling Stones. Pur autodidacte, il avait commencé à 12 ou 13 ans dans ses
premiers orchestres de rock garage. Et puis ce fut un groupe de jazz-rock,
nécessitant beaucoup de travail (le travail bien fait, encore une valeur héritée
de ses parents), et la vague punk.
Arrive ensuite la période Do It, vers la fin des années 80, un
groupe de rock british influencé par le mouvement punk mais, surtout, par le
Dr. Feelgood de Wilko Johnson et Lee Brilleaux. Quelques années plus tard,
Louis commence à écrire en français et se juge lui-même, en ce domaine,
"honorable". Il envisage alors de tenter l'aventure en solo, afin
d'explorer de nouveaux territoires plus personnels, et aussi d'éviter les
problèmes d'égo qui ne manquent jamais de survenir au sein d'un groupe qui
dure. Le virage est donc pris, définitivement, vers la fin du deuxième millénaire, avec la parution de l'album "Hôtel pourri".
Je demande à Louis quelles sont ses influences. Le rock,
bien sûr, Jacques Brel, Léo Ferré mais aussi, de manière plus surprenante,
Marianne Oswald, chanteuse et actrice née en Moselle (alors allemande), qui a eu son heure de
gloire, comme chanteuse, avant la deuxième guerre mondiale, chantant notamment des textes de Jacques Prévert. Louis a repris un de ses succès
"La chanson de Kesoubah", écrit par jean Tranchant, sur son album
"À choisir" en 2006.
Ce qui est certain, c'est que ces influences ont réussi à se
fondre pour créer une personnalité unique. Pour ma part, si l'on excepte le
crescendo "brélien" qui m'avait frappé en concert, je ne sens aucun tic piqué à
un autre artiste. Et Louis est conscient de parfois abuser du crescendo et
cherche à lutter contre cette tendance (qui est plus marquée quand il est en
concert, seul avec sa guitare). Je retrouve cependant en lui quelque chose du grand François Béranger, cette sincérité d'écorché vif, cette capacité à faire se rejoindre le rock et la chanson réaliste.
Autre question: comment se faire connaître sans renier ses
valeurs à une époque où cela n'est pas facile? Peut-on encore vivre de son art?
Pour Louis, il y a d'abord la scène: 80 concerts par an, dans un périmètre qui
s'élargit: Paris, la Provence, Toulouse, l'Allemagne… Des fidèles qui propagent
le message par le bouche à oreille. Et puis du culot, de l'ambition, une
capacité à conjuguer passion et talent. La radio et la TV chaque fois que c'est
possible. Des coups de main, comme ceux que lui a donnés Jean-Louis Foulquier
qui a cru en lui dès le début. Et internet, formidable fenêtre ouverte sur un
monde qui sommeille et ne demande qu'à s'éveiller pour peu que ce qu'on lui
propose en vaille la peine. Quant à la presse écrite nationale, petit à petit, elle est séduite par notre ami et, dans la quasi-totalité des cas, élogieuse.
L'artiste qui galère pendant des années pour vivre de ce
qu'il aime ne peut pas y parvenir seul. Pour Louis, il y a eu la rencontre avec
Yvanna, qui croit en lui plus encore qu'il ne croit en lui-même. Une véritable
complémentarité s'est instaurée entre eux, permettant à l'auteur-compositeur-interprète de se concentrer
sur son art, sans se soucier des aspects matériels, de la promotion et de
toutes ces choses qui dévorent l'énergie. Louis a retrouvé une véritable
confiance, celle qu'Yvanna a en lui et qu'elle lui a transmise. Une heure avec ces deux-là, à observer, sans pour autant échanger beaucoup de mots, permet de comprendre
tellement de choses. Yvanna, c'est aussi elle qui est à l'origine des clips (et
du concept des disques "Cinémas" et "Moteur!"), si bien mis
en scène et si bien réalisés, qui nous régalent sur la toile. Une bien belle
cohérence dans cette démarche.
Sur sa discographie (détaillée plus bas), Louis Ville dit ne
rien regretter, n'avoir honte de rien. En un peu plus d'une décennie, il y a eu
une évolution, une maturation. Depuis "Hôtel pourri", les révoltes se
sont apaisées. Il y a eu un cheminement, la vie n'est plus vue de la même
façon. Louis Ville dit: "J'observe mon âme". Sa principale source
d'inspiration est l'être humain: les amours, la bêtise humaine, les méandres,
les travers de nos congénères, et de nous-mêmes. Il ne se considère pas comme un poète. Il aime le travail bien
fait, celui d'un artisan, à la manière d'un Brassens, sans pour autant
s'interdire les fulgurances poétiques, fussent-elles malhabiles, qui le
rapprocheraient plus d'un Brel ou d'un Ferré. La sincérité, l'authenticité,
resteront toujours pour lui des valeurs fondamentales, le socle sur lequel son
œuvre se construira. Sur l'aspect musical, Louis se défend d'être un virtuose de
la guitare comme l'ont écrit certains. Il a (bien) digéré des influences
diverses pour forger une personnalité unique. "Ils se trompent, je fais ce
que j'ai envie d'entendre", conclut-il, en résumé.
Une observation personnelle: peu après l'entretien et le
concert "Chant' Appart", un déplacement professionnel assez long m'a
permis d'écouter en roulant la quasi-totalité (dans l'ordre) des titres publiés par Louis
Ville. Petit à petit j'ai été frappé par l'étonnante unité de l'ensemble. Des
titres différents en apparence, avec des orchestrations variées, reposent sur
quelque chose de commun qui apparaît d'abord comme quelque chose d'un peu
bancal, une petite musique intérieure, un rythme souvent marqué par des
percussions ou des cordes de guitare qui claquent et qui, en fait, constituent
ce que j'appellerai le style Louis Ville, qui fait de lui quelqu'un de véritablement unique, car c'est le style qui fait l'artiste.
Sur la réédition de "Cinémas", le disque bonus
était-il juste un coup commercial? "Non", se défendent en chœur
Yvanna et Louis, "le disque étant épuisé, nous avons eu envie d'offrir
quelque chose de plus". Ce quelque chose, c'est trois titres en duo avec
des amis (Mell, François Pierron, Marcel Kanche) ainsi qu'un titre de et en
hommage à la trop jeune disparue Danielle Messia. C'est en fait vraiment un cadeau, aussi bien pour les amis musiciens que pour les admirateurs.
Pour la scène, Louis Ville a envie de sortir de la formule
solo, trop limitée, et de faire le maximun de concerts en formule trio (avec
Mell à la batterie et François Pierron à la contrebasse). Quant au prochain
album, il est à l'écriture et espéré pour le printemps 2013.
Bientôt, c'est l'heure du "concert à la maison", chez
Dominique et Corinne que je ne remercierai jamais assez de nous avoir invités
pour ce qui était une fête familiale et amicale. La météo étant cette fois
défavorable, le garage se transforma en salle de concert. Après tout, c'était
un retour aux sources pour Louis… En tout cas, ce fut pour la vingtaine de
personnes présentes un bien beau moment de musique et de chaleur humaine, et
Louis donna encore beaucoup de lui-même, avec son talent, et ce trac
perceptible qui l'aide à se magnifier. Même en terrain conquis, il n'envisage
pas de ne pas donner le meilleur de lui-même. Bien sûr, ce fut trop court. Mais
un tel cadeau, c'est forcément un grand souvenir.
Titres chantés par Louis Ville à Chant' Appart, le 16 juin 2012
Cruelle
Il y a toi
Claudia
L'amour
Ne te retourne pas
L'Égyptienne
Et un
Épousez-moi
Hôtel pourri
De beaux rien
L'étincelle
Mr. Follow
Embrasse-moi
Y'en a marre
Le chanteur
Marcello
À choisir
Les ours
On maquille tout
L'amour (encore)
Discographie
Hôtel pourri (1999)
1- T'as qu'à venir
(Louis Ville)
2- Hôtel pourri
(Louis Ville)
3- Fantasmes (Louis
Ville)
4- Schyzo (Louis
Ville)
5- Merde (Louis
Ville)
6- Le temps (Louis
Ville)
7- Leçon de choses
(Louis Ville)
8- Fantôme (Louis
Ville)
9- Sister (Louis
Ville)
10- C... n'aime pas les dimanches (Louis Ville)
11- Kiki (Louis Ville)
12- Last one (Louis Ville)
Les Amants de St
Jean (León Angel / Émile Carrara)
Avec Patrice Hue / Daniel Hue / Élizabeth Schaffer
Une goutte (2003)
1- Aime-moi (Louis
Ville)
2- La lune (Louis
Ville)
3- Aujourd'hui
(Louis Ville)
4- Dis-le moi (Louis
Ville)
5- Pour tout ça
(Louis Ville)
6- Du bruit (Louis
Ville)
7- Et un (Louis
Ville)
8- Sa voix (Louis
Ville)
9- Cruelle (Louis
Ville)
10- BBB ta femme (Louis Ville)
11- Une goutte (Louis Ville)
12- Comme chaque fois (Louis Ville)
13- La dernière fois (Louis Ville)
14- Ploc Ploc (Louis Ville)
Avec Patrice Hue / Sylvain Legros
À choisir (2007)
1- L'amour (Louis
Ville)
2- Sentimentale
(Louis Ville)
3- Y'en a marre (Léo
Ferré)
4- La complainte de
Kesoubah (Jean Tranchant)
5- A choisir (Louis
Ville)
6- Loli (Wilfried de
Paris / Louis Ville)
7- L'etincelle
(Louis Ville)
8- Attends-moi
(Richard Rognet / Louis Ville)
9- Les ours (Louis
Ville)
10- Il le sait (Louis Ville)
11- L'ange (Louis Ville)
12- Nicolas (Louis Ville)
Avec Sylvain Legros / Patrice Hue / François Pierron /
Daniel Hue / Pierrot Moïoli / Bédette Ladener
Cinémas (2011)
1- Ne te retourne
pas (Louis Ville)
2- Il y a toi (Louis
Ville)
3- Cruelle (Louis
Ville)
4- Sans rien dire
(Louis Ville)
5- De beaux riens
(Louis Ville)
6- Embrasse-moi
(Louis Ville)
7- Épousez-moi 1
(Louis Ville)
8- Épousez-moi 2
(Louis Ville)
9- 20 ans (Léo
Ferré)
10- Marcello (Louis Ville)
11- L'Égyptienne (Louis Ville)
12- Tes yeux (Louis Ville)
13- Le chanteur (Louis Ville)
Avec Albert Boutilier / Patrice Hue / Ree Dong Thi
Moteurs! (2012, disque bonus)
1- Hôtel pourri (Louis Ville) en duo avec Mell
2- Attends-moi (Richard Rognet / Louis Ville) en duo avec
Marcel Kanche
3- Schyzo (Louis Ville) en duo avec François Pierron
4- De la main gauche (Danielle Messia / Jean Fredenucci)
En conclusion, j'ai juste envie d'emprunter ces mots à un de ses amis, Fab (sur le recueil "Des beaux riens"):
"Un torrent de gré rose roule dans son accent
Sa guitare est taillée dans un sapin ...
Ses chansons ont la force des hivers rudes..."
Les chroniques de "Bee Gees 1st", "Horizontal", "Idea" et "Odessa" (écrites à l'origine pour le magazine Xroads) ont été publiées sur ce blog en hommage à Robin Gibb dont la voix et les compositions - comme celles de ses frères - ont bercé mon adolescence, sans que jamais je ne m'en lasse jusqu'à ce jour.
Paru dans Best of Crossroads "1960-1968 - 100 albums essentiels"
BEE GEES
Idea
Polydor (Europe) / ATCO (USA) août 1968
Début 1968, avant même la sortie
de "Horizontal", les Bee Gees sont de retour en studio. Des premières
sessions, résultent quelques titres dont deux constitueront leur prochain
single: "Jumbo" et "The Singer Sang His Song". Robert
Stigwood, leur manager n'était pas vraiment favorable à cette publication qui
fut en fait un semi-échec (le premier titre, paru initialement en face A est
vite passé en face B sans que cela change quoi que ce soit) malgré la qualité
indéniable de "The Singer Sang His Song" ».
L'enregistrement de "Idea"
marqua encore des évolutions. Des problèmes d'ego commençaient à se faire jour
et la conception même du groupe évoluait, les trois frères (et leur management)
entendant de plus en plus en garder seuls la direction. Cela n'empêchait en
rien la créativité comme le démontre cet album, riche et varié mais un peu
inégal. Encore une fois, deux singles vont vampiriser l'ensemble: "I
Started A Joke" et "I've Gotta Get A Message To You". Le
premier mérite qu'on le considère comme autre chose que le tube qu'il a été et
qui lui vaut de toujours passer régulièrement en radio. La mélodie de cette
composition de (et chantée par) Robin a été inspirée par le bruit du moteur
d'un avion (!); quant au texte, il vaut qu'on y prête plus d'attention tant il
est un exemple parfait de ce que savent faire les frères Gibb, alliant la
concision à un grand pouvoir de suggestion. Le second est pour moi le meilleur
titre publié par les Bee Gees dans les années 60. Encore une fois, le texte,
écrit du point de vue d'un condamné dans le couloir de la mort, dépasse de loin
tout ce qu'on peut entendre sur les radios à l'époque, la mélodie est
imparable, mais que dire des harmonies? Le souci du détail et l'inventivité
sont tels que, au bout de dizaines d'écoutes, on découvre encore de nouvelles
choses. La ligne mélodique de basse de Maurice (fortement inspiré par le jeu de
Paul McCartney) est elle aussi particulièrement remarquable, même si elle est moins
mixée moins en avant dans la version de l'album (à noter que le titre ne
figurait pas sur la version originelle du 33 tours paru en France).
Globalement,
par rapport à son prédecesseur, l'album a un côté moins mélodramatique,
l'orchestre de Bill Shepherd est plus en retrait. Pour la première fois, un
titre est chanté par un membre extérieur à la fratrie, puisque c'est Vince
Melouney qui interprète son propre "Such A Shame" (il confessera
plus tard regretter de n'avoir pas laissé Barry, qui le souhaitait, le chanter
à sa place). La ballade "In The Summer Of His Years", superbement
interprétée par Robin, est dédiée à Brian Epstein, ex-manager des Beatles, par
ailleurs ami et partenaire en affaires de Robert Stigwood.
Quelques incursions
vers le rock ont produit le sautillant "Kitty Can" (avec les
harmonies de Maurice et Barry) et "Idea", influencé par Mick
Jagger, où la guitare de Vince est en évidence et le chant de Barry
partuculièrement inspiré. L'album se termine par "Swan Song", au
titre prophétique. À la parution de l'album, le groupe était déjà parvenu à une
autre étape de son évolution. Des concerts aux USA étaient annulés, Vince
Melouney quittait le groupe, à l'amiable, et les Bee Gees, profitant du temps
libre, étaient déjà en studio pour un projet ambitieux, un double album
intitulé "Master Peace", qui fut finalement publié sous le titre "Odessa".
Mais ça, c'est une autre histoire.
Sam Pierre
Post scriptum:
La réédition en double CD de Rhino Records présente les mêmes caractéristiques que pour les albums précédents.
Le premier CD propose les versions mono et stéréo du LP original et le second des titres bonus au premier rang desquels le single "Jumbo" / "The Singer Sang His Song" et la version (mono) du 45 tours "I've Gotta Get A Message To You"
"Idea","Kitty Can" et "Let There Be Love" sont présents avec un mixage différent. Les vrais inédits sont plus anecdotiques. Parmi eux on note un instrumental, une espèce de sketch (un travail en progression, pas même une démo) et deux courts spots publicitaires pour Coca Cola. Rien de transcendant, certes, mais beaucoup de plaisir pour les amteurs des Bee Gees des premières années.
Paru dans Best of Crossroads "1960-1968 - 100 albums essentiels"
BEE GEES
Horizontal
Polydor (Europe) / ATCO (USA) Janvier 1968
Dès la parution de leur premier
album, en juillet 1967, les Bee Gees ont vu leur vie changer, se transformer en
un tourbillon de promotion entre presse écrite, radio et télévision, ce qui ne
les a pas empêchés de retourner à ce moment en studio pour préparer leur nouvel
album.
Ces sessions, qui durèrent quatre mois furent particulièrement
fructueuses et donnèrent naissance à trois singles qui atteignirent les sommets
des charts: « Massachussets » (« Barker Of The UFO » en
face B), « World » (« Sir Geoffrey Saved The World » en
face B) et « Words » (« Sinking Ship » en face B). En
France, il y eut aussi « And The Sun Will Shine » couplé avec « Really
And Sincerely », deux titres chantés par Robin. « Massachussets »,
paru en septembre 1967, fut le premier numéro 1 du groupe en Grande Bretagne et
changea totalement la perception que le monde avait des frères Gibb, devenus
d'un seul coup des challengers crédibles pour leurs glorieux ainés.
Mais il serait
trop réducteur de ne voir en eux qu'une usine à tubes. En effet, l'abum Horizontal,
qui reprend « Massachussets » et « World », marque un pas
en avant dans la mesure où les trois frères et leurs deux complices
expérimentent de nouveaux sons, de nouveaux arrangements, sonnant vraiment
comme un groupe où chacun apporte sa contribution. Les titres « And The
Sun Will Shine » et « Really And Sincerely » mettent en valeur
la voix de Robin dans son registre favori, celui des ballades mélancoliques et
donnent un avant-goût de ce que sera le début de sa carrière solo. D'autres
morceaux privilégient en revanche les harmonies, c'est le cas de « Day
Time Girl », aux racines folk médiévales et de « Horizontal »
dont les accents psychédéliques clôturent l'album.
(photo de la pochette inversée dans l'édition américaine)
« The Change Is Made »
confirme la passion de Barry et ses frères pour le R&B de Stax et Otis
Redding, alors que « Lemons Never Forget » est sans doute la
meilleure réussite des Bee Gees dans le registre du rock électrique, au même
titre que « The Ernest Of Being George ». Pour compléter, trois
titres plus légers trouvent leur place dans l'ensemble: « Birdie Told Me »,
« With The Sun In My Eyes » et « Harry Braff ».
La réussite
de cet album, en dehors des qualités déjà connues des compositions et des
harmonies vocales, repose aussi sur l'accompagnement orchestral confié à Bill
Shepherd. Et il ne faudrait surtout pas mésestimer la contribution de Maurice, le moins
médiatique des frangins, mais celui qui apporte le liant sans lequel on ne
pourrait pas parler de groupe.
Avec cet album, les Bee Gees étaient
définitivement entrés dans la cour des grands. Il est dommage qu'à l'époque on
se soit trop focalisé sur leurs singles parce que Horizontal démontre de
bout en bout qu'ils savaient faire autre chose, au même niveau que les Beatles
et les Beach Boys (l'admiration mutuelle entre ces trois groupes était et est
restée une réalité), par exemple. Mais quand on sait que la face A du 33 tours
original commençait par « World » et la seconde par « Massachussets »,
on peut comprendre que beaucoup n'aient pas eu envie d'aller plus loin que ces
deux extraordinaires réussites, artistiques aussi bien que commerciales.
Les
Bee Gees étaient-ils un groupe pour "minettes" comme on l'écrivait en
France ou un groupe underground comme les voyaient les Américains? À chacun sa
réponse…
Sam Pierre
Post scriptum
Après Bee Gees 1st , Horizontal bénéficie d'une superbe réédition en double CD chez Rhino Records.
Même principe pour le premier disque, les 12 titres sont présentés en version stéréo puis en version mono. Double plaisir garanti.
Le second disque est particulièrement intéressant et nous offre quatre compositions inédites des frères Gibb: « Out Of Line », « Ring My Bell », « Deeply, Deeply Me » et « Mrs. Gillepsie's Refrigerator ». Il y a aussi 3 chansons de Noël (2 compositions originales et un medley). On trouve encore une version alternative de «Really And Sincerely » ainsi que de « Swan Song » (le titre qui clôturera l'album Idea.
Et puis, cerise sur le gâteau, il y a quatre titres parus uniquement en 45 tours ou sur des compilations: « Barker Of The U.F.O. », « Words », « Sir Geoffrey Saved The World » et « Sinking Ships ».
Paru dans Best of Crossroads "1960-1968 - 100 albums essentiels"
BEE GEES
Bee Gees' 1st
Polydor (Europe) Juillet 1967 / ATCO (USA) Août 1967
Lorsque les frères Gibb (Barry,
20 ans, et les jumeaux Maurice et Robin, 17 ans), débarquèrent en janvier 1967
pour conquérir Angleterre, leur pays natal, ils étaient loin de se douter de
ce que l'avenir leur réservait. Les Bee Gees étaient célèbres en Australie où ils
avaient publié onze singles et deux albums entre 1963 et 1966, tout en tenant
la vedette de shows radio très populaires là-bas.
Ces fans inconditionnels des
Beatles (mais aussi des Beach Boys, de Ray Charles, d'Otis Redding et de
l'écurie Stax), lassés des inévitables comparaisons, avaient vite fait évoluer
leur style, délaissant les guitares électriques au profit d'orchestrations
moins rock. Car leur domaine, c'était avant tout la mélodie.
Un premier single,
en avril, les révéla au monde ébahi. Ce « New York Mining Disater 1941 »,
inspiré par une catastrophe minière les mit en lumière, suscitant un grand intérêt
des deux côtés de l'Atlantique. Bee Gees' First parut en juillet et
démontra que le groupe n'était pas seulement une éphémère machine à tubes comme
l'industrie musicale en produisait plusieurs chaque mois. C'était un véritable
album, du niveau de Revolver, dans sa conception comme dans sa diversité
(les deux albums bénéficiaient d'ailleurs d'un artwork du même Klaus Voorman.
Bien
sûr, les détracteurs se firent très vite entendre. Pensez-donc! À l'époque où
l'on ne pouvait pas aimer à la fois les Beatles et les Rolling Stones, il
n'était pas de bon ton de s'écarter des sillons tracés par les maîtres. Et l'on
comparaît inévitablement les prétendant à l'un ou l'autre. En la bonne France
du gaullisme finissant, dans la presse "rock", on parlait au mieux de
variété, au pire de guimauve.
C'était là vraiment passer à côté de quelque
chose de grand. Bien sûr, les Bee Gees n'étaient pas un groupe de rock et
c'était là leur grand crime. Ils étaient des mélodistes exceptionnels, leurs
textes teintés de surréalisme volaient largement au-dessus de la moyenne du
genre (que l'on mesure le chemin parcouru depuis « The Three Kisses Of
Love », leur premier single de 1963), leurs harmonies vocales,
fraternelles, ne ressemblaient pas à ce que l'on pouvait entendre par ailleurs
(sauf quand ils avaient envie de ressembler aux Fab Four), mais rien n'y
faisait. Très vite, sous peine de perdre sa crédibilité "rock", il
allait falloir (en France en tout cas) mépriser les frères Gibb.
Mais
revenons-en à l'album, car il s'agit d'un véritable album, pas d'une suite de
tubes avec quelques morceaux en plus pour remplir. On sent les influences, les
Beatles, bien sûr avec « In My Own Time », Otis Redding avec
« One Minute Woman »; « Please Read Me » (avec la première
apparition d'harmonies falsetto) a été, selon Barry, inspiré par Brian Wilson
et interprété à la mode Beatles. Et puis il y a les monuments. Les singles « New York Mining
Disaster 1941 », génial de simplicité, « Holiday », le premier
slow, et « To Love Somebody ». Ce dernier titre avait été
écrit à l'origine pour Otis (qui périt avant de l'enregistrer) et, s'il
n'obtint qu'un succès modeste en Grande-Bretagne, il fut en revanche très
populaire aux USA. C'est le titre le plus adapté des Bee Gees: on peut citer
Janis Joplin, Nina Simone, Eric Burdon (avec les Animals), Gram Parsons (avec
les Flying Burrito Brothers)… Excusez du peu.
J'évoquerai encore « I Can't
See Nobody » et l'extraordinaire partie vocale de Robin ou « Every
Christian Lion Hearted Man Will Show You » qui démarre par des chants
grégoriens soulignés par une ligne de mellotron. Et quand l'album s'achève par
« Close Another Door », on sait que le trio (avec ses deux acolytes
Colin Petersen et Vince Melouney) vient en fait d'ouvrir en grand les portes
d'un succès durable en même temps qu'il a popularisé, à la même époque que les
Moody Blues, ce que l'on aurait pu appeler le prog-pop.
Sam Pierre
Post scriptum
"Bee Gees 1st" a bénéficié en 2006 d'une réédtion chez Rhino Records avec un nouveau package luxueux, un son superbe et un livret fourmillant de détails, de commentaires et de photos inédites.
Le contenu est également très riche, puisque "Bee Gees 1st" est ici présenté en double CD. Le premier disque reprend les 14 titres de l'album original, en versions stéréo et mono. Même si la chose n'est pas d'un intérêt primordial en apparence, l'auditeur attentif notera, entre les deux mixages, des différences qui méritent de s'y attarder.
Le second disque propose 14 titres supplémentaires, jamais publiés jusque-là, dont 5 totalement inédits, les autres étant des versions alternatives de certaines chansons de l'album (dont deux pour le hit "New York Mining Disaster 1941". Des morceaux comme "House Of Lords" ou "Mr. Wallor's Wailing Wall" sont d'un niveau qui leur aurait permis de figurer dans la sélection finale.
La légende était en marche. Près de quarante-cinq ans après sa parution, alors que Barry Gibb est désormais seul à porter le flambeau familial, j'invite ceux qui pensent que les Bee Gees étaient un groupe disco à découvrir "Bee Gees First" et tout ses trésors...
Les frères Gibb tiennent une
place à part dans ma relation avec la musique et Odessa est le disque
avec lequel tout a vraiment commencé. Les Bee Gees avaient, depuis 1967,
enchaîné tube sur tube sans jouir, en France du moins, de la réputation qu'ils
méritaient: groupe pour minettes, tout juste bons à animer les booms du samedi
soir, ils étaient méprisés dans notre pays. Dans le même temps, les Allemands
les considéraient comme supérieurs aux Beatles et les Américains les classaient
parmi les groupes underground.
Pour beaucoup, ils ne sont remémorés aujourd'hui
que comme un groupe disco alors qu'ils n'ont en fait amorcé vers 1976 qu'un
virage funky récupéré par la fièvre du mouvement disco. Mais c'est une autre
histoire.
Revenons à l'été 1969. Neil Armstrong marche sur la lune, Jimi
Hendrix met le feu à Woodstock et les Bee Gees explosent en plein vol, peu
après la parution de leur grand œuvre: Odessa. Trop de succès, trop
jeunes (à l'époque, les jumeaux Robin et Maurice n'ont pas 20 ans), des égos
qui enflent et génèrent des conflits ingérables. Vince Melouney, le guitariste
part "à l'amiable" pour divergences musicales (il a une sensiblité
blues-rock alors que les frères Gibb veulent garder une orientation plus
commerciale); Colin Petersen, le batteur, est débarqué sans ménagement. Bref
clap de fin, provisoire. Et Odessa, le dernier grand album des sixties,
même si peu le savent, tente de tracer sa voie, incompris.
40 ans après, cet
album reçoit enfin le traitement qu'il mérite, grâce à Rhino Records (qui avait
déjà soigné de la même façon les trois premiers albums du groupe). Un contenant
digne de l'original (pochette en velours rouge et lettres d'or) avec un livret
passionnant à feuilleter. Du contenu, on peut discuter. Rien à dire (si ce
n'est du bien) sur le premier CD: c'est l'original (exhaustif, la version
européenne disponible du CD faisait l'impasse sur un morceau orchestral),
remastérisé, avec un son époustouflant. Le deuxième CD est plus discutable
(pour moi, tout à fait dispensable): c'est le même disque en version mono.
Quant au troisième, c'est évidemment celui qui ravira les fans. 23 titres: 16 des
17 originaux (seul manque « The British Opera ») sont présentés en
versions alternatives (démo, alternate mix ou alternate version), presque
toujours intéressantes. Je retiendrai surtout « Barbara Came To Stay »,
première version de « Edison », la démo de « Lamplight »,
sans l'introduction chantée en Français ("Allons viens encore chérie /
J'attendrai an après an / Sous la lampe dans la vieille avenue"), la
version vocale de « With All Nations (International Anthem) », la
démo de « Black Diamond » qui nous montre bien comment un titre peut
évoluer jusqu'à sa version finale. Et puis il y a les 2 vrais inédits, « Nobody's
Someone » et « Pity », tous deux chantés par Barry, qui ne
déparent pas l'ensemble.
Mais revenons à l'album original qui confirme
magistralement le savoir-faire et le talent de Barry, Robin & Maurice Gibb.
On connaît leur sens de la mélodie, incomparable. On apprécie leurs harmonies à
trois voix qui suscitent même l'admiration d'un expert tel que Brian Wilson. On
ignore en revanche trop leurs qualités de lyricistes: les textes sont souvent
originaux, tant dans les thèmes abordés que dans la forme, réellement poétiques,
et jamais mièvres, même quand ils sont simples. Et avec Odessa, on
découvre leur capacité à aborder des styles musicaux très différents. Des
titres à la dimension épique, comme « Odessa (City On The Black Sea) »
(plus de 7'30"), « Black Diamond »; des morceaux à la coloration
country (« Give Your Best ») ou rock (« Marley Purt Drive »)
et ces petits chefs d'œuvre d'harmonie et de mélodie que sont « Edison »
ou « Melody Fair ». Je ne citerai pas tout. Il y a encore trois
titres orchestraux, et puis le seul qui a eu l'honneur des hits, « First
Of May », pas le meilleur choix, sans doute. Ce choix, non admis par Robin
qui eut préféré qu'il portât sur "son" « Lamplight »
rétrogradé en face B, précipita d'ailleurs le split du groupe.
Quoi qu'il en
soit, il n'est pas trop tard pour découvrir Odessa, loin du contexte qui
a présidé à sa sortie originelle. Pour moi, ce disque mérite 5 étoiles (et même
6 si c'était possible). Si je ne lui en donne finalement que 4, c'est parce que
son contenu est trop copieux: on n'est certes pas obligé d'écouter la version
mono, mais son inclusion n'est pas neutre sur le prix, qui rebutera sans doute
les non-inconditionnels du groupe, de ce superbe objet.
À classer près de Revolver,
Aftermath, Arthur et Highway 61 Revisited, autres grands
albums des sixties.
Il est paru. Passionnant, comme d'habitude. L'interview de Christian Séguret est un petit monument. J'ai appris beaucoup sur ce Monsieur, un grand musicien que je connaissais surtout de réputation.
Dans "Disqu'Airs", parmi d'autres, mes chroniques: Chip Taylor, Steve Parry, Randy Thompson, Otis Gibbs, Indio Saravanja, Charlie Parr, The Far West, JD Fox & Sunset Travelers, David Rodriguez, Darrell Scott, Rachel Harrington, BettySoo & Doug Fox (aka Across The borderline), Jenai Huff, Katy Boyd (solo et avec Marty Atkinson).
Il n'y a jamais eu autant de bonne musique... ni de bonne lecture, pour les deux mois à venir...
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Le Cri du Coyote
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Qu'ont en commun Randy Burns, Mark Brine, Tom Rapp (Pearls Before Swine), Ed Askew, Carolyne Mas, Tim Robinson, R.C. O'Leary, Shane Murphy, Bop Tweedie, Gary Hall, John Schindler, Paul Hubert, Jerry Short, Forrest Harlow, John Coster, Scott Severin, Bill Chinnock, Steve "Turbo" Thompson, Christian Parker? Le talent, bien sûr. Mais par dessus-tout, ils sont les amis de Joe Phillips et ont vu leurs oeuvres publiées ou distibuées par le label WildCat Recording Company. (photo ci-dessous: Tim Robinson, Joe Phillips, Mark Brine).
Nous sommes loin des majors et de leur souci de rentabilité, de leur gigantisme déclinant. WildCat Records est une petite structure et sa raison d'être, "the reality of art", résume parfaitement l'attitude de Joe vis-à-vis de la musique et du business, deux notions bien éloignées à ses yeux. Joe est une espèce d'extraterrestre, quelqu'un à qui la musique n'apportera jamais la fortune, mais plutôt des soucis et des moments de découragement. L'amour de l'art, voici ce qui l'anime depuis bien longtemps, depuis qu'il officiait comme ingénieur du son du légendaire label ESP Disk où il a connu Tom Rapp, Randy Burns et Ed Askew, qui sont restés, depuis plus de quarante ans, ses amis. L'amitié est le deuxième moteur de Joe Phillips. Tous les artistes qu'il produit ou distribue sont ses amis, et ce n'est pas Randy Burns (à droite sur la photo ci-dessous) qui va me démentir.
Carolyne Mas pourrait également témoigner. Elle eut son heure de gloire (en Europe surtout) dans les années 80, fut surnommée la Bruce Springsteen en jupons, avant de cumuler des coups du sort qui l'ont mise dans de grandes difficultés financières. Qui est là pour l'aider, rééditer certains de ses enregistrements? Joe Phillips! Mais Joe est un maniaque, quelqu'un qui ne se contente pas de transférer les vieilles matrices sur un nouveau support. Il retravaille, remet l'ouvrage sur le métier jusqu'à ce qu'il obtienne le son qu'il juge parfait, la chaleur du vinyle, comme par exemple pour "The Vinyl Collection" de Carolyne, déjà un collector avant même d'être disponible en format physique. Une petite visite chez WildCat Records s'impose (et il est fortement recommandé d'y faire ses emplettes - satisfaction garantie).
Mais Joe Phillips est aussi un artiste à part entière, un singer-songwriter qui a mis sa carrière entre parentèses pour mieux se conacrer à la musique des autres. On peu le voir ici, armé de son autoharpe, en 1993.
Joe Phillips (c'est un pseudo) a des ancêtres français qui ont traversé l'Atlantique il y a quelques siècles, a vécu au Québec et garde en conséquence un amour certain pour notre petit pays. Sans atteindre la gloire internationale, il s'était fait une jolie réputation de performer dans les années 80 et 90, produisant par ailleurs quelques albums aujourd'hui évidemment introuvables. Seul "Postcard From Nashville" était disponible en téléchargement jusqu'au début du printemps.
Un bien beau disque, comportant onze compositions de Joe ainsi que "Running After Love" de Melanie Safka. Le disque est sous-titré "1985-2009" et cela illustre bien la façon de travailler de Joe Phillips. Je ne connais pas la version originale du disque, mais cette édition de 2009 est une véritable réussite.
Mais les amis de Joe en veulent plus (j'en fais partie) et ne cessent de lui réclamer de nouvelles rééditions. Ils ont enfin été (partiellement) entendus et, en ce mois de mars 2012, est apparu "Northern Towns", initialement publié au début des années 90, et grandement enrichi de titres bonus.
Et là je dis - et même j'écris - et je pèse mes mots: "attention, chef d'oeuvre"! "Northern Towns" est très différent de "Postcard", dique enregistré avec un petit groupe. Ici, Joe est pratiquement seul: un tambourin sur un titre, une basse sur un autre, un duo vocal sur un troisième. Le reste est 100% Joe Phillips, du moins pour l'interprétation car, pour la circonstance, Joe fait largement appel à d'autres songwriters, célèbres ou non: Tom Russell (le morceau titre est une de ses compositions que Tom n'a publiée que sur une obscure compilation), Bob Dylan Leonard Cohen, Neil Diamond, Elton John & Bernie Taupin, Bob McDill, Cormac McCarthy (not the writer), Barbara Keith et même Billie Holliday.
Au long des 17 plages, on découvre un interprète sensible, qui nous délivre un folk teinté de soul, profondémént original, qui se démarque sans difficulté des interprètes originaux.Écoutez par exemple ce qu'il fait sur "John Brown" de Bob Dylan. Plus qu'étonnant, captivant!
Les compositions originales ne sont pas en reste: "It Ain't Over", "China Wheel", "The Old Fishin' Hole" (en duo avec Alexander Delorenzo), "Survival" le prouvent. Et la version live de "Milltown Saturday Night", son morceau fétiche est absolument superbe.
Un petit mot sur la qualité sonore du CD qui démontre l'excellence de Joe Phillips quand il coiffe sa casquette d'ingénieur du son et de producteur. Le disque est simplement parfait, le son est chaud, c'est simplement l'ami Joe qui chante et joue à côté de vous, rien que pour vous. Un pur plaisir. À offrir, à s'offrir!