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lundi 9 mars 2026

Bluegrass & Co, par Dominique Fosse

 

The STEELDRIVERS

"Outrun" 

Outrun est le septième disque des Steeldrivers, le second avec Matt Dame comme chanteur et guitariste après l’album gospel Tougher Than Nails (cf. avril 2024). Il confirme que Dame est bien le chanteur idéal pour ce groupe spécialisé dans le bluegrass fort en blues, composante constante des douze chansons de Outrun (et de tous les albums des Steeldrivers). Huit ont été coécrites par la violoniste Tammy Rogers et deux par Dame. Pour les deux derniers titres, on reste en famille puisque le groupe est allé chercher deux compositions de Mike Henderson qui fut le premier mandoliniste des Steeldrivers de 2005 à 2011 (il est décédé en 2023), la ballade Prisoner’s Tears qu’il avait enregistrée sur son premier album solo en 1994 et Painted and Poison coécrit avec Ronnie McCoury. Avec Emma Lee (composé par Dame), ce dernier titre est le morceau le plus proche du bluegrass classique. Dans les autres chansons, le blues est décliné sous toutes ses formes, de la valse (When the Last Teardrops Fall) au slow (Cut You Down) en passant par des ballades, un blues typique (Traveling Trouble Blues) jusqu’au newgrass (Outrun). L’ensemble est très bien chanté et bien arrangé. Le banjoïste Richard Bailey en particulier s’adapte remarquablement à chaque situation. Dans ce répertoire de qualité, j’ai adoré le jubilatoire You Should See the Other Guy (l’histoire d’un gars qui revient très amoché d’une bagarre mais qui assure que son adversaire est bien plus à plaindre que lui). Emma Lee et la jolie ballade Rosanna sont les autres réussites les plus remarquables.


 

 

Alison BROWN & Steve MARTIN

"Safe Sensible and Sane" 

L’un des meilleurs morceaux de On Banjo, le dernier album d’Alison Brown (avril 2023) était Foggy Morning Breaking, un instrumental qu’elle avait composé et joué avec Steve Martin, le célèbre acteur qui, depuis une quinzaine d’années, fait régulièrement valoir ses talents de banjoïste, notamment avec le groupe The Steep Canyon Rangers. Pour l’occasion, Martin avait joué en style clawhammer et Alison en picking (c’est le seul style qu’elle pratique alors que Martin est adepte des deux techniques). Le succès de Foggy Morning Breaking leur a donné l’envie d’aller plus loin et d’enregistrer ensemble tout un album où Steve Martin jouerait du banjo old time tandis qu’Alison Brown jouerait en style bluegrass. Le fruit de cette collaboration est Safe Sensible and Sane dont ils ont composé ensemble les onze titres. Un enchainement de duos de banjos pouvant rapidement lasser l’auditeur, si bien joués soient-ils, Alison et Steve ont intelligemment fait la part belle à une pléiade d’invités. Il y a trois instrumentaux. Friend of Mine,  joué en duo sans accompagnement, a un original passage en harmoniques. Evening Star bénéficie d’un arrangement celtique avec le fiddler écossais John McCusker (Battlefield Band), le guitariste John Doyle (Solas) et le flutiste Michael McGoldrick (Capercaillie). L’album s’achève avec le troisième instrumental, Let’s Get Out of Here (un titre typique de l’humour de Steve Martin) avec Sam Bush et Stuart Duncan. La partie la plus intéressante de l’album se situe néanmoins du côté des huit chansons. On connait mal en France les talents de scénariste (et même d’acteur) de Martin car peu de ses films ont été des succès chez nous. Ses capacités s’étendent aussi à l’écriture de chansons. Celles qu’il a écrites pour Safe Sensible and Sane touchent par leur humour (terrain sur lequel il est attendu) mais aussi par leurs textes émouvants. Martin interprète lui-même les deux chansons comiques, Bluegrass Radio et New Cluck Old Hen, adaptation du standard instrumental qu’il chante avec Celia Woodsmith et le support du groupe Della Mae. Steve Martin n’étant pas un chanteur exceptionnel, il a confié les autres titres à des spécialistes. Tim O’Brien est le storyteller idéal pour 5 Days Out, 2 Days Back (jolie chanson sur la difficulté de concilier vie familiale et métier d’artiste qui était en tête des charts bluegrass en début d’année). Superbe interprétation de Michael par Aoife O’Donovan (joliment secondée par Sarah Jarosz sur les refrains). Il fallait des femmes pour chanter Girl, Have Money When You’re Old. Steve et Alison ont choisi les Indigo Girls. Jason Mraz chante Statement of Your Affairs sur un rythme venu des Caraïbes. Vince Gill interprète le mélancolique Wall Guitar. Avec 5 Days Out, 2 Days Back, le titre le plus émouvant est Dear Time, jolie chanson sur le temps qui passe que Steve Martin (80 ans) a confiée à un chanteur de sa génération (Jackson Browne - 76 ans – qui chante toujours aussi bien). Je ne peux pas dire que je trouve les duos de banjos renversants mais ils sont bien en place dans chaque titre, parfois associés au piano et quelques musiciens bluegrass (Bush, Duncan, Sierra Hull, Kimber Ludiker) pour mettre en valeur les chansons et leurs interprètes. 


 

 

SPECIAL CONSENSUS

"Been All Around This World" 

Comme pour les albums enregistrés à l’occasion du 25ème et du 35ème anniversaire du groupe, Special Consensus a invité des anciens membres pour fêter ses 50 ans. Le banjoïste Greg Cahill, depuis très longtemps seul musicien restant de la formation originelle, a fait les choses en grand en conviant six anciens chanteurs de Special C.: Rick Faris, Ashby Frank, Robbie Fulks, Chris Jones, Dallas Wayne et Josh Williams. Tous ont fait carrière depuis, dans le bluegrass mais aussi dans la country ou l’americana. Il y a deux titres que la formation actuelle de Special C. (Cahill - banjo; Greg Blake - guitare; Dan Eubanks - contrebasse; Brian McCarty - mandoline) joue seule: le gospel I Can’t Sit Down impeccablement interprété en quartet a cappella et Carolina in the Pines de Michael Martin Murphey devenu un standard du bluegrass, très bien chanté par Blake. A l’image de ces titres, le bluegrass classique domine l’ensemble du répertoire de cet album, même en ce qui concerne la reprise de Please, Mr. Postman des Marvelettes, bien adapté en style bluegrass. Les chœurs ne valent pas ceux des Beatles (ils ont enregistré ce titre sur l’album With The Beatles) mais il y a une très jolie intervention de Greg Cahill au banjo. Bon arrangement aussi de I’m Always on a Mountain When I Fall tiré du répertoire de Merle Haggard et chanté par Dallas Wayne. Les chants sont souvent partagés au sein d’une même chanson, ce qui incite aux comparaisons. J’ai ainsi préféré Blake à Williams et Fulks dans I’ve Been All Around This World. Mais j’ai trouvé que l’interprétation par Robbie Fulks du standard King of the Road était une des meilleures que je connaisse. Il chante aussi Like A Train, un bluegrass typique qui est une des rares chansons écrites par Tony Rice et que le groupe avait enregistrée sur son premier disque en 1979. Dans The Singer de Neal Allen (Allen Brothers), ce sont Ashby Frank et Greg Blake qui s’illustrent. Depuis plusieurs albums de Special C., il y a toujours au moins un instrumental sur lequel Alison Brown (qui a produit et arrangé cet album sorti sur son label Compass Records) joue du banjo en duo avec Greg Cahill. Ils le font très bien dans Red, Red Robin et font école puisque Ashby Frank et Brian McCarty (mandolines) puis Josh Williams et Rick Faris (guitares) se mettent aussi à jouer en duo sur ce titre. L’album s’achève sur une reprise de John Hartford, I Wish We Had Our Time Again, un titre qui s’imposait pour un groupe qui fête ses 50 ans. La chanson est arrangée de façon maline avec sept chanteurs différents et l’insertion de plusieurs instrumentaux (Whiskey Before Breakfast, Black Mountain Rag, Devil’s Dream, Forked Deer) qui permettent aux différents solistes de s’illustrer. Sympa mais je me serais bien passé des commentaires en fin de morceau. Je ne leur en veux pas. Ils faisaient la fête. C’était leur anniversaire. Je leur en souhaite plein d’autres.


 

 

GREENSKY BLUEGRASS

"XXV" 

Il faut croire que c’est la saison des anniversaires. Special Consensus invite ses anciens chanteurs pour fêter ses 50 ans. Greensky Bluegrass réenregistre d’anciens titres pour célébrer son quart de siècle. Mais en les renouvelant. Parmi les treize morceaux, cinq n’étaient apparus que dans The Leap Year Sessions (Le Cri du Coyote 169), enregistrements de la période Covid qui n’étaient disponibles qu’en téléchargement et n’avaient jamais été gravées en CD ou 33 tours. Comme Special Consensus, Greensky Bluegrass a fêté son anniversaire avec des invités. Sam Bush joue du fiddle dans Can’t Stop Now de New Grass Revival. La virtuosité des musiciens de Greensky Bluegrass ne pâtit pas de la comparaison avec celle des musiciens de la version originale, ce qui ne surprendra que ceux qui n’ont jamais écouté Greensky. Paul Hoffman partage les chants avec Billy Strings dans Reverend, avec Lindsay Lou dans In Control et avec Nathaniel Rateliff dans Past My Prime. Pour Lose My Way, il y a non seulement la voix de Aoife O’Donovan mais aussi les claviers de Aaron Neville. Greensky Bluegrass avait repris Late Night in the Copper Country du groupe Steppin’ In It (Le Cri du Coyote 78) dans leur album en public de 2010. Ils l’ont réenregistré avec la pianiste Holly Bowling qui s’est fait connaître par ses versions instrumentales de titres de Grateful Dead et de Phish. Elle joue merveilleusement bien et s’intègre parfaitement aux instruments bluegrass. Le morceau dure 14 minutes et on ne s’ennuie pas une seconde. Elle accompagne aussi Paul Hoffman dans Windshield, seule cette fois. Unique bémol dans cette suite de collaborations réussies, je n’ai pas trouvé très intéressant l’apport de Jason Hann, percussionniste de String Cheese Incident dans Who Is Federico?. En revanche, l’ajout de cuivres à What You Need est une idée (et une réalisation) vraiment formidable. Le guitariste David Bruzza ne chante qu’un titre, Broken Highways. Sa voix a gagné en épaisseur depuis la version de 2006 et ressemble de plus en plus à celle de Paul Hoffman. L’album dure 74 minutes. De quoi apprécier pleinement les énormes qualités des musiciens de Greensky (le dobroïste Anders Beck en particulier), leurs arrangements et la voix de Paul Hoffman, plus proche de celle de Michael Stipe (REM) que de Bill Monroe. Parce qu’il n’y a pas de nouveaux titres, XXV est moins indispensable que les précédents albums de Greensky Bluegrass mais c’est néanmoins un très beau disque. 


 

 

Hilary HAWKE

"Lift Up This Old World"

 Hilary Hawke est chanteuse et banjoïste. Elle joue en style clawhammer ou en picking bluegrass selon les titres. Elle a composé neuf des onze chansons de Lift Up This Old World. En clawhammer, son style est plaisant mais en picking, son jeu n’est pas assez percutant et elle n’a pas un bon son. Elle chante dans un style folk avec des notes tenues dans l’aigu qui ne me semble pas toujours convenir à sa musique (et qui n’est pas de mon goût). Il y a un effort d’arrangement dans The Sun Is All Around et la reprise de No Surprises (Radiohead). J’aime assez la mélodie de Dreaming of You arrangé avec le banjo en picking et un quatuor à cordes. Le traditionnel Liza Jane, mieux chanté, avec le banjo clawhammer est le titre que je préfère. All I’ve Ever Known bénéficie de la présence du guitariste Ross Martin et du mandoliniste Jacob Joliff.


 

dimanche 7 avril 2024

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

Danny BURNS

"Promised Land" 

Danny Burns est un guitariste et chanteur irlandais établi depuis plus de vingt ans aux États-Unis. Il avait enregistré en 2019 North Country, un premier album qui m’avait beaucoup plu (Le Cri du Coyote 161). Ses goûts le portent naturellement vers le bluegrass mais sa voix lui permet d’élargir son univers musical. Son chant avait des influences soul /newgrass dans North Country qui était un album de compositions personnelles. Il est plus pop dans Promised Land, en raison du répertoire constitué de reprises rock et country. Il s’est à nouveau entouré de musiciens bluegrass: Scott Vestal (banjo), Billy Contreras et Tim Crouch (fiddle), Tony Wray (guitare), John Methany (dobro) et Matt Menefee (dobro, mandoline). Trois splendides réussites sont à mettre au crédit de Danny Burns, à commencer par une surprenante adaptation de Someone Like You d’Adele, chantée avec Tim O’Brien et bénéficiant des bonnes contributions de Menefee à la mandoline et Contreras. La voix gratte un peu dans Some Might Say et ça va très bien à cette chanson d’Oasis complètement transformée en bluegrass rapide. Come To Jesus est une reprise d’un titre de Mindy Smith qui a eu une petite carrière country mais qui est surtout connue comme songwriter bluegrass et country. Le dobro, le fiddle et surtout le duo vocal avec Sam Bush rendent la version de Danny Burns particulièrement intense. Dans un autre genre, beaucoup plus calme, j’ai aussi aimé Nothing But A Child de Steve Earle que Burns chante avec son épouse Aine (qui prépare un album solo). On retrouve Tim O’Brien en duo avec Burns dans une reprise de Fields of Gold assez conventionnelle (cette chanson de Sting a connu de nombreuses versions bluegrass) et Magnolia de Guy Clark, arrangé avec un accordéon. Le blues Lifeline n’est pas mal mais Bryan Simpson (leader du groupe Cadillac Sky) n’est pas à la hauteur de Burns comme partenaire vocal. Promised Land est une chanson country arrangée avec une pedal steel qui m’a paru anecdotique. Je n’aime pas beaucoup le standard Danny Boy mais la version de Danny Burns, plus rythmée que celles que je connais, est plutôt réussie, avec encore une fois la participation de Tim O’Brien. La seule vraie erreur dans ce répertoire plutôt audacieux est Dirty Old Town. Même avec la mandoline de Sam Bush et le talent des autres musiciens, la version gentillette de Burns ne tient pas la route quand on a celle de Shane MacGowan et des Pogues dans l’oreille. 

 

JACKSON HOLLOW

"Roses" 

Jackson Hollow est un groupe canadien (Colombie Britannique) dont l’atout essentiel est sa chanteuse Tianna Lefebvre. Les arrangements sont bluegrass mais Tianna chante comme une chanteuse country, avec une puissance qui n’empêche pas les nuances (la chanson Roses en donne un très bel exemple). On peut rapprocher sa voix de celle de Pam Tillis dont elle reprend d’ailleurs Put Yourself In My Place. Le groupe est composé de son mari, Mike Sanyshyn (fiddle, mandoline), Eric Reed (guitare, banjo) et Charlie Frye (contrebasse). Ils reçoivent le soutien sur plusieurs chansons du banjoïste Jeff Scroggins et du dobroïste Michael Kilby. L’apport de Scroggins est particulièrement remarquable dans la reprise de Can’t Stop Now, titre emblématique de New Grass Revival et le dobro convient bien au feeling country de la plupart des chansons. Le talent des musiciens de Jackson Hollow n’est pas non plus à négliger. Au fiddle, Mike Sanyshyn est excellent dans A Heartache In The Works, une reprise de Randy Travis, et Travellin’ Heart, le titre le plus bluegrass de l’album. Au banjo, Eric Reed s’adapte bien à l’esprit country en jouant un picking au drive judicieusement atténué dans la ballade For The Life Of Me et le blues Pour It To Me Straight. Les harmonies vocales contribuent également à la réussite de Roses, album de bluegrass à offrir aux amateurs de country. 

 

SPECIAL GOSPEL

Depuis Bill Monroe et les débuts du bluegrass, le gospel est partie intégrante du bluegrass. Encore aujourd’hui, peu nombreux sont les groupes qui se dispensent d’en chanter. Comme les instrumentaux ou le swing, il apporte une variété bienvenue au répertoire des groupes. Pour peu qu’il y ait une bonne voix de basse dans la formation, les quartets vocaux (parfois a cappella) font d’ailleurs souvent partie des favoris du public. Régulièrement, des formations bluegrass enregistrent un album entier consacré au gospel. L’actualité (relative pour l’album de Authentic Unlimited qui date de 2022) nous en propose trois, tous œuvres de groupes de premier plan. 

 

HIGH FIDELITY

"Music In My Soul" 

Guère étonnant qu’un groupe de jeunes musiciens comme High Fidelity, toujours en costume-cravate pour les hommes et robe en-dessous du genou pour les dames, et portant haut le flambeau du bluegrass traditionnel, consacre son quatrième album au gospel. En utilisant toutes les formules du chant solo au quartet, en jouant sur les différentes combinaisons de voix masculines et féminines, et avec des tempos majoritairement entrainants, Music In My Soul est un album varié et tout-à-fait convaincant. Le duo constitué par le guitariste Jeremy Stephens et son épouse violoniste Corrina Rose est au cœur de nombreux arrangements. Ils interprètent cinq chansons en duo dont trois titres joyeux particulièrement réjouissants : I’m Ready To Go, My Lord Is Taking Me Away (une reprise de The Lewis Family) et l’accrocheur et pétillant The Mighty Name Of Jesus (composition de Corrina Rose). Comme dans tout bon disque gospel, les quartets sont à l’honneur avec notamment Walking With My Savior proche du style de Quicksilver et I’ll Be No Stranger There dans un arrangement qui fleure bon les années 50, bien dans l’esprit de High Fidelity. I’m A Pilgrim chanté a cappella n’est pas mal non plus. En revanche, l’harmonie haut perchée de Corrina Rose dans Music In My Soul fait franchement "voix de messe". Ce n’est évidemment pas hors contexte mais, esthétiquement, c’est loin d’être ce que je préfère. Il y a un bon trio mixte dans une reprise de Jim & Jesse, Are You Lost In Sin. Plusieurs tempos rapides et plus encore l’instrumental There Is Power In The Blood permettent aux musiciens de High Fidelity de montrer tout leur talent. Kurt Stephenson est un des meilleurs spécialistes du style Scruggs et il a un son tout simplement idéal. Corrina Rose est une excellente violoniste et elle m’a semblé encore en progrès par rapport aux albums précédents. Et Vickie Vaughn a été élue non sans raison contrebassiste de l’année par IBMA il y a quelques mois. L’album s’achève sur une reprise des Bailes Brothers, We’re Living In The Last Days Now, chantée en solo. Je ne sais pas qui est le chanteur (peut-être Stephenson) mais il a un timbre très proche de celui d’Alan O’Bryant à la grande époque de Nashville Bluegrass Band et c’est une merveilleuse manière de clore Music In My Soul

 

AUTHENTIC UNLIMITED

"Gospel Sessions Vol. 1" 

Le contrebassiste Jerry Cole, le banjoïste Eli Johnston et le fiddler Stephen Burwell ayant tous été membres de l’ultime version de Doyle Lawson & Quicksilver, il est logique qu’ils aient, dès les débuts de leur nouvelle formation, Authentic Unlimited, consacré un album au gospel, la grande spécialité de Quicksilver. Gospel Sessions Vol. 1 est sorti le même jour que l’album sans titre chroniqué dans ces colonnes en février 2023. Ce sont les chants à quatre voix qui ont fait la réputation de Quicksilver et Authentic Unlimited a arrangé trois des dix titres de l’album en quartet. What Wonderful World est interprété a cappella de façon impeccable mais sans grand relief. Je lui ai nettement préféré Hold On (une des trois compositions de Jerry Cole) qui swingue merveilleusement et God Told Nicodemus, également a cappella, qui reprend l’arrangement du Golden Gate Quartet avec les voix qui se répondent. La voix de basse de Jesse Brock (mandoline) et l’harmonie ténor de John Meador sont particulièrement bien mises en valeur dans ces deux titres. Meador, seul à la guitare, chante de façon magnifique Jonas, une composition de Dean Dillon (qui a écrit de nombreux succès de George Strait). The Key et Ready ont un arrangement légèrement countrifié par l’ajout d’une batterie. On retrouve la belle voix de Meador (les autres titres sont pour la plupart chantés par Cole qui est aussi un très bon chanteur)) dans le classique Washed In The Blood (enregistré entre autres par Flatt & Scruggs) et You’ll Find Me dont le punch doit autant à l’arrangement vocal en trio qu’au talent instrumental des musiciens de Authentic Unlimited. Cole, Meador, Johnston, Brock et Burwell s’affirment avec ce premier album gospel comme les dignes héritiers de Doyle Lawson. Le second devrait sortir dans les prochains jours. 

 

The STEELDRIVERS

"Tougher Than Nails" 

Le nouvel album des SteelDrivers est certes 100 % gospel mais c’est avant tout un album des SteelDrivers. Ils chantent la religion comme ils chanteraient qu’ils ne seraient jamais allés à Birmingham si ce n’est par amour. Les Steeldrivers ont d’autant plus de mérite à être fidèles à leur style que Matt Dame est le quatrième chanteur en presque vingt ans et six albums. Il a une grosse voix blues comme Chris Stapleton et Gary Nichols avant lui. Sans trahir ce style, Kevin Damrell qui chantait sur le précédent disque, Bad For You, avait un registre plus aigu qui le rapprochait davantage des chanteurs habituels de bluegrass. Avec Dame, on est vraiment dans la lignée de Stapleton et Nichols, mais avec un chant blues plus naturel, moins forcé, que j’apprécie beaucoup. Elle met très bien en valeur les compositions de l’excellente violoniste Tammy Rogers, la plupart coécrites avec Thomm Jutz. La marche était haute mais, comme auteur compositeur, elle a pris avec succès le relais de Stapleton et Mike Henderson, partis après les deux premiers albums (avec la réussite que l’on sait pour Stapleton). Parmi les compos de Rogers et Jutz, Magdalene et la valse 30 Silver Pieces ont de très jolies mélodies, superbement accompagnées par le fiddle de Rogers, le banjo de Richard Bailey et la mandoline de Brent Truitt. Toujours de Rogers et Jutz, Tougher Than Nails est une marche blues rendue intense par la voix de Dame et At The River est relevé par des chœurs qui ne sont pas dans la tradition bluegrass. Les harmonies vocales donnent encore plus de puissance à Somewhere Down The Road. La ballade His Eye Is On The Sparrow est davantage dans le style de Larry Cordle. Les Steeldrivers ont inclus deux classiques interprétés dans un style plus conforme à la tradition gospel (Just A Little Walk With Jesus et Farther Along), tout comme une composition de Stapleton et Ronnie Bowman (I Will Someday) que les Steeldrivers jouaient sur scène à leurs débuts mais qu’ils n’avaient jamais gravé sur disque. L’album s’achève sur une belle version du standard Amazing Grace avec une très longue introduction de fiddle en solo superbement jouée par Tammy Rogers. Un classique dont on devrait se sentir lassé. Pas quand ce sont les Steeldrivers qui l’interprètent.