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vendredi 4 juillet 2025

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse

 

Depuis une bonne trentaine d’années, les femmes se sont de plus en plus affirmées sur les scènes bluegrass mais il me semble que leur importance s’est encore accentuée récemment. Après Alison Krauss et Sierra Hull, Cris du Cœur dans la rubrique du mois de mai, ce sont Shelby Means et Heather Mabe (avec son groupe Red Camel Collective) qui sont à l’honneur cette fois-ci. 

 

RED CAMEL COLLECTIVE 

Cri du 💚  

Que font les musiciens de Jr Sisk quand le patron n’est pas là? Ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire un groupe de bluegrass. Leur nom est d’ailleurs tiré d’une chanson de Jr Sisk (The Man in Red Camels, enregistré à une époque où aucun d’entre eux ne faisait d’ailleurs partie du groupe). Red Camel Collective a une base solide puisque Tony (banjo) et Heather Mabe (guitare) jouent ensemble depuis 2011 et avaient leur propre formation avant de devenir les accompagnateurs de Sisk il y a six ans avec Jonathan Dillon (mandoline) - aux côtés de Sisk depuis plus de dix ans - et le contrebassiste Curt Love. Le premier titre, Roll on Mississipi est une version bluegrass et accélérée d’une chanson de Charlie Pride qui nous embarque immédiatement avec sa jolie mélodie, son tempo rapide, l’interprétation splendide de Heather Mabe et les interventions des épatants Tony Mabe et Jonathan Dillon, épaulés par les guests Gaven Largent (dobro) et Stephen Burwell (fiddle). La qualité ne faiblit pas avec cinq très bonnes compositions de Heather, le countrygrass In Spite of Me, la douce mélodie de Daughter of the Stars où le chant de Heather fait penser à Amanda Smith, son interprétation sensible de la ballade All I Need, le tempo d’enfer de Dare to Dream (avec Tony Mabe et Burwell à l’abordage) et le magnifique et plus moderne Sincerity où la voix de Heather mêle douceur et énergie, joliment soulignée par le dobro de Jeff Partin. Le niveau baisse un peu quand Jonathan Dillon reprend un titre de Emerson & Goble (Leaving You and Mobile Too – ce qui évite d’y rester collé) mais remonte instantanément quand Tony interprète superbement Night Coach Out of Dallas (Faron Young) avec une voix de baryton et un phrasé qui font immanquablement penser à Johnny Cash. Heather Mabe ne chante pas que ses compositions. Halfway Down, un blues de Jim Lauderdale n’est pas la chanson qui lui convient le mieux, mais ce premier excellent album s’achève en apothéose avec une autre reprise, Last Time I Saw Him (déjà enregistré par des chanteuses aussi différentes que Dottie West et Diana Ross). Heather alterne le lead avec Suzanne Cox et Sharon White. Les refrains en trio sont dignes des plus belles harmonies des Ronettes ou des Shirelles. Cet album est entré directement à la première place des charts de Bluegrass Unlimited en avril dernier (il y est resté en mai et juin devant Alison Krauss & Union Station) et c’est amplement justifié.


 

 

Joe MULLINS & the RADIO RAMBLERS

"Thankful and Blessed"

  Le répertoire de Joe Mullins & the Radio Ramblers semble s’orienter de plus en plus vers le gospel. Comme Somewhere Beyond the Blue en 2021 (Le Cri du Coyote 170), l’album Thankful and Blessed est entièrement gospel, et plusieurs chansons de Let Time Ride, l’album paru entre temps (Bluegrass & C° juillet 2023), l’étaient aussi. Le groupe a un vrai savoir-faire, tant vocal qu’instrumental, pour ce style de musique mais Thankful and Blessed manque cependant d’originalité pour le répertoire comme pour les arrangements. Le titre qui ressort est une composition de Rick Lang, le swing Even Better When You Listen interprété par Chris Davis (mandoline) qui a une jolie voix claire, et mené par la contrebasse en walking de Zach Collier. There’s a New World a Waiting de Randall Hylton est chanté en quartet a cappella. Bien fait mais pas vraiment excitant, tout comme les autres refrains harmonisés à quatre voix. Il y a une bonne énergie dans One Breath Away, Journey On et No Stone Unturned. On note un bon solo de banjo de Mullins dans He Sees the Little Sparrow chanté par Adam McIntosh (guitare). He Set Me Free est une chanson plutôt quelconque mais elle a inspiré le fiddler Jason Barie. Un album court (10 chansons, moins de 28 minutes) qui plaira aux amateurs de gospel mais ne fera pas date dans la discographie de Joe Mullins & the Radio Ramblers. 


 

 

The SELDOM SCENE

"Remains To Be Scene" 

Le banjoïste Ben Eldridge, dernier des membres fondateurs à avoir quitté the Seldom Scene (en 2016) est décédé il y a un an, en ayant eu le temps d’écrire les notes du livret de Remains To Be Scene. Cela pourrait apparaître symboliquement comme le dernier lien entre la formation originelle (le groupe est né en 1971) et le Seldom Scene d’aujourd’hui, mais il faut se méfier des symboles et les membres actuels (pour la plupart présents depuis quand même trente ans!) réussissent au fil des disques à conserver l’esprit du groupe, tant pour les arrangements (importance du dobro de Fred Travers) que du répertoire. Comme d’habitude avec Seldom Scene, on retrouve des chansons issues d’autres genres musicaux, Last of the Steam Powered Trains des Kinks chanté par Lou Reid et A Good Man Like Me Ain’t Got No Business (Singin’ the Blues) de Jim Croce, interprété par Dudley Connell. Ce dernier chante aussi Farewell Angelina de Dylan dans une version que je préfère à celle – trop lente – de Tim O’Brien. Une autre chanson de Bob Dylan – Walkin’ Down the Line – fait le lien avec le répertoire bluegrass puisque the Seldom Scene reprend l’arrangement des Country Gentlemen. Les chansons bluegrass puisent dans le répertoire de Flatt & Scruggs (Hard Travellin’ de Woody Guthrie chanté par Ron Stewart), Don Reno (I Could Cry), Benny Martin (le swinguant The Story of My Life très bien chanté par Connell) et … Seldom Scene puisque Lou Reid reprend (superbement) White Line que le groupe avait enregistré sur l’album Live at Cellar Door du temps de John Starling. L’esprit de John Duffey plane sur les ballades Man at the Crossroads et Lonesome Day qui lui auraient parfaitement convenu. Elles sont ici chantées par Travers, soutenu par de jolies harmonies vocales (une des qualités historiques du groupe). Le gospel Show Me the Way to Go Home avec un refrain chanté à quatre voix complète ce répertoire typique. Remains To Be Scene n’est peut-être pas à la hauteur des premiers albums du groupe ou de Scenechronized et Scene It All mais il perpétue joliment la tradition du son Seldom Scene.


 

 

WATSON BRIDGE

"En Concert Setlist 1" 

Depuis dix ans, le duo Watson Bridge (les chanteurs et guitaristes Isabelle Groll et Jean-Paul Delon), enregistrent la plupart de leurs concerts. Ils ont décidé de nous en offrir les meilleurs extraits, en commençant chronologiquement par 15 titres datant de 2016 à 2019 qui constituent cette première livraison (ils annoncent plus de 50 morceaux, ce qui devrait remplir 3 ou 4 volumes). Il n’y a ici aucun doublon avec leur album studio Orion paru en 2020. C’est tout juste si on retrouve deux songwriters communs parmi les crédits, le quasi inévitable Bob Dylan (One More Cup of Coffee) et Sarah Jarosz (Run Away) – une vraie affirmation de leur identité pour le coup. Watson Bridge a les influences les plus variées, du bluegrass dans toute sa diversité (Bill Monroe, Del McCoury, Alison Krauss) au jazz (Chick Corea) en passant par le folk (Ralph McTell), le swing (Daddy’s Gone to Knoxville de Mark Knopfler), la variété pop anglaise (Katie Melua), la musique tsigane (l’instrumental Hora Lui Buica), la country (Hank Williams, Rodney Crowell), l’americana (Gillian Welch) et les songwriters US (Darrell Scott). Il y a une poignée de titres avec un ou deux musiciens supplémentaires (Dorian Ricaux ou Christophe Constantin – mandoline; Stan Pierrel - guitare électrique; Jean-Marc Delon – banjo). Sinon, c’est deux voix / deux guitares. Jean-Paul a juste rajouté une discrète contrebasse en studio (sauf dans The Lucky One où Hubert Dubois joue dans l’enregistrement public). Si la plupart des titres sont connus, Watson Bridge en donne toujours des versions personnelles, grâce au duo vocal (Lovesick Blues, The Streets of London), aux arrangements de guitares (joli fingerpicking pour The Lucky One et Daddy’s Gone to Knoxville, solos en flatpicking pour River Take Me et I Feel the Blues Movin’ In). Ils réinventent aussi les morceaux en accélérant le tempo (Run Away, The Way It Goes et Tear My Stillhouse Down), en mariant Dylan et flamenco ou en chaloupant le rythme d’un vieux standard bluegrass (On and On). 


 

 

Shelby MEANS

Cri du 💚  

 

Dans d’autres genres musicaux, une jeune femme comme Shelby Means aurait certainement pu compter sur son physique pour accéder rapidement à la notoriété. Mais voilà, Shelby aime le bluegrass – un milieu musical où aucune chanteuse connue ne ressemble à un mannequin - et elle a patiemment attendu le bon moment pour enregistrer son premier album solo, faisant son apprentissage comme bassiste de Della Mae puis de Molly Tuttle & Golden Highway, tout en se produisant parallèlement avec son mari Joel Timmons (le duo Sally & George – on les a vus aussi à Bluegrass in La Roche en 2019 avec le quartet Lover’s Leap). Ceux qui déplorent l’arrêt de Molly Tuttle & Golden Highway en plein succès (Molly a complètement changé de genre musical, ce qui ne surprendra que ceux qui ont oublié que ses deux premiers disques solo n’avaient rien de bluegrass) pourront largement se consoler à l’écoute de Streets of Boulder, le premier titre de l’album de Shelby qui sonne comme du plus pur Golden Highway. Guère étonnant car les harmonies sont chantées par Molly et Kyle Tuttle. Shelby était la principale partenaire vocale de Molly dans Golden Highway et elle a une large palette qui lui permet de sonner comme Molly quand elle en a envie. Les harmonies vocales sont pour une bonne part dans la réussite de ce disque. Certains partenaires sont célèbres (Tim O’Brien dans Up on the Mountain, Billy Strings, assez discret mais parfait dans Suitcase Blues). Les chœurs de Rachel Baiman et Kelsey Waldron font toute la saveur de Farm Girl. Joel Timmons (le mari) et Maya de Vitry (la productrice de l’album) chantent dans la moitié des titres. A part Jacob Means, le frère de Shelby qui partage les interventions à la mandoline avec Sam Bush et se révèle excellent (solo dans Streets of Boulder), tous les musiciens sont des pointures: Bryan Sutton (guitare), Ron Block (banjo), Jerry Douglas (dobro), Brownyn Keith-Hynes, Michael Cleveland et Billy Contreras (fiddle) – Shelby est évidemment à la contrebasse. Parmi les titres bluegrass, Calamity Jane et Five String Wake Up ont un petit côté honky tonk. L’excellent Wild Tiger Rag est percutant, avec une énergie rock. Le dobro domine les ballades (High Plains Wyoming). Le seul titre dispensable est une reprise de Old, Old Home de George Jones. Bien joué et chanté mais manquant d’originalité pour une chanson trop souvent entendue. L’autre reprise (Shelby a écrit ou coécrit onze des treize chansons) fait partie des titres plus modernes. Il s’agit de Million Reasons de Lady Gaga, très bien adapté aux instruments bluegrass et chanté, avec les harmonies de Timmons et de Vitry. Fisherman’s Daughter est une jolie ballade assez folk. Il y a un excellent solo de Billy Contreras dans Elephant at the Zoo, une composition jazzy. L’album s’achève très joliment par Joy, autre très jolie ballade avec, encore une fois, des contributions décisives de Timmons, de Vitry et Jerry Douglas. Avec ce premier album, Shelby Means réussit tout: elle écrit de jolies mélodies, elle sait s’entourer des meilleurs musiciens et elle a des qualités d’interprète tant pour les titres rythmés que pour les ballades qu’on ne soupçonnait pas dans son rôle d’accompagnatrice dans Della Mae et Golden Highway. Une talentueuse artiste jusqu’ici dans l’ombre et qui prend très bien la lumière.


 

jeudi 9 octobre 2014

En 2014, l'herbe est toujours bleue...



Mon amour du bluegrass est né dans les années 1970, alors que j'avais une vingtaine d'années. Les Byrds m'ont mené aux Kentucky Colonels grâce à Clarence White ou aux Dillards par l'entremise de Gene Clark. Les Flying Burrito Brothers m'ont conduit à Country Gazette. Et puis il y a eu Emmylou Harris, avec Ricky Skaggs dans son Hot Band, qui m'a permis de découvrir Boone Creek, J.D. Crowe & The New South et, partant de là, des musiciens du calibre de Tony Rice et Doyle Lawson. Le titre "Satan's Jewel Crown" sur "Elite Hotel" m'a révélé John Starling et le Seldom Scene, le groupe qui représente le mieux le bluegrass que j'aime. Je n'oublierai pas, bien sûr, le rôle fondateur du Nitty Gritty Dirt Band avec le monumental "Will The Circle Be Unbroken". À partir de là, la machine à remonter le temps s'est mise en marche et m'a permis (me permet encore) de découvrir les trésors de cette musique. Certains de mes héros de l'époque sont toujours actifs et performants aujourd'hui comme en témoignent quelques disques parus ces derniers mois.



  1- Saro Jane (Lester Flatt / Earl Scruggs)
  2- I'd rather be alone (Tom James / Tony Lee / Jim West)
  3- Pike county breakdown (Rupert Jones)
  4- If I lose (Ralph Stanley)
  5- Sally Ann (public domain)
  6- Cry, cry darling (J.D. Miller / Jimmy Newman)
  7- Powder creek (Roland White / Clarence White)
  8- Loose talk Freddie Heart)
  9- Soldier's joy (public domain)
10- Blue night (Kirk McGee)
11- Hot flash on the highway (Roland White)
12- High on a mountain (Olla Belle Reed)
13- On my way back to the old home (Charlie Monroe)

Roland White, le frère de Clarence, mandoliniste et chanteur des Kentucky Colonels puis de Country Gazette (et de bien d'autres formations) est désormais à la tête du Roland White Band dont l'album "Straight-Ahead Bluegrass" vient de faire l'objet d'une chronique dans Le Cri du Coyote (#142). Je citerai simplement la conclusion «… on reste épaté par la fraîcheur et la joie de vivre qui se dégagent de l'album, aussi bien dans les instrumentaux ("Pike County Breakdown", "Soldier's Joy") que dans les morceaux chantés ("I'd Rather Be Alone", "Loose Talk, High On A Mountain"). Aux côtés de Roland et de sa mandoline on trouve deux autres membres fondateurs du groupe, Diane Bouska, guitariste et épouse de Roland avec qui elle partage les voix lead, et Richard Bailey au banjo. S'y ajoutent Jon Weisberger à la basse et aux harmonies et Brian Christianson (un nom à retenir) au violon et aux harmonies. "Straight-Ahead Bluegrass" est un disque porté par une passion partagée, un moment de rare et pur bonheur pour l'auditeur». Pour en savoir plus: Le Cri du Coyote – BP 48 – 26170 BUIS LES BARONNIES – cricoyote@orange.fr


  1- California cottonfields (Dallas Frazier / Earl Montgomery)
  2- Wait a minute (Herb Pedersen)
  3- What am I doing hangin' 'round (Michael Martin Murphey / Owen Castleman)
  4- Hickory wind (Gram Parsons / Bob Buchanan)
  5- I'll be no stranger there (John Alcorn / Lonnie Combs / A.B. Sebren)
  6- Walk through this world with me (Sandra Seamons / Kay Savage)
  7- Big train (From Memphis) (John Fogerty)
  8- With body and soul (Virginia Stauffer)
  9- Paradise (John Prine)
10- It's all over now, Baby Blue (Bob Dylan)
11- Mean mother blues (John Starling)
12- My better years (Hazel Dickens)
13- Little Georgia Rose (Bill Monroe)
14- Like I used to do (Pat Alger / Tim O'Brien)
15- Through the bottom of the glass (Paul Craft)
16- Lorena (Henry D.L. Webster / Joseph Philbrick Webster)



Je n'ai pas chroniqué, mais j'aurais aimé le faire, "Long Time … Seldom Scene", le dernier album du groupe de Chicago fondé au début des seventies par John Duffey, John Starling, Mike Auldridge, Tom Gray et Ben Eldridge. Seul ce dernier fait encore partie du groupe avec son banjo. John Duffey et Mike Auldridge ont quitté ce monde, bien trop tôt. Les autres membres actuels s'appellent Dudley Connell (guitare et voix), Fred Travers (dobro et voix), Lou Reid (mandoline et voix) et Ronnie Simpkins (basse et voix basse). Cette formation était déjà la même en 1996 pour l'album "Dream Scene" à l'exception de Lou Reid Pyrtle qui a remplacé John Duffey après sa mort à 62 ans, en décembre de cette même année (Lou Reid avait déjà officié en qualité de guitariste de Seldom Scene de 1998 à 1992). L'album est une sorte de flashback pour le groupe qui reprend des titres déjà enregistrés dans le passé, lorsque les voix des deux John constituaient la marque de fabrique du groupe. Les esprits chagrins diront qu'ils ne s'agit plus aujourd'hui du véritable Seldom Scene, oubliant un peu vite qu'il en va ainsi de la plupart des formations de bluegrass qui évoluent au fil du temps pour ne garder qu'un seul membre (J.D. Crowe, Doyle Lawson, Charlie Waller) voire même seulement le nom (Lonesome River Band). Les groupes de bluegrass sont constitués de "body & soul" et, depuis toujours, survivent au départ (ou à la mort) de membres importants dont ils préservent l'esprit. La chanson intitulée précisément "With Body And Soul" en est ici la meilleure illustration, tellement elle portait la griffe de Duffey dans la version enregistrée pour "Act 1", en 1972. On est presque surpris de se rendre compte que la nouvelle mouture, avec John Starling et Emmylou Harris mais aussi Tom Gray en invités, fonctionne aussi bien et on ne pense pas à la comparer avec l'original. On écoute et on savoure. On ne pense pas non plus à Gram Parsons quand la voix d'Emmylou Harris s'élève près de celle de Dudley Connell pour un "Hickory Wind" tout en sensibilité. La vérité est que l'on a affaire à des musiciens et vocalistes de grand talent, qui revisitent un répertoire de qualité, y apportant leur touche personnelle et actuelle. Le traitement de titres comme "Big Train (From Memphis)" de John Fogerty, "Paradise" de John Prine ou "It's All Over Now Baby Blue" de Bob Dylan est particulièrement remarquable mais je pourrais en dire autant de chacune des chansons. Je ne sais pas si l'album a des points faibles, je n'ai en tout cas aucune envie d'en trouver. En revanche, je citerai deux autres points forts: l'enregistrement, d'une grande fraicheur, manifestement effectué essentiellement dans des conditions "live", et le livret de 36 pages, superbement documenté et digne de Smithsonian Folkways. À la création du groupe, semi-professionnel, John Duffey avait dit: "N'essayons pas de devenir riche en faisant ceci, gardons nos jobs de jour. Amusons-nous, tout simplement". Le message a survécu à John et à l'épreuve du temps.


  1- Coming soon (Gene Johnson / Val Johnson)
  2- It's done (Randy Swift)
  3- Thank you dear God (George Steve Watts)
  4- Get on board (arrangement Doyle Lawson)
  5- He made the tree (Tom Botkin / Donnie Skaggs)
  6- Lead me to that fountain (George Steve Watts)
  7- He's in control (George Steve Watts)
  8- Will you go? (Steve Watts / Doyle Lawson)
  9- O far country (Tami Pockstaller)
10- Climbing upward (George Steve Watts)
11- I sailed back (Luther G. Presley)



Doyle Lawson, je l'avais découvert aux côtés de J.D. Crowe au sein des Kentucky Mountain Boys. Il a fondé Quicksilver en 1979 et "Open Open Carefully, Message Inside" est le trente-sixième album publié par le groupe, le vingtième d'inspiration religieuse. Je ne ferai pas le compte des musiciens et chanteurs qui se sont succédés au sein de Quicksilver mais, à l'image de son confrère bluesman britannique John Mayall avec ses Bluesbreakers, Doyle a toujours su dénicher les talents qui se sont ensuite épanouis après avoir quitté son aile protectrice (mais rigoureuse). La formation actuelle ne fait pas exception. Josh Swift est au dobro et à la guitare, Jason Barrie aux violons, Joe Dean au banjo et à la guitare, Dustin Pyrtle à la guitare, Eli Johnston à la basse (et, bien sûr, Doyle Lawson à la mandoline) et tout ce beau monde chante et harmonise à qui mieux mieux, parfois tous ensemble comme dans le titre a cappella "Get On Board" qui donne des frissons. Mis à part le constat du talent du groupe et de ceux qui le composent, le disque n'apporte rien de nouveau (ce qui n'est pas surprenant puisque son objectif est de transmettre le flambeau d'une tradition) et énervera sans doute ceux que le gospel bluegrass irrite (j'en connais) mais, dans le genre, il est difficile de faire mieux. Doyle Lawson nous conseille néanmoins d'être attentifs aux paroles car le titre de l'album n'est pas anodin. Les chansons ont été choisies (aussi) pour les messages qu'elles transmettent.




  1- My walking shoes (Jimmy Martin / Paul Williams)
  2- Blue memories (James O'Gwynn / Paul Williams)
  3- Do you live what you preach (Chrlie Louvin / Ira Louvin)
  4- The hills of Roane County (arranged by Paul Williams)
  5- Don't laugh (Rebe Gosdin)
  6- Little angel in Heaven (Jimmy Martin / Paul Williams)
  7- Standing tall and tough (Paul Humphrey)
  8- Insured beyond the grave (Ira Louvin / Charlie Louvin)
  9- Fraulein (Lawton Williams)
10- Pretending I don't care (Jimmy Martin / Paul Williams)
11- Once a day (Bill Anderson)
12- Those gone and left me blues (Johnny Bond / Jimmy Wakely)

On retrouve Doyle Lawson (cette fois armé d'une guitare) aux côtés de J.D. Crowe et son banjo inimitable et de Paul Williams à la mandoline. Pour leur deuxième album en trio, "Standing Tall And Tough", Crowe, Lawson & Williams reçoivent l'apport instrumental de deux membres de Quicksilver (Josh Swift et Jason Barrie) et du contrebassiste de Balsam Range, Tim Surrett. Pour leur premier album, "Old Friends Get Together", les trois anciens sidemen de Jimmy Martin au sein des Sunny Mountain Boys avaient puisé dans le répertoire de leur ancien mentor, revisitant des titres qu'ils avaient enregistrés avec lui. Si l'on retrouve sur ce deuxième album trois titres coécrits par Jimmy Martin et Paul Williams (dont l'inusable "My Walking Shoes"), les trois jeunes gens (Doyle, le benjamin du groupe n'a que 70 ans) ont diversifié leurs sources d'inspiration, rendant hommages à d'autres artistes qu'ils admirent comme les Louvin Brothers ("Do You Live What You Preach", "Don't Laugh" et "Insured Beyond The Grave"), Bill Anderson ("Once A Day") ou Johnny Bond et Jimmy Wakely ("Those Gone And Left Me Blues"). Et puis il y a les titres les plus connus (The Hills Of Roane County" et "Fraulein") qui trouvent ici une nouvelle jeunesse. Que ne l'on s'y trompe pas, si Doyle Lawson est le seul du trio à continuer à se produire régulièrement sur scène, les trois hommes sont au sommet de leur art et n'ont rien perdu de leur talent ni de leur amour de la musique. Et puisque je parle de talent, celui de Josh Swift à la "resophonic guitar" est ici confirmé de façon éclatante.