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lundi 24 août 2026

Avenue Country, par Jacques Dufour

 

Alex MILLER

"More Country Than You"

Jeune et doué. Vous me direz, c’est assez commun aux États-Unis. Mais en ce qui nous concerne il l’est pour la pratique de la country music traditionnelle. Il fait partie de cette bande de jeunots gardiens des traditions. Des valeurs qui s’étaient évaporées à Nashville dans les années 2000 sous la pression de la country/pop. Alors on accueille avec plaisir cette jeunesse qui se réclame de George Jones et de Merle Haggard plutôt que de Morgan Wallen. Les Jake Worthington, Zach Top, Jesse Daniel, Wynn Williams ou… Alex Miller. Notre natif du Kentucky, vingt-et-un ans, est très prolifique puisqu’il a réalisé quatre albums en cinq ans. Sur chacun se succèdent honky tonk et western swing. Pas besoin de rentrer dans les détails, Alex est une valeur sûre de la country authentique. Sur cette nouvelle galette il nous gratifie de deux duos, l’un avec la jeune Emilie Ann Roberts et l’autre avec le vétéran Tracy Byrd.


 

 

Candace HASTINGS

"Soft Place To Land" 

It's Too Damn Hot est le meilleur western swing que j’ai entendu depuis le début de l‘année. Pedal steel et fiddle s’en donnent à cœur joie. Mais à l’exception d’un shuffle léger, Loving Cowboys, qui bénéficie d’un piano assez jazzy, les six autres titres s’adressent à un public différent amateur de country-folk acoustique. Voici une chanteuse tout indiquée pour une soirée dans un bar et pour une ambiance intime et chaleureuse. 


 

Dale WATSON

"Unwanted" 

Quand on écoute des extraits des nouveaux albums de Jo Dee Messina ou Keith Urban on est ravi de constater que nous avons des artistes authentiques tels que Dale Watson pour raviver la flamme des néo-traditionalistes. Un courant qui a failli s’éteindre au début du vingt-et-unième siècle. Dale est la figure de proue de ce nouveau mouvement où s’illustrent de nombreux jeunes dont Alex Miller dont on parle par ailleurs. Dale Watson est foncièrement country, mais pas que. Bien sûr nous avons ici de bonnes chansons classiquement country, du honky tonk et un duo avec sa copine dans la grande tradition Loretta Lynn / Conway Twitty. Dale nous propose aussi deux ballades inspirées des années 60 que n’aurait pas reniées Elvis. Un zeste de Tony Joe White et une touche de R'nBb complètent le menu qui ouvre sur un country-rock hommage à ses pairs Willie, Waylon and Whiskey. Difficile de faire plus country. Douze titres. Aucun déchet.


 

 

Emily NENNI

"Movin' Shoes" 

Voici déjà le quatrième album sur à peine cinq années pour cette jeune Californienne dont la couleur musicale emprunte autant à l‘americana qu’à la country classique. Elle fait partie de la jeune vague actuelle qui com-prend entre autres Rachel Brooke, Britt Taylor, India Ramey, Meghan Patrick, Kimmi Bitter, Gena Paulette, Emily Ann Roberts et encore d’autres. Elles illustrent une country souvent innovante et néanmoins traditionnelle. J’ai découvert Emily sur ses deux albums précédents sur lesquels ballades, country-rock, honky tonks ou titres plus alternatifs se côtoyaient joyeusement. Ce quatrième opus hélas n’est pas le meilleur de la série et il manque cruellement de diversité. L’aspect alternatif prédomine ainsi que les tempos lents ou modérés. Country-rock et honky tonks sont laissés aux oubliettes. Emily semble parfois s’ennuyer, et nous aussi. 


 

 

Katie Beth MIHM

"Hot Pink Cadillac" 

Un EP quatre titres cela nous renvoie à l’époque bénie où nous achetions surtout des 45 tours, moins chers à l’achat que les 33 tours pour notre modeste argent de poche. Que dire sur Kate Beth Mihm? Que son vocal, certes agréable, est semblable à des centaines d’autres et que sa country assez standard manque totalement d’originalité et de dynamisme. 

 

The LOVESICK DRIFTERS

"Hurtin' Like Hank" 

Au visu de la photo de pochette on pense avoir affaire à l’un de ces multiples groupes constitués de musiciens entourant une chanteuse. Que nenni. La fille est derrière, à la batterie. Le vocal est assuré par Garett Newton et la formation dispose d’un violoniste et d’une pedal steel guitare. C’est toujours un bon indice. Ensuite la lecture du répertoire nous surprend par le fait que le prénom Hank apparait sur trois des huit titres. Le clin d’œil à un certain Williams est flagrant à l’écoute. En fait ils ont un show entièrement dédié aux chansons de Hank Williams à la demande. La musique des Lovesick Drifters est celle que l’on pouvait entendre au Grand Ole Opry dans les années 50. Un disque qui fait du bien mais qui s’adresse à tous ceux qui pensent que la vraie country s’est arrêtée après Ernest Tubb, Lefty Frizzell ou… Hank Williams. 


 

 

Michelle BIRKBALLE

"2026" 

Je ne connaissais pas cette chanteuse au nom imprononçable. Et pour cause, elle est Danoise. Difficilement classifiable, j’ai apprécié l’éclectisme de son album qui ouvre sur de la country assez proche de la variété et qui nous assène brusquement un titre qui semble inspiré des Stones période Miss You. Suivent deux chansons plutôt pop avant de repiquer au rythme carrément rock and roll / swing avec Come What May. Excellent autant vocalement que musicalement. Le titre qui suit, Highway, est un country/rock tout aussi bon. Imaginez un croisement entre Bonnie Tyler, Lulu et Gretchen Wilson, et vous n’êtes pas loin de définir cette artiste venue du nord.


 

 

Pharis & Jason ROMERO

"These Are The Days"

 J’ignore totalement quel est l’impact de la musique folk en 2026. Le terme "folk" qui a eu sa période de gloire dans les années 60 et 70, ou même "country-folk", a été dilué ces dernières années dans l’appellation fourre-tout bien commode "americana". Pharis & Jason Romero ne constituent pas un duo car seule Pharis chante. Son vocal pur et clair pourrait la positionner en digne héritière des Joni Mitchell ou Judy Collins mais je ne suis pas assez compétent dans ce registre musical pour réellement établir une comparaison. Les douze titres acoustiques sont assez agréables et l’on peut apprécier le violon qui les accompagne. Une réalisation canadienne. 


 

 

Rachel BROOKE

"This One’s For You" 

J’ai connu cette jeune chanteuse originaire du Michigan avec son album précédent paru en 2020. Certainement son premier. Les titres lents prédominaient sur la douzaine de chansons mais il se trouvait néanmoins un unique honky tonk qui avait donné son titre à l’album, The Loneliness In Me. La revoici six années plus tard. La miss se complaît dans les rythmes nonchalants mais bien appuyés par la pedal steel guitare. Comme sur son œuvre précédente le meilleur titre est celui qui donne son nom à l’album. De la country classique à l’ancienne avec un soupçon de yodel. Excellent. Le reste est assez moyen avec deux chansons à demi parlées et de la country plutôt tranquille.


 

 

Scott Sean WHITE

"Days Are long" 

Un Texan en chasse un autre. On en découvre tous les jours. Normal, l’état est immense et la moindre bourgade est dotée d’un bar à musique "live". Scott Sean White a grandi à Kerville, une ville célèbre pour son festival légendaire organisé depuis les années 70. Folk à l’origine il est totalement représentatif de l’americana à l’heure actuelle avec parmi les dizaines d’invités de chaque édition la présence cette année de Joshua Ray Walker et Brandy Clark pour la partie country. White pour sa part ne présente pas une musique propre à faire trembler les murs des honky tonks le vendredi soir. Il nous propose essentiellement des ballades à écouter en petit comité à la veillée. 


 

mardi 30 juillet 2024

Avenue Country par Jacques Dufour

 

Lorrie MORGAN 

"Dead Girl Walking" 

Je suis particulièrement déçu par ce nouvel album de Lorrie Morgan, attendu depuis plusieurs années: neuf ballades ou slow précédés d’une country/pop en ouverture. Le seul titre vraiment country et avec pedal steel guitare est le slow What Will I Do composé par Mickey Newbury. Le reste est du domaine de la variété avec une reprise du classique soul de Sam Cooke, You Send Me, hors-sujet. On peut se poser la question: pourquoi les ex-stars des années 90 mettent si longtemps pour nous concocter des albums bien en-dessous du niveau de ce qu’elles faisaient avant? Pour ce qui est de Lorrie Morgan on ne peut que souhaiter une nouvelle association avec Pam Tillis pour un futur album qui soit cette fois du domaine de la country. 

 

NICOLETTE & The NOBODIES

"The Long Way" 

Origine atypique pour cette chanteuse puisqu’elle est la fille de Vietnamiens immigrés au Canada, en Ontario, après la guerre qui a ravagé le pays. Sur le continent américain Nicolette Huang a découvert Hank Williams, Loretta Lynn, Glen Campbell et George Jones. Mais c’est un aspect nettement plus rock de ses influences qu’elle nous dévoile avec ce premier album paru sous le nom de Nicolette et les Nobodies. Aucune trace de Loretta Lynn ou de Hank Williams dans les huit titres que nous offre la chanteuse. Le rapport avec la country music est même assez lointain. Deux titres seulement peuvent être rangés dans cette catégorie. Je retiendrai aussi deux slows et deux rock qui peuvent mériter le qualificatif de "and roll". 

 

The MAVERICKS 

"Moon & Stars" 

La pochette du tout nouvel album des Mavericks n’est guère alléchante mais on l’oublie pour se laisser séduire par le vocal si particulier et enjôleur de Raoul Malo. Quels que soient les tempos la musique des Mavericks offre toujours ce parfum d’exotisme ancré dans les origines latino du groupe. Le terme americana nous arrange bien pour qualifier la musique inclassable de ce quartet que l’on n’écouterait probablement pas s’il n’y avait son leader emblématique. Quelques titres se rapprochent un peu du mémorable All You Ever Do Is Bring Me Down mais le reste est un peu routine. Les amateurs de cuivres et trompettes ne seront pas déçus. 

 

Emily NENNI

"Drive & Cry" 

Cette nouvelle venue ô combien séduisante (oui, j’ai un petit faible!) vient de sortir deux albums en très peu de temps. Elle est originaire de la baie de San Francisco. Son vocal acidulé de petite fille (vous vous rappelez la France Gall des années 60?) est selon celui ou celle qui l’écoute soit énervant, soit accrocheur et émoustillant. L’éventail de rythmes est assez large passant de la ballade aux tempos rapides avec le soutien majoritaire du piano et de la pedal steel guitare. Pour moi le ramage correspond au plumage. 

 


 

 

RI WOLF

"Randall County Reverb" 

Ce chanteur nous propose neuf titres originaux, tous signés par un certain Darren Flowers (son patronyme véritable). Ses chansons auraient très bien convenu au regretté Don Williams. En effet il nous est offert ici de la country paisible, acoustique, parfois un peu monotone, mais soutenue par le violon et la pedal steel guitare. Certes il ne fera pas taper les bottes dans un honky tonk enfumé mais pour une soirée entre amis dans un bar cosy, pourquoi pas? 

 

Cody JINKS

"Change The Game" 

Cody Jinks est un artiste majeur de la scène texane avec une demi-douzaine d’albums à son actif. Il possède une voix puissante qui convient très bien aux nombreuses ballades que contient ce nouvel album. Les titres aux tempos plus relevés illustrent le sous-style texan du red dirt qui est une sorte de country proche du rock. C’est parfait pour chauffer l’ambiance en fin de semaine au honky tonk local. 

 


 

 

WESTERN EDITION

"Honky Tonk World" 

Western Edition est une formation country classique dont le vocal est assuré par une chanteuse dont la voix bien que correcte, n’a rien d’exceptionnel. Les douze titres, tous des originaux, présentent des tempos moyens, c’est-à-dire sans ballades ni morceaux rapides. L’atout majeur de cet orchestre de sept musiciens de l’Oregon est l’utilisation sans retenue du violon et de la pedal steel guitare. Sans nul doute voici un bon groupe pour animer une soirée sympa dans un honky tonk de l’ouest. 

 

Jay GAVIN

"Road Ready" 

Une découverte intéressante que celle de cet auteur/compositeur Canadien débarqué de l’île du Prince Edward. Il a grandi dans un petit village de pêcheurs, ceci dit pour l’anecdote. Son vocal est joyeusement enrayé et attachant et sa musique est loin d’être monotone avec des rythmes variés évoquant tantôt Johnny Cash et tantôt le conteur Tom Russell. Selon les titres Jay Gavin fait appel au violon, au dobro, à la steel guitare et à l’accordéon. Pas de rejet parmi les dix titres. 

 


 

 

Stella PRINCE

"Dear Future Me" 

Dans la musique country on ne compte plus les chanteuses ayant démarré leur carrière en étant encore adolescentes. Les plus célèbres d’entre elles se nomment Tanya Tucker et LeAnn Rimes. Elles furent bien sûr précédées par Brenda Lee, mais celle-ci était une chanteuse de rock à l’époque. Si des jeunes lisent cette rubrique (?!) j’irai jusqu’à citer Taylor Swift qui a commencé par la country à l’âge de seize ans. La rédaction du Cri me fait connaître la dernière en date de ces demoiselles, Stella Prince. Originaire de New York elle s’est déjà installée à Nashville à l’âge de dix-sept ans. Elle nous offre un premier EP de cinq titres qui baigne dans la douceur. Sa voix est pure, douce et bien en place. Certains critiques la comparent à Joni Mitchell. Mais si Stella Prince était plutôt la nouvelle Nancy Griffith? A noter une reprise surprenante, celle du Blue Moon popularisée par Elvis en… 1956. Une chanson qui à ma connaissance n’a jamais séduit les stars de la country. Elle s’en sort fort bien. Je souhaite le meilleur pour cette jeune artiste de l’americana. 

 

MOMMA MOLASSES 

"Take Me To The Country" 

Si Momma Molasses pratiquait la boxe elle figurerait dans la catégorie des poids lourds. En effet la demoiselle présente un embonpoint plutôt rare dans un univers qui privilégie les silhouettes affinées. Il y eut pourtant des précédents: rappelez-vous de Mama Cass, sans oublier Big Mama Thornton. Mais ce qui nous intéresse en premier lieu c’est sa musique et non son tour de taille. En dépit du stetson arboré sur la photo de pochette et du titre de l’album, le style de Momma Molasses se rapproche davantage du folk avec quelques nuances bluesy. La musique est acoustique avec fiddle et guitare. Toutes les compositions sont signées Ellen Elizabeth Patrick qui est son patronyme. Avec un seul titre rapide sur onze je trouve l’ensemble un peu… mollasson (pardon!). 

 

LOST DOG STREET BAND

"Survived"

Le groupe de la rue du chien perdu (?) se situe aux confins de la country acoustique, du folk et du bluegrass. Il s’agit d’une formation acoustique dont l’instrument dominant est le violon. Le dobro arrive en second. S’y rajoute un zeste de banjo et de mandoline. Les rythmes sont assez variés sans atteindre le très rapide fréquent dans le bluegrass, et sans aborder l’instrumental (fréquent dans le bluegrass, bis). Le vocal est masculin et il appartient à l’auteur de tous les morceaux.. Donc pas de reprises, pourtant fréquentes dans le bluegrass (je me répète?). Les infos fournies nous indiquent que le violon est joué par l’épouse du chanteur (ça c’est rare dans le bluegrass…). 

 

Hannah WHITE

"Sweet Revolution" 

La voix est douce et agréable mais le style musical de la demoiselle n’a rien à voir avec la musique country. Donc cet album qui évolue dans une pop nonchalante et même éloignée de l’americana ne saurait être commenté dans cette rubrique.