vendredi 29 août 2025

Bluegrass & Co., par Dominique Fosse


 

Kristy COX

"Let It Burn" 

Les albums de l’Australienne Kristy Cox se suivent et se ressemblent, et il n’y a pas de raison de s’en plaindre. Jerry Salley est un peu moins présent dans ce disque. Il produit Let It Burn mais n’en a écrit que trois chansons (contre neuf pour Shades of Blue – cf. avril 2022). La plupart des titres sont des compositions originales de songwriters en vue (Lisa Shaffer, Pat McLaughlin, Honi Deaton, Josh Shilling). On retrouve quasiment les mêmes musiciens depuis plusieurs disques: les excellents Jason Roller (fiddle, guitare), Justin Moses (dobro, mandoline) et Aaron McDaris (banjo). Le seul nouveau venu est Jeff Partin (basse). Beaucoup de chanteuses bluegrass privilégient les ballades. Kristy Cox fait tout l’inverse avec cinq chansons à des tempos très rapides qui permettent à ses musiciens de montrer tout leur talent. Le swing This Side of Blue, Steady As The Rain de Dolly Parton (seule reprise de l’album – très bien chantée par Kristy), The Wrong Girl (avec d’excellents solos), l’énergique Let It Burn et Some Things Don’t Go Together sont toutes de belles réussites. Kristy et ses musiciens sont tout aussi à l’aise avec le countrygrass Broke Down In Georgia, la jolie ballade In My Dreams (coécrite par Kristy) et Sally Flatt qui reçoit un arrangement plus dépouillé. L’album souffre juste de l’uniformité des harmonies vocales qui apportent plus de volume que de couleurs aux refrains (Steady As The Rain excepté). Kristy Cox a donné quelques concerts en Europe au printemps dernier. Ceux qui ont pu l’entendre (même si c’était certainement avec des musiciens différents) ont eu de la chance. 

 


 

Andy STATMAN

"Bluegrass Tracks" 

Le nouvel album du mandoliniste Andy Statman n’a pas grand’ chose à voir avec le précédent, Monroe Bus, qui fut Cri du Cœur dans le Cri du Coyote n° 161. Son titre, Bluegrass Tracks, correspond bien à son contenu alors que Monroe Bus, malgré son titre cette fois, avait peu à voir avec le genre initié par le père du bluegrass: il s’agissait de compos de Statman dans lesquelles lui et Michael Cleveland donnaient libre cours à leur virtuosité, accompagnés par des claviers et une batterie. Pour Bluegrass Tracks, Statman a réuni un groupe bluegrass complet avec Bryan Sutton (guitare), Ron Stewart (banjo), Mike Bub (contrebasse) et Byron Berline (fiddle) dont c’est certainement l’un des derniers enregistrements. Le colosse de l’Oklahoma est décédé en 2021. Bluegrass Tracks comprend deux compositions de Monroe (Stoney Lonesome et Brown County Breakdown), deux traditionnels (Bile ‘Em Cabbage Down et Katy Hill) et huit compositions de Statman. On connait le goût de Statman pour l’impro. S’il en abuse dans Stoney Lonesome, c’est plutôt bien dans d’autres titres, Katy Hill et surtout Charleston Ramble, et il s’en abstient complètement dans les morceaux les plus lents (qui ne sont pas les plus intéressants). Il y a de belles interventions de tous les solistes et les duos de fiddle de Berline et Stewart font partie des meilleurs moments de cet album (Sycamore Street et Starday Hoedown en particulier). Tim O’Brien chante un couplet de Bile ‘Em Cabbage Down, Ricky Skaggs ajoute une seconde mandoline sur deux titres. Il y a un bon riff sur le blues I Wouldn’t Do It. Bluegrass Tracks est inégal mais, selon votre humeur, ce ne sont pas forcément les mêmes titres qui vous plairont à chaque écoute. 


 

 

The PO’ RAMBLIN’ BOYS

"Wanderers Like Me" 

Depuis qu’ils ont été élus "Révélation de l’année" par IBMA en 2018, les Po’ Ramblin’ Boys figurent parmi les plus en vue des jeunes groupes spécialistes du bluegrass classique (avec High Fidelity, the Kody Norris Show et Seth Mudler & Midnight Run principalement). Jereme Brown (banjo), CJ Lewandowski (mandoline) et Laura Orshaw (fiddle) jouent tous très bien, avec un son superbe, et dans le plus pur style traditionnel. Quelques solos de Josh Rinkel (guitare), moins courants dans ce contexte, s’inscrivent bien dans l’ensemble. The Po’ Ramblin’ Boys ont la chance d’avoir quatre chanteurs. Le chanteur principal est CJ Lewandowski. Une tessiture aiguë et une bonne présence rendent sa voix idéale pour ce style (Wanderers Like Me, Clouds in My Mind, The Condition of Samuel Wilder’s Will). Rinkel a un chant moins tendu, un registre un peu plus grave (The Old Santa Fe, Smokey Mountain Home). Brown est un pur tenor (Streets of Chicago). Les trois voix se complètent bien et les trios sont des modèles du genre. Ils interprètent entièrement à trois voix Lonesome Pine. J’aime moins la voix de Laura Orshaw. Elle a un style qui me semble daté. On peut considérer que c’est raccord avec la musique des Po’ Ramblin’ Boys mais je préfère nettement les titres interprétés par ses trois compagnons. Je ferai le même reproche aux Po’ Ramblin’ Boys que pour l’album précédent, Never Slow Down (avril 2022). S’il est difficile à un groupe pratiquant ce style traditionnel de montrer beaucoup d’originalité, je trouve quand même que ça manque de personnalité, d’éléments marquants. Le répertoire est pourtant en très grande partie original avec sept des dix titres signés ou cosignés par Rinkel et deux autres composés par un couple d’artistes amis (Clyde et Marie Denny), mais aucun n’a de signature particulière (Wanderers Like Me et Streets of Chicago se distinguent légèrement). La chanson qui m’apparait la plus remarquable est la seule reprise, The Condition of Samuel Wilder’s Will, un titre de Damon Black popularisé par les Osborne Brothers et qui doit beaucoup au motif de fiddle de Laura Orshaw dans la version des Po’ Ramblin’ Boys.


 

 

PITNEY MEYER

"Cherokee Pioneer" 

Un article de dix pages sur un groupe inconnu (Pitney Meyer) dans le numéro d’avril de Bluegrass Unlimited, il ne m’en a pas fallu plus, sans même vraiment lire l’article, pour commander son album. Piney Meyer est en fait un duo composé du guitariste chanteur Mo Pitney et du banjoïste John Meyer. Le temps de recevoir l’album en question, je me suis aperçu que j’avais déjà entendu Mo Pitney (bien) chanter la partie de basse du gospel Jordan dans le dernier disque de Darin & Brooke Aldridge et qu’il s’agissait d’un jeune chanteur country prometteur. De son côté, John Meyer a fait son apprentissage avec le groupe de Clay Hess et Band of Ruhks (Ronnie Bowman, Kenny Smith, Don Rigsby – pas mal !). Le moins qu’on puisse dire (écrire en l’occurrence), c’est que Cherokee Pioneer ne vaut pas dix pages d’article malgré la présence de bons musiciens (Nate Burie, mandoline; Jenee Fleenor et Ivy Phillips, fiddles). Deux titres lents sont très bien chantés par Pitney, le nostalgique White Corn Graves avec un arrangement presque réduit à la guitare et au fiddle, et Blue Water. J’aime aussi la seule reprise, Seminole Wind de John Anderson avec un bon arrangement typique du bluegrass (bon solo de Burie). Dans le même style, Trail of Tears et Banjo Picker sont agréables, même si cette dernière composition emprunte vraiment beaucoup au gospel Hot Corn, Cold Corn. Pour le reste, les harmonies vocales sur les gospels Lord Sabbath et Walk in the Way ne procurent pas de grand frisson, pas plus que la voix de Pitney sur le sentimental Old Friend. Mourning Dove, un midtempo bluesy beaucoup trop classique et je ne trouve pas les harmonies sixties de Bear Creek City réussies. Une moitié d’album sympa, ça ne valait pas plus de trois pages. 


 

 

MEAN MARY

"Woman Creature (Portrait of a Woman, Part 2)" 

Mean Mary est une artiste singulière, surtout connue comme banjoïste (c’est avec un banjo qu’elle pose le plus souvent, notamment sur la pochette de Woman Creature). C’est en fait une talentueuse multi-instrumentiste, chanteuse, auteur-compositrice et même romancière. Woman Creature doit être son dixième album. Les deux premières chansons sont sombres, voire inquiétantes, une atmosphère créée par les percussions et les chœurs dans Revenge, et par un banjo entêtant dans Woman Creature, chanson dans laquelle Mary fait rimer coyote et Don Quichotte (ce qui nous réjouit). Dans le même genre presque glauque, l’épique Murder Creek me rappelle Ode to Billie Joe. C’est une murder ballad revisitée, longue de 8 minutes, bien arrangée avec un banjo qui émerge dans une rythmique presque rock. Il y a des influences irlandaises dans l’instrumental Sweet SpringMary double fiddle et banjo 6 cordes (en duo sur une partie du morceau) et dans son chant scandé dans Oh Jane où elle joue un picking de banjo proche de ce que peut faire Jens Krüger. Mr What a Catch I Am associe rythmique caribéenne et chœurs dans le style de Johnny Clegg & Savuka. Mary passe au flamenco pour Portrait of a Woman avec encore un jeu de banjo original. Les trois autres chansons sont moins intéressantes, plus convenues, encore que le banjo et la guitare électrique s’entrecroisent habilement dans la valse Frozen Strings. Mary James (c’est le vrai nom de Mean Mary) a tout écrit ou coécrit. Elle a une large palette vocale qui lui permet d’être à l’aise dans tous les genres qu’elle aborde. Une artiste très originale qui mérite d’être découverte.


 

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