dimanche 25 octobre 2026

Disqu'Airs, par Alain Kempf & Éric Allart

 

KEB’ MO’

"The Breakdown" 

Le bluesman de Nashville revient de loin : après une opération à cœur ouvert et une séparation douloureuse avec sa compagne, il nous livre un album dépouillé, loin d’être austère. Seul avec ses guitares (parfois un harmonica) sur 8 titres (l’album en compte 10), Keb’ Mo’, à 75 ans, pose à travers ses chansons un regard apaisé mais lucide sur sa vie et le monde. Le jeu de guitare et la voix si caractéristiques de l’artiste sont à leur zénith tout au long des plages. Fussing And Fighting ouvre le programme : la chanson raconte les problèmes conjugaux passés avec un groove impeccable donné par la guitare à résonnateur National. Puis Every Step Of The Way, ballade jazzy, évoque l’apaisement et l’optimisme après les crises de la vie, au son d’une guitare à cordes nylon. Toutes les chansons sont signées ou co-signées Kevin Moore (le nom complet de Keb’), mais plusieurs d’entre elles ont déjà enregistrées dans le passé, comme Walking On The Water, sortie en 2018 et chantée par sa co-autrice Rita Coolidge. Hand It Over figurait sur un album de 1996. Sur The Breakdown, c’est l’un des deux morceaux où Keb’ Mo’ est en compagnie de choristes, en l’occurrence le Soweto Gospel Choir, et ce nouvel arrangement est somptueux. Mon titre préféré est They Don’t Make ‘Em Like They Used To qui traite de façon amusante de l’évolution de la condition féminine. On trouve une vidéo où Keb’ Mo’ le chante seul et c’est un country-blues fort savoureux. Mais sur l’album, la chanson est accompagnée par le groupe vocal Take 6. Je ne savais même pas que cette formation, qui avait connu un certain succès dans les années 80 existe encore. Ces chanteurs sont toujours aussi extraordinaires et l’association avec Keb’ Mo’ est une pure merveille. (Alain Kempf)


 

 

Various Artists

"Honky Tonk Hardwood Floor" 

(Doghouse And Bone Records)

Rares sont les compilations d’artistes sélectionnées et produites sur le sol français. C’est pourquoi il faut porter une oreille attentive à cet album de seize titres issus de l’expertise de Rodolphe Guilleux dont nous avons ici déjà chanté les vertus pour les immenses publications des oeuvres de Jimmie Widener et Tani Allen, enfin réévalués à leur juste contribution dans des formats qui n’ont rien à envier au travail encyclopédique et méthodique de l’ours de Brême. 16 titres avec une majorité de morceaux illustrant la bascule de la Country Music au tournant des années 50-60. Point de dégoulinades sucrées surproduites par le Nashville sound ici. Mais la marque de l’électrification, du durcissement parallèle aux paradigmes posés par le Rockabilly et le Bakersfield. C’est parfois rugueux, c’est avec jubilation que l’on découvre des grosses guitares avec réverbération couplées avec du fiddle archaïque. Comme grands noms l’indispensable Eddie Noack, Moon Mullican dans une production méconnue tardive, Un peu moins connus le délicat Tony Douglas avec le merveilleux Thunder And Lightning, Bill Mack connu sur ses hillbillies-bop chez Imperial et peut être les Miller Brothers, cette dernière formation de western swing ayant été à notre connaissance rarement exposée si ce n’est sur la vieille série de rééditions Bison Bop. Hormis quelques rares collectionneurs surdotés, tous les gens séduits par Johnny Horton, Grady Martin, Sanford Clark trouveront ici leur bonheur et du nouveau dans le vieux. J’ai découvert la version sensible et dépouillée de It's Nothing To Me de Loy Clingman qui à elle seule justifie de se pourvoir de la galette disponible sur Bandcamp.  (Éric Allart)


 

 

Don CAVALLI

"Sounds Of Faith And Sorrow" 

(Doghouse And Bones Records)

Don Cavalli a émergé à la fin du XXè siècle dans les milieux rockabilly comme phénomène vocal, tant son timbre évoquait Charlie Feathers. Une parfaite maitrise de l’anglais, une présence scénique rare. Mais ceux qui ont creusé un peu plus et qui ont eu la chance de rencontrer l’homme ont été à jamais marqués par l’amplitude de ses inspirations, son intégrité et sa capacité à s’approprier tout le matériel qu’il utilisait. Capable de composer et produire, au point de toucher les programmateurs de Radio France, ce qui relève de l’exploit dans nos idiomes, il nous donne ici son "tribute" aux pères fondateurs Hillbilly. On restera impressionnés par la capacité à s’approprier des standards du Bluegrass, du Hillbilly-Blues et à les habiter avec une présence intemporelle qui se rit des modes et des tendances. Quand l’écoute Don Cavalli, je suis en face des mêmes singularités qu’avec Jimmy Murphy ou Brother Claude Ely. Le gars possède cette pulsion primale, cette foi brute illuminée par le génie et la folie. J’allais évoquer Jerry Lee Lewis dans cet élan d’urgence vitale étrange, si rare dans une époque où les couches de silicium digérées par IA évacuent l’humain de la production musicale. C’est plein de guitares acoustiques, ça respire, ça conjugue musicalité et puissance comme rarement. Ce disque est beaucoup plus qu’un EP de six titres, c’est un manifeste. Un jalon. Je parie l’âme que je n’ai pas qu’on en causera encore dans un lointain futur tellement ce truc prend à la gorge. (Éric Allart)



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire