"Woody en France (chants migrants)"
CD auto-produit 2019 - 15 euros b.dautant@free.fr
Woody Guthrie avait déjà été adapté en français par Carlos, Roger Mason & Steve Waring (période Chant du Monde) et, bien sûr, Graeme Allwright. Tentatives honnêtes, plus ou moins fidèles mais toujours avec la volonté de ne pas trahir l’esprit de Woody, l’éternel trimardeur. Dans cet album, Bernard Dautant s’attaque à 11 titres du répertoire avec le désir de ne pas s’écarter du chemin tracé par Guthrie, tout en lui donnant une touche personnelle. La musique nous ramène aux USA, à l’époque des Raisins de la Colère, des orages de poussière, des chômeurs en quête du Do Re Mi et des syndicats très actifs. Une autre Amérique se profile à l’horizon… Pour cet album, les instruments retenus collent avec la musique folk des Années 50 : guitares, dulcimer, harmonica, mandole et balafon pour la touche "chants migrants". Le chanteur, qu’on imagine volontiers en salopette et casquette dans un wagon de marchandises, reprend les succès de Woody Guthrie avec conviction. Ses adaptations tiennent la route, les mélodies respectées et les textes proches des versions originales. De J’en ai bavé à La berceuse du vagabond vous vous laisserez entraîner dans cette aventure musicale originale qui donne envie de redécouvrir Woody: un gars comme tout le monde qui savait faire des chansons ! Merci à Bernard Dautant pour cet essai réussi. Puisque que le décor folk est planté, découvrez aussi sur YouTube son excellent documentaire de 2025 intitulé Mais où est donc passé Woody?
Take it Easy, but Take it. (© Alain Fournier)
The Everly Brothers
"Harmony and Storms: From Made to Love to Belles! Belles! Belles!"
L'écoute de la musique a totalement changé en quelques années avec la numérisation et l'existence de liens Internet. Laissons de côté pour l'instant les produits de l'IA qui envahis-sent les classements et téléchargements et, conséquence directe, chassent les artistes de leur esthétique propre et surtout de leurs droits. Restons-en à l'évocation de l'édition de disques (LP ou CD). Celle-ci se heurte également à une consommation qui privilégie les titres isolés plutôt que les albums établis avec un but ou un intérêt spécifique, voire un "concept" comme ce fut un temps une pratique à la mode. Dès lors, pourquoi acheter un coffret de CD, surtout quand on possède (pour les plus âgés) une bonne partie ou même l'intégralité de l'œuvre d'un artiste ou d'un groupe musical ?
L'exemple de Harmony and Storms: From Made to Love to Belles! Belles! Belles! présente une remarquable actualité de ces questions car son acquisition est séduisante si l'on est sensible à l'originalité de ses diverses justifications. Il contient un CD de 21 titres en mono (pour les puristes qui baigneront dans l'atmosphère de l'époque) avec les principaux succès des Everly Brothers, ainsi que des versions en stéréo "plus rares ou inédites" sur le CD2. Encore plus "pointu", le CD3 propose des versions alternatives et des démos, pour une immersion au cœur de la création de ces harmonies qui ont fait la gloire des frangins. Enfin, sans doute plus original et spécifique pour le public français, le 4ème CD contient des reprises interprétées par des artistes "de chez nous". Sans doute à leur sortie les versions de Sylvie Vartan ou Johnny Hallyday et autres échos de la période dite des "Yéyés" (Richard Anthony, Danny Boy, Chaussettes Noires) n'étaient-elles pas identifiées comme échos des Everly Brothers. Il n'empêche que pas mal de succès ont ainsi été diffusés sur nos radios. On a peut-être ainsi "digéré agréablement du Everly", souvent sans le savoir, dans les transistors ou sur le Teppaz des boums. Encore faut-il être conscient qu'il s'agit d'adaptations, avec des textes en français qui n'ont, le plus souvent, aucun lien avec l'original. On peut s'amuser à comparer, apprécier (ou déplorer parfois ?) selon son écoute. Avis aux curieux et aux nostalgiques.
Pour compléter les sons qu'on a souvent plaisir à (re)découvrir, le livret, copieux et documenté, est un atout majeur du coffret, car il a été rédigé par Alain Fournier, le "troisième frangin invisible" du duo. "C’était en 1958. J’avais 15 ans" dit-il d'entrée. De la découverte de Bye Bye Love à l'envie de tout savoir, tout collectionner et répandre la bonne parole (Alain est créateur et président du fan-club français depuis les origines) il a depuis des années accompagné l'évolution musicale et personnelle (avec des vies parfois bien agitées !) des deux frères. Avec Anne, ils ont souvent déterminé voyages et achats en fonction des possibilités de rencontres, sur scène et en dehors, de leurs "idoles" (version profane - pro-fan? - comme on disait dans les 60's). En plus du livret, pour les plus avides d'histoire musicale, de discographie, de petits faits et de grands événements, on peut s'engager fort utilement à la lecture de son remarquable ouvrage Deux enfants du rock, la somme sans doute la plus complète disponible en français. (© Jacques Brémond)
Editeur du coffret Harmony & Storms : https://www.rdm-video.fr/cd-musique/A002642411/harmony-and-storms-from-made-to-love-to-belles-belles-belles-the-everly-brothers.html
Editeur du livre d'Alain Fournier : www.camionblanc.com/detail-livre-the-everly-brothers-deux-enfants-du-rock-1044.php
Photos de gauche à droite:
1- Au Châtelet (1965) photo © Anne Fournier.
2- Alain et Anne encadrés par les Everly Brothers.
3- Les enfants du Rock.
Il n'avait que quelques mois de plus que son glorieux homonyme Robert, plus connu sous le nom de Bob Dylan, et il n'a pas eu la même renommée. Si Tucker Zimmerman était originaire de San Francisco, sa carrière, débutée en 1969 en Angleterre s'est poursuivie en Belgique (où il a suivi son ami Derroll Adams dont il fur un moment le pianiste, en studio et sur scène) et n'en a pas été moins riche. Des albums en solo ou en trio (Tucker Zimmerman's Nightshift Trio et Tucker Zimmerman Trio) de grande qualité ont jalonné plus d'un demi-siècle au service de la musique. Brian "Tucker" Zimmerman et son épouse Marie-Claire ont trouvé la mort dans l'incendie de leur maison, à Saint Georges sur Meuse, non loin de Liège.
J'ai souhaité présenter dans cette rubrique le tout premier album de Tucker, en dédiant cette chronique à ses amis, parmi lesquels Alain Fournier et Jean-Baptiste Willaume sont aussi les miens.
"10 Songs by Tucker Zimmerman"
Cet album a été enregistré en décembre 1968 pour paraître quelques semaines plus sur le label Regal Zonophone, produit par Tony Visconti (Monsieur Mary Hopkin, par ailleurs producteur de David Bowie qui appréciait beaucoup son collègue américain). L'album repose essentiellement sur la guitare 12 cordes de Tucker et la basse de Tony mais ce n'est pas un disque de folk. Tucker joue aussi des claviers et de l'harmonica sur quelques titres, Tony joue aussi de la guitare et même du trombone, et l'on croise Rick Wakeman (orgue), Aynsley Dunbar (batterie) ou Shawn Phillips (sitar). C'est un album à la croisée des chemins, typique de l'époque, avec des touches de blues, de psychédélisme et de rock, mais toujours plein d'une énergie juvénile. Ten Songs by Tucker Zimmerman est passé inaperçu à sa sortie et on se demande un peu pourquoi quand on entend des titres comme October Mornings, The Roadrunner, The Wind Returns Into His Night, Blue Goose ou encore A Face That Hasn't Sold Out. C'est en tout cas une excellente invitation à découvrir le reste de l'œuvre, paroles et musique, de l'artiste qui avait reçu une remarquable formation, aussi bien musicale que littéraire. Il est à noter que le disque a bénéficié en 2015 d'une réédition augmentée de sept titres dont The Red Wine et Moondog, parus à l'origine sur un single, et deux chansons en français: En mémoire de Jean Genet et Les visions de Rimbaud. (© Sam Pierre)
La vidéo ci-dessous est Burial At Sea, titre extrait du dernier album de Tucker, Dance Of Love, paru en octobre 2024.








