lundi 7 février 2022

Du côté de chez Sam

SPIKE FLYNN 

"Lunchtime At La Cantina" / "Mostly Smoke And Mirrors" 

Je vous avais laissés avec Spike FLYNN et Postcards From The Heart, son quatrième album, paru en février 2021, dans le numéro 168 du Cri du Coyote. Depuis, il a publié Lunchtime At La Cantina et Mostly Smokes And Mirrors à l'automne, à deux semaines d'intervalle. Ne croyez cependant pas que la qualité en a souffert. Spike semble avoir accumulé assez de compositions pour continuer à nous proposer d'excellents albums. De source bien informée (l'artiste lui-même) un autre disque serait envisagé pour les premiers mois de 2022. Le premier des deux albums est conforme à ce que l'on connaît de Spike. Sa voix éraillée navigue sur le fil de mélodies, entre folk et blues, portées par ses guitares acoustiques, avec l'appoint non négligeable de Gary Brown (guitare slide) et Andrew Clermont (fiddle, parfois jazzy, et mandoline). Pour mon grand plaisir, il y a The Mill, longue ballade de plus de sept minutes, comme peu de songwriters actuels savent nous en offrir. Le second disque est le premier de pure country musique de Spike, dont beaucoup de compositions sont inspirées par le genre, sans en revêtir nécessairement la forme. Pour l'occasion, Gary Brown a sorti sa pedal steel et son résonateur, Tony Eyers son accordéon, et Maryanne Burton y ajoute de belles harmonies vocales. Cette country made in Australia est une belle réussite, à l'image de May Your Sun Always Shine, qui en appelle d'autres. 

 

P.J LE MOAL 

"Stop ou encore" 

Patrick Le Moal nous délivre de temps à autre une carte postale depuis Toulouse, et ce Stop ou encore confirme qu'il fait partie, au même titre que son ami Jefferson Noizet, des meilleurs artistes musicaux de langue française. Il a toujours la même voix de bluesman qui traîne et nous entraîne au fil des accords d'une guitare qu'il manie, ma foi, fort bien. Il comble le vide laissé par Higelin ou Bashung, sans en avoir le succès, alors même que son œuvre est d'une qualité qui ne se dément jamais. Ses textes sont toujours aussi forts et finement travaillés, et incitent l'auditeur à réfléchir avec des armes que sont le second degré et la suggestion: "Des portes s'ouvrent et d'autres claquent / Le progrès est un leurre, juste un slogan / Hurlé par un savant en frac / A la vérité / Seul le changement" (Seul le changement). Les couleurs du disque changent au fil des titres. Parfois, un harmonica vient discrètement nous enchanter (Cactus & tequila), souvent ce sont les guitares d'Oswald Rosier (excellent) et Patrick qui se répondent soutenues par la basse de Dan Collet et la batterie de Franck Ridacker. À une ballade mélancolique (Au milieu du pont) succède un blues-rock (Vagabond) dans lequel P.J confesse chercher "un sens à tout ça". L'humour n'est jamais loin, parfois pour tenir éloigné un désespoir qui ne demande qu'à prendre le pouvoir de nos sociétés. Dans Immortel, la question "Immortel c'est combien? / Combien d'infirmières, combien de vaccins?" nous renvoie à une actualité pesante mais, quand l'artiste chante J'aime tout le monde même la Joconde, au-delà du clin d'œil, personne ne le croit vraiment. En revanche, s'il s'agit de décider Stop ou encore, le choix est simple à faire et je n'hésiterai pas à affirmer que ce disque est un des meilleurs de ces dernières années parmi ceux chantés dans notre langue. 

 

(self-titled) 
 
Martin Harley et Daniel Kimbro se sont rencontrés par l'entremise d'un ami commun, Sam Lewis et ont enregistré une paire d'albums ensemble (dont l'excellent Live At Southern Ground). Martin, originaire de Cardiff a une longue et riche carrière qui l'a amené à traverser les océans, du Mali à Nashville en passant par l'Australie, à la recherche des racines du blues. Daniel a, quant à lui, contribué, armé de sa contrebasse, à beaucoup de beaux projets parmi lesquels les plus récents sont Earls of Leicester ou le Jerry Douglas Band (notamment avec John Hiatt pour Leftover Feelings). Sam a été surnommé le Townes Van Zandt moderne et a publié quatre albums solo dont le dernier, intitulé précisément Solo, a été chroniqué dans le Le Cri du Coyote (#164). Les trois sont réunis pour un beau moment de partage où chacun apporte son propre talent sans chercher à tirer la couverture à lui. Les trois chantent (quatre chansons chacun) et composent (ensemble ou séparément). Si Sam se contente d'une guitare acoustique sur deux de ses compositions et de quelques percussions, Martin démontre ses qualités aux guitares (acoustique et électrique, Weisssenborn, résonateur, lap steel, slide) tandis que Daniel apporte un solide assise avec sa contrebasse (mise en vedette dans Creepin' Charlie) sans négliger guitares, banjo et synthétiseur. Ce super-groupe (par le talent à défaut de noms qui résonnent) nous offre un disque réjouissant de bout en bout, riche d'influences diverses, avec de vrais beaux moments comme Neighbors (Sam), Cowboys In Hawwaii (Martin) ou I Gotta Chair (Daniel).
 
 

David STARR 

"Touchstones" 

David Starr est connu pour ses qualités de guitariste et de songwriter et sa belle discographie en témoigne. Au moment de la publication de son album Beauty & Ruin (début 2020, cf. Le Cri du Coyote #165), il a dû comme les autres renoncer aux concerts et à la promotion de son disque. En 2021, il a donc mis à profit le confinement pour enregistrer et publier en ligne des titres qui lui tenaient à cœur. Les voici réunis dans Touchstones, onze reprises et une composition, où David se mue en interprète des autres. Entre Every Kinda People d'Andy Fraser (Robert Palmer) et One (U2), on rencontre les meilleurs: Bob Dylan (Gotta Serve Somebody), Jackson Browne (These Days), Van Morrison (Someone Like You), John Prine (Angel From Montgomery), Gladys Nights & The Pips (I've Got To Use My Imagination de Gerry Goffin & Barry Goldberg), The Cars (Drive), J.J. Cale (Magnolia), Blind Willie McTell (Statesboro Blues) et John Hiatt (Feels Like Rain). On peut difficilement faire mieux en douze titres parmi lesquels Cabo San Lucas de David ne dépare pas. La voix est inspirée, pleine d'âme, et les accompagnateurs, la fine fleur de Nashville, sont à la hauteur. Citons Dan Dugmore (pedal steel), Mark Prentice (basse, claviers et co-production), Jimmy Mattingly (fiddle) ou encore Irene Kelley et John Oates (voix). Les effets collatéraux de la pandémie peuvent parfois être positifs sur le plan musical. 

 

Steve DAWSON 

"Gone, Long Gone" 

Il existe au moins un autre Steve Dawson talentueux songwriter originaire de Chicago. Celui-ci est canadien de Vancouver, bien implanté à Nashville et on le connaît surtout comme producteur et multi-instrumentiste. Son précédent album solo (Lucky Hand) était instrumental. Avec Gone, Long Gone, il produit son premier opus de chansons depuis 2016, avec une nouveauté: il s'est associé avec quelqu'un d'autre pour l'écriture. En effet, en dehors de la réjouissante reprise de Ooh La La des Faces et de deux instrumentaux, tous les titres sont signés Steve Dawson / Matt Patershuk (dont je vous recommande une nouvelle fois l'album An Honest Effort (produit par Steve Dawson). On connaît le talent de Steve quand il s'agit d'instruments à cordes: guitares acoustiques, électrique, slide, pedal steel, Weissenborn, National. Il y ajoute ukulélé sur Kulantapia Waltz et claviers (mellotron, Farfisa, pump organ) sur I Just Get Lost. Parmi les musiciens qui participent, on note particulièrement Allison Russell et Keri Latimer (voix), Fats Kaplin (fiddle) Kevin McKendree et Chris Gestrin (claviers) Jay Bellerose et Gary Craig (batterie), Jeremy Holmes (basses). Voici un disque qui s'écoute avec un réel plaisir à l'image de son morceau-titre où Steve est accompagné d'un quatuor à cordes (virtuel car joué par les seuls Ben Plotnick et Katlyn Raitz). 

 

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