L'interview
Sam: Bonjour Mike. D'abord, qui es-tu? Tu te définis généralement comme un artiste underground. Qu'est-ce que cela signifie pour toi?
Mike: Underground siginifie ne pas être dans la tendance courante, cela veut dire que tu es en dehors du système, en marge. Je vis pour mon rock 'n' roll. Ma vie a eté celle d'un rock-poète et peintre underground, et rien de moins. Je vis ma vie comme un poème épique. Je ne me suis jamais trahi, je suis resté fidèle à ma vision originelle, je me bas pour survivre en marge, mais c'est la vie d'un vrai artiste, je suis à l'opposé d'une rock star riche et célèbre, je suis un artiste rock pauvre et inconnu. Je suis en dehors du système, j'ai été poussé là mais cela me rend plus fort et mieux placé pour observer le côté ridicule de notre système. Je n'ai pas fui, je n'ai pas abandonné, je continue à lutter. Je veux faire des chansons rock qui soient belles et puissantes. Je suis un rocker-songwriter poète-artiste qui fais de la musique seulement par passion de créer. Ma musique est la bande-son de ma vie et j'espère qu'elle peut inspirer les autres.
Sam: Tu es un chanteur-songwriter mais aussi un peintre de talent. Qu'est-ce qui est le plus important pour toi?
Mike: Les deux sont aussi importants pour moi, mais je suis d'abord un rocker.
Sam: Tu es New-Yorkais mais, vers 1990, tu as traversé l'océan pour vivre en France pendant quelques années. Pourquoi? Et pourquoi as-tu quitté la France?
Mike: Je voulais faire rocker la France comme Hendrix avait fait rocker le Royaume-Uni. J'ai en fait vécu à Paris pendant environ 2 ans et demi de 1991à 1993, c'est tout. J'ai fait quelques tournées en France après mon retour à New York, c'est peut-être pour cette raison que ça te paraît plus long. Quand je suis parti pour Paris, je pensais que c'était pour toujours, mais après une paire d'années, je manquais d'énergie et d'inspiration. Je venais aussi de subir une rupture difficile, alors j'ai rompu aussi avec Paris et je suis reparti pour New York City. C'est intéressant, quand j'ai quitté New York pour Paris en janvier1991, je venais aussi de terminer une relation avec une petite amie mais, en plus, je n'étais pas heureux que les USA s'engagent dans la guerre du Golfe. J'étais un expatrié à Paris comme Henry Miller avant moi, et fier de cela.
Sam: Tu as pris le pseudonyme de Rimbaud comme nom d'artiste. Pour quelle raison? Y a-t-il un rapport avec Thomas Miller qui est devenu Tom Verlaine?
Mike: J'avais juste 20ans, je pensais simplement que ça sonnait rock 'n' roll, c'esr tout, C'est très simple. J'aimais la façon dont le nom roulait sur la langue et j'aime toujours cela, c'est moi. Rien à voir avec Tom Verlaine, je ne le connaissais même pas à l'époque, il est d'une generation antérieure.
Sam: Tu as publié 3 albums sur des labels français: "Mutiny In The Subway" (1989), "Funeral" Lover" (1991), "Red Light" (1993). Ils ont eu un bon accueil en France. En a-t-il été de même dans ta terre natale?
Mike: Je suppose que les rares personnes qui les ont entendus les ont appréciés, mais je ne suis qu''un artiste underground ici, pas du tout connu. Je ne l'ai jamais été et ne le serai probablement jamais.
Sam: Elliott Murphy (qui est toujours une légende ici) a produit "Red Light". Comment l'as-tu rencontré? Le connaissais-tu avant, quand il vivait à New York?
Mike: Je l'avais seulement rencontré à l'occasion de quelques concerts à New York City et n'étais pas familier avec son travail à l'époque. Plus tard, nous avons fait quelques shows ensemble en France.
Sam: Après ton retour à NYC, tu n'as publié que 3 autres albums: "Graffiti Trees" (1997), "Beast Of Broadway" (2002) and "What Was I Thinking?" (2010). (il y a eu aussi un projet à part, "Dawn Town Project" avec CharlElie Couture). Étais-tu moins actif sur le front musical, ou était-ce une conséquence de la crise du disque?
Mike: Après “Graffiti Trees”, entre 1998 et 2002 j'ai enregistré pas mal de musique en collaboration avec mon ami Marc Billon, un compositeur de musique électronique de Paris. I quittais New York pour venir à Paris quelques fois par an, pendant une semaine ou deux, pour enregistrer dans son studio, j'apportais ma guitare et mes textes. Nous enregistrions dans un studio & New York aussi. Le projet était appelé “Adam Evening”. Nous avons enregiostrés environ 20 titres qui n'ont jamais été publiés. J'ai cherché une maison de disques, mais aucune n'a été intéressée, alors j'ai laissé tomber; c'est une honte, c'est différent de tout ce que j'ai fait. J'aimerais le publier un jour, mais j'ai peu de respect pour le business de la musique (qui n'a rien fait pour moi). Entre mon CD acoustique, “Beast of Broadway” qui a été écrit au Brésil et enregistré à New York en 2002, et “What Was I Thinking?” je me suis souvent produit dans les clubs de New York et j'ai écrit et enregistré pas mal de chansons. Je n'ai pas sorti de CD, parcque je n'étais pas sûr de la façon de le faire. Une grande partie de cette musique est devenue “What Was I Thinking?”.
Sam: 2010 a aussi vu la publication d'un coffret (une édition limitée à 1000 exemplaires – le mien est #0065), "An Underground Life in NYC" avec tous tes albums solo et quelques belles reproductions de tes peintures sur cartes postales? Était-ce important pour toi? Le coffret s'est-il bien vendu?
Mike: Pour les ventes, je ne sais pas, je n'en ai même pas vu de bilan récent, en fait, je n'en ai pas eu de retombées financières. "Bien vendre" n'est pas ma raison d'être. Je me concentre sur le fait de faire de la musique "importante", c'est tout. C'est le boulot du label de faire de la publivité et de vendre les CD, ce n'est pas le mien. Une grand compagnie peut même vendre des ordures si elle injecte assez d'argent, c'est pour ça qu'il y a tant de musique de merde un peu partout, il y a la force de l'argent derrière. Sans la publicité des majors, il est difficile d'être compétitif sur le marché. Ce n'est pas pour cela que je fais des disquess. Je suis heureux que quelqu'un soit intéressé par le coffret, bien sûr, mais ce n'était pas mon idée au départ.
Sam: Maintenant, un an plus tard, un nouvel album tité "Coney Island Wave" est publié uniquement en téléchargement. Je suppose qu'il y a des raisons financières à cela. Sera-il publié en disque "physique"?
Mike: Je n'ai pas l'intention de le sortir en CD, c'est plus simple pour l'artiste de le faire seulement en téléchargement aujourd'hui. Si une compagnie est prête à payer pour faire des CD, elle peut me contacter. Je veux simplement que ma voix soirt entendue, et mettre les MP3 en ligne est maintenant pour moi la meilleure façon de procéder.
Sam: Je sens que cet album est très important pour toi. Ai-je raison?
Mike: Oui, je sens très fortement que c'est un disque important et qu'il doit être écouté. C'est peut-être ce que les Stones ressentaient pour “Sticky Fingers” ou les Beatles pour “Sgt. Pepper's”. Je sais que que la musique a du pouvoir et peut générer des transformations.
Sam: Quand j'écoute ce nouvel album, j'entends un rocker qui écrit des folksongs. J'avais la même impression la première fois que j'ai écouté "Mutiny In The Subway" (même si, à lépoque, c'était en Avril 1990, je t'aurais sans doute qualifié de punk-rocker). Mais comment te vois-tu toi-même?
Mike: Je suis un punk rocker comme Joe Strummer pouvait l'être. Je suis politique et romantique, je crois à la révolution et à l'évolution et au rock 'n' roll.
Sam: Tu écris des chansons concises, avec des mélodies fortes et textes acérés. Tu chantes parfois comme un "jeune homme en colère" (allusion à "Angry Young Man" de Steve Earle). Tu refuses de te résigner. Mais, en dépit de la crise économique et sociale, la pire depuis des décennies, il y a de moins en moins de chanteurs protestataires ou traitant des thèmes d'actualité. Ou, du moins, on ne les entend pas. Comment expliques-tu ce fait?
Mike: Le contrôle corporatiste du business du disque, de la radio et de la télévision, ne veut pas que les gens entendent de la musique qui les fait réfléchir et entrer en action. Nous avons 2 guerres en cours, celle d'Afghanistan est la plus longue de l'histoire US et celle d'Irak est une erreur absolue. Il n'y a pourtant pas de musique protestatire du tout parmi ce qu'on entend couramment alors même que la plupart des Américains souhaitent la fin de ces guerres. Ce n'était pas la même chose pendant la guerre du Viet Nam dans les années 1960’s .
Sam: Dans quelques-unes de tes nouvelles chansons, tu parles de la situation en Amérique, du fossé toujours plus large entre les riches et les pauvres. As-tu envie d'en dire plus? (soit dit en passant, c'est la même chose en France)
Mike: C'est de pire en pire ici, les USA deviennent une république bananière avec les super riches et tous les autres qui luttent désepérément pour vivre au jour le jour, avec peu d'espoir de progresser. L'écart entre les riches et les pauvres est le plus large depuis la grande dépression des années 1930’s. À l'époque, Franklin Delano Roosevelt avait fait beaucoup pour aider l'économie avec des programmes créateurs d'emplois; de nos jours, le gouvernement ne fait à peu près rien et dans le déni quant à la gravité de la situation. Le gouvernment est corrompu par l'argnet des corporations, et les policticiens sont sous la coupe de ces corporations qui financent leurs campagnes. La majorité des mebre du Congrès est constituée de millionaires qui ne pourraient pas moins se soucier des familles de travailleurs et de leurs luttes. Les corporations (compagnies pétrolières, agences de communication, etc.) sont cosidérés comme des individus alors que les gens sont considérés comme des animaux nuisibles. Nous sommes devenus "The United Corporations of America".
Je me dresse pour la classe laborieuse et les pauvres. Il faut que nos voix soient entendues! Les rock stars multi-millionaires ne peuvent faire cela et ne le font pas.
… à suivre, peut-être…
PS: note for my English-only speaking friends, I'll post the original texts (in English) next week.
samedi 25 février 2012
vendredi 24 février 2012
Mike Rimbaud, underground artist from Coney Island (1ère partie)
Préface
Mike Rimbaud (qui ne s'appelle pas plus Rimbaud que Tom Verlaine ne se nomme Verlaine) n'est pas un inconnu, surtout en France où il a vécu au début des années 1990, publiant 3 albums (le dernier produit par Elliott Murphy) avant que le mal du pays ne l'incite à regagner New York. Je vous en dirai un peu plus sur sa discographie mais en attendant, vous pouvez vous rendre sur son site.
Mike Rimbaud est un artiste underground et tient à cette appellation comme il l'explique dans l'interview qui sera prochainement publiée ici-même.
C'est un artiste, un vrai, un peintre, un poète, un rocker, qui a un haut niveau d'exigence envers lui-même comme envers les autres. C'est un rocker en colère, qui ne se reconnait pas dans l'évoulution de son Amérique. Comme Tom Pacheco, il refuse de ramper, de se plier à la dictature de la bien-pensance et du politquement correct. Un écorché vif qui se place aussi dans la lignée des topical singers folk qu'étaient par exemple Woody Guthrie ou Phil Ochs.
Le disque: CONEY ISLAND WAVE

Il y a plus de sept mois, Mike a produit cet album, disponible uniquement en téléchargement. J'avais recueilli dès cette époque ses commentaires sur chaque titre, ainsi qu'une interview destinée à être publiée. Xroads n'existant plus, j'ai proposé de donner les textes à deux magazines musicaux français qui ont une bonne diffusion. J'attends toujours les réponses à mes différents mails. Vous pouvez donc continuer à ne pas lire Rock & Folk et Rock First qui ne savent pas reconnaître la vraie valeur d'un artiste. La chanson "Got To Sell Yourself" peut leur être dédiée. Vous comprendrez pourquoi en lisant cet article.
Le disque (12 titres composés ou co-composés par Mike Rimbaud) a été enregistré en 2011 aux Cobble Stone Studios, à New York. Mike chante, joue toutes les parties de guitare, d'harmonica et de claviers. Il est accompagné par Kevin Tooley à la batterie, Andrea Pennisi aux percussions et Chris Fletcher à la basse.
C'est un disque brûlant, un brûlot en prise directe avec l'actualité qui dresse un constat lucide et sans concession de l'état de l'Amérique et du monde. Un disque plein de colère exprimé, mais pas sans espoir. Un album vers lequel je reviens régulièrement depuis ce jour de juillet où je l'ai découvert.
Voici la présentation de chacun des titres par Mike Rimbaud lui-même.
Don't You Love This City
Cette chanson parle de la difficulté de survivre, de vivre à New York aujourd'hui sous le règne d'un maire richissime, Michael Bloomberg. Tout devient trop cher, de véritables barons de l'immobilier poussent les pauvres et les classes laborieuses hors de la ville. Manhattan devient un grand hôtel pour riches.
Saving Up To Go Bankrupt
L'économie, aujourd'hui aux États unis, est dans sa pire situation depuis la Grande Dépression des années 30. Le taux de chômage est très élevé. Il n'y a d'espoir que pour les riches et le rêve américain n'existe plus que pendant le sommeil. Kevin Tooley est fantastique ici à la batterie. Il avait joué sur mon quatrième CD, "Graffitti Trees".
Unicorn
C'est une chanson sur la passion et l'amour, avec des références à la légende médiévale de la licorne.
Everyone Needs a Daddy
Je suis un père célibataire, divorcé avec 3 enfants. Comme l'indique le titre, je pense que chacun a besoin d'un papa.
Tears For The Rich and Famous
Il est ici question de l'injustice dans la société avec l'inégalité croissante entre les riches et les pauvres. C'est une société américaine ou seuls les riches ont les opportunités et le succès pendant que les pauvres souffrent et envoient leurs enfants à la guerre, seul job possible parce que l'éducation est trop chère. Les USA devraient être attentifs à ce qui s'est passé en Egypte car, si nous continuons dans cette direction, il y aura un jour une révolution ici aussi.
Dance With A Mermaid
L'action de cette chanson se situe sous la mer dans le royaume de Neptune. Beaucoup d'images comme la danse sur le Titanic ou les marées noires et la pollution. J'ai ajouté l'effet sonore du sonar d'un sous-marin et ainsi, lorsque vous écoutez la chanson, vous avez l'impression de voir l'action depuis un sous-marin.
Mama, Say Something Nice
Pendant qu'un homme fait la lessive, il pense à une histoire d'amour qui s'est mal terminée. Une chanson introspective et émouvante. J'aime vraiment la façon dont mes guitares interagissent ici.
Puppet Man
Les politiciens américains sont devenus les marionettes des grandes entreprises US. Ce n'est pas la volonté du peuple qui contrôle notre gouvernement mais l'argent des corporations.
Burning the Night Out Early
Tard, la nuit, un homme emmène une fille qu'il vient de rencontrer pour une balade sur une plage de Coney Island. Un décor romantique, une scène de séduction. Le titre est principalement instrumental, une jam avec le percussionniste Andrea Pennisi, compagnon des premières heures qui jouait déjà sur mon premier album, "Mutiny In The Subway".
Got to Sell Yourself
Ce titre évoque le fait de se vendre aujourd'hui en Amérique; chacun est encouragé à se prostituer en quelque sorte dans notre socié supercapitaliste. Il n'y a ni intégrité ni âme avec cette mentalité. Une personne est évaluée en fonction de ce qu'elle gagne et non de sa qualité. Ce qui est considéré comme "bon" est uniquement ce qui se vend. Si quelque chose, ne se vend pas pas, ce n'est pas bon. Alors il faut travailler encore plus durement à se vendre soi-même.
Put Your Facebook on The Shelf
Sans doute la chanson la plus poétique du CD. Un chanson de colère sur l'exploitation, les amis de Facebook, le manque d'intimité et la volonté des gens de rendre publics sur internet des aspects personnels et privés de leurs vies, ce qui est potentiellement dangereux.
Here Comes The Subway Sun
Une chanson optimiste depuis le métro, le souterrain. Il y a des références à la chute du World Trade Center et à la grande période noire de 2003. Avec un rythme rockabilly et de véritables bruits du métro ajoutés au mixage. C'est comme si on chevauchait le métro dans ce morceau. J'ai voulu en faire une chanson d'espérance, à la manière de "Here Comes The Sun" de George Harrison.
À vous de juger, maintenant...
Postface
Mike Rimbaud ne fait pas que chanter ses propres compositions, il lui arrive aussi de reprendre celles des autres. C'est ainsi que, récemment, il nous a proposé sur internet sa version de "Baby You're A Rich Man".
Quelques semaines avant, il avait publié "Can't Judge A Song By It's Cover". 8 reprises, rien que du lourd: Rolling Stones, Beatles, Bob Dylan, Phil Ochs, Antônio Carlos Jobim, Paul Desmond, Bruce Springsteen, Bob Marley! Pas mal, non?
Prochainement, l'interview...
Mike Rimbaud (qui ne s'appelle pas plus Rimbaud que Tom Verlaine ne se nomme Verlaine) n'est pas un inconnu, surtout en France où il a vécu au début des années 1990, publiant 3 albums (le dernier produit par Elliott Murphy) avant que le mal du pays ne l'incite à regagner New York. Je vous en dirai un peu plus sur sa discographie mais en attendant, vous pouvez vous rendre sur son site.
Mike Rimbaud est un artiste underground et tient à cette appellation comme il l'explique dans l'interview qui sera prochainement publiée ici-même.
C'est un artiste, un vrai, un peintre, un poète, un rocker, qui a un haut niveau d'exigence envers lui-même comme envers les autres. C'est un rocker en colère, qui ne se reconnait pas dans l'évoulution de son Amérique. Comme Tom Pacheco, il refuse de ramper, de se plier à la dictature de la bien-pensance et du politquement correct. Un écorché vif qui se place aussi dans la lignée des topical singers folk qu'étaient par exemple Woody Guthrie ou Phil Ochs.
Le disque: CONEY ISLAND WAVE

Il y a plus de sept mois, Mike a produit cet album, disponible uniquement en téléchargement. J'avais recueilli dès cette époque ses commentaires sur chaque titre, ainsi qu'une interview destinée à être publiée. Xroads n'existant plus, j'ai proposé de donner les textes à deux magazines musicaux français qui ont une bonne diffusion. J'attends toujours les réponses à mes différents mails. Vous pouvez donc continuer à ne pas lire Rock & Folk et Rock First qui ne savent pas reconnaître la vraie valeur d'un artiste. La chanson "Got To Sell Yourself" peut leur être dédiée. Vous comprendrez pourquoi en lisant cet article.
Le disque (12 titres composés ou co-composés par Mike Rimbaud) a été enregistré en 2011 aux Cobble Stone Studios, à New York. Mike chante, joue toutes les parties de guitare, d'harmonica et de claviers. Il est accompagné par Kevin Tooley à la batterie, Andrea Pennisi aux percussions et Chris Fletcher à la basse.
C'est un disque brûlant, un brûlot en prise directe avec l'actualité qui dresse un constat lucide et sans concession de l'état de l'Amérique et du monde. Un disque plein de colère exprimé, mais pas sans espoir. Un album vers lequel je reviens régulièrement depuis ce jour de juillet où je l'ai découvert.
Voici la présentation de chacun des titres par Mike Rimbaud lui-même.
Don't You Love This City
Cette chanson parle de la difficulté de survivre, de vivre à New York aujourd'hui sous le règne d'un maire richissime, Michael Bloomberg. Tout devient trop cher, de véritables barons de l'immobilier poussent les pauvres et les classes laborieuses hors de la ville. Manhattan devient un grand hôtel pour riches.
Saving Up To Go Bankrupt
L'économie, aujourd'hui aux États unis, est dans sa pire situation depuis la Grande Dépression des années 30. Le taux de chômage est très élevé. Il n'y a d'espoir que pour les riches et le rêve américain n'existe plus que pendant le sommeil. Kevin Tooley est fantastique ici à la batterie. Il avait joué sur mon quatrième CD, "Graffitti Trees".
Unicorn
C'est une chanson sur la passion et l'amour, avec des références à la légende médiévale de la licorne.
Everyone Needs a Daddy
Je suis un père célibataire, divorcé avec 3 enfants. Comme l'indique le titre, je pense que chacun a besoin d'un papa.
Tears For The Rich and Famous
Il est ici question de l'injustice dans la société avec l'inégalité croissante entre les riches et les pauvres. C'est une société américaine ou seuls les riches ont les opportunités et le succès pendant que les pauvres souffrent et envoient leurs enfants à la guerre, seul job possible parce que l'éducation est trop chère. Les USA devraient être attentifs à ce qui s'est passé en Egypte car, si nous continuons dans cette direction, il y aura un jour une révolution ici aussi.
Dance With A Mermaid
L'action de cette chanson se situe sous la mer dans le royaume de Neptune. Beaucoup d'images comme la danse sur le Titanic ou les marées noires et la pollution. J'ai ajouté l'effet sonore du sonar d'un sous-marin et ainsi, lorsque vous écoutez la chanson, vous avez l'impression de voir l'action depuis un sous-marin.
Mama, Say Something Nice
Pendant qu'un homme fait la lessive, il pense à une histoire d'amour qui s'est mal terminée. Une chanson introspective et émouvante. J'aime vraiment la façon dont mes guitares interagissent ici.
Puppet Man
Les politiciens américains sont devenus les marionettes des grandes entreprises US. Ce n'est pas la volonté du peuple qui contrôle notre gouvernement mais l'argent des corporations.
Burning the Night Out Early
Tard, la nuit, un homme emmène une fille qu'il vient de rencontrer pour une balade sur une plage de Coney Island. Un décor romantique, une scène de séduction. Le titre est principalement instrumental, une jam avec le percussionniste Andrea Pennisi, compagnon des premières heures qui jouait déjà sur mon premier album, "Mutiny In The Subway".
Got to Sell Yourself
Ce titre évoque le fait de se vendre aujourd'hui en Amérique; chacun est encouragé à se prostituer en quelque sorte dans notre socié supercapitaliste. Il n'y a ni intégrité ni âme avec cette mentalité. Une personne est évaluée en fonction de ce qu'elle gagne et non de sa qualité. Ce qui est considéré comme "bon" est uniquement ce qui se vend. Si quelque chose, ne se vend pas pas, ce n'est pas bon. Alors il faut travailler encore plus durement à se vendre soi-même.
Put Your Facebook on The Shelf
Sans doute la chanson la plus poétique du CD. Un chanson de colère sur l'exploitation, les amis de Facebook, le manque d'intimité et la volonté des gens de rendre publics sur internet des aspects personnels et privés de leurs vies, ce qui est potentiellement dangereux.
Here Comes The Subway Sun
Une chanson optimiste depuis le métro, le souterrain. Il y a des références à la chute du World Trade Center et à la grande période noire de 2003. Avec un rythme rockabilly et de véritables bruits du métro ajoutés au mixage. C'est comme si on chevauchait le métro dans ce morceau. J'ai voulu en faire une chanson d'espérance, à la manière de "Here Comes The Sun" de George Harrison.
À vous de juger, maintenant...
Postface
Mike Rimbaud ne fait pas que chanter ses propres compositions, il lui arrive aussi de reprendre celles des autres. C'est ainsi que, récemment, il nous a proposé sur internet sa version de "Baby You're A Rich Man".
Quelques semaines avant, il avait publié "Can't Judge A Song By It's Cover". 8 reprises, rien que du lourd: Rolling Stones, Beatles, Bob Dylan, Phil Ochs, Antônio Carlos Jobim, Paul Desmond, Bruce Springsteen, Bob Marley! Pas mal, non?
Prochainement, l'interview...
Libellés :
Coney Island Wave,
Mike Rimbaud
lundi 13 février 2012
Un peu de pub
Possessed by Paul James à Reims
Concert Harold Martinez / Thee Verduns / Possessed by Paul James
« Possessed by Paul James chante les chansons les plus poignantes et inflammables du moment. » Stéphane Deschamps, Les Inrockuptibles. Juillet 2011. N°817
Hillgrass Bluebilly France présente en concert à Reims, le Mardi 21 Février 2012. L'appart café, 9 avenue de Laon, 51100 Reims. Entrée gratuite !
Harold Martinez (Folk/Blues) viendra défendre son prochain album « Bridmum », qui sortira le 6 Avril 2012. « ...un aperçu saisissant et très original : mélange de country plaintive, folk déjanté et blues obsessionnel...une réussite frappadingue portée par une voix habitée et une scansion incantatoire... »
Thee Verduns : Duo alt Country/ Blues foutraque.
Nos talentueux et sympathiques amis Metzois nous feront le plaisir de leur présence. Ils ont joué au Deep Blues Festival de Minneapolis, et Nicolas est également dessinateur (il a écrit une B.D narrant son voyage aux U.S.A et sa rencontre avec notre 3 ème homme du soir).
En Vedette Américaine : Possessed by Paul James
En pleine tournée des Nuits de l' Alligator, Possessed by Paul James a.k.a Konrad Wert sera là pour finir de mettre le feu dans la capitale mondiale du champagne, dans le chaudron de l'appart café.
Un concert 3 étoiles.
Le label Normandeep Blues Records sort un EP 6 titres de Possessed by Paul James « Live at Antone's », en édition limitée, qui sera disponible pendant les concerts de Possessed by Paul James lors du festival « Les Nuits de l' Alligator », ainsi que sur le site du distributeur http://www.nayatidreams.fr/
Prochaines sorties
« There Will be Nights when I'm lonely » Hillgrass Bluebilly Records. - Printemps 2012
Hillgrass Bluebilly France est la franchise hexagonale du tourneur/promoteur et label Hillgrass Bluebilly. Notre but est de contribuer à développer la scène Roots en France, en organisant des concert et en faisant la promotion d'artistes tels que Possessed by Paul James en Europe. Pour plus d'informations : Facebook.com/HillgrassBluebillyFrance.
E-mail : hillgrassbluebillyfrance@gmail.com
Contacts : Nicolas Jacquet
hillgrassbluebillyfrance@gmail.com - - 06 75 73 78 38
vendredi 3 février 2012
Ceux-là sont pour nous
Tout beau, tout chaud
Il faudra être fort pour entrer dans mon top 10 de l'année 2012. Deux albums, parus en janvier, sont déjà assurés d'y figurer. Ils seront chroniqués dans "Le Cri du Coyote" #127 auquel je vous invite à vous reporter dès sa parution.
Le premier est un album hommage à Guy Clark, l'un des plus grands songwriters vivants (et l'un de mes favoris avecJohn Prine - ici présent dans un superbe duo avec Emmylou Harris).
http://www.guyclark.com/news.php
Pour des détails sur les titres repris (oui, il en manque sur ce double CD qui aurait pu être quadruple) et les artistes présents, il suffit de suivre le lien ci-dessus.
Le second est la nouvelle publication de Gretchen Peters, "Hello Cruel World", un disque d'une beauté sombre et prenante. À ne pas écouter d'une oreille distraite!
http://www.gretchenpeters.com/
Là encore, une visite sur le site s'impose. Vous y découvrirez notamment les textes et les notes se rapportant à chacun des titres de l'album.
Mais ce n'est pas tout, il y a aussi le nouvel album de la pétillante Anaïs Mitchell, "Young Man In America" qui vous surprendra et vous ravira.
Et Anaïs en a profité pour donner un lifting à son site web et c'est ici: http://anaismitchell.com/
Je n'oublierai pas Tom Pacheco, l'un des artistes les plus passionnants et les plus intègres de la scène américaine depuis plus de 40 ans. Son nouvel opus, "Luminol - The Houston Sessions", paru à l'automne 2011 ne fait pas exception à la règle.
À acheter, comme le reste de la discographie de Tom, sur son site: http://www.tompacheco.com/
Voici un aperçu de mes coups de coeur de ces dernières semaines, et la liste est loin d'être exhaustive...
Il faudra être fort pour entrer dans mon top 10 de l'année 2012. Deux albums, parus en janvier, sont déjà assurés d'y figurer. Ils seront chroniqués dans "Le Cri du Coyote" #127 auquel je vous invite à vous reporter dès sa parution.
Le premier est un album hommage à Guy Clark, l'un des plus grands songwriters vivants (et l'un de mes favoris avecJohn Prine - ici présent dans un superbe duo avec Emmylou Harris).
http://www.guyclark.com/news.php
Pour des détails sur les titres repris (oui, il en manque sur ce double CD qui aurait pu être quadruple) et les artistes présents, il suffit de suivre le lien ci-dessus.
Le second est la nouvelle publication de Gretchen Peters, "Hello Cruel World", un disque d'une beauté sombre et prenante. À ne pas écouter d'une oreille distraite!
http://www.gretchenpeters.com/
Là encore, une visite sur le site s'impose. Vous y découvrirez notamment les textes et les notes se rapportant à chacun des titres de l'album.
Mais ce n'est pas tout, il y a aussi le nouvel album de la pétillante Anaïs Mitchell, "Young Man In America" qui vous surprendra et vous ravira.
Et Anaïs en a profité pour donner un lifting à son site web et c'est ici: http://anaismitchell.com/
Je n'oublierai pas Tom Pacheco, l'un des artistes les plus passionnants et les plus intègres de la scène américaine depuis plus de 40 ans. Son nouvel opus, "Luminol - The Houston Sessions", paru à l'automne 2011 ne fait pas exception à la règle.
À acheter, comme le reste de la discographie de Tom, sur son site: http://www.tompacheco.com/
Voici un aperçu de mes coups de coeur de ces dernières semaines, et la liste est loin d'être exhaustive...
Libellés :
Anaïs Mitchell,
Emmylou Harris,
Gretchen Peters,
Guy Clark,
John Prine,
Le cri du coyote,
Tom Pacheco
jeudi 5 janvier 2012
Richard Gilly
Quatre disques jamais édités en CD
RICHARD GILLY (1971)
1- Je ne suis pas un grand fermier (Richard Gilly)
2- Le migrateur (Richard Gilly)
3- Le voulez-vous (Richard Gilly)
4- Meredith (Richard Gilly)
5- Une nuit passée au nord de San Francisco (Richard Gilly)
6- Mon navire blanc, ma goëlette (Richard Gilly)
7- De l'amour (Richard Gilly)
8- A mon père (Richard Gilly)
9- La fille qui couche avec le vent (Richard Gilly)
10- Le naufragé (Richard Gilly)
11- La belle et son ombrelle (Richard Gilly)
12- De l'amour (reprise) (Richard Gilly)
LES FROIDES SAISONS... (1975)
1- Les froides saisons (Richard Gilly)
2- Ma Lady de Montargis (Richard Gilly)
3- Eloïse (Richard Gilly)
4- Les wagons bleus (Richard Gilly)
5- Loi du 28 Mars 1882 (Richard Gilly)
6- Maman lapin (Richard Gilly)
7- L'appelé (Richard Gilly)
8- La fille au rouge un peu sanguin (Richard Gilly)
9- Donnez-moi un peu (Richard Gilly)
10- Une histoire de solitude (Richard Gilly)
11- Souviens-toi (Richard Gilly)
12- Quand tu partiras vers (Richard Gilly)
RICHARD GILLY (1977)
1- Portrait de famille (Richard Gilly)
2- Va lui dire que c'est une conne (Richard Gilly)
3- Titanic (Richard Gilly)
4- L'amour tranquille (Richard Gilly)
5- Sang mêlé (Richard Gilly)
6- Photographe (Richard Gilly)
7- Enfant blue (Richard Gilly)
8- Miss Bakelite (Richard Gilly)
9- Garçon (Richard Gilly)
10- Les larmes du coeur (Richard Gilly)
11- Le militaire anglais (Richard Gilly)
RICHARD GILLY (1984)
1- Râleur (Richard Gilly)
2- Living (Richard Gilly)
3- Blonde (Richard Gilly)
4- Le coeur en laisse (Richard Gilly)
5- Has been (Richard Gilly)
6- Message pour mon fils (Richard Gilly)
7- J'veux qu'tu restes (Richard Gilly)
8- Navy détresse (Richard Gilly)
9- Factice (Richard Gilly)
10- Douce Asiate (Richard Gilly)
Et 2 CD "Collectors'
RÊVES D'ÉLÉPHANT (1993)
1- Les poissons roses (Richard Gilly)
2- Rousse de secours (Richard Gilly)
3- Perdu en mère (Richard Gilly)
4- Rêves d'éléphant (Richard Gilly)
5- Made in Spain (Richard Gilly)
6- J'oublie (Richard Gilly)
7- Attends (Richard Gilly)
8- Pakemkit (Richard Gilly)
9- I love Paris (Richard Gilly)
10- Cap'tain (Richard Gilly)
11- Le dos de l'ange (Richard Gilly)
DES ANNÉES D'ORDINAIRE (2002)
1- Nouveau monde (Richard Gilly)
2- Autour de toi (Richard Gilly)
3- Dieu reconnaîtra Lucien (Richard Gilly)
4- Va Lui dire que c'est une conne (Richard Gilly)
5- Spanish (Richard Gilly)
6- Zuydcoote côte (Richard Gilly)
7- Lambda inconnu (Richard Gilly)
8- Blonde (Richard Gilly)
9- La vie au grand air (Richard Gilly)
Libellés :
Richard Gilly
mercredi 28 décembre 2011
Le Cri du Coyote #126
Il est paru pour Noël !!!
Le Cri du Coyote va célébrer son quart de siècle d'existence en janvier 2012. Pas mal pour ce fanzine qui ne s'est jamais pris pour un grand et qui, sous la direction de Jacques Brémond, entend bien poursuivre encore longtemps, sans vendre son âme, avec, pour avancer, un seul carburant, la passion.
Ce numéro 126 marque pour moi le début d'une collaboration que j'espère longue et enrichissante. Quatre petites chroniques, après une présentation, dans le numéro précédent, de "Hymns From Home", le sampler du label Hemifrån de l'ami Peter Holmstedt.
Les nominés de ce mois-ci sont, par ordre d'apparition dans la rubrique "Disqu'Airs":
Eric Taylor "Live At The Red Shack" (Cri du Cœur)
Boca Chica "Get Out Of Sin City"
John Prine "The Singing Mailman Delivers"
Brian Ledford & Cadillac Desert "From Sunlight Into Shadow"
Et bien sûr, toutes les rubriques habituelles sont présentes, du rock 'n' roll au bluegrass, du blues au zydeco, de la country du Texas à celle de l'Australie... À signaler en particulier un dossier de Jacques Brémond sur Amber Digby et un de Bernard Boyat sur Jack Scott. Deux belles découvertes pour moi!
J'en vois qui sont déjà prêts à se ruer vers les kiosques. Calmez-vous, "Le Cri" n'est disponible que sur abonnement, et c'est ici:
Le Cri du Coyote
BP 48
26170 BUIS LES BARONNIES
France
cricoyote@orange.fr
L'adhésion est de 27,00 € pour la France, 30,00 € pour l'étranger et 32,00 € pour les bienfaiteurs (à ce tarif, pourquoi s'en priver).
Libellés :
Boca Chica,
Brian Ledford,
eric taylor,
jacques brémond,
John Prine,
Le cri du coyote
vendredi 18 novembre 2011
John Shannon - American Mystic Music
John Shannon & Wings Of Sound: Songs of the Desert River
ObliqSound / Creek Valley Records OSD-CD-CV902 (distribution Naïve)
On éprouve toujours besoin de coller des étiquettes sur les artistes. Par exemple, Gram Parsons était catalogué comme un chanteur country, alors qu'il faisait de la Cosmic American Music (selon ses propres termes). John Shannon, lui, est souvent classé comme un artiste folk, on le compare parfois à Tim Buckley, Nick Drake ou John Martyn. J'ai envie que l'on oublie toutes ces références et que l'on considère simplement qu'il fait de l'American Mystic Music (du titre de son premier album, "American Mystic" paru en 2008). Bien sûr, si l'on me pousse un peu, je dirai qu'une comparaison avec Tim Buckley, dans ses moments, les plus apaisés ne me choque pas, mais je n'irai pas plus loin. Et puis John Shannon est vivant, et cela fait une sacrée différence!
J'ai reçu une copie promo de ce disque en juin, le jour où j'apprenais la disparition de Xroads pour lequel je devais le chroniquer. Je l'ai écouté, distraitement, et puis je l'ai un peu oublié. Quand j'ai appris qu'il sortait fin octobre en distribution française chez Naïve, je l'ai recherché au milieu de piles de disques dont je ne parlerai jamais, et l'ai réécouté, parce que j'avais donné ma parole d'en faire une chronique. Et j'ai repensé à un éditorial de Christophe Goffette qui comparait la mal-écoute (musicale) à la mal-bouffe. Trop, trop vite, et sans beaucoup d'attention, c'est ainsi que l'on écoute la musique aujourd'hui, des "trop" qui se résument en un "pas assez". Trop de quantité, pas assez de qualité.
C'est toujours une erreur. Avec John Shannon, cela devient une faute. Parce que l'on écoute pas John Shannon & Wings Of Sound distraitement. Ce n'est pas un disque qui viendra à vous si vous ne le désirez pas. Alors un conseil, faites le vide autour de vous, et le silence surtout. Mettez un casque, de préférence, montez le son, mais pas trop, et écoutez "Songs of the Desert River".
Wings Of Sound, c'est le groupe de scène de John. On y rencontre Caroline McMahon aux voix, Dan Brantigan au flügelhorn (en Français le bugle, à ne pas confondre avec le bugle des Anglais qui est notre clairon), Garth Stephenson à la basse acoustique et Ziv Ravitz à la batterie discrète.
"Songs of the Desert River", c'est onze compositions de John Shannon, onze chansons qu'il nous délivre d'une voix tout en retenue, créant un un décor musical dans lequel il nous invite à prendre place. On prend ou on laisse, mais on ne pénètre pas dans l'univers de John Shannon sans au minimum un effort, celui d'entrer. Certains resteront à la porte, car c'est un disque difficile, un disque qui se mérite. Ce qui ne signifie pas qu'il est aride, bien au contraire, il dégage une véritable chaleur, un sentiment d'intimité qui fait que passé l'effort initial, on se sent chez soi.
Les mélodies sont ici remarquables, d'une fragilité qui fait que l'auditeur retient son souffle, chaque note semble comme suspendue à une invisible toile arachnéenne, la voix se livre rarement, ce qui la rend audible, paradoxe apparent, imposant le silence et la qualité de l'écoute. Cette voix est claire et nette, elle habite réellement l'espace sonore, aidée en cela par les harmonies hantées de Caroline McMahon et le bugle nostalgique (c'est presque un pléonasme) et omniprésent de Dan Brantigan. La qualité de la production de Michele Locatelli n'est pas pour rien dans ce résultat.
Les titres eux-même donnent une idée de l'ambiance: "Darkness" (qui ouvre l'album et lui confère sa tonalité, celle d'une obscurité lumineuse), "Desert River", "Forever Is When", "Tell The Morning", "Into The Unknown". Les quarante-cinq minutes passent sans un seconde d'ennui, les mots sont simples et beaux, pleins d'une puissance évocatrice. Un morceau comme "Hurricane" est délivré de manière très paisible, dans un calme qui est celui de l'oeil du cyclone, et porte pourtant des images qui défilent devant nos yeux.
Calme et beauté, voilà deux mots qui résument parfaitement "Songs of the Desert River", un disque qui, au moins pendant quelque temps, ne laisse pas intact, un disque qui ne se livre pas totalement et garde une part de mystère qui s'estompera peut-être au fil des écoutes.
Alors je le répète, oubliez les préjugés, oubliez les comparaisons et les étiquettes, écoutez, tout simplement, mais écoutez vraiment.
mercredi 9 novembre 2011
Peter Knapp & Company - Carré d'As
Music Marketing Genius
Peter Knapp fait la promotion des artistes. C'est un génie du marketing musical (ce n'est pas moi qui le dis). Mais attention, c'est un bon génie, celui de la lampe merveilleuse des mille et une musiques. Avec lui, l'expression "Music Business" a un sens qui n'est pas péjoratif car Peter aime la musique et les artistes. J'avais déjà évoqué ici Emma Hill and her Gentlemen Callers et The Twilite Broadcasters. Je vais aujourd'hui vous présenter sommairement 4 autres disques, sur lesquels je reviendrai (sans doute) plus tard. Les voici, par ordre d'apparition dans ma boîte aux lettres...
Brian Ledford and the Cadillac Desert "From Sunlight Into Shadow"
Deuxième album de Brian Ledford, cette fois-ci avec son propre groupe, The Cadillac Desert. Quelques-un des meilleurs musiciens de la scène de Seattle sont au rendez-vous parmi lesquels le guitariste Matt Brown qui produit aussi l'album. Huit titres entre rock et country, qui plairont autant aux amateurs de Clash qu'à ceux des Flatlanders ou de Johnny Cash, nous emmènent dans un voyage musical où il est question d'amour et de rédemption, de trahison et de désespoir. À noter également la présence de Carla Torgenson, des Walkabouts.
Arty Hill "Another Lost Highway"
Arty Hill, entouré de ses Long Gone Daddys, n'est pas un nouveau venu mais c'est pour moi une belle découverte. Si vous cherchez quelqu'un qui sait préserver le côté traditionnel de la country music tout en y ajoutant une belle dose de modernité, si vous aimez le vrai honky-tonk (celui-qui se situe entre Johnny Cash - encore - et Jason Ringenberg), alors vous adorerez "Another Lost Highway", un disque qui fleure bon l'Amérique des grands espaces. À noter la présence émouvante, au dobro et à la lap steel, de Dave Giegerich, disparu en fin d'année 2010, pendant l'enregistrement.
The Steel Wheels "Live At Goose Creek"
Avec les Steel Wheels, on aborde un autre genre, qui va du blues au bluegrass, dans la tradition, finalement, des string-bands. Le groupe comporte quatre musiciens: Trent Wagler (voix, guitare, banjo), Jay Lapp (mandoline, guitares, voix), Brian Dickel (basse, voix) et Eric Brubaker (violon, voix). Après un album studio, le quatuor nous propose ici un enregistrement public dans lequel il donne sa pleine mesure. À leur sujet, on évoque des confrères comme les Avett Brothers, Old Crow Medicine Show, Gillian Welch, Darrell Scott. Ces références ne sont pas usurpées. La "musicienneté" du groupe est au top niveau et les compositions originales de Trent Wagler donnent à l'ensemble une dimension mélodique du meilleur aloi.
Boca Chica "Get Out Of Sin City"
Le titre de l'album fait penser à Gram Parsons, même si le "Sin City" de cet album n'a rien à voir avec celui des Burritos (en revanche, on retrouve une reprise de "Do Right Woman" qui figurait également au répertoire de ce groupe). Les chroniqueurs évoquent, à propos de Boca Chica une espèce de croisement entre Neil Young, tendance "Harvest", et Neko Case. Ce qui est certain, c'est qu'il se dégage de cet album une ambiance originale, au caractère hypnotique, qui envoûte rapidement l'auditeur. Le leader de ce groupe est une jeune femme, Hallie Pritts, qui compose huit des dix titres du disque. Pour l'anecdote, c'est Hallie qui m'avait fait découvrir Emma Hill dont elle était l'agent, il y a quelques mois, et je n'ai découvert qu'à la réception de ce "Get out Of Sin City", qu'lle était aussi une singer-songwriter de grand talent.
Ce carré d'as balaie la plus grande partie du spectre de ce qu'on appelle l'Americana. Chacun de ces albums est vivement conseillé, car le principal dénominateur commun en est une rare qualité. Laissez-vous tenter, le disque n'est pas mort, et l'on a ici une belle illustration du fait que, jamais sans doute, la production musicale n'a été aussi riche!
mardi 18 octobre 2011
John Prine - Flashback Blues
John Prine: The Singing Mailman Delivers
Un nouvel album de John Prine est un évènement, forcément. Même quand il a été enregistré il y a plus de 40 ans. Double disque, donc double joie à découvrir "The Singing Mailman Delivers".
Le premier CD a été enregistré en août 1970, John souhaitant à l'époque copyrighter les chansons qu'il interprétait sur scène, dans les studios d'une station de radio de Chicago (WFMT) a laquelle il avait donné une interview.
11 titres sont issus de cette session. 9 d'entre eux alimenteront les premiers albums de John chez Atlantic. Un autre ("Aw Heck") ne verra le jour que plus tard pour "Bruised Orange" et le dernier ("A Star, A Jewell, And A Hoax) restera inédit jusqu'à ce jour.
Quel plaisir de découvrir les premières versions de "Quiet Man", "Blue Umbrella" ou "Souvenirs"! Il y a encore "Hello In There", "Sam Stone" (intitulé alors "Great Society Conflict Veteran's Blues" - un titre digne des bootlegs de Dylan circa 1962), "Paradise", "Illegal Smile", "Flashback Blues", "The Frying Pan", "Sour Grapes".
Tout était déjà là. La maturité exceptionnelle de ce songwriter qui n'avait pas 24 ans étonne encore rétrospectivement.
Le second disque est un enregistrement public datant de novembre 1970, réalisé au 5th Peg de Chicago. John nous dit (expliquant par là-même le titre de l'album): "Je distribuais encore le courrier le jour et je chantais au Fifth Peg la nuit, trois fois par semaine". Il raconte aussi comment l'inspiration lui venait sur le chemin de ses tournées postales, par exemple en mangeant un sandwich dans un réduit où il s'abritait du vent glacial de Chicago.
Les treize titres de ce second disque nous montrent un John Prine qui aime déjà parler entre les chansons, comme il le fait encore en 2011. "Jusqu'à aujourd'hui, je parle toujours entre les chansons durant les concerts et je raconte beaucoup de versions différentes de ces histoires (toutes vraies!)".
Le répertoire est en partie le même que pour le disque studio (rappelons que "John Prine" - le premier album - ne paraîtra qu'en octobre 1971 - c'est son quarantième anniversaire) avec quelques additions intéressantes dont un medley de Hank Williams: "Hey Good Lookin' / Jambalaya (On The Bayou)".
L'exhumation de ces trésors enfouis (retrouvés parce que Fiona, l'épouse de John, lui avait demandé de vider le garage avant un déménagement) est un vrai bonheur. Et cela même si les fans du facteur chantant en connaissaient déjà la plupart puisqu'un "Live At The 5th Peg" (improprement nommé) était trouvable en téléchargement (gratuit et parfaitement illégal) sur le net. Il combinait, dans la dernière version rencontrée, la totalité des titres enregistrés en studio et 7 des morceaux live.
vendredi 14 octobre 2011
The Lost Pines: Austin Bluegrass
The Lost Pines - Sweet Honey
Le Texas est véritablement un état étonnant, en perpétuel bouillonement musical, du blues de Lightnin' Hopkins au folk de Townes Van Zandt, du rock de Calvin Russell au Texas-swing de Bob Wills en passant par le Tex-Mex ou le jazz.
Aujourd'hui c'est un groupe d'Austin, là où tout se passe, qui a retenu mon attention. The Lost Pines est un combo qui évolue dans le domaine du bluegrass, un genre qui n'est pas le plus représenté dans le Lone Star State.
Le groupe s'est formé autour de deux chanteurs-songwriters, Talia Bryce (formerly Talia Sekons) et ChristianWard (qui jouent respectivement du banjo et de la guitare), et d'un guitariste, Marc Lionetti.
Ils ont produit en 2008 un premier album ,"Middle Of The Morning", plutôt dans la lignée de Gillian Welch & David Rawlings, avant de recruter Brian Durkin à la basse, Jon Kamppainen au violon (parfois tenu pas Shawn Dean sur le disque) et Alex Rueb à la mandoline.
Leur nouvel album traduit une nette évolution vers un bluegrass qui n'est ni vraiment traditionnel, ni vraiment newgrass. C'est tout simplement du Texas-bluegrass dont les membres du groupe ont sans doute écrit ici la définition.
Petite précision: acune des membres n'est originaires du Texas. Talia vient de Manhattan, Marc du New Jersey et Christian de Caroline du Nord. Mais ils ont si bien digéré les différentes influences locales, humant l'air ambiant les oreilles grandes ouvertes, qu'ils sonnent comme s'ils avaient grandi dans les faubourgs d'Austin, nous proposant un ensemble de compositions originales (7 de Christian et 7 de Talia) qui sonnent - déjà - comme des classiques du genre.
Détail d'importance: le disque est produit par le sorcier local Lloyd Maines (ce qui est un joli signe de reconnaissance, une forme d'adoubement) qui ajoute son dobro (pas de pedal steel sur l'album) sur deux titres.
Voici ce que Lloyd dit d'eux: "Les Lost Pines abordent le bluegrass d'une façon légèrement différente. Je ne peux pas décrire ce qui est différent chez eux, je sais seulement qu'ils ont développé leur propre son et que c'est grand de les écouter. J'aime cela".
C'est en tout cas pour moi la révélation bluegrass de l'année, un groupe à l'avenir radieux.
Libellés :
Christian Ward,
Lloyd Maines,
Marc Lionetti,
Talia Bryce,
The Lost Pines
mercredi 24 août 2011
The Good Intentions de Liverpool à Los Angeles
The Good Intentions: Someone Else's Time
Boronda Records 00002
Il est parfois des apparences qui trompent. Lorsque j'ai reçu ce disque par la grâce de Peter Holmstedt et Hemifrån, j'étais persuadé de découvrir un groupe américain de plus, d'autant plus que les noms bien connus de Rick Shea (ancien compagnon de Dave Alvin au sein des Guilty Men, à la production et à divers instruments à cordes), David Jackson (basse et accordéon), Brantley Kearns (violon) ou Eric Brace (voix) me confortaient dans cette certitude
Que nenni! Le trio composé de R. Peter Davies, Gabrielle Monk et Francesco Roskell est en fait originaire de Liverpool, England et cet album est son deuxième.
Peu importe l'origine, c'est ici d'Americana qu'il est question et la route de Liverpool à Los Angeles a superbement été pavée par ces Bonnes Intentions. On est dans un ambiance acoustique à base de guitares, banjo et autoharpe. Onze ballades, toutes de la plume de R. Peter Davies nous font voyager dans une époque révolue, à l'image des photos sépia qui illustrent le livret.
Amateurs de la Carter Family, de Willian Welch & David Rawlings, de Barry & Holly Tashian, ce disque est pour vous. Il ne révolutionne certes rien mais vous accompagne simplement vers le temps de quelqu'un d'autre, un temps qui peut devenir le vôtre.
Libellés :
Eric Brace,
Hemifrån,
Peter Holmstedt,
Rick Shea,
The Good Intentions
mardi 23 août 2011
John Prine disque à disque - Bruised Orange (1978)
Voici la chronique de ce premier album de John Prine pour le label Asylum, telle qu'elle a été publiée dans le hors-série Crossroads "1976-1978 - 109 albums essentiels".
Si je ne devais retenir qu'un titre de "Bruised Orange", cinquième album de John Prine, ce serait sans doute le dernier, "The Hobo Song". Pour ses arrangements et son instrumentation; pour son "Hobo Chorus"; pour son texte et sa mélodie qui en font instantanément un classique du folk américain. Mais c'est peut-être le morceau le moins "prinien" de l'ensemble qui recèle bien d'autres trésors.
En 1975 était sorti le quatrième album de John sur Atlantic, "Common Sense", produit par Steve Cropper. Ce fut le premier à entrer dans le top 100 des charts, mais ce fut aussi le moins satisfaisant sur le plan artistique. Les compositions n'étaient pas en cause mais la production maison en altérait gravement l'esprit, plaçant John au milieu de la route, une route qu'il ne souhaitait pas suivre.
1978: notre homme plante un nouveau décor. Tout d'abord, un changement de label: John Prine quitte Atlantic pour Asylum, le petit label devenu grand qui laisse encore les artistes décider. Ensuite, un nouveau producteur, Steve Goodman, l'ami de toujours et un retour au pays. L'album est en effet enregistré entre janvier et mars à Chicago et non plus à Memphis et Los Angeles comme le précédent. Autre élément important, John Prine a cette fois pris son temps, évoluant dans son style, en particulier dans la concision de l'écriture, forgeant ce qui allait devenir sa marque de fabrique.
Dès les premières notes, on est aussi frappé par l'évolution du son, plus varié. Une première explication peut être trouvée dans la présence de Jim Rothermel. Ce magicien des instruments à bouche en tous genres, déjà entendu avec Steve Goodman, mais aussi avec Jesse Colin Young ou Van Morrison (dans "Veedon Fleece"), apporte des couleurs nouvelles et cela dès "Fish And Whistle" où il joue, précisément, du penny whistle. On le retrouvera plus loin au saxophone, à la clarinette, au recorder, intervenant toujours à propos, sans envahir.
D'une manière générale, et on peut en attribuer le mérite au producteur, il y a toujours cet équilibre entre une instrumentation relativement riche et des textes conçus pour être interprétés en public, avec une simple guitare acoustique. Jamais le message de l'auteur n'est masqué ou étouffé, bien au contraire. L'humour incisif et corrosif de John Prine n'a jamais trouvé un écrin qui lui convenait si bien. Car l'humour et l'ironie sont toujours présents, même dans ce qui pourrait être une chanson d'amour, "Aw Heck": "The cannibals can catch me / And fry me in a pan / Long as I got my woman". À noter que le titre du morceau n'existe que parce qu'il fallait bien une rime à "And put her loving arms around my neck"! Parler d'amour, oui, mais sans s'attendrir!
Humour toujours dans ce qui deviendra un pilier des concerts de John Prine, ce "That's The Way That The world Goes 'Round", qui déclenche l'hilarité du public, avec un sens de l'auto-dérision qui n'est pas si commun.
Sur le plan musical, il y a un relatif équilibre entre des ballades, jamais mièvres (à l'exception notable de "If You Don't Want My Love", coécrit avec Phil Spector) et les titres plus rythmés. Parmi les titres forts, il y a "Bruised Orange (Chain Of Sorrow)", petite réflexion philosophique sur la colère et son inutilité: "For a heart stained in anger / Grows weak and grows bitter / You become your own prisoner / As you watch yourself / Sit there / Wrapped up in a trap / Of your very own chain of sorrow". "Sabu Visits The Twin Cities Alone" décrit la solitude de l'artiste sur la route: une clarinette, un accordéon, une ambiance, une grande chanson avec quelques phrases magnifiques.
Et puis il y a "The Hobo Song", un modèle. Intrumentation sobre: guitare, harmonica, dobro et mandoline interviennent tour à tour, magnifiques. Le texte est en partie chanté, en partie récité, dégageant une poignante nostalgie que vient renforcer le "Hobo Chorus", un goupe d'amis et d'invités (parmi lesquels Ramblin' Jack Elliott, Jackson Browne et James Talley) reprenant en chœur ce refrain: "Please tell me where have the hobos gone to / I see no fire burning down by the rusty railroad track / Could it be that time has gone and left them / Tied up in life's eternal travelin sack". Constat désabusé de la disparition d'une certaine Amérique, celle de Woody Guthrie, celle des grands espaces, ce titre a un pouvoir évocateur sans pareil. Quand je l'entends, je vois la poussière soulevée par les talons du hobo qui poursuit son errance. C'est un morceau que j'écoute en boucle, à chaque fois. Un bien belle conclusion pour un album qui reste parmi les favoris des admirateurs de John Prine.
Titres:
1- Fish and whistle (John Prine)
2- There she goes (John Prine)
3- If you don't want my love (John Prine / Phil Spector)
4- That's the way that the world goes 'round (John Prine)
5- Bruised orange (Chain of sorrow) (John Prine)
6- Sabu visits the twin cities alone (John Prine)
7- Aw heck (John Prine)
8- Crooked piece of time (John Prine)
9- Iron ore Betty (John Prine)
10- The hobo song (John Prine)
Muisciens:
John Prine: vocals, acoustic guitar
Sid Sims:bass
Tom Radtke: drums, tambourine, percussion, finger cybal, handclaps
John Burns: electric guitar, background vocals, acoustic guitar, rhythm guitar
Jim Rothermel: penny whistle, alto sax, tenor recorder, soprano recorder, soprano sax, clarinet, tenor sax
Steve Goodman: background vocals, harmony vocal, acoustic guitar, electric guitar, rhythm guitar, handclaps
Len Dresslar: background vocals
Don Shelton: background vocals
Bob Bowker: background vocals
Leo LeBlanc: pedal steel guitar, Dobro
Corky Siegel: harmonica, piano
Bonnie Herman: background vocals
Jackson Browne: harmony vocals
Howard Levy: piano, accordian
Vicky Hubly: background vocals
Kitty Haywood: background vocals
Alan Barcus: strings
Diane Holmes: background vocals
Mike Utley : organ, piano
Bonnie Koloc: harmony vocal
Bob Hoban: piano
Harry Waller: handclaps
Mike Jordan : handclaps
Steve Rodby: acoustic bass
Sam Bush: electric guitar
Jethro Burns: mandolin
Hobo Chorus: Dan Cronin, Ramblin' Jack Elliott, John Burns, Bryan Bowers, Sam Bush, John Cowan, Jethro Burns, Fred Holstein, Steve Goodman, Harry Waller, Mike Jordan, Tom Hanson, Hank Neuberger, Tom Radtke, Jim Rothermel, Sid Sims, Earl Pionke, James Talley, Ed Holstein, Aldo Botalla, Mike Urschel, James McNamara, David Prine, Al Bunetta, Tyler Wilson, Bob Hoban, Jackson Browne, Tim Messer
Si je ne devais retenir qu'un titre de "Bruised Orange", cinquième album de John Prine, ce serait sans doute le dernier, "The Hobo Song". Pour ses arrangements et son instrumentation; pour son "Hobo Chorus"; pour son texte et sa mélodie qui en font instantanément un classique du folk américain. Mais c'est peut-être le morceau le moins "prinien" de l'ensemble qui recèle bien d'autres trésors.
En 1975 était sorti le quatrième album de John sur Atlantic, "Common Sense", produit par Steve Cropper. Ce fut le premier à entrer dans le top 100 des charts, mais ce fut aussi le moins satisfaisant sur le plan artistique. Les compositions n'étaient pas en cause mais la production maison en altérait gravement l'esprit, plaçant John au milieu de la route, une route qu'il ne souhaitait pas suivre.
1978: notre homme plante un nouveau décor. Tout d'abord, un changement de label: John Prine quitte Atlantic pour Asylum, le petit label devenu grand qui laisse encore les artistes décider. Ensuite, un nouveau producteur, Steve Goodman, l'ami de toujours et un retour au pays. L'album est en effet enregistré entre janvier et mars à Chicago et non plus à Memphis et Los Angeles comme le précédent. Autre élément important, John Prine a cette fois pris son temps, évoluant dans son style, en particulier dans la concision de l'écriture, forgeant ce qui allait devenir sa marque de fabrique.
Dès les premières notes, on est aussi frappé par l'évolution du son, plus varié. Une première explication peut être trouvée dans la présence de Jim Rothermel. Ce magicien des instruments à bouche en tous genres, déjà entendu avec Steve Goodman, mais aussi avec Jesse Colin Young ou Van Morrison (dans "Veedon Fleece"), apporte des couleurs nouvelles et cela dès "Fish And Whistle" où il joue, précisément, du penny whistle. On le retrouvera plus loin au saxophone, à la clarinette, au recorder, intervenant toujours à propos, sans envahir.
D'une manière générale, et on peut en attribuer le mérite au producteur, il y a toujours cet équilibre entre une instrumentation relativement riche et des textes conçus pour être interprétés en public, avec une simple guitare acoustique. Jamais le message de l'auteur n'est masqué ou étouffé, bien au contraire. L'humour incisif et corrosif de John Prine n'a jamais trouvé un écrin qui lui convenait si bien. Car l'humour et l'ironie sont toujours présents, même dans ce qui pourrait être une chanson d'amour, "Aw Heck": "The cannibals can catch me / And fry me in a pan / Long as I got my woman". À noter que le titre du morceau n'existe que parce qu'il fallait bien une rime à "And put her loving arms around my neck"! Parler d'amour, oui, mais sans s'attendrir!
Humour toujours dans ce qui deviendra un pilier des concerts de John Prine, ce "That's The Way That The world Goes 'Round", qui déclenche l'hilarité du public, avec un sens de l'auto-dérision qui n'est pas si commun.
Sur le plan musical, il y a un relatif équilibre entre des ballades, jamais mièvres (à l'exception notable de "If You Don't Want My Love", coécrit avec Phil Spector) et les titres plus rythmés. Parmi les titres forts, il y a "Bruised Orange (Chain Of Sorrow)", petite réflexion philosophique sur la colère et son inutilité: "For a heart stained in anger / Grows weak and grows bitter / You become your own prisoner / As you watch yourself / Sit there / Wrapped up in a trap / Of your very own chain of sorrow". "Sabu Visits The Twin Cities Alone" décrit la solitude de l'artiste sur la route: une clarinette, un accordéon, une ambiance, une grande chanson avec quelques phrases magnifiques.
Et puis il y a "The Hobo Song", un modèle. Intrumentation sobre: guitare, harmonica, dobro et mandoline interviennent tour à tour, magnifiques. Le texte est en partie chanté, en partie récité, dégageant une poignante nostalgie que vient renforcer le "Hobo Chorus", un goupe d'amis et d'invités (parmi lesquels Ramblin' Jack Elliott, Jackson Browne et James Talley) reprenant en chœur ce refrain: "Please tell me where have the hobos gone to / I see no fire burning down by the rusty railroad track / Could it be that time has gone and left them / Tied up in life's eternal travelin sack". Constat désabusé de la disparition d'une certaine Amérique, celle de Woody Guthrie, celle des grands espaces, ce titre a un pouvoir évocateur sans pareil. Quand je l'entends, je vois la poussière soulevée par les talons du hobo qui poursuit son errance. C'est un morceau que j'écoute en boucle, à chaque fois. Un bien belle conclusion pour un album qui reste parmi les favoris des admirateurs de John Prine.
Titres:
1- Fish and whistle (John Prine)
2- There she goes (John Prine)
3- If you don't want my love (John Prine / Phil Spector)
4- That's the way that the world goes 'round (John Prine)
5- Bruised orange (Chain of sorrow) (John Prine)
6- Sabu visits the twin cities alone (John Prine)
7- Aw heck (John Prine)
8- Crooked piece of time (John Prine)
9- Iron ore Betty (John Prine)
10- The hobo song (John Prine)
Muisciens:
John Prine: vocals, acoustic guitar
Sid Sims:bass
Tom Radtke: drums, tambourine, percussion, finger cybal, handclaps
John Burns: electric guitar, background vocals, acoustic guitar, rhythm guitar
Jim Rothermel: penny whistle, alto sax, tenor recorder, soprano recorder, soprano sax, clarinet, tenor sax
Steve Goodman: background vocals, harmony vocal, acoustic guitar, electric guitar, rhythm guitar, handclaps
Len Dresslar: background vocals
Don Shelton: background vocals
Bob Bowker: background vocals
Leo LeBlanc: pedal steel guitar, Dobro
Corky Siegel: harmonica, piano
Bonnie Herman: background vocals
Jackson Browne: harmony vocals
Howard Levy: piano, accordian
Vicky Hubly: background vocals
Kitty Haywood: background vocals
Alan Barcus: strings
Diane Holmes: background vocals
Mike Utley : organ, piano
Bonnie Koloc: harmony vocal
Bob Hoban: piano
Harry Waller: handclaps
Mike Jordan : handclaps
Steve Rodby: acoustic bass
Sam Bush: electric guitar
Jethro Burns: mandolin
Hobo Chorus: Dan Cronin, Ramblin' Jack Elliott, John Burns, Bryan Bowers, Sam Bush, John Cowan, Jethro Burns, Fred Holstein, Steve Goodman, Harry Waller, Mike Jordan, Tom Hanson, Hank Neuberger, Tom Radtke, Jim Rothermel, Sid Sims, Earl Pionke, James Talley, Ed Holstein, Aldo Botalla, Mike Urschel, James McNamara, David Prine, Al Bunetta, Tyler Wilson, Bob Hoban, Jackson Browne, Tim Messer
Libellés :
Bruised Orange,
John Prine,
Steve Goodman
samedi 20 août 2011
John Prine disque à disque - Common Sense (1975)
Disons le tout net. "Common Sense" n'est pas le meilleur album de John Prine. J'avais écrit que "Sweet Revenge" marquait la fin d'un cycle mais cette nouvelle livraison ne constitue pas le début d'une nouvelle période. C'est tout au plus une parenthèse, peut-être un disque résultant d'obligations contractuelles envers Atlantic. Et puis, en face, il y a l'émergence d'un autre nouveau Dylan (ils ont eu cette même étiquette à leurs débuts) du nom de Bruce Springsteen. Mais John n'est et ne sera jamais que Prine, et c'est déjà beaucoup.
L'inspiration semble absente, John semble avoir épuisé la mine qui avait fourni le matériel de ses trois premiers albums. Bien sûr, il y a encore quelques perles (qui d'autre aurait pu intituler une chanson "Come Back To Us Barbara Lewis Hare Krishna Beauregard"?) et, à y écouter de plus près, on se rend compte que ce disque aurait pu être meilleur, en rectifiant quelques détails.
Le gros point noir, en fait, est la production. Le pourtant très respectable Steve Cropper a été désigné (commis d'office?) par la maison mère, et c'est sans doute là où le bât blesse le plus. Steve a tenté de donner à l'ensemble un côté pop-funk à visées commerciale qui ne sied guère à notre songwriter favori (le mien en tout cas). Là où Arif MArdin avait réussi à saisir l'esprit de l'artiste, Cropper passe à côté.
Cela écrit, un disque moyen de John Prine vole néanmoins bien au-dessus de nombre des oeuvres contemporaines. Mais la même année sont parus "Blood On The Tracks" et "Born To Run", deux des albums majeurs de la décennie (et même du vingtième siècle), alors...
Mais ne boudons pas notre plaisir, et écoutons sans retenue "He Was In Heaven Before He Died, "Wedding Day In Funeralville", ou pur John Prine, ou la reprise de "You Never Can Tell" de Chuck Berry
1- Middle man (John Prine)
2- Common sense (John Prine)
3- Come back to us Barbara Lewis Hare Krishna Beauregard (John Prine)
4- Wedding day in Funeralville (John Prine)
5- Way down (John Prine)
6- My own best friend (John Prine)
7- Forbidden Jimmy (John Prine)
8- Saddle in the rain (John Prine)
9- That close to you (John Prine)
10- He was in heaven before he died (John Prine)
11- You never can tell (Chuck Berry).
Avec, par ordre d'entrée en disque:
John Prine: Vocals
Peter Bunetta: Drums, Background Vocals
Tommy Cathey: Bass
James Brown: Piano, Organ
Steve Goodman: Acoustic Guitar, Electric Guitar
Wayne Jackson, Andrew Love, Jack Hale, James Mitchell, Lewis Collins: Horns
Larry Muhoberac: Piano
Rick Vito: Electric Guitar, Slide Guitar
Paul Cannon: Electric Guitar
Leo LeBlanc: Steel Guitar
Jackson Browne: Background Vocals
John David Souther: Background Vocals
Glenn Frey: Background Vocals, Electric Guitar
Carl Marsh: String Arrangements
Bonnie Raitt: Harmony Vocals
Herb Pedersen: Background Vocals
Donald "Duck" Dunn: Bass
Alan Hand: Piano, Background Vocals
Mailto Correa: Congas & Percussion
Brooks Hunnicut: Background Vocals
Pat Coulter: Background Vocals
Gwenn Edwards: Background Vocals
Steve Cropper: Electric Guitar
Jim Horn, Chuck Findley, Jackie Kelson: Horns
Steve Spear: Bass
Danny Cronin: Background Vocals
Greg Jackson: Background Vocals
Al Bunetta: Background Vocals
Libellés :
Common Sense,
John Prine
Suzy Bogguss: le coup de cœur de l'été
Suzy Bogguss - American Folk Songbook
Loyal Dutchess Records LDR 1006
Quand elle ne chante pas au sein de Wine, Women & Song avec Matraca Berg et Gretchen Peters, Suzy Bogguss enregistre des disques en solo. Son dernier, "Sweet Danger", paru en 2005, nous a une fois de plus démontré qu'elle fait partie des grandes et belles voix de l'Amérique.
Cette voix, elle la met au service du répertoire traditionnel de son pays, réinterprétant à sa façon quelques-uns de titres les plus célèbres: "Wildwood Flower", "Banks Of The Ohio", "Shady Grove", "Shenandoah", "Wayfaring Stranger", "Beautiful Dreamer"... 17 titres en tout nous sont ainsi offerts, pour notre plaisir, un plaisir qui naît de celui que Suzy a manifestement éprouvé en les chantant.
À ses côtés, quelques grands noms comme Pat Bergeson, Stuart Duncan, Charlie Chadwick, Jeff Taylor,sans oublier Doug Crider (son mari) et Gretchen & Matraca. Quoique non crédité sur le disque, Jerry Douglas est présent et son dobro magique enchante "Banks Of The Ohio".
Un livre accompagne le disque 96 pages, il propose les partitions et les textes ainsi que l'histoire de de chaque chanson.
On peut acheter (ou se faire offrir) le CD et le livre, ou le CD seulement ou le livre seulement (ou même aucun des deux si l'on veut se contenter d'un téléchargement). On peut commander ici.
C'est frais, c'est beau, et c'est hautement recommandé.
Libellés :
Doug Crider,
Gretchen Peters,
Matraca Berg,
Suzy Bogguss
mercredi 10 août 2011
Le scandale Boone Creek
Boone Creek
(Rounder Records 0081 - © 1977)
En 1977, Ricky Skaggs était encore tout jeune, à peine 23 ans. Il avait pourtant déjà une belle carrière derrière lui, jugez en: il avait fait partie des Clinch Mountain Boys de Ralph Stanley,des Country Gentlemen et du New South de J.D. Crowe, sans oublier le duo précoce qu'il formait avec le regretté Keith Whitley. Il avait également publié en 1975 un album solo, "That's It!", essentiellement instrumental puisque seul trois titres étaient chantés. Un par Ricky, un par daddy Hobert et un par mummy Dorothy.
Je connaissais Ricky par ses participations aux albums d'Emmylou Harris et son appartenance à son Hot Band, lorsqu'un jour de septembre 1979 je découvris, dans un magasin depuis longtemps défunt de Châlons sur Marne (ville également disparue puisqu'elle a depuis été rebaptisée Châlons en Champagne) un disque (paru deux ans plus tôt) dont l'illustration est reproduite ci-dessus. Un nom inconnu (rappelez vous, c'était une vingtaine d'années avant la véritable explosion d'internet), quatre visages, c'était tout.
Heureusement, il y avait beaucoup de lecture au verso. Le temps magique des 33 tours en vinyle nous offrait cette possibilité: lire les disques avant de les acheter et de les écouter. Les visages avaient des noms: Ricky Skaggs, Wes Golding, Jerry Douglas et Terry Baucom. Inutile de préciser que "Boone Creek" ne resta pas en rayon une minute de plus!
Ainsi donc, Ricky Skaggs n'était pas qu'un sideman, un mandoliniste et violoniste hors pair (qui démontra par la suite son habilité à bien d'autres instruments) et un vocaliste ténor dans la lignée des plus grands, à comencer par Maître Bill. Il était aussi un chef de bande qui partageait ici le leadership vocal avec Wes Golding.
C'était pour moi, néophite en bluegrass, une véritable révélation, comme l'était celle de l'immense talent, jamais démenti depuis, de l'as du Dobro, Jerry "Flux" Douglas.
Douze titres plus tard, partagés entre traditionnels, compositions originales (de Wes Golding) et reprises (Bill Monroe, Lester Flatt, Harry McAulife, Ruby Rakes), j'étais convaincu d'avoir découvert un très grand groupe de bluegrass moderne. Je le pense toujours.
En 1978, Boone Creek publia chez Sugar Hill un second album, "One Way Track", également excellent. Et puis Ricky partit chez Emmylou à plein temps, la belle aventure prit donc fin.
Mais, car il y a un "mais", je dois dénoncer ici un véritable scandale. Si le "sophomore album" a été réédité en CD en 1991 par Sugar Hill, enrichi de trois titres bonus live (dont "Paradise" de John Prine), Rounder Records n'a jamais daigné en faire autant pour le trésor qui dort dans ses tiroirs.
Bien sûr, la technologie a permis à l'heureux possesseur du précieux vinyle que je suis de le "ripper" sur un CD-ROM,mais je pense à tous ceux qui n'ont pas la même chance.
Alors, Monsieur Rounder, puisque je sais que tu me lis assidûment, fais un effort. J'en ferai un aussi, et je me fendrai avec plaisir de 20$!
Libellés :
Boone Creek,
Jerry Douglas,
Ricky Skaggs,
Rounder Records,
Terry Baucom,
Wes Golding
lundi 8 août 2011
Jim Lauderdale: Bluegrass DeLuxe
Jim Lauderdale - Reason and Rhyme
Bluegrass Songs by Robert Hunter & Jim Lauderdale
(Sugar Hill Records SUG-CD-4070)
Jim Lauderdale est un grand songwriter. Mais pas seulement. En qualité d'interprète, il a une vingtaine d'albums à son actif, en solo, mais aussi avec Ralph Stanley & The Clinch Mountain Boys (2 disques) ou Donna & The Buffalo.
Il s'est souvent associé pour le songwriting avec une autre légende, l'ex-partenaire de Jerry Garcia, Robert Hunter (dont nous n'oublierons pas qu'il a aussi produit quelques beaux albums sous son nom dont "Tales Of The Great Rum Runners" en 1974 et "Tiger Rose" en 1975).
Ensemble, en plus de qelques collaborations occasionnelles, ils ont déjà co-écrit deux albums entiers: "Headed For The Hills", en 2004, avec au générique un casting des plus prestigieux, et "Patchwork River" en 2010.
Pour leur troisième travail commun, Jim et Robert ont enrichi le répertoire bluegrass de onze joyaux supplémentaires. Rien à dire sur ce qui nous est ici proposé. mélodies, textes, tout est frappé au sceau de la classe. C'est du grand art, tout simplement.
Et pour servir au mieux ce menu de fin gourmet, nos deux chefs de rang ont enveloppé la voix de velours de Jim d'un enrobage confectionné par quelques maîtres en la matière: Mike Compton (mandoline), Jay Weaver (basse), Scott Vestal (banjo), Tim Crouch (violon), Clay Hess (resonator et harmonies), sans oublier la participation vocale d'Ashley Brown sur "Don't Tempt The Devil (With Your Love)".
What else? Rien! Je me tais et vous écoutez...
Libellés :
Ashley Brown,
Clay Hess,
Grateful Dead,
Jay Weaver,
Jim Lauderdale,
Mike Compton,
Robert Hunter,
Scott Vestal,
Tim Crouch
lundi 1 août 2011
Donna Ulisse: Singer, Songwriter, Bluegrass Poet
Donna Ulisse – An Easy Climb
Hadley Music Group HMG1007
Les fidèles (et nostalgiques) lecteurs de Xroads s'en souviennent peut-être. Les amateurs de bluegrass aussi. Ceux qui cumulent les deux qualités ne peuvent pas avoir oublié mes chroniques élogieuses, voir dithyrambiques, des deux albums de Donna Ulisse parus respectivement en 2009 (Walk This Mountain Down", Xroads #21) et en 2010 ("Holy Waters", Xroads #21). Les autres pourront se rafraîchir la mémoire en consultant les archives de ce blog.
Donna aime écrire, elle aime chanter, elle aime se produire en public avec son groupe "The Poor Mountain Boys". Alors elle écrit, elle enregistre, elle donne des concerts et nous offre des albums au rythme d'une livraison annuelle. Elle aime aussi la musique et les musiciens qui l'accompagnent, et surtout celui qui partage sa vie.
"An Easy Climb" est son quatrième album, de bluegrass au moins, car il ne faut pas oublier sa première tentative en qualité de chanteuse country pour un disque, "Trouble At The Door", paru en 1991, qui, quoi que fort honorable, ne correspond plus vraiment à ce que Donna est aujourd'hui.
On dit communément qu'on ne change pas une équipe qui gagne, alors Donna ne change rien, ou si peu. Et elle gagne encore.
Il est vrai que les musiciens qui l'entourent sont tous des maîtres dans leur art: Scott Vestal (banjo), Andy Leftwich (mandoline et violon) Viktor Krauss (basse), Rob Ickes (dobro), sans oublier le producteur magique, Keith Sewell (guitare et harmonies). Et je garde pour la bonne bouche l'être aimé, Rick Stanley, aussi modeste que son nom est célèbre, toujours présent pour quelques harmonies vocales, sans oublier une inspiration et un soutien sans faille.
Et Rick ne se contente pas de cela, il co-écrit avec Donna cinq des treize titres de l'album. Marc Rossi (un autre grand nom du songwriting bluegrass, écoutez pour vous en convaincre la mélodie de "Her Heart Is A Stone Hard Ground", admirablement soulignée par le dobro de Rob Ickes) en fait autant. Au final, moi qui étais décidé à modérer mon enthousiasme, je me retrouve désarmé lorsqu'il s'agit de trouver un point faible à l'ensemble. Manque d'objectivité ou qualité de l'enregistrement? Sans doute un peu de deux.
Et c'est ainsi que je m'émerveille encore une fois devant la maîtrise sans cesse plus grande de l'écriture de Donna. Que je suis ébloui par le jeu des différents intervenants, par la complicité et la complémentarité qui règne entre eux. Andy Leftwich, en particulier, au violon comme à la mandoline, ajoute encore une couleur musicale supplémentaire à l'œuvre, transformant en arc-en-ciel un album qui commence par "Let It Rain". Et Donna chante toujours aussi bien...
Mais comme je suis quelqu'un d'exigeant, malgé tout, je voudrais terminer par une requête qui s'adresse aussi bien à Madame et Monsieur Stanley, Donna & Rick, qu'à leur A&R, Kathy Sacra-Anderson (chez Hadley Music Group). Compte tenu de ce que l'on entend dans certains titres de "An Easy Climb" ("Where The Cold Wind Blows", "Banks Of Roane River"), pourquoi n'envisagez-vous pas un album de ballades en duo, husband & wife, un peu dans l'esprit de ce que font Barry & Holly Tashian? Après avoir apporté un grand bol d'air frais au bluegrass, vous aideriez la country music, qui en a davantage besoin, à se régénérer un peu. Une prompte réponse de votre part m'agréerait (Kathy, je sais que vous lisez le Français)…
PS – autre requête: MM. Les organisateurs du Festival Bluegrass de La Roche-sur-Foron, si vous me lisez (dans le cas contraire, je sais que le mesage vous arrivera quand même), invitez Donna & The Poor Mountain Boys, je promets de faire le déplacement (non, pas à pied, quand même). Je sais qu'elle serait ravie de se produire en France. Après tout, Donna et les garçons reviennent bien d'une tournée triomphale en Russie!
TRANSLATION
Regular (and nostalgic) readers of Xroads may remember. Bluegrass fans too. Those who belong to both categories can't have forgotten my reviews full of praise, almost dithyrambic, of last two Donna Ulisse's album released in 2009 ("Walk This Mountain Down", Xroads #21) and 2010 ("Holy Waters", Xroads #21). Others may refresh their memory by going to this blog's archives.
Donna loves writing, singing, doing shows with her group "The Poor Mountain Boys". So she sings, she records, she gives shows and offers us albums, one every year. She also loves music and the musicians who play with her, especially the one who shares her life.
"An Easy Climb" is her fourth album, at least of bluegrass kind, because we won't forget her first attempt as a country singer for a disc, "Trouble At The Door", dating from 1991. It was very estimable, but doesn't looks like today's Donna Ulisse.
We use to say that a winning team must not be changed. So Donna changes nothing, or so few. And she wins again.
The fact is that the musicians featured here are all true masters masters of their art: Scott Vestal (banjo), Andy Leftwich (mandolin and fiddle) Viktor Krauss (bass), Rob Ickes (dobro), without forgetting the magic producer, Keith Sewell (guitar and harmonies). And I keep for the end the beloved man, Rick Stanley, as humble as his name is famous, always here for some harmonies, as well as inspiration and permanent support.
And that's not all, he co-writes with Donna five of the album's thirteen tracks . Marc Rossi (another great name of bluegrass songwriting – if you need to be convinced, listen to the melody of "Her Heart Is A Stone Hard Ground", beautifully underlined by Rob Ickes's dobro) does the same. In the end, though I was determined to soften my enthusiasm, I was disarmed when I needed to find a weak point. Was it my lack of objectivity or the CD's quality? Probably a few of both.
And so I'm once again amazed by Donna's ever growing songwriting mastery. I'm starry-eyed about the musicians' playing, their complementary connivence. Andy Leftwich, especially, on mandolin as on fiddle, adds an extra musical colour to the opus, turning into a rainbow an album that begins with "Let It Rain". And Donna still sings so beautifully...
But as I'm a very demanding person, I nevertheless have a request, as well for Mrs. and Mr. Stanley as for their A&R (Kathy Sacra-Anderson (courtesy of Hadley Music Group). If we consider what we hear on some tracks of "An Easy Climb" ("Where The Cold Wind Blows", "Banks Of Roane River"), why don't you plan a duet ballads' album, husband a wife, in the vein of what Barry & Holly Tashian do. After having brought a lot of fresh air to bluegrass, you could help country music, much more in need, to regenerate. A quick answer would be appreciated (Kathy, I know you can read French).
PS – another request for the bookers of La Roche-sur-Foron Bluegrass Festival, if you read me (if no, I know someone will carry the message to you), add Donna & the Poor Mountain Bots to your next program, I promise to come (I won't go by foot, don't ask me that…). I know she would be happy to play in France. After all, Donna and the boys have just come back from a successful tour in Russia.
The Twilite Broadcasters – Trente minutes de plaisir
The Twilite Broadcasters: The Trail Of Time
The Twilite Boadcasters, c'est deux hommes: Adam Tanner (mandoline, violon et voix) et Mark Jackson (guitare et voix). Ils se produisent ensemble depuis fin 2008 et "The Trail Of Time" est leur deuxième album.
Dans l'esprit des string bands, ils nous proposent une formule simple et efficace: harmonies à deux voix et instruments acoustiques (ils sont sur ce disque renforcés par le seul Duane Anderson, à la basse sur cinq des douze titres).
Quelques semaines après Cahalen Morrison & Eli West (et le superbe "The Holy Coming Of The Storm"), ils sont pour moi une belle découverte, due cette fois à Hallie Pritts et Peter Knapp (Peter Knapp & Company).
Leur musique est inspirée directement par les Louvin Brothers et Bill Monroe, ou par ceux qui ont régalé leurs oreilles dans leur jeunesse pas si lointaine, comme David Grisman (pour Adam), Bill Monroe, les Stanley Brothers ou la Carter Family (pour Mark).
Si je devais chroniquer ce disque en quelques mots, je dirais simplement que les Twilite Broadcasters nous offrent trente minutes de bonheur et de plaisir partagés.
Alternant instrumentaux et titres aux harmonies quasi-fraternelles, Adam et Mark nous entraînent dans un voyage aux sources de la tradition musicale américaine. C'est l'Americana au sens premier du mot, celui qui est à l'origine de baucoup de courants actuels.
La Carter Family, les Louvin Brothers, Bill et Charlie Monroe, les Delmore Brothers, Arthur Smith et même Hank Willams retrouvent une jeunesse et une fraîcheur rarement égalées ainsi qu'en témoignent notamment "Weary Blues From Waiting" et "I can't Keep You In Love With Me".
Les instrumentaux, comme "North Buncombe Gallop" (seule composition originale) ou "Fiddler's Dream" démontrent une compétence aux frontières de la virtuosité qui ne bascule jamais dans la démonstration gratuite.
On imagine aisément, à l'écoute de ce disque, l'ambiance qui doit régner lors des prestations scéniques du duo, et l'on peut espérer (sans trop y croire cependant) qu'ils nous rendront une petite visite si jamais l'idée leur vient de traverser l'océan.
En attendant, nous avons "The Trail Of time" pour nous régaler, et c'est déjà mieux que bien.
Libellés :
Adam Tanner,
Hallie Pritts,
Mark Jackson,
Peter Knapp,
The Twilite Broadcasters
jeudi 28 juillet 2011
Lucky Greg
Greg Jacobs – Lucky (live)
Blue Door Records
Si j'ai découvert Greg Jacobs un peu par hasard, naviguant de lien en lien sur le web un jour de 2007, c'est d'abord parce que j'ai lu qu'il était un fan de John Prine, visa suffisant (mais pas nécessaire) pour entrer dans mon univers avec un a priori favorable. Greg l'explique lui-même: « Au début, j'ai beaucoup interprété Bob Dylan mais celui qui m'a vraiment motivé est John Prine. J'étais le jukebox John Prine. Un jour, je l'ai rencontré et lui ai dit que je jouais vingt-six de ses chansons. Il m'a regardé et m'a répondu: "vraiment, moi je n'en joue que vingt-deux". Je n'oublierai jamais cela ».
Originaire de Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs comprit rapidement qu'il n'était pas fait pour le système nashvillien auquel tout songwriter au répertoire plus ou moins teinté de country est tenté de se confronter. Il migra vers la ville de Stillwater, foyer bourgeonnant de musiciens de talent parmi lesquels Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers et même, à une époque, un certain Garth Brooks. C'est la scène "Red Dirt", une des plus fertiles et talentueuses de l'époque, où l'on croise aussi des gens comme Monica Taylor (particulièrement recommandée) ou Jimmy Karstein (fidèle accompagnateur de J.J. Cale, Okie lui aussi).
Après trois albums studio qui le classent parmi les meilleurs songwriters de l'Oklahoma et des environs, le trop rare Greg Jacobs publie "Lucky", enregistré en trois endroits différents entre juin et octobre 2009. Neuf des dix-sept titres ont été enregistrés à Oklahoma City, au Blue Door de Greg Johnson, qui est devenu depuis quelques années un véritable temple de la musique acoustique.
"Lucky" est pour moi l'exemple de ce que doit être un album enregistré en public. Ce n'est pas seulement un "best of live" dans lequel l'artiste se contente de répéter ses titres les plus connus. Cela n'est pas dans la philosophie de Greg qui a choisi une fois pour toute les critères d'envie et de plaisir pour guider sa carrière.
Bien sûr, il interprète ici ses compositions les plus connues ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town", "Farmer's Luck", "Okie Wind") mais en leur donnant une nouvelle vie. Et, à cet égard, il faut louer le rôle joué par les accompagnateurs: Travis Linville au dobro et à la guitare acousique lead, Terry "Buffalo" Ware à la guitare électrique et John Fullbtright à l'accordéon (et à la guitare acoustique lead sur un titre) servent à merveille les compositions mid-tempo de Greg, auxquelles la voix douce de l'artiste confère un sentiment d'intimité parfaite avec l'auditeur.
L'association dobro / accordéon est particulièrement appréciable, que ce soit sur des titres connus ou sur les nouvelles chansons que sont "Eyes Of A Child", "Here To Tulsa" (co-composé avec Susan Herndon et John Fullbright, deux noms à retenir) ou "C Chord". Ces nouveaux titres sont plus qu'une valeur ajoutée à l'album, ils en sont la véritable raison d'être.
"C Chord" est pour moi le sommet de l'album. Ce titre est dédié à Bob Childers, l'ami, le modèle, disparu en 2008. Bob Childers était la figure de proue de cette "Red Dirt scene" d'Oklahoma. Tous s'en réclament aujourd'hui et Greg l'évoque ici avec une force émotionnelle rare. " Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Bob Childers que Greg imagine au paradis, tout près de Woody Guthrie, frappant son fameux accord en mi avec un sourire bienveillant.
Ce seul titre suffirait à justifier l'acquisition du disque, mais l'ensemble (plus de soixante-huit minutes) est de très haut niveau. Un niveau auquel se situe Greg Jacobs, digne de ses modèles, et à qui il ne manque qu'une reconnaissance plus large.
Quelques liens utiles:
Rappel discographique:
"South Of Muskogee Town " (1997, Binky Records)
"Look At Love" (1999, Binky Records)
"Reclining With Age" (2001, Binky Records)
I tried a translation. Forgive my mistakes...
After three studio albums that revealed him as one of the best songwriters in and aroundOklahoma , the too rare Greg Jacobs is now releasing "Lucky", recorded in three different venues between June and October 2009. Nine of the seventeen tracks were recorded in Oklahoma City , in Greg Johnson's Blue Door, now a real temple for acoustic music.
The association between Dobro and accordion is especially noticeable, on the older tracks as on the new ones: "Eyes Of A Child", "Here ToTulsa " (co-written with Susan Herndon and John Fullbright, two promising artists) or "C Chord". The new songs are more than a value added to the album. They are its real reason of being
"C Chord" is for me the highlight of the CD. This track is dedicated to Bob Childers, a friend as well an example, who died in 2008. Bob Childers was the leader of this "Red Dirt scene" ofOklahoma . Everybody there claims his heritage today and Greg evokes him with a rarely equalled emotional strength. "Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Greg imagines Bob Childers in Heaven, near Woody Guthrie, strumming his famous C-Chord with a friendly smile.
This track alone would justify the acquisition of the disc, but everything (more than sixty-eight minutes) is at the same high level. It's the level where Greg Jacobs stands, the level of his models, Bob and John. Only a wider recognition is missing now.
I tried a translation. Forgive my mistakes...
If I discovered Greg Jacobs almost by accident, browsing from link to link on the web some day of 2007, it's mostly because I read that he was a John Prine fan, enough (but not necessary) to step into my universe with a positive opinion. As Greg himself explains: « Starting out, I played a lot of Bob Dylan, but what really got me going was John Prine. I was the John Prine jukebox. I met him once and told him 'I'm your biggest fan, I play twenty six of your songs' and he looked at me and said, "Really, I only play twenty two.' I'll never forget that". ».
Coming from Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs quickly understood that he was not made for the Nashville system, necessary passage for every songwriter whose repertoire is more or less country flavoured. He moved to Stillwater , home of many a talent: Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers and even, at some time, Garth Brooks. It's "the Red Dirt scene", one of the most fertile and talented of the time, where we can also meet people like Monica Taylor (highly recommended) or Jimmy Karstein (faithful sideman of another Okie, J.J. Cale).
After three studio albums that revealed him as one of the best songwriters in and around
"Lucky" is, from my point of view, the perfect example of what a live album should be. It's not only a live best-of where the artist simply repeats his most famous tracks. It's not in Greg's philosophy, as he definitively chose to let only envy and pleasure guide his career.
Of course, he performs here his most known compositions ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town ", "Farmer's Luck", "Okie Wind") but he gives them a new life. It's important here to insist on the role of the sidemen: Travis Linville on Dobro and lead acoustic guitar, Terry "Buffalo " Ware on electric guitar and John Fullbtright on accordion (and lead acoustic guitar on one track) perfectly serve Greg's mid-tempo compositions; the sweet voice of the artist provides a real feeling of intimacy with the listener.
The association between Dobro and accordion is especially noticeable, on the older tracks as on the new ones: "Eyes Of A Child", "Here To
"C Chord" is for me the highlight of the CD. This track is dedicated to Bob Childers, a friend as well an example, who died in 2008. Bob Childers was the leader of this "Red Dirt scene" of
This track alone would justify the acquisition of the disc, but everything (more than sixty-eight minutes) is at the same high level. It's the level where Greg Jacobs stands, the level of his models, Bob and John. Only a wider recognition is missing now.
Libellés :
blue door,
bob childers,
greg jacobs,
red dirt scene
Inscription à :
Messages (Atom)



































