jeudi 28 juillet 2011

Lucky Greg

Greg Jacobs – Lucky (live)
Blue Door Records


Si j'ai découvert Greg Jacobs un peu par hasard, naviguant de lien en lien sur le web un jour de 2007, c'est d'abord parce que j'ai lu qu'il était un fan de John Prine, visa suffisant (mais pas nécessaire) pour entrer dans mon univers avec un a priori favorable. Greg l'explique lui-même: « Au début, j'ai beaucoup interprété Bob Dylan mais celui qui m'a vraiment motivé est John Prine. J'étais le jukebox John Prine. Un jour, je l'ai rencontré et lui ai dit que je jouais vingt-six de ses chansons. Il m'a regardé et m'a répondu: "vraiment, moi je n'en joue que vingt-deux". Je n'oublierai jamais cela ».

Originaire de Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs comprit rapidement qu'il n'était pas fait pour le système nashvillien auquel tout songwriter au répertoire plus ou moins teinté de country est tenté de se confronter. Il migra vers la ville de  Stillwater, foyer bourgeonnant de musiciens de talent parmi lesquels Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers et même, à une époque, un certain Garth Brooks. C'est la scène "Red Dirt", une des plus fertiles et talentueuses de l'époque, où l'on croise aussi des gens comme Monica Taylor (particulièrement recommandée) ou Jimmy Karstein (fidèle accompagnateur de J.J. Cale, Okie lui aussi).

Après trois albums studio qui le classent parmi les meilleurs songwriters de l'Oklahoma et des environs, le trop rare Greg Jacobs publie "Lucky", enregistré en trois endroits différents entre juin et octobre 2009. Neuf des dix-sept titres ont été enregistrés à Oklahoma City, au Blue Door de Greg Johnson, qui est devenu depuis quelques années un véritable temple de la musique acoustique.
"Lucky" est pour moi l'exemple de ce que doit être un album enregistré en public. Ce n'est pas seulement un "best of live" dans lequel l'artiste se contente de répéter ses titres les plus connus. Cela n'est pas dans la philosophie de Greg qui a choisi une fois pour toute les critères d'envie et de plaisir pour guider sa carrière.

Bien sûr, il interprète ici ses compositions les plus connues ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town", "Farmer's Luck", "Okie Wind") mais en leur donnant une nouvelle vie. Et, à cet égard, il faut louer le rôle joué par les accompagnateurs: Travis Linville au dobro et à la guitare acousique lead, Terry "Buffalo" Ware à la guitare électrique et John Fullbtright à l'accordéon (et à la guitare acoustique lead sur un titre) servent à merveille les compositions mid-tempo de Greg, auxquelles la voix douce de l'artiste confère un sentiment d'intimité parfaite avec l'auditeur.

L'association dobro / accordéon est particulièrement appréciable, que ce soit sur des titres connus ou sur les nouvelles chansons que sont "Eyes Of A Child", "Here To Tulsa" (co-composé avec Susan Herndon et John Fullbright, deux noms à retenir) ou "C Chord". Ces nouveaux titres sont plus qu'une valeur ajoutée à l'album, ils en sont la véritable raison d'être.

"C Chord" est pour moi le sommet de l'album. Ce titre est dédié à Bob Childers, l'ami, le modèle, disparu en 2008. Bob Childers était la figure de proue de cette "Red Dirt scene" d'Oklahoma. Tous s'en réclament aujourd'hui et Greg l'évoque ici avec une force émotionnelle rare. " Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Bob Childers que Greg imagine au paradis, tout près de Woody Guthrie, frappant son fameux accord en mi avec un sourire bienveillant.

Ce seul titre suffirait à justifier l'acquisition du disque, mais l'ensemble (plus de soixante-huit minutes) est de très haut niveau. Un niveau auquel se situe Greg Jacobs, digne de ses modèles, et à qui il ne manque qu'une reconnaissance plus large.

Quelques liens utiles:

Rappel discographique:
"South Of Muskogee Town" (1997, Binky Records)
"Look At Love" (1999, Binky Records)
"Reclining With Age" (2001, Binky Records)


I tried a translation. Forgive my mistakes...

If I discovered Greg Jacobs almost by accident, browsing from link to link on the web some day of 2007, it's mostly because I read that he was a John Prine fan, enough (but not necessary) to step into my universe with a positive opinion. As Greg himself explains: « Starting out, I played a lot of Bob Dylan, but what really got me going was John Prine. I was the John Prine jukebox. I met him once and told him 'I'm your biggest fan, I play twenty six of your songs' and he looked at me and said, "Really, I only play twenty two.' I'll never forget that". ».

Coming from Choctaw, Oklahoma, Greg Jacobs quickly understood that he was not made for the Nashville system, necessary passage for every songwriter whose repertoire is more or less country flavoured. He moved to Stillwater, home of many a talent: Jimmy LaFave, Bob Childers, The Skinner Brothers, The Red Dirt Rangers and even, at some time, Garth Brooks. It's  "the Red Dirt scene", one of the most fertile and talented of the time, where we can also meet people like Monica Taylor (highly recommended) or Jimmy Karstein (faithful sideman of another Okie, J.J. Cale).

After three studio albums that revealed him as one of the best songwriters in and around
Oklahoma, the too rare Greg Jacobs is now releasing "Lucky", recorded in three different venues between June and October 2009. Nine of the seventeen tracks were recorded in Oklahoma City, in Greg Johnson's Blue Door, now a real temple for acoustic music.

"Lucky" is, from my point of view, the perfect example of what a live album should be. It's not only a live best-of where the artist simply repeats his most famous tracks. It's not in Greg's philosophy, as he definitively chose to let only envy and pleasure guide his career.

Of course, he performs here his most known compositions ("Enjoy The Ride", "A Little Rain Will Do", "South Of Muskogee Town", "Farmer's Luck", "Okie Wind") but he gives them a new life. It's important here to insist on the role of the sidemen: Travis Linville on Dobro and lead acoustic guitar, Terry "Buffalo" Ware on electric guitar and John Fullbtright on accordion (and lead acoustic guitar on one track) perfectly serve Greg's mid-tempo compositions; the sweet voice of the artist provides a real feeling of intimacy with the listener.

The association between Dobro and accordion is especially noticeable, on the older tracks as on the new ones: "Eyes Of A Child", "Here To
Tulsa" (co-written with Susan Herndon and John Fullbright, two promising artists) or "C Chord". The new songs are more than a value added to the album. They are its real reason of being

"C Chord" is for me the highlight of the CD. This track is dedicated to Bob Childers, a friend as well an example, who died in 2008. Bob Childers was the leader of this "Red Dirt scene" of
Oklahoma. Everybody there claims his heritage today and Greg evokes him with a rarely equalled emotional strength. "Sit back down / Have another cup of coffee / Let the world go by / For an hour or two / And if you take a notion / Strum a C-Chord / Maybe some of Bob’s wisdom / Will come to you". Greg imagines Bob Childers in Heaven, near Woody Guthrie, strumming his famous C-Chord with a friendly smile.

This track alone would justify the acquisition of the disc, but everything (more than sixty-eight minutes) is at the same high level. It's the level where Greg Jacobs stands, the level of his models, Bob and John. Only a wider recognition is missing now.

mercredi 27 juillet 2011

Bluegrass de France

Bluegrass 43 – The Witch



Bluegrass 43, c'est une histoire d'amitié, d'abord. D'amour aussi, de la musique et plus précisément du bluegrass. C'est aussi la preuve que l'herbe bleue peut s'épanouir au soleil du Puy en Velay où passe donc aussi la route de cette musique née au Kentucky.

La formation actuelle (Alain Audras: basse et dobro; Jean-Marc Delon: banjo et guitare; Jean-Paul Delon: guitare; Philippe Ochin: mandoline) est née en fait à Lyon en 1983. Les quatre amis vivent aujourd'hui entre Bourgogne et Bordeaux (tout un programme) et se produisent aussi souvent que possible, avec un succès qui ne se dément pas. Le dossier qui leur est consacré dans le dernier numéro du Cri du Coyote vous en apprendra davantage.

Sur le plan discographique, le quatuor n'avait jusqu'à présent à son actif qu'un album, "Country & Swing" paru en 1989, enregistré entre Riom-es-Montagne, Auvergne,  et Nashville, Tennessee, disque riche: 21 titres alliant Mozart à Charles Trénet, Hank Williams à Paul Siebel, sans oublier quelques compositions originales. Il bénéficiait aussi de la présence de quelques grands noms: Sam Bush, Kathy Chiavola, Kenny Malone sans oublier le sorcier du son, Bil Vorn Dick. Ce disque est de nouveau disponible en téléchargement, ici par exemple: http://www.qobuz.com/album/bluegrass-43-country-swing-bluegrass-43/3297167890217

Changemment total de cap avec "The Witch": 6 titres seulement et rien que des reprises. Pas d'intervenant extérieur à l'exception de Stuart Duncan au violon sur un titre et de l'ami Francis Vital (longtemps compagnon de route et qui vit aujourd'hui au Canada) à l'harmonica et à la voix ténor sur un autre.

Six titres (pas tout à fait 18 minutes), c'est court. C'est frustrant parce que c'est bon. On se console en se disant que Doyle Lawson avec son groupe Quicksilver a fait à peine plus (7 titres) pour son dernier opus, "Drive Time". Et puis on se dit que l'on ne devra peut-être pas attendre 22 ans pour le prochain enregistrement! C'est du moins ce que souhaitent les membres du groupe: moins, mais plus souvent.

Autre consolation, de taille, la qualité du disque. Rien que des grands titres, des grands songwriters, jugez-en (l'avantage d'un disque court, c'est que l'on peut citer tous les titres!
1- I've just seen a face (John Lennon / Paul McCartney)
2- The witch (Jeff Hooker)
3- Mr. Jones (Raul Malo)
4- Never again (Benny Williams)
5- Carolina star (Hugh Moffatt)
6- With a memory like mine (Darrell Scott / Wayne Scott)

Maintenant, il ne vous reste qu'à écouter, pour être conquis. À lire, aussi, car la présentation du disque par l'ami fidèle, Jacques Brémond, est pleine de saveur.

Vous apprécierez la qualité des instrumentistes, rodés sur la route et soudés par une réelle complicité. Sur le plan vocal, Bluegrass 43 n'a rien à envier à la plupart de ses cousins d'Amérique et Philippe (lead), Jean-Marc (tenor, low tenor, baritone), Jean-Paul (baritone), Alain (bass) font mieux que rendre justice aux titres qu'ils interprètent, il leur donnent une nouvelle vie. Écoutez par exemple la reprise de "Carolina Star" de Hugh Moffatt dont vous connaissez sans doute quelques versions prestigieuses. C'est une totale réussite.

En attendant le prochain disque, vite, ne passez pas à côté de celui-ci. Vous pouvez vous le procurer ici: http://www.bluegrass43.com/cdthewitch

Vous pouvez aussi écouter quelques titres là: http://www.reverbnation.com/artist/song_details/8962038

lundi 25 juillet 2011

Salut Bill

Bill Morrissey, 25 novembre 1951 - 23 juillet 2011


Bill Morrissey nous a quittés brutalement alors qu'il était en tournée (en Georgie, USA) et que tout semblait aller bien pour lui. Il laisse une œuvre dont on a pas fini de mesurer la richesse.

Pour ma part, je ne l'ai longtemps connu que par son disque en duo avec Greg Brown "Friend Of Mine" (1993), et c'est notre ami commun Hervé qui a réellement appelé mon attention sur ce songwriter et guitariste de grand talent, qui a inspiré nombre de ses pairs.

Par amitié pour Bill, Hervé avait organisé un concert exceptionnel à la Pomme d'Ève le 24 janvier 2010, 18 mois après les "adieux "officiels" de l'association Acoustic in Paris. C'est de ce concert qu'est extraite la photo ci-dessus. La veille, Bill s'était produit au Cinéma Jean Vigo de Jacques Déniel.

Je dédie ces quelques lignes à ses amis, à mes amis, Joe Phillips (à qui j'ai malheureusement annoncé la mauvaise nouvelle) et Hervé Oudet.

Adieu l'artiste, et merci.

http://www.billmorrissey.net/

jeudi 21 juillet 2011

WildCat Recording. Jerry Short

Jerry Short: Lifeline


L'ami Joe Phillips ne manque jamais de nous surprendre et nous offre régulièrement des disques d'artistes dont la renommée n'était jamais parvenue à nos oreilles. "The reality of Art" est le slogan de son label, WildCat Recording et, quel que soit le genre proposé, on a l'assurance de la qualité.

Je ne sais pas qui est Jerry Short, d'où il vient (il est né dans le Kentucky et a grandi dans l'Indiana avant de se fixer dans le Maine), mais je sais que cette dernière découverte (le disque est disponible aujourd'hui - à commander ici: http://www.wildcatrecording.com/) va séduire bon nombre d'amateurs d'Americana.

Jerry est un adepte du picking,des guitares qui résonnent, claires et fières. Il est ici accompagné principalement de Rick Watson avec qui il produit le disque. Rick touche à (presque) tout: guitares, piano, mandoline, accordéon, violon... Il a par ailleurs dans le passé joué avec des artistes légendaires tels que Bill Morrissey, Cormac McCarthy (not the writer), Allison Krauss et... Joe Phillips. Inutile de préciser que l'on est ici dans le très haut niveau.

Mais ce n'est pas tout car Jerry est un excellent chanteur, à la voix pure, et un songwriter de premier plan qui aborde avec bonheur pas mal de genres musicaux (il a écrit ou co-écrit les dix titres de "Lifeline"). Ses influences vont de Bill Monroe à Paul Simon en passant par les Allman Brothers. La palette est étendue...

L'album commence par le morceau titre, un peu à part, une chanson écrite pour le mariage d'un ami, l'ambiance est très seventies, peace & love, l'amour pour ligne de vie, avec des harmonies qui rappellent Brewer & Shipley (si quelqu'un s'en souvient). Le piano est ici très présent. Ambiance très paisible également pour le deuxième titre, hommage à l'Indiana. Les titres plus "roots" arrivent ensuite. L'évocation d'un peintre, poète et vagabond, Everett Ruess, est suivie par "The Baseball Cap", véritable chanson d'amour-humour pour une casquette (avec du velcro derrière)! Inimaginable chez nous. Mandoline, dobro et violon sont entrés en action.

Et c'est le moment que choisit Jerry pour nous asséner un blues-rock électrique, "Get That Outa Here" qui lui permet de démontrer son talent d'harmoniciste et son éclectisme. Ce titre est tonifiant, comme l'est "Katie's Barn", à l'ambiance totalement différente, très rurale, avec crin-crin et accordéon. Deux ballades suivent, très belles, pour nous permettre de souffler, avant que le violon endiablé ne reprenne les commandes pour "Carter Joe", dédié au fils de Jerry (qui signale que la ressemblance de ce morceau avec "Hot Corn, Cold Corn" est totalement intentionnelle).

Pour terminer, "Nothing Ever Felt This Good To Me" nous plonge dans une ambiance cajun. Une guitare électrique (tendance Shadows) s'unit, bien sûr, à un accordéon. Un "parlez-vous Français" se fait entendre au détour d'un couplet. Bon temps roulez, Thunderbird et gumbo sont de sortie. Les voitures, l'amour, la nourriture: les choses essentielles de la vie, en somme...

Joe Phillips dit de cet album que c'est de la "real American music", celle qu'il aime (il dit aussi que le disque est too Short). J'ajouterai que c'est pour moi l'une des belles surprises du moment (mais chez WildCat, la véritable surprise serait d'entendre un album qui soit simplement moyen). C'est le genre de disque que je peux écouter en boucle, un après-midi entier, sans me lasser, qui vogue avec aisance d'un genre à l'autre en évitant avec talent tous les écueils.

mercredi 20 juillet 2011

Je ne suis qu'un cri...

Deux mois déjà sans Xroads. Deux mois que mes chroniques sont orphelines. Le mois dernier, j'ai publié ici celles qui avaient été écrites pour l'édition de juin (#99) qui n'est jamais parue.

Je vais désormais reprendre un rythme plus régulier et vous parler de toutes ces musiques que j'aime et qui continuent à m'enchanter et à m'étonner, tellement la qualité artistique est grande.

En attendant, "Le Cri du Coyote", irréductible fanzine de passion, continue à résister encore et toujours à l'envahisseur. Un numéro double (123/124) vient de paraître, qui réussit la performance de réunir sur la même couverture Elvis Presley et Bluegrass 43. Je ferme les yeux et les imagine jammant sur "Blue Moon of Kentucky".


56 pages riches et denses, à glisser dans toutes les valises de l'été.

Pour s'abonner (pas disponible en kiosque), une seule adresse:

Le Cri du Coyote
BP 48
26170 BUIS LES BARONNIES
France
cricoyote@orange.fr

That's all, folkeux, rendez-vous très vite ici-même. Je vous parlerai (dès que je l'aurai reçu) de "The Witch", le nouvel EP de Bluegrass 43 qui démontre que le bluegrass français de qualité existe...

samedi 25 juin 2011

Peter Case et sa valise magique

Peter Case: The Case Files (Alive Records / Differ-Ant)
Peter Case: Wig! (Yep Roc Records)
The Nerves: One Way Ticket (Alive Records)
The Plimsouls: Live! Beg, Borrow & Steal (Alive Records)

http://www.petercase.com/

En convalescence après son opération à cœur ouvert en 2009, Peter Case n'est pas resté inactif. Il a fouillé dans ses archives et exhumé quelques trésors des Breakaways, Nerves et Plimsouls, ses anciens combos. Aujourd'hui, il s'attaque à son œuvre solo et nos propose onze titres tout droit sortis de sa valise, enregistrés entre le milieu des années 80 et 2009.

Voici donc "The Case Files". Les sources sont différentes, les conditions de réalisation aussi: des maquettes, des enregistrements live, des titres oubliés dans quelque carton et, pourtant, l'artiste nous propose un ensemble dont le manque de cohérence ne saute pas aux oreilles, il est même d'une consistance que pourraient lui envier beaucoup d'albums, conçus comme tels, qui sortent de nos jours. Le son est rude, souvent, mais clair en même temps, par la magie de la production; il véhicule une urgence et une énergie auxquelles, il faut bien le dire, Peter nous a habitués depuis toujours. L'esprit des Plimsouls ne s'est pas affadi avec le temps. On rencontre pêle-mêle les compagnons d'enregistrement de ses disques récents, un Plimsoul par-ci (Eddie Munoz pour "Anything (Closing Credits)", un T Bone Burnett par-là (pour une première version de "Steel Strings" à l'époque du premier album solo) ou encore Stan Ridgway ("Let's Turn This Thing Around"). Remarquable aussi est la présence du regretté Duane Jarvis, notamment sur le titre le plus expérimental du disque "Ballad Of The Minimal Wage". Quatre reprises sont au menu à côté des compositions originales. Le classique "Milk Cow Blues", le blues des Stones "Good Times, Bad Times" (pas le plus connu mais un des meilleurs), celui de Maître Bob "Black Crow Blues" (même remarque que pour les Stones) et un "The End" bien sauvage d'Alejandro Escovedo. Un disque destiné aux fans mais qui deviendra vite indispensable, non seulement à tout amateur du bonhomme (qui n'a pas épuisé, à n'en point douter, sa malle aux trésors) mais aussi à tous ceux qui ont besoin de cette conception intègre de la musique, quel que soit son genre.


Je profite de l'occasion pour parler de "Wig!" paru en 2010 et qui est passé un peu inaperçu en notre beau pays. En effet, pendant sa convalescence, Peter ne s'est pas contenté d"explorer ses archives, il a aussi enregistré un album. On aurait pu s'attendre à une collection de ballades tranquilles et l'on découvre un petit bijou de blues-rock où Peter Case a pour seuls partenaires D.J. Bonebrake (percussions diverses) et Ron Franklin (guitares et un soupçon de piano), à l'exception d'un titre enregistré en 2005 avec un groupe incluant Duane Jarvis, décédé en 2009. Manifestement, le cœur tout neuf de Peter joue bien son rôle si l'on en juge à la vitalité déployée tout au long de cet album qui se situe quelque part entre Chuck Berry et le blues revival anglais des années 60. Vital, indispensable!




The Nerves, groupe éphémère fondé en 1975 comprenait Peter Case, Paul Collins et Jack Lee. Durant sa courte existence, il n'a publié en tout et pour tout qu'un EP 4 titres, réédité depuis sous différentes formes. Cette compilation, produite en 2008 par Peter est la plus complète. Des titres studio, des titres live, des maquettes, tout y est, et même un peu plus: trois des morceaux n'ayant pas été enregistrés par les Nerves mais par, respectivement, les Plimsouls, Jack Lee & Band ou Paul Collins & Peter Case. D'une certaine manière, ce disque sonne un peu comme du remplissage (il comporte vingt titres alors que le groupe n'en a publié officiellement que quatre) mais, quoi qu'il en soit, c'est un document fondamental, le début d'une histoire qui s'est poursuivie avec the Breakaways, the Plimsouls et Paul Collins' Beat.



Rien de tel avec les Plimsouls et "Live! Beg, Borrow& Steal" puisqu'il s'agit d'un concert enregistré le 31 octobre 1981 au Whisky A Go Go, à Los Angeles, quelques mois après "One Night In America". Si ce dernier, plus court, avait un son plus sauvage, la nouvelle publication (parue en 2010) montre un groupe cohérent, sans doute l'un des meilleurs de cette époque avec les Blasters. Les Plimsouls sont déjà au sommet de leur art scénique, passant avec aise du rock au rhythm & blues, des compositions de Peter Case aux reprises de Little Richard, Bo Diddley, Larry Williams ou Ray Davies. À noter, sur deux titres, la présence des Fleshtones qui ouvraient le show en ce soir d'Halloween. "Everywhere At Once", le meilleur album du groupe, ne devait paraître qu'en 1983, mais tous les ingédients étaient déjà présents dans cet enregistrement public avec, en particulier, un "A Million Miles Away" qui démontrait le grand talent de songwriter de Peter Case.

jeudi 23 juin 2011

Audrey Auld, le soleil de Tasmanie

Audrey Auld: Come Find Me (Reckless Records)

Ceux qui me connaissent déjà et qui ont fréquenté mon blog "Blue Umbrella" savent déjà à quel point j'apprécie Audrey Auld-Mezera, que je vous avais présentée ici:

Ellenous revient aujourd'hui avec un nouvel album, son plus abouti à ce jour.

"There are a thousand ways I could show my love / A thousand songs I could sing / I can feel the grace of my family’s place / My heart is in Tasmania".


La Tasmanie, île située au sud de l'Australie dont elle est un état, est surtout célèbre pour ses diables (des marsupiaux). Elle peut aussi s'enorgueillir d'Audrey Auld, sans doute le plus beau cadeau offert aux USA. Depuis ses débuts discographiques en 1999 (l'album "Looking Back To See", en duo avec Bill Chambers, père de Kasey Chambers), elle a conquis l'Amérique (et en particulier Mez Mezera qu'elle a épousé), enchaîné les enregistrements de haute volée, démontrant d'indéniables et originales qualités de songwriter, et recueillant au passage l'hommage de ses pairs (Fred Eaglesmith, Mary Gauthier, Eliza Gilkyson, Jimmy LaFave, Kieran Kane et bien d'autres) pour ses talents vocaux et scéniques.

Elle enchante évidemment le public, aussi bien dans sa patrie d'adoption qu'en Australie où elle vient d'effectuer une tournée triomphale.

Son nouvel opus, "Come Find Me", a été enregistré à Austin sous la houlette de Mark Hallman, par ailleurs principal contributeur instrumental et nous offre douze joyaux de la plume d'Audrey, deux étant des co-compositions: "Just Love" avec Mez Mezera et "Orphan Song" avec l'auteur australien Terry McArthur. Ce dernier titre (enregistré a cappella) est dédié à Mary Gauthier, le texte en ayant été inspiré à son concepteur après une rencontre avec Mary. "Petals" est un titre dédié à John Dee Graham, légende de la scène d'Austin, survivant de tous les excès et accidents de la vie. Audrey a également écrit la chanson "Bread And Roses" pour le pénitencier de San Quentin où elle s'est souvent produite lors de ses séjours en Californie.

Rien à jeter dans cet album, vous l'avez deviné, mais "Tasmania", dont quatre vers sont cités en introduction de cette chronique, occupe une place de choix, tellement ce titre porte l'émotion à fleur de peau de celle qui se dit la fière représentante de la Tasmanie partout dans le monde. "Forty", avec le piano magique et jazzy de Michael Ramos, mérite également une citation: "J'ai quarante ans / Je suis à mi-chemin de la maison"; une chanson pour rester toujours jeune. Audrey se prend pour Johnny Cash, avec l'ombre du picking Luther Perkins (ici, c'est Phil Hurley qui est à la guitare), quand elle chante "Nails", elle évoque Rosa Park ou Martha Luther King dans "The Butterfly Effect".

Comme on le voit, les thèmes d'inspiration sont riches et variés. "Just Love" est une exception pour quelqu'un qui dit ne jamais écrire de chansons d'amour.

Audrey Auld Mezera a encore frappé fort et juste. Son nom devrait devenir plus grand encore et ce disque figurer dans la discothèque de tout amateur d'americana qui se respecte, un americana auquel Audrey apporte l'inestimable et salutaire fraîcheur d'un autre continent.

mardi 21 juin 2011

Amanda Shires dans la lumière

Amanda Shires: Carrying Lightning (amandashiresnet)
http://www.amandashires.net/Amanda_Shires/HOME.html

À la sortie de West Cross Timber", j'avais été littéralement émerveillé par la voix d'Amanda Shires, sa fraîcheur, la qualité de ses compositions, son jeu de violon. Je prenais le pari d'une confirmation rapide. Pari gagné. Carrying Lightning porte bien son titre, c'est un album de lumière, de joie, d'enthousiasme, de talent. Toujours armée de son violon, de son ukulélé et de sa voix acidulée, Amanda frappe encore, et fort, en plein cœur, pour notre bonheur. Elle débute avec Swimmer, morceau mi-chanté, mi-sifflé, qui donne le ton à l'ensemble, nous parle d'oiseaux ou d'abeilles, de trains qui n'arrivent pas quand on en a besoin (toute ressemblance avec une compagnie ferroviaire française que je ne nommerai pas est purement fortuite, d'ailleurs Amanda n'a jamais entendu parler de la SNCF). When You Need A Train It Never Comes est l'un des titres forts, un tube imparable, pour peu qu'il fût paru en d'autres temps. Detroit Or Buffalo de Barbara Keith est la seule composition qui ne soit pas de la plume d'Amanda. On en connaît aussi une reprise par Neal Casal, présent sur l'album, comme Rod Picott et David Henry (les coproducteurs), Chris Scruggs ou Will Kimbrough. Je vous défie de résister au sourire vocal, à l'archet de velours d'Amanda Shires, à ses textes inspirés, tendres, joyeux et mélancoliques alternativement (si ce n'est les trois en même temps). Bien sûr, les amateurs de heavy metal passeront leur chemin en haussant les épaules pour mieux écouter Carrying Lightning en cachette, car ce disque n'est déconseillé qu'aux êtres dénués de sensibilité.

Thrift Store Cowboys: Light Fighter (Thrift Store Cowboys /Village Records)
http://thriftstorecowboys.info/


Pour ceux qui ne le sauraient pas, Amanda Shires a aussi son côté rock comme le prouve Light Fighter (encore une histoire de lumière) de Thrift Store Cowboys. Ce groupe originaire de Lubbock, Texas, réunit une bande copains (dont Miss Shires) autour de Colt Miller et Daniel Fluitt, et s'est taillé une belle réputation sur scène depuis une dizaine d'années. On parle à son propos de "gypsy desert music", mais il est en réalité assez inclassable, mixant parfaitement rock, country ou musique tzigane. Amanda Shires est moins en avant, vocalement, dans cette formation, mais chante néanmoins deux titres de sa composition. Reste son jeu de violon tout en émotion au milieu d'un son plus brut que celui de ses œuvres en solo dont cet album est un excellent complément.

vendredi 17 juin 2011

Jubal Lee Young: Le rebelle nouveau est arrivé

Jubal Lee Young: Take It Home (Reconstruction Records / CD Baby)
http://www.juballeeyoung.com/


Voici un disque qui m'a laissé perplexe à la première écoute. Jubal Lee Young est, je le rappelle, le fils de Steve Young (et de Terrye Newkirk; ah! "My Oklahoma",) et s'était attaché jusqu'à présent à n'interpréter que ses compositions à l'exception de trois ou quatre titres (dont un de papa et un de maman).

J'attendais de lui qu'il continue à se démarquer de son père, auquel il est difficile de ne pas penser. Et voici que "Take It Home" débute par "To Satisfy You", certes une composition de Waylon Jennings, mais aussi la chanson titre d'un album de Steve Young. Deux titres passent (dont la superbe ballade "Angel With A Broken Heart") et arrivent deux reprises de Daddy (dont le célèbre "Renegade Picker" - pas un hasard, ce choix, vous comprendrez pourquoi plus loin). Manque d'inspiration sans doute.

Et puis c'est le grand coup de massue. "Don't You Dare Love Her", semble sortie du répertoire de Merle Haggard, Harlan Howard ou Buck Owens. Eh bien non! C'est une composition de JLY, la meilleure chanson country du 21ème siècle. Si vous ne me croyez pas, écoutez (si vous me croyez, vous aurez déjà écouté sans lire le reste de la chronique). Tout est là: un amour impossible, un amoureux perdant d'avance, un harmonica lancinant pour l'ambiance, une steel guitare larmoyante, et des voix, celle de Jubal et les harmonies féminines, au sommet de leur émotion. Larmes garanties dans les chaumières, mais qu'il est doux de pleurer ainsi.

À partir de là, on écoute le disque d'une autre façon et des morceaux comme "You Only Call Me" (une reprise) ou "Have You Met Me?" ne font que renforcer l'idée que l'on a affaire à un très grand disque country. En fait, la clé se trouve dans le dernier titre dont l'énoncé suffit à tout comprendre: "There Ain't No Outlaws Anymore". "There ain't no outlaws anymore / Breaking all the rules and kicking down the door / It's the same old song we've all heard before".

La chronique commence alors à prendre forme dans ma tête. Jubal Lee Young a décidé d'assumer son statut, d'accepter d'être le brillant successeur, non seulement de ses parents, mais aussi de tous ces outlaws dont l'héritage à été dilapidé, aseptisé, par la machine à laver nashvillienne. La lecture ultérieure des notes de pochette du disque (qui ne figurent pas sur la pochette mais sur le site web de l'artiste) ne fait que confirmer mon point de vue puisque c'est dans les grandes lignes ce qu'écrit Jubal Lee Young.

La musique country a besoin de ces rebelles, de ces renégats, de ces hors-la-loi dont il a décidé, faisant fi des inévitables références à son père, de devenir le porte-drapeau. Ce n'est qu'un (superbe) début, qui continuera le combat?

jeudi 16 juin 2011

Sweet Revenge, 16 juin 2011

Les artistes folk nord-américains parcourent l'Europe et, sans parler du Royaume-Uni où ils sont quasiment chez eux, ils ont une cohorte d'admirateurs aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Allemagne. En revanche, malgré leur désir de jouer en France, ils en trouvent rarement l'opportunité. La faute à qui? Certainement pas au Cinéma Jean Vigo de Gennevilliers qui propose chaque mois une affiche de qualité devant, malheureusement, une salle trop peu remplie. Le dernier concert de la saison, le 18 juin, présentera la Britannique Jancis Harvey avec Heather Joyce, Anglo-Canadienne et Parisienne d'adoption. Deux jours plus tard, un autre organisateur, qui ne manque pas de bon goût, vous propose d'entendre le 20 juin, les Canadiennes de Madison Violet qui se produiront au Sentier des Halles. Deux rendez-vous à ne pas manquer, avant la Fête de la Musique, pour mieux aborder l'été.




Madison Violet est un duo féminin composé de Brenley MacEachern et Lisa MacIsaac, qui chantent, composent et jouent de la guitare. Elle sont originaires de Nouvelle Ecosse, au Canada, et No Fool For Trying (True North Records) est leur troisième album. Depuis leurs débuts, elles ont évolué d'un style plutôt pop à un Americana du meilleur tonneau. Les amateurs de belles mélodies et d'harmonies vocales aériennes trouveront ici plus que leur compte. Madison Violet est sans doute le meilleur duo féminin en provenance du Canada depuis les sœurs McGarrigle avec qui on trouve beaucoup de points communs, notamment la qualité du songwriting. Pas de confusion cependant, Brenley et Lisa sont bien de leur temps, et l'on sent que leur folk s'est nourri à la source du rock. Les textes sont souvent autobiographiques, teintés de tristesse quand il s'agit d'évoquer des disparus comme le frère de Brenley (« The Woodshop »), tragiquement assassiné, ou Denny Doherty, des Mamas and Papas (« Hallways Of Sage »). Les guitares me font souvent penser à Neil Young dans ses moments acoustiques, la production de Les Cooper (qui joue par ailleurs de différentes guitares ou de claviers) est au dessus de tout reproche. Pour moi, les meilleurs titres sont ceux où Lisa sort son violon, parfois rejoint par la mandoline de Les ou le banjo de Chris Coole.





Au Canada toujours, David Francey vient de publier son neuvième album Late Edition (Laker Music). Ce natif d'Ecosse, à la voix chaude et aux textes pleins d'une humanité aux accents poétiques s'est entouré ici de véritables pointures: Kieran Kane (mandoline, banjo, guitare), Fats Kaplin (violon, accordéon, guitare), Richard Bennett (guitare, bouzouki) et Lucas Kane (fils de Kieran (batterie). Le titre de l'album est dû au fait que la plupart des titres ont été écrits en réaction à l'actualité, qu'elle soit personnelle, locale ou internationale. Comme d'habitude, avec David, on savourera la qualité des textes, la proximité d'un artiste que l'on écoute comme un vieil ami qui aurait écrit les chansons rien que pour nous. Mais le plaisir est aussi dans la richesse de la mise en son de cet album enregistré dans les conditions du live dans un studio de Nashville. On goûte les interventions de chacun des invités, sans réserve aucune. Un grand cru.




Bruce Cockburn, un autre Canadien, a lui plus de quarante ans de carrière et une trentaine d'albums à son actif. Il est respecté de tous, même si sa célébrité n'est que toute relative chez nous. Cinq ans après son dernier album studio, l'infatigable défenseur des causes nobles (paix, justice, écologie, démocratie), chanteur engagé s'il en fût, n'a rien perdu de sa pugnacité comme en témoigne Small Source Of Comfort (True North Records) et continue à parcourir le monde armé de sa guitare. C'est ainsi que l'Afghanistan lui a inspiré deux titres, « The Comets Of Kandahar » et « Each One Lost », le second étant dédié à deux jeunes soldats canadiens tués au combat. Du vécu! Sur le plan musical, Bruce a souhaité avec ce disque s'éloigner des sons noisy et des guitares saturées qui caractérisaient ses derniers enregistrements. On a donc ici affaire à une collection des titres plus folk, plus acoustiques dont la production a été confiée à Colin Linden, par ailleurs multi instrumentiste. Ceux qui connaissent la qualité et le talent de ce Monsieur ont sans doute déjà acheté le disque, les yeux fermés. Et je suis sûr qu'ils savent aussi quel guitariste, adepte du fingerpicking, est Bruce Cockburn, qui n'est pas seulement un songwriter. Les instrumentaux, au nombre de cinq, délicieusement teintés de jazz (grâce en particulier au violon de Jenny Scheinman), conférent à ce bel album l'aspect de bande son d'une tranche de vie, celle d'un observateur du monde et de ses turpitudes qui prend le temps de s'arrêter pour le faire point, de notre vie aussi, d'une certaine façon.








Emma Hill fait figure de gamine et, à vingt-trois ans, pourrait être la petite-fille du troubadour canadien. Après deux albums solo (le deuxième paru il y a quelques mois seulement), c'est sous l'appellation Emma Hill & Her Gentlemen Callers que cette native de l'Alaska nous propose aujourd'hui Meet Me At The Moon (Shut Eye Records / CD Baby). Le disque se situe cependant dans la droite ligne du précédent (Clumsy Seduction), plein de ballades folk indie ou alt country, où la guitare et la voix d'Emma sont agréablement soulignées par la pedal steel ou le banjo de Bryan Daste. L'ensemble est frais, mélodieux, les textes sont inspirés et poétiques, révélant au passage la grande maturité de cette jeune femme. C'est un disque qui plaira aux amateurs de Kathleen Edwards, de Caitlin Cary (Whiskeytown) ou des Be Good Tanyas, un disque qui a tout pour séduire, et qui y parvient. Le véritable challenge, pour Emma, sera de surnager dans un genre où les demoiselles de talent ne manquent pas.








Je n'avais jamais entendu parler de Cahalen Morrison & Eli West avant que l'on ne me donne à écouter The Holy Coming Of The Storm (Lucky Dice Distribution) et c'est une des belles révélations de l'année. Les amateurs de string bands et d'old timey ne peuvent qu'adorer, et ne s'en privent pas! C'est un véritable festival de Clawhammer banjo, bouzouki, mandoline, sans oublier quelques guitares, que nous offrent les deux compères avec le renfort de quelques amis dont l'excellent Matt Flinner, dont la virtuosité à la mandoline est appréciée des spécialistes. Quatorze titres, originaux à l'exception de deux traditionnels, nous embarquent dans cette Amérique, au son de cette musique qui est comme "un langage naturel qui provient d'un endroit où force et tendresse se rencontrent". C'est beau et c'est bien fait. Un disque rafraîchissant et vivifiant.








Tim Grimm est un songwriter et comédien qui a déjà derrière lui une belle carrière et quelques albums à la frontière du folk et de la country music. Ce chantre de l'Amérique rurale a cette fois-ci choisi de rendre hommage à un de ses glorieux aînés, un de ses maîtres en songwriting avec un album au titre explicite: Thank You Tom Paxton (Vault Records / CD Baby). Le disque, co-produit avec le guitariste Jason Wilber (habituel partenaire de John Prine, autre influence majeure de Tim) revisite douze titres de l'auteur de « Ramblin' Boy » ou « The Marvelous Toy ». Si ces deux standards sont ici absents, d'autres classiques reçoivent un nouvel habillage dont l'inoubliable « Last Thing On My Mind » (dont je collectionne les versions), « Fare Thee Well, Cisco » ou « How Beautiful Upon The Mountain ». Un bel hommage, avec évidemment les limites du genre, c'est à dire un répertoire totalement non original. Cela posé, c'est fait avec goût, talent et sincérité. Et Papy Tom (73 ans) mérite bien ce coup de chapeau, de son vivant.








Il est toujours question d'Amérique rurale avec Mark Jungers et son cinquième album studio More Like A Good Dog Than A Bad Cat (American Rural Records / CD Baby). Je vous avais déjà présenté Whistle This, son album live paru en 2009 (Xroads #27). Son nouvel opus confirme tout le bien que je pense de lui et si l'influence de gens comme John Mellencamp (tendance campagnarde) peut toujours être évoquée, on pense aussi, au long des treize titres de cet album, à Tom Petty et aux Traveling Wilburys, à la fois pour le timbre de voix et l'ambiance joyeuse et décontractée de l'ensemble. Mark est un artiste naturel qui a choisi de le rester, optant ainsi pour une technique totalement analogique qui met parfaitement en valeur l'esprit qui a présidé à la réalisation de l'œuvre (entièrement due à Mark). À l'exception de « Heel To Toe » de Phil Stevens, Mark Jungers a composé l'ensemble des morceaux, partageant l'écriture de deux titres avec Adam Carroll et d'un avec Owen Temple, deux beaux noms du songwriting texan. Je n'oublierai pas de signaler la présence (en plus de celle de son groupe The Whistling Mules) de l'excellente Susan Gibson pour quelques parties vocales du meilleur aloi.













Tokyo Rosenthal, ancien boxeur, a déjà eu les honneurs de ces colonnes avec Ghosts, son précédent album (Xroads #28). Son nouveau disque nous pose une question fondamentale: Who Was That Man? (Rocks & Socks Records / Hemifrån). Et qui est vraiment Tokyo Rosenthal? C'est en tout cas un artiste plein d'enthousiasme et de talent, un de ceux sur lesquels mise l'excellent Peter Holmstedt (avec son label Hemifrån). Le visuel du disque, inspiré d'une vielle série TV américaine intitulée The Lone Ranger donne une idée du contenu, porté par une instrumentation essentiellement acoustique où se distinguent le fiddle de Bobby Britt et la pedal steel de Allyn Love. La voix est toujours aussi chaude, les mélodies inspirées et le talent de raconteur d'histoires de l'ami Toke s'est encore affirmé. La section rythmique (Chris Stamey – qui co-produit – à la basse et Will Rigby à la batterie) assurent un tempo sans faille et l'unité d'ensemble qui faisait légèrement défaut aux opus précédents. Bref, c'est de la belle ouvrage, un album qui se fait rapidement une place dans les chaumières européennes. Toke Rosenthal sera d'ailleurs en tournée sur notre continent à partir de fin septembre et voudrait jouer en France (c'est même un besoin pour lui). Avis aux amateurs (et organisateurs).









Steve Spurgin est une légende. Sa carrière professionnelle approche le demi-siècle mais, avant de se mettre à la guitare folk dans les années 60, il avait découvert la musique par le piano classique et le cor anglais. Il a aussi joué de la batterie pendant une quinzaine d'années avec des groupes de rock ou de bluegrass électrique (avec Byron Berline notamment) avant de penser à une carrière solo. Ainsi naquirent Distant Faces en 1996, Tumbleweed Town en 2002 (avec, pour ne citer que les plus prestigieux des musiciens, Byron Berline, Chris Hillman et Herb Pedersen) et aujourd'hui Past Perfect (Blue Night Records), un disque enregistré avec des amis de grand talent, musiciens de bluegrass reconnus: Rob Ickes à la resonator et Adam Steffey à la mandoline sont deux noms qui suffiront à susciter l'intérêt des amateurs. Cela étant, si l'instrumentation est essentiellement bluegrass, on n'a pas ici affaire à une version intégriste du genre mais à un grand disque de singer-songwriter qui s'est paré des couleurs de l'herbe bleue. Des titres comme « Collar To The Wind » ou « The Light Of Reno » s'insinuent très vite en vous et la reprise de « Song For A Winter's Night » de Gordon Lightfoot finit de convaincre que Past Perfect est un grand disque, plein de talent et de chaleur humaine, un de ceux qu'on a envie de faire découvrir aux amis de passage. C'est d'ailleurs l'amitié qui a présidé à sa réalisation, et cela est plus que sensible à l'écoute.








Pour terminer, un disque qui appartient à la sous-rubrique download only et, là encore, il est dû à l'ami Joe Phillips qui cette fois nous propose l'album de Doc Merwin, It's Just Been Life (WildCat Recording). Andy "Doc" Merwin a 65 ans et il s'agit de son premier album solo, le couronnement – je l'espère – d'une carrière commencée à la fin des sixties. Doc a beaucoup joué pour les autres, a fait partie de quelques groupes, à traversé les hauts et les bas de l'existence d'un musicien rock et, pour la première fois, nous propose sa musique. Quatorze titres de sa plume, rien que sa voix et ses guitares (avec une apparition de Barry Marshall au saxophone): un festival de talent, une musique entre folk et blues toujours teintée d'une vitale énergie rock 'n' rollienne. Doc est l'un des guitaristes parmi les plus brillants et les plus inspirés entendus depuis longtemps et c'est quelqu'un qui a encore beaucoup de choses à dire. « J'ai donné à Joe Phillips, le producteur, presque assez de matériel pour deux albums, et j'ai écrit de nouvelles chansons depuis, c'est pourquoi j'éspère que vous serez sufisamment nombreux à acheter le disque pour inciter Joe à produire le second! ». Chiche?








C'est tout pour ce mois-ci, folkeux, et c'est déjà pas mal, comme dirait un ami!












jeudi 9 juin 2011

John Prine disque à disque - Sweet Revenge (1973)



1- Sweet revenge (John Prine)
2- Please don't bury me (John Prine)
3- Christmas in prison (John Prine)
4- Dear Abby (John Prine)
5- Blue umbrella (John Prine)
6- Often is a world I seldom use (John Prine)
7- Onomatopeia (John Prine)
8- Grandpa was a carpenter (John Prine)
9- The accident (Things could be worse) (John Prine)
10- Mexican home (John Prine)
11- A good time (John Prine)
12- Nine pound hammer (Merle Travis)


John Prine: Vocals, acoustic guitar
Reggie Young: Electric guitar,acoustic guitar
Steve Goodman: Electric guitar, acoustic guitar, harmony vocals
David Briggs: Piano, organ
Mike Leech: Bass
Kenny Malone: Drums
Cissy Houston: Background vocals
Deirdre Tuck: Background vocals
Judy Clay: Background vocals
John Christopher: Acoustic guitar
Dave Prine: Dobro, abnjo
Raun McKinnon: Harmony vocals
Grady Martin: Dobro, acoustic guitar
Jerry Shook: Harmonica
Steve Burgh: Electric guitar, acoustic guitar
Kenny Ascher: Electric piano
Hugh McDonald: Bass
Steve Mosley: Drums
Ralph McDonald: Percussion
Bill Slater: Percussion
Doyle Grisham: Steel guitar
Bobby Wood: Piano
Arif Mardin: Horn Arrangements


Produit par Arif Mardin

"Sweet Revenge" est le troisème volet de la trilogie magique de John Prine. Il marque la fin d'un cycle, comme on le constatera par la suite. C'est le disque le plus country de John pour cette première moitié des seventies. Il a d'ailleurs été, dans sa grande majorité (9 titres sur 12), enregistré à Nashville, avec des musiciens locaux.


"Sweet Revenge" confirme que John Prine fait partie des plus grands songwriters de son temps, les mélodies sont tout autant inspirées que les textes. L'humour, toujours teinté d'auto-dérision et de second degré tient encore dans ce disque une place importante comme le démontrent plusieurs titres: "Onomatopeia", "The Accident" ou le désoplilant "Dear Abby", enregistré en public.



Il y a aussi la reprise de "Nine Pound Hammer", de Merle Travis qui permet à Steve Goodman de montrer encore une fois son talent à la 6 cordes.


"Grandpa Was A Carpenter" est un portrait plein d'amour et de nostalgie. D'autres belles ballades: "Christmas In Prison", "A Good Time" et "Mexican Home" donnent la tonalité générale de cet album, qui balance toujours entre humour et tendresse, quand les deux ne sont pas réunis dans le même titre.


Je garde pour la fin deux morceaux. Il y a d'abord le morceau titre qui a donné son nom à ma nouvelle rubrique mensuelle sur Xroads (qui trouvera d'ailleurs un prolongement, prochainement, ici-même).


Et puis il y a "Blue Umbrella" qui rappellera à certains le titre de mon autre blog et qui, pour moi, reste une des plus belles chansons d'amour (ou de rupture) du vingtième siècle, à jamais dans mon top 10 personnel, avec ces mots superbes:


"Feelings are strange
Especially when they come true
And I had the feeling
That You would be leaving soon
...
Blue umbrella rest upon my shoulder
Hide the pain
While the rain
Makes up my mind
...
Just give me one good reason
And I promise I won't ask you anymore
Just give me one extra season
So I can figure out the other four"


... à suivre avec "Common Sense", bientôt...






jeudi 9 décembre 2010

A WildCat Christmas 2010





Il y a quelques jours, Joe Phillips m'a envoyé un lien sur facebook en me disant: "tu vas être le premier à entendre ceci". Ceci, c'est un disque de Noël édité par Joe sur son label WildCat. Venant de celui qui est un ami (et parfois producteur) de Mark Brine et Randy Burns, deux grands songwriters méconnus, de celui qui a publié un album live de Pearls Before Swine, qui a rédigé les notes du coffret de ce groupe légendaire, l'information ne pouvait être qu'intéressante.

Mark et Randy, mais aussi Tom Rapp (leader de PBS) sont présents sur ce qui aurait pu n'être qu'un rassemblement de has beens. On note aussi la participation de Carolyne Mas, connue dans les années 80 comme une Springsteen au féminin. John Michael Taylor (également acteur), Ed Askew (compagnon d'écurie de Tom Rapp dans les années 60 chez ESP Records) et Bill Chinnock (qui a chanté avant le Boss avec quelques-uns des musiciens du futur E Street Band) ont également une petite renommée qui, pour moi, se limite à leur nom. Les titres proposés, à trois exceptions près, ne font pas partie du répertoire traditionnel du genre.

Alors, j'écoute, avec intérêt. Dès le premier titre, "I wonder As I Wander", par Shane Murphy, c'est le choc. Le morceau est connu, mais je prends l'interprétation comme un coup de poing dans l'estomac. Puis c'est "Jesus", un titre live au ton humoristique par Tom Rapp. Au fur et à mesure que les morceaux défilent, je me rends compte que je n'ai pas affaire à un disque ordinaire. Ce n'est pas le Noël des contes de fée, celui de Disneyland, c'est le Noël des déshérités, des sans abri, des sans joie, mais pas des sans espoir. Car c'est bien un message de tolérance et d'espoir que les 17 plages (enregistrées entre 1973 et 2010, mais dégageant une étonnante impression d'unité)nous envoient. Je pourrais les citer toutes mais je me contenterai de faire un zoom sur quelques-unes.

"The Carol (No On Listens For)", titre déjà ancien de Mark Brine et "Old Fashion Christmas" de Randy Burns (extrait de son récent album "Hobos And Kings") démontrent qu'il est urgent de découvrir ces songwriters qui sont aussi des chanteurs sensibles et chaleureux.

"What Child Is This" (sur la mélodie de "Greensleeves") est un titre connu, mais l'interprétation de Doc Merwin est d'une force incroyable qui nous donne l'impression que nous l'entendons pour la première fois. Pour la petite histoire, Doc est un musicien et chanteur de 65 ans, un rebelle (comme il se qualifie lui-même) qui a beaucoup joué avec les autres et qui va publier en 2011 son premier album (sur WildCat Recording).

"On Christmas Morning", par Ed Askew (de son album "My Heart Starts Beating" paru en 2008), est le titre sans doute le plus étonnant de la compilation, tragique et bouleversant. Quelque part entre Tom Waits et Robert Wyatt, avec un piano, quelques percussions et un harmonium, Ed nous emmène dans un autre monde, sans que l'on s'en rende compte. Que celui qui peut rester insensible à l'émotion de ce titre sorte immédiatement de ce blog!

Et puis il y a Scott Severin, autre révélation, avec son "Xmas B & E", un rock enlevé.

Le disque se termine avec "Silent Night" par Bill Chinnock. Quelle banalité, me direz-vous. Eh bien, vous vous tromperez, car ce morceau justifierait à lui seul l'acquisition de l'ensemble, si le reste n'était pas de haut niveau. Bill était un chanteur extraordinaire, et les 5 minutes de sa présence suffisent à le démontrer. Bill Chinnock n'a pas pu terminer l'enregistrement de ce titre car, très malade, il est décédé alors qu'il voulait encore ajouter un second couplet, une chorale gospel. Joe Phillips dit qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre inachevé. Pour ma part, je n'entends que le chef d'oeuvre, sans me rendre compte de l'aspect inachevé. Un piano, un orgue, une voix, un saxophone... un monument!

L'album est disponible, en téléchargement seulement, sur le site de WildCat Recording (http://www.wildcatrecording.com/) pour la modique somme de 10,00$ (au bénéfice d'une association caritative).

Alors, faites un geste au profit de ceux pour qui Noël ne doit pas être un jour de désespoir ordinaire.

Et puis faites-vous plaisir car "A WildCat Christmas 2010" est le plus beau disque de Noël qu'il m'ait été donné d'entendre, le plus fort, semblable à aucun autre du genre.
A few days ago, Joe Phillips sent me a link on facebook, telling me: "you'll be the first to hear this". This was a holiday disc published by Joe on his own label WildCat. As it came form a friend (and sometimes producer) of Mark Brine and Randy Burns, two great underrated songwriters, the one who published a live album of Pearl Before Swine, whoe wrote the liner notes for the boxset of this legendary group, this couln't be be anything but interesting.
Mark and Randy, but Tom Rapp (PBS's leader) too are featured on what could have been only a gathering of has beens. One can note the presence of Carolyne Mas, known in the 80's as the female Bruce Springsteen. John Michael Taylor (who is also an actor), Ed Askew (who recorded as Tom Rapp for ESP Records in the 60's) and Bill Chinnock (whos sang before the Boss with some musicians who would become members of the E Street and) are in their way famous too, though I only know them by name. The featured tracks, with the exception of three (as far as I know them), are not common Christams hymns.
So I listen with a great attention. I receive the first track, ("I Wonder As I Wander" by Shane Murphy, as a great shock! I know the song but the rendition is like a punch in my stomach. Then it's "Jesus", a live humoristic song by Tom Rapp. As I listen along, I realize that it's not an ordinary disc. It's not Christmas of the fairy tales, of Disneyland, it's Christmas of the abandoned, of the homeless, of the joyless, but not of the hopeless. Because it's a message of tolerance and hope that is sent by the 17 tracks (recorded between 1973 and 2010 but giving a real feeling of coherence). I could name them all, bur I'd rather zoom on some of them.
"The Carol (No One Listens For)", an ancient composition of Mark Brine, and "Old Fashion Christmas" by Randy Burns (from his new album "Hobos And Kings") show us the urgence of discovering these songwriters who are also sensitive and warm singers.
"What Child Is This" (based on the melody of "Greensleeves") is a well known song, but the performance of Doc Merwin has an incredible strength so we feel like we hear it for the first time. Doc is a 65 year old singer and musician, a rebel (as he defines himself) who played and song with others until now and will release his first album in 2011 (on WildCat Recording).
"On Christmas Morning", by Ed Askew (from his album "My Heart Starts Beating" released in 2008), is the most amazing track of this compilation, tragic and moving. Somewhere between Tom Waits and Robert Wyatt, with a piano, a glockenspiel and a harmonium, Ed carries us in another world, imperceptibly. The one one is not touched by the emotion of the song must get out of this blog blog!
Then there is Scott Severin, another revelation, with his "Xmas B & E", an uptempo rocker.
The disc closes with "Silent Night" by Bill Chinnock. Very ordinary, would you tell me. What a mistake! This track alone would be a good reason the buy the album, if everything else was not top notched. Bill was an extraordinary singer, as prove the 5 minutes of his presence here. Bill Chinnock couldn't finish the recording of the track, because he was very sick and died before completing it: he would have added a second verse and a gospel choir. Joe Phillips says it's an unfinished masterpiece, but i only hear the materpiece, without noticing the unfinished side. A piano, an orgue, a voice, a saxophone... a monument!
The album is available, a "download only", on WildCat Recording's website (http://www.wildcatrecording.com/). The price is only 10.00$ (for a charity organization).
So buy it for those who must not live Christmas as an ordinary despair day.
Do it for your pleasure too, for "A WildCat Christmas 2010" is the most beautiful holiday disc I've ever heard, the strongest, like no other of the kind.

mardi 12 octobre 2010

John Prine disque à disque - Diamonds In The Rough (1972)



1- Everybody (John Prine)
2- The Torch Singer (John Prine)
3- Souvenirs (John Prine)
4- The Late John Garfield Blues (John Prine)
5- Sour Grapes (John Prine)
6- Billy The Bum (John Prine)
7- The Frying Pan (John Prine)
8- Yes I Guess They Oughta Name A Drink After You (John Prine)
9- Take The Star Out Of The Window (John Prine)
10- The Great Compromise (John Prine)
11- Clocks And Spoons (John Prine)
12- Rocky Mountain Time (John Prine)
13- Diamonds In The Rough (A.P. Carter)

John Prine: Acoustic Guitar, Vocals
David Bromberg: Electric Guitar, Mandolin, Dobro
Steve Burgh: Bass, Drums
Steve Goodman: Acoustic Guitar, Electric Guitar, Harmony Vocals, Fills, Hi-Hat
Dave Prine: Dobro, Banjo, Fiddle, Harmony Vocals
Lou Desio: Arrangements on "Clocks And Spoons"

Produced by Arif Mardin

Après un premier album qualifié par tous de coup de maître, John Prine était attendu au tournant. Avait-il tout dit dès le premier essai, comme cela se produit souvent? "Diamonds In The Rough" prouve sans équivoque que ce n'est pas le cas et que John est là pour longtemps.

Douze compositions de John, en plus de la chanson de la Carter Family qui donne son titre au disque (interprétée en l'occurence a cappella avec le frère Dave et l'ami Steve) sont au menu de l'album.

On trouve quelques classiques que John Prine interprète encore aujourd'hui comme "Souvenirs" (en duo guitare / voix avec Steve Goodman) ou "The Late John Garfield Blues", de superbes ballades comme "Clocks & Spoons" ou "The Great Compromise". Il y a aussi des titres qui démontrent le sens de l'humour rodé sur scéne par notre songwriter favori: "Yes I Guess They Oughta Name A drink After You", "The Frying Pan".

Par rapport au premier opus, l'instrumentation est plus resserrée et repose essentiellement sur les deux virtuoses des 6 cordes que sont David Bromberg et Steve Goodman. Le son est plus brut, la voix plus râpeuse.

Cet album porte bien son titre, et la plus belle pépite est pour moi "Souvenirs" que je ne peux écouter sans avoir une pensée émue pour Steve Goodman, parti trop tôt, vaincu par la leucémie à 38 ans.

"Memories they can't be boughten
They can't be won at carnivals for free
Well it took me years
To get those souvenirs
And I don't know how they slipped away from me"

vendredi 8 octobre 2010

Forest Sun: coup double

Deux disques parus en même temps, semblables et différents, complémentaires en fait. Forest Sun est un artiste aux multiples talents qui, sur le plan musical, refuse de s'enfermer dans un genre.

Avec Ingrid, son épouse et partenaire, il a conquis le public du Cinéma Jean Vigo, le 8 septembre dernier.

Cette double chronique est parue dans Xroads #32.

FOREST SUN
Harlequin Goodnight *****
So Nice ****
Painted Sun Records / CD Baby
Des mots peints

Ces deux disques sont parus déjà depuis un certain temps, en 2008 précisément. Deux ans que je les écoute, les retourne, sans savoir vraiment comment les aborder. La page blanche est en l’occurrence née d’une trop grande richesse du personnage et de son œuvre. Voici un Californien séduisant, au pseudo et au physique tout droit sortis d’une de ces séries TV à rallonge dont les vagues du Pacifique sont le principal décor. Tout pour déplaire a priori. Et l’on s’aperçoit que Forest Sun est son vrai prénom (son patronyme est Schumacher), qu’il ne se contente pas de chanter, qu’il est aussi peintre, sympathique et généreux, passionné de trekking et, pour couronner le tout, "access consciousness facilitator". Bref quelqu’un qu’il n’est pas facile de faire tenir dans une chronique, surtout quand il nous gratifie de deux disques en même temps, proches et différents pourtant.
"Pourquoi deux disques en même temps ? Les chansons le demandaient ! J’avais trop de titres pour un seul disque ; ils voulaient tous naître et refusaient d’attendre. Pendant que nous travaillions en studio, ces deux albums se sont forgé chacun une existence propre".
Autre difficulté : il est impossible de faire entrer Forest Sun dans une petite boîte, de lui mettre une étiquette. On l’a comparé à Van Morrison, à Jack Johnson, à Ben Harper, mais il est en fait inclassable, trop riche, trop talentueux. Ces deux disques le confirment. Vingt-deux titres en tout et pas un moment faible. Une voix et des mélodies qui accrochent vite, des guitares qui claquent, entre acoustique et électrique, lumineuses, et des textes ciselés comme avec la pointe d’un pinceau. La plupart des morceaux ont été enregistrés en une prise et, comme Forest Sun le dit lui-même, il a régné comme une forme de magie lors de la réalisation de "Harlequin Goodnight" et "So Nice".
Le premier est sans doute plus près des racines folk, avec des accents pop, des arrangements portés ça et là par un violoncelle ("Harlequin Goodnight") ou un dobro ("High And Low") ; les participations vocales de Zack Blizzard, Larkin Gayl ou Sean Hayes ajoutent encore à la beauté de l’ensemble.
Le second, plus rythmé, a un côté plus exotique (world ?) avec des accents reggae ou jazzy, une batterie, une trompette ou un orgue Hammond plus présents. Un titre comme "Trampoline", avec encore Larkin Gayl, est une pure merveille.
En résumé, ce sont deux disques dont on ne peut découvrir toutes les richesses (à supposer que cela soit possible) en qulques écoutes. Depuis, Forest Sun a publié "Just For Fun", un disque pour enfants conseillé aux parents (que je n’ai pas encore eu le plaisir de découvrir). La meilleure nouvelle, cependant, c’est que ce Californien de San Francisco, accompagné de sa compagne Ingrid Serban aux harmonies, viendra nous rendre visite prochainement. Il paraît que c’est sur scène qu’il est le meilleur. Alors rendez-vous début septembre à Calais (La Mauvaise Herbe, le 2) et à Gennevilliers (Cinéma Jean Vigo, le 8).

À ranger entre Elam Blackman et Sean Hayes. Et juste à côté des deux volumes de "Songs For Laura", produits par Forest Sun pour la recherche sur le cancer, avec la participation de nombreux artistes de grand talent.

Sam Pierre

mardi 5 octobre 2010

Matt Harlan - Tips & Compliments


Un bien beau disque, paru en 2009. Cette chronique a été publiée dans Xroads #29


MATT HARLAN ****
Tips & Compliments
Berkalin Records / My Texas Music
Les amis de mes amis ont du talent

Encore un nom qui n'évoquait rien pour moi il y a quelques semaines, jusqu'à ce que je cite celui de John Fullbright (cf. Xroads #26) à Nancy Stitham, A&R de Tom Pacheco (cf. Xroads #29). Elle me parla de ce songwriter texan de talent, ami de John et qui ouvrait quelques concerts pour Tom. Bonne pioche! Cet inconnu nous offre en effet un premier disque d'une grande maturité qui n'a rien de celui d'un débutant.

Comme Guy Clark ou John Prine avant lui, on sent dès les premières notes du premier titre, "Elizabethtown", que le gaillard a mûri son songwriting pendant des années avant de le livrer au public par CD interposé. Il a d'ailleurs, autour d'Houston, la réputation flatteuse d'un songwriter's songwriter, ce qui n'est pas rien. Et les noms que j'ai cités ne doivent rien au hasard car Matt se place d'entrée parmi les grands. Comme Guy et John, il défie les classifications, trop country pour être folk et réciproquement. Townes Van Zandt n'est pas loin non plus, pour la qualité littéraire des textes. Pour la voix, on ira plutôt chercher du côté de deux Chris, Smither et Knight, si l'on a besoin de références.

Cela écrit, si les choses sont ce qu'elles doivent être (ce qui est de plus en plus rare), Matt Harlan sera bientôt lui-même une référence car l'album tient la distance sans que jamais la qualité ne baisse. Pour ce "Tips & Compliments" (pourboires et compliments), Matt s'est attaché les services de Rich Brotherton qui produit et joue de quelques instruments à cordes (dont guitares et mandoline) mais aussi, entre autres, de Warren Hood (violon), Marty Muse (pedal steel) ou Riley Osbourn (claviers). Je pourrais consacrer à chaque titre un paragraphe, tellement les textes (fournis avec le disque) sont riches et variés (je peux fournir à ceux que ça intéresse ce que dit Matt de chaque titre à propos de l'inspiration ou de l'instrumentation). Le simple énoncé de "Waiting For Godot", suffit à attirer l'attention d'un francophone, mais ce titre frappe également par sa beauté portée par les notes d'une guitare acoustique et d'une mandoline. Inversement, "Over The Bridge", inspiré par une gaffe de Barbara Bush sur la situation des sinistrés de l'ouragan Katrina, se distingue par une orchestration riche où brille particulièrement le fiddle de Warren Hood. Pour "Walter", où Matt dit s'aventurer dans le territoire de Townes, Matt est passé au banjo et Rich à la slide guitar, avec un grand bonheur. Ailleurs ("Skinny Trees Of Mississippi"), c'est la basse électrique de Rankin Peters qui tient la vedette et là l'inspiration vient de Jaco Pastorius à l'époque où il accompagnait Joni Mitchell.

J'en reste là mais si j'ai un conseil à donner, c'est celui de vous procurer sans attendre ce disque, apru en 2009, qui fait partie de mes grandes bonnes surprises du moment.

À ranger sur la même étagère que les meilleurs songwriters texans, Guy et Townes.

Sam Pierre

jeudi 30 septembre 2010

John Prine disque à disque - John Prine (1971)



John Prine
Atlantic Records – Novembre 1971
1- Illegal Smile (John Prine)
2- Spanish Pipedream (John Prine)
3- Hello In There (John Prine)
4- Sam Stone (John Prine)
5- Paradise (John Prine)
6- Pretty Good (John Prine)
7- Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore (John Prine)
8- Far From Me (John Prine)
9- Angel From Montgomery (John Prine)
10- Quiet Man (John Prine)
11- Donald And Lydia (John Prine)
12- Six O'clock News (John Prine)
13- Flasback Blues (John Prine)

John Prine: Vocals & Acoustic Guitar
Reggie Young: Lead Guitar
Leo LeBlancPedal Steel Guitar
John Christopher: Rhythm Guitar
Bobby Emmons: Orga
Bobby Wood Pianos
Mike Leech: Bass
Gene Chrisman: Drums, Tambourine on "Flashback Blues"
Bishop Heywood: Percussion, Drums on "Flashback Blues"
Steve Goodman: Harmony Vocal on "Paradise", Acoustic Guitar on "Paradise" & "Flashback Blues"
Dave Prine: Fiddle on "Paradise"Neal Rosengarden: Bass on "Paradise"
Noel Gilbert: Fiddle on "Flashback Blues"
Produced by Arif Mardin
Si l'on se réfère à ce qu'ont écrit sur lui les critiques depuis 1971, si l'on totalise le nombre de ses pairs qui le citent comme influence et se réclament de lui, John Prine est une immense superstar. Malheureusement, le succès commercial (relatif) n'est arivé pour lui que 20 ans et onze albums plus tard avec The Missing Years. Mais revenons-en au commencement. Voici ce qu'écrivit Kris Kristofferson après avoir vu John en été de cette annèe-là: "John Prine nous a pris par surprise au moment de la décompression de fin de nuit après notre dernier show à Chicago. Steve Goodman nous demanda d'aller au club Old Town pour écouter un ami que, d'après lui, nous devions entendre, et comme Steve nous avais épatés toute la semaine avec ses propres chansons, nous avons accepté. Il était vraiment trop tard et nous devions nous lever très tôt; quand nous sommes arrivé à l'Old Town, il n'y avait plus que des rues désertes et des fenêtres obscures. Et le club fermait. Mais le propriétaire nous laissa entrer, poussa quelques chaises près d'une paire de tables et John revint chanter. Peu de choses sont aussi déprimantes que ces chaises empilées tête-bêche sur les tables d'une vieille taverne vide, et nous en étions à ce moment étrange, assis en attendant que ce gamin nous montre ce qu'il savait faire. Et lui, debout, tout seul, les yeux baissés vers sa guitare à se demander ce que diable nous faisions là, les uns et les autres. Il commença à chanter et, dès la fin du premier vers, nous savions que nous entendions quelque chose de différent. Ce devait être comme tomber par hasard sur Dylan la première fois qu'il a chanté à Greenwich Village… Un de ces rares, grands moments, où tout semble valoir la peine d'être vécu… Il chanta une douzaine de chansons, et dut en faire une douzaine de plus. Rien de comparable à ce que j'avais entendu avant: "Sam Stone", "Donald & Lydia". Celle sur les vielles personnes. Il n'a que vingt-quatre ans et il écrit comme s'il en avait deux-cent-vingt. Je ne sais pas d'où il vient mais j'ai une bonne idée de ce vers quoi il va…". Les choses allèrent vite ensuite. Invité par Kris à New York, John Prine n'eut pas besoin de plus de trois chansons pour convaincre Jerry Wexler de le signer chez Atlantic et d'enregister son premier album, à Memphis, sous la direction d'Arif Mardin et avec quelques requins du coin. Le plus grand problème dut être pour John de choisir douze titres parmi l'immense répertoire qu'il avait en réserve. Quand il commença à se produire dans les clubs de Chicago, il se croyait en effet obligé, par respect du public, de venir avec une nouvelle composition chaque soir. Quoiqu'il en soit, de "Illegal Smile" à "Flashback Blues", "John Prine" (c'est le titre de l'album), contient quelques-uns des classiques indémodables du songwriter. "Sam Stone", observation douloureuse sur la guerre du Vietnam; "Paradise", titre écrit pour son père (afin qu'il comprenne qu'il était un songwriter), où l'ami Steve Goodman et le grand frère Dave Prine vinne donner un coup de main; "Hello In There", émouvant hommage aux personne âgées ou "Donald And Lydia"; des titres où l'humour décapant, rôdé sur scène, de John se révèle: "Illegal Smile" ou "Your Flag Decal Won't Get You Into Heaven Anymore"; il y a encore "Quiet Man", "Angel From Montgomery" ou "Far From Me", un moment de grande beauté nostalgique, et puis le dramatique "Six O'Clock News". Bref, pas un moment faible pour ce coup d'essai. À l'époque où toute l'Amérique cherchait un nouveau Dylan, John Prine se révèlait d'emblée bien autre chose que cela. Marqué par le blues et le folk comme Bob, John avait une voix plus typiquement country, parfaitement adaptée à ses mélodies (mais difficilement exportable chez nous, par exemple). Et il apparaissait surtout comme un songwriter sachant manier les mots comme peu avant lui, traçant, avec une précision de l'écriture, une concision, un sens de la formule très personnel, des portraits de ses contemporains, tantôt tendres, tantôt acides, qui s'inscrivaient immédiatement au patrimoine de la chanson américaine. Mais ce n'était que le début…

dimanche 19 septembre 2010

Forest Sun with Ingrid Serban "Twenty Toes in the Sand"

Ils sont venus le 8 septembre au Ciné Jean Vigo à Gennevilliers, à l'invitation de l'ami Jacques Deniel.

Après l'étonnant (un guitar picking dans la lignée de ses compatriotes Bert Jansck ou John Renbourn) Peter Jagger, ils nous ont offert un show très éclectique, avec un bonheur de jouer évidents.

Deux moments forts pour moi: "Trampoline" and "Gurus and Rockstars".

Et, puis, après le set, un mini-concert privé pour quelques privilégiés, 2 titres de Maître Bob en cadeau d'anniversaire (le mien): "She Belongs To Me" et "Tomorrow Is A Long Time".

Beauté et émotion...

De tout coeur, merci...