vendredi 5 juillet 2013

Éric Frasiak - Chroniques

Le troubadour de Bar le Duc




Un nom, Frasiak, une chanson, "Bar le Duc City blues", des CD aperçus dans les magasins barisiens, voilà tout ce que je connaissais. Et, un matin de mars, je me suis décidé à faire l'acquisition du coffret "Les albums 2003-2012", une décennie parcourue en une semaine. Rien que les références à François Béranger m'avaient conquis avant l'écoute, mais elles n'étaient que la clé qui ouvrait la porte vers une œuvre riche, encore à explorer, vers un trésor bien caché de la chanson française.

Tels sont les mots que j'avais écrits le 5 avril 2013 sur le livre d'or du site web d'Éric Frasiak. Trois mois après, j'ai poursuivi l'exploration, en particulier celle du dernier album de l'artiste, "Chroniques" qui m'a donné envie de redonner vie à ce blog en sommeil depuis de longs mois.

Frasiak vient des Ardennes, son nom trahit ses origines polonaises, et il a eu, très jeune, envie d'écrire des chansons. Une expérience parisienne dans les années 1980 l'avait éloigné d'un milieu dont les figures imposées ne convenaient pas à son esprit libre, avant qu'il ne pose ses valises dans la Meuse où l'envie de chanson lui est revenue. Ses modèles ne sont pas pour rien Léo Ferré ou François Béranger, qui lui ont donné envie de chanter ses propres mots. Car les mots sont importants, primordiaux même, pour Éric, ce sont eux qu'il entend avant la mélodie. Ce sont eux qu'il a envie de partager. Les mots d'Éric ont un sens mais il sait aussi les habiller, se démarquant des courants dominants de la chanson française actuelle grâce à un coup de plume d'une qualité devenue trop rare.


Son album n'a pas été baptisé par hasard, parce qu'il nous propose quinze chroniques écrites pour la plupart par celui qui se révèle un observateur avisé, qui s'imprègne du monde qui l'entoure mais sait aussi nous parler de lui, de sa vie, de celle de ses proches, nous faire partager sans nous transformer en voyeurs. Chaque titre a sa couleur musicale propre et si l'on veut chercher l'unité de l'ensemble, au-delà de sa qualité sans moment de faiblesse, c'est plus dans les textes. Douze titres sont des compositions originales. Léo Ferré ("Graine d'ananar") et François Béranger ("Ces mots terribles") sont également à l'honneur, ainsi que Bernard Dimey qui a vu un de ses textes ("Ivrogne, pourquoi pas?") paré d'une nouvelle mélodie.

Le disque s'ouvre avec "M. Boulot" inspiré par la mise à mort du monde ouvrier. Les références à l'aciérie lorraine sont claires et il y a du Ferré dans une phrase comme "On comptait tous un peu sur toi / Pour la bagnole, pour le loyer / Pour boucler la fin des douze mois", le tout sur une mélodie qui évoque plutôt la fête, l'ambiance des bals populaires, ce bel esprit de solidarité qui régnait dans les cités ouvrières avant que la mondialisation et la finance folle ne mette tout cela à mal.



Avec "J'traîne", ballade nostalgique, Frasiak répond en quelque sorte à la question que tous les parents posent à leurs enfants quand ceux-ci commencent à déployer leurs ailes. C'est l'évocation des tournées, des lieux où le musiciens' est produit. "J'traîne mon folk au fond des bars", et ailleurs, dans des prisons, des appartements, à Bar le Duc, ou même quelque part dans le grand nord. Des images qui défilent et évoquent tous ces lieux.

Puis c'est "Bebop, on est où là?", chanson bâtie sur un jeu de mots, le moment rock de l'album avec quelques accents jazzy dus aux saxophones de Philippe Gonnand.

L'hymne de Béranger, "Tous ces mots terribles", bénéficie d'un traitement spécial. Vingt voix d'artistes amis ont été enregistrées en des lieux et temps différents, juxtaposées, avec ce qu'il faut d'accordéon (Steve Normandin) pour assurer le liant. Le résultat est splendide et plein d'émotion tellement la présence du grand François est sensible dans l'interprétation de chacun. Et les mots n'en ont que plus de force.
 
"Ciudad Juarez" est un des moments graves de l'album qui évoque un épisode tragique et peu médiatisé de l'histoire récente du Mexique. Six Cents femmes assassinées depuis 1993 dans "La ville qui tue les femmes" (titre du livre qui a inspiré la chanson). Fort et poignant, avec une ambiance mariachi parfaitement adaptée.

Vient ensuite un moment de légèreté, d'abord avec "De la pluie", chanson qui aurait pu être écrite le mois dernier et qui traite de façon humoristique l'un des sujets de conversation favoris des Français, la météo, En prime, les présentateurs et présentatrices ont l'honneur d'être cités tour à tour. C'est ensuite "De l'amour dans l'air", chanson thérapie contre la morosité de l'époque, comme pour nous rappeler l'importance de ce sentiment dans la vie de chacun. L'ambiance est tranquille, apaisante.

Bernard Dimey est un grand nom de la chanson française, un parolier qui a écrit avec et pour quelques grands: Aznavour, Ferrat, Reggiani, Gréco, Montand, Salvador... Éric a collé sa musique sur le texte "Ivrogne, et pourquoi pas?", avec des arrangements qui évoquent la fête et la nuit. Magnifique résultat! "Venez boire avec moi, on s'ennuiera plus tard". Présentée ainsi, c'est une  invitation à laquelle on ne peut que répondre oui. Belle idée en tout cas de rendre hommage à ce magicien des mots, trop oublié, à l'instar du grand Jean-Roger Caussimon.

"50/50", c'est le bilan de l'homme arrivé au milieu de sa vie. 50 ans, un chiffre souvent en décalage avec ce que l'on ressent, surtout lorsqu'on a une vie active. Et puis cette question angoissante, "50/50, est-ce que j'ai réussi ma vie?" à laquelle Frasiak répond "J'ai pas la belle tocante, celle dont parlait l'autre abruti".

"Simplement différent" est encore un grand moment, tout en sensibilité, qui sent le vécu. Frasiak parle de quelque chose qu'il connait, soit par lui-même, soit pas quelqu'un qui lui est très proche. Dans un monde où tout est formaté, il est difficile de ne pas entrer dans le moule, de se sentir inadapté, différent, pour quelque raison que ce soit. Les mots, qui décrivent quelque chose que chacun a plus ou moins connu à un moment de sa vie, sonnent juste et le dialogue de toute beauté entre violoncelle et bugle leur donne encore davantage de sens.

"Un Z à mon nom" est un exercice de style à destination de tous ceux qui s'obstinent à orthographier Fraziak le nom de l'auteur. Pour les mots, Éric me fait penser à Brassens avec cet humour jubilatoire qu'il avait adopté pour écrire "Trompettes de la renommée" ou "Le bulletin de santé", et l'on retrouve cette même précision du mot, ce souci de l'artisan qui aime le travail bien fait. De Zazie à Zorro, il a glissé pas mal de "z" dans le texte proférant des menaces (auxquelles on ne croit guère) à l'encontre de ceux qui continueront à écorcher son patronyme. Quant à l'ambiance musicale, elle est franchement slave et, là encore, une invitation à la fête.

"Toquée Tokyo" est le titre avec lequel j'ai eu le plus de mal. Il évoque nettement "Au pays des merveilles de Juliet" d'Yves Simon mais, surtout, il sonne beaucoup moins naturel que le reste de l'album. Certes, au fil des écoutes, je me suis laissé convaincre par un riff de guitare, un son de batterie, mais aussi par le sax aux accents jazz funky qui enjolive la fin du titre. Mais j'avoue ne pas être sensible au texte qui s'apparente pour moi davantage à un exercice de style. D'ailleurs, aux premières écoutes, c'est à ce moment-là que je me suis dit que le disque était peut-être un peu long.


Mais le magicien Frasiak avait gardé ses meilleurs tours dans le chapeau qui ne le quitte pas, terminant par trois grands titres.

"Qu'est-ce que c'est beau" repose sur texte plutôt simple et sans prétention, avec des vers courts et sautillants. La mélodie est simple, elle aussi, mais il y a les voix! D'abord celle(s) d'Éric qui réussit à sonner comme personne en France ne l'avait fait depuis Claude Puterflam et son Système Crapoutchik. Et puis il y a la voix d'une chanteuse lyrique (Angelika Leiser) qui vient se superposer sur la fin du morceau et qui fait que le seul commentaire que l'on peut faire, quand la mélodie se tait, c'est répéter le titre: qu'est-ce que c'est beau!

"La poésie", pour moi, c'est un monument, une des plus belles réussites de la chanson française quand elle veut s'habiller de rock, depuis bien longtemps. Un titre de plus de huit minutes que je peux écouter plusieurs fois de suite sans m'en lasser. Je l'aime déjà, rien que pour la perception que Frasiak a de la poésie (c'est aussi la mienne). Chaque vers est un régal, il y a derrière chaque mot bien plus que ce qu'on lit. Le pouvoir évocateur est très fort, comme si chaque phrase était le début d'une chanson que l'auteur n'avait pas eu le temps d'écrire. C'est un peu ce que Dylan disait à propos de "Hard rain's a-gonna fall". "La poésie", c'est un peu la "Tranche de vie" de Frasiak, au même titre que "J'traîne" ou "50/50". Et Frasiak n'est jamais meilleur que lorsqu'il parle de ce qu'il connait, de ce qu'il vit, lorsqu'il parle de lui, en résumé. Il le fait avec pudeur, sans exhibitionnisme, mais avec une sensibilité et un humanisme qui ne sont pas feints. "C'est mon gosse dans son train qui s'en va pour la fac / Son avenir incertain, sa jeunesse dans son sac": rien que pour ces deux vers, j'aurais déjà acheté le CD. Sur le plan musical, "La poésie" va crescendo, l'émotion à fleur de peau. Un simple piano, une batterie, une guitare discrète, une voix sensible, un violoncelle qui vient en remettre un couche. Et la voix se tait, laissant la place aux guitares électriques, à deux solos habilement entremêlés (enregistrés indépendamment l'un de l'autre). On se retrouve dans les années 1970 avec ces solos de guitare majestueusement hypnotiques, comme savaient nous les offrir David Gilmour (évoqué dans la chanson), Mark Knopfler au beau temps de Dire Straits mais aussi Jean-Michel Brézovar avec Ange (souvenez-vous de "Au-delà du délire", par exemple). Pour ma part, je n'avais par ailleurs pas trouvé un tel plaisir à écouter ce genre de duel de guitares sans ennui depuis l'époque de deux groupes qui me servent de référence: Wishbone Ash (groupe anglais) et Heartsfield (groupe américain).

Le disque se termine avec une des chansons fétiches de Léo Ferré, "Graine d'ananar", que Frasiak évoquait déjà dans "J'traîne". La simplicité est de mise: une voix, une guitare acoustique, une contrebasse. Et puis une flûte amie qui vient prendre part à la fête, évoquant sa cousine de "Il est cinq heures, Paris s'éveille". Conclusion parfaite pour un album qui n'est pas loin de l'être.

J'ai beaucoup évoqué les mots dans ce qui précède; J'aime cette façon d'écrire, avec des mots simples qui portent déjà en eux la musique qui les portera ensuite, avec des phrases que l'on comprend, sans jamais tomber dans la mièvrerie ou la facilité. J'aime le côté constamment optimiste de l'album. Même les sujets graves ne laissent jamais l'espoir à l'écart. Il y a aussi la voix, claire et sans maniérisme. Les tics trop souvent de mise dans la nouvelle chanson française sont ici heureusement absents. Frasiak se contente d'être lui-même, et c'est tellement mieux ainsi!

Il faut aussi parler de la présentation du CD, dans son beau digipack, avec les textes et des illustrations figurant sur un poster aux allures de journal  (j'avais évoqué dans ce blog, à ses débuts, l'album de David Kleiner "The News That's Fit To Sing" qui utilise la même formule). Plus que jamais, je reste un partisan convaincu du support physique pour la musique, et "Chroniques" me conforte dans mon opinion (même si les maniements répétés du poster ont tendance à le fragiliser).

À propos de journal, Éric Frasiak a récemment eu les honneurs du quotidien local, © L'Est Républicain:


Mais je voudrais aussi souligner la richesse musicale de l'album. "Chroniques" est un disque qu'il faut écouter, pas seulement entendre, qui regorge de richesses qui se dévoilent au fil des écoutes, des petits détails, des petits trucs, de vraies trouvailles. Ce sont des petites couches qui se superposent, quelques notes de guitare électriques (comme dans "J'traîne" ou "50/50"), un violoncelle, un theremin ("Simplement différent") et bien d'autres choses encore qui démontrent qu'Éric Frasiak n'est pas seulement un auteur-compositeur de talent: c'est aussi un metteur en sons de premier ordre. Chapeau bas, Monsieur Frasiak!

jeudi 27 décembre 2012

David Fakenahm - One Thing Remains






J'avais découvert David Fakenham un peu par hasard, en 2009, grâce à une chronique de son album "Here And Now" par l'estimable Jacques-Éric Legarde (Xroads #18) qui sortait en l'occurrence quelque peu de son registre habituel, plutôt dédié aux songwriters américains.

Un téléchargement et quelques écoutes plus tard, j'étais moi aussi séduit par cet artiste mystérieux mais dont le nom fleurait bon le pseudonyme, reposant sur un jeu de mots bilingue.


Un dimanche soir à Paris, c'était le 24 janvier 2010, David ouvrait à la Pomme d'Ève pour Bill Morrissey dont ce devait, hélas, être la dernière apparition en nos contrées. Armé de sa guitare en bois, un peu intimidé, le jeune homme nous donna un aperçu de son talent dans un registre de folksinger, reprenant même avec brio "Ring of Fire" de Johnny Cash (composition de June Carter et Merle Kilgore) et démontrant une belle culture musicale, capable de se transformer de touche à tout de studio et de talent en troubadour capable de séduire son public (malheureusement bien trop clairsemé) en face-à-face.


Il y a quelques mois, après un single deux titres simplement intitulé "2 Songs" destiné à faire patienter ses fans, il faisait entendre à quelques privilégiés son nouvel enfant, "One Thing Remains" (doté d'une illustration qui devait évoluer par la suite).



Ce nouvel enregistrement avait encore une fois été réalisé, au départ, selon le principe du DIY. David avait mis en boîte l'essentiel de ses contributions, chez lui, en août 2011. Et puis l'ami Matthieu Malon (Laudanum) était venu avec ses claviers pour enjoliver quelques titres, Pierre Schmitt avait joué quelques parties de basse. Après l'apport des amis et de la famille (Joao Lourenco à l'harmonica, Junior Fakenham à la trompette, Marie Chevalot et Nine Fakenahm aux voix), il ne restait plus qu'à mixer le tout, ce que Patrick Chevalot et David firent en deux fois deux jours en février 2012.

Voilà pour l'histoire du disque qui est, je le proclame, d'une grande qualité, ce que j'ai ressenti dès la première écoute. Il n'est pas facile d'en parler sans s'en être bien imprégné, car c'est un album qui se découvre petit à petit, que l'on ne peut pas se contenter d'entendre distraitement en vaquant à d'autres occupations.

La grande manie des chroniqueurs français, lorsqu'ils écrivent à propos d'un de leurs compatriotes qui s'exprime en Anglais, c'est de vouloir à tout prix faire des comparaisons. J'ai lu ici et là des évocations d'artistes que je connais bien (Byrds, R.E.M., Neil Young) ou beaucoup moins bien, voire très peu (Wilco, Lambchop) et je dois dire que tous ces parallèles ne me semblent justifiés qu'en un point: la qualité, celle des mélodies mais aussi celle du son car on a ici affaire à un "produit" qui ne sent pas du tout le bricolage.

La seule référence que je me permettrai ici est celle du duo franc-comtois Yules avec qui David Fakenham partage une grande culture musicale (l'héritage familial sans doute) et aussi ce goût pour la mélodie et les arrangements toujours justes, jamais surabondants, jamais trop sophistiqués. C'est le travail d'artisans qui remettent l'ouvrage sur le métier jusqu'à être satisfaits du résultat, c'est l'œuvre de musiciens qui aiment la musique, tout simplement.

Pour évoquer plus avant le contenu de "One Thing Remains", je dirai que c'est un disque qui possède une ambiance (mais pas un disque d'ambiance, nuance), qui présente un remarquable équilibre entre les morceaux, parfois d'une sombre beauté, parfois plus légers, mais toujours prenants. Dès "Bones", le titre d'ouverture, on comprend l'esprit dans lequel l'album a été réalisé, comment les instruments se complètent les uns les autres, comment les claviers de Matthieu Malon viennent apporter cette touche supplémentaire qui fait la différence.

Au long des douze plages, l'impression initiale est confortée, tout est juste, tout se met en place petit à petit. C'est comme si David avait réalisé les fondations de l'édifice, posé la première pierre avant que l'ensemble ne se mette à évoluer de lui-même, mû par une énergie propre, entraînant le créateur autant que le créateur ne l'entraîne. David confirme par ailleurs qu'il est un multi-instrumentiste de talent qui se double d'un chanteur inspiré et subtil, tout en délicatesse.

Il y a de vrais moments forts dans cet ensemble finalement homogène et sans point faible. Mes favoris sont "Nina",  une ballade émouvante, pleine d'âme et "You're My Woman", long morceau presque épique porté par une guitare majestueuse. Il y a aussi les titres plus légers (au moins dans les arrangements, mais pas dans la consistance) comme "Beautiful Guitar", l'instrumental "27" ou "One Thing Remains"qui permettent de maintenir une tonalité générale ne basculant pas trop vers le côté sombre.

Je ne peux donc que vous inviter à vous rendre sur le site de David pour tout savoir sur "One Thing Remains", et notamment comment se le procurer (en téléchargement uniquement pour l'instant).

mercredi 26 décembre 2012

Destin tragique (1) - Billy Marlowe



On était en juin 1983 et Steve Satterwhite, ingénieur du son réputé, avait investi ses dernières économies dans son rêve: un studio d'enregistrement équipé d'un Scully 8-pistes, quelque part à East Village, Fourth Street.

Il lui fallait maintenant un artiste à enregistrer. Il passa donc une annonce et, trois jours plus tard, un type à la chevelure abondante, un carnet de notes garni de chansons à la main, poussa la porte.

Son nom était Billy Marlowe. Il avait 40 ans et sa vie n'avait pas été un conte de fées, loin de là. Elle l'avait conduit de l'Oklahoma, où il était né, à San Francisco, à Louisville et Baton Rouge, et même Bruxelles et Amsterdam, sans parler de la case prison où la drogue, l'alcool et, surtout, l'insoumission l'avaient mené.



Steve Satterwhite fut immédiatement convaincu par ce qu'il entendit et fit appel à quelques musiciens talentueux du secteur qui semblaient tous connaître Billy. Le nom le plus célèbre aujourd'hui était celui de Shawn Colvin et (voix) , mais il y avait aussi Stephen Gaboury (claviers), Jeff Golub (guitare), Kenny Kosek (violon), Tony Garnier (basse)… Bref, du beau monde.

Les arrangements, l'enregistrement, tout cela prit plus d'un an. Dix titres furent finalement mis en boîte, des cassettes et quelques 33 tours furent réalisés, sans véritable plan de promotion ou de large diffusion. "Show Me The Steps" était en fait une maquette élaborée, et tout resta en l'état. 


L'époque (encore une fois merci aux modes punk et disco qui ont tué la véritable création) n'était vraiment pas favorable aux poètes songwriters. Billy Marlowe faisait partie des meilleurs, et très peu de gens en prirent conscience. Un quart de siècle plus tard, avec l'évolution de la production indépendante de musique, les choses auraient vraisemblablement été bien différentes.

Billy retourna donc à l'anonymat, composant et chantant ses chansons, continuant à se battre avec la vie, qui lui donna cependant la joie de la paternité (une fille et un garçon), jusqu'à ce jour d'août 1996 où il mourut, à 53 ans.

Steve Satterwhite n'a pas oublié Billy Marlowe. Pas loin de 30 ans après le jour où tout commença, il donne enfin au monde la chance d'entendre "Show Me The Steps". Il serait dommage de s'en priver. De grands, textes, de belles mélodies, une voix qui vous prend dès les premières notes. Le son est assez caractéristique de ce que l'on entendait au début des années 80 et nous laisse le regret de de n'avoir pu feuilleter que le premier chapitre d'un livre qui s'annonçait passionnant.
 

Voici ce qu'à déclaré sa sœur: « Billy était un perpétuel optimiste, contre toute raison; il riait des ironies de la vie et les appréciait, même quand elles ne lui étaient pas favorables.  Il aimait et respectait ses parents; il était infiniment tolérant vis-à-vis des tours que lui jouait la vie; il aimait profondément ses enfants.  Il a vécu une vie difficile. Il était excessivement humble et excessivement talentueux. Quelques heures avant sa mort, il a dit à son fils Marlowe, “j'ai écrit quelques bonnes chansons.  Je suis prêt à partir”. »

Billy Marlowe "Show Me The Steps" - NewTex Records NT6000




John Prine disque à disque - Pink Cadillac (1979)

Disons le tout net, cet album de John Prine ne figure pas parmi ses meilleurs. L'idée était bonne, pourtant: enregistrer dix titres aux légendaires Sun Studios de Sam Phillips. La production fut confiée aux fils de Sam, Knox et Jerry Phillips, Sam prenant lui-même les manettes pour deux titres ("Saigon" & "How Lucky").




Ce qui pêche, en fait, dans cet album, c'est le choix des titres. John Prine, jusque-là, a toujours davantage été un songwriter, interprète de ses propres œuvres, limitant les reprises au strict minimum, alors qu'ici la moitié des titres est empruntée à d'autres.

Bien sûr, le choix des reprises n'est pas forcément mauvais comme en témoignent "This Cold War With You", ballade sentimentale de Floyd Tillman, "Baby Let's Play House", un rock qu'Elvis avait lui-même enregistré dans les studios Sun ou encore "Killing The Blues" de Rolly Salley.


Mais John n'est jamais meilleur que lorsqu'il conte ses propres histoires et, au volant de sa "Pink Cadillac", il semble un peu en dehors, plus spectateur / auditeur qu'acteur / interprète. Il n'est pas véritablement à l'aise non plus (ou est-ce l'auditeur qui n'est pas habitué) avec la formation qui l'accompagne, formatée aux normes des studios Sun des années 50, c'est à dire un groupe de rock: guitare, basse, batterie, claviers (et saxophone).

Cela étant, cet album fait partie intégrante de la discographie de John Prine et, de sa part, un disque moyen reste un bon disque. Et puis, à l'époque où il est sorti, eu égard à la difficulté de trouver ce genre d'album (et même d'être informé de sa simple existence) dans nos provinces reculées, il aurait été inconvenant de bouder son plaisir!



  1- Chinatown (John Prine)
  2- Automobile (John Prine)
  3- Killing the blues (Rolly Salley)
  4- No name girl (Billy Joe Riley / Jack Clement)
  5- Saigon (John Prine / John Burns)
  6- Cold war (This cold war with you) (Floyd Tillman)
  7- Baby let's play house (Arthur Gunter)
  8- Down by the side of the road (John Prine)
  9- How lucky (John Prine)
10- Ubangi stomp (Charles Underwood)

John Prine: Rhythm Acoustic & Electric Guitars, Lead Vocals
Tom Piekarski: Bass
Howard Levy: Keyboards, Harmonica, Saxophone
John Burns: Lead Guitar
Angie Varias: Drums
additional musicians
Jerry Phillips: Rhythm Acoustic Guitar on "Baby Let's Play House", Sandpaper Blocks on "No Name Girl"
Leo LeBlanc: Pedal Steel Guitar on "Ubangi Stomp", "Cold War", "Down By The Side Of The Road"
Billy Lee Riley: Rhythm Acoustic Guitar, Vocal on "No Name Girl"
Phyllis Duncan, Helen Bernard, Beverley White: Vocals on "Killing The Blues", "Down By The Side Of The Road"




vendredi 28 septembre 2012

Un disque, un jour: Jimmie Dale Gilmore "After Awhile" (1991)

Mardi 16 Mars 1993, À la Clé de Sol, Châlons sur Marne

C'était un époque bénie où existaient encore quelques disquaires. En l'occurrence, il s'agissait ici d'un magasin électroménager avec un rayon disques bien achalandé, même si son responsable ne connaissait pas toujours bien ce qu'il vendait (mais les clients le formaient, petit à petit).

Il y avait même une rangée étiquetée "country music" avec principalement ce qui était le plus vendable, donc pas ce que Nashville proposait de mieux. Les maisons de disques, même en France, faisaient quelques efforts pour promouvoir ce genre qui, grâce aux néo-traditionnalistes, retrouvait un certain succès, éphémère. Et puis, de temps en temps, il y a avait un disque qui sortait du lot, parfois peut-être un disque de bluegrass.

Il y avait surtout ce CD qui m'intriguait: "After Awhile" par un certain Jimmie Dale Gilmore dont je n'avais jamais entendu parler. Un disque distribué en France par Elektra Nonesuch dans les American Explorer Series.



Plus d'une fois, je l'avais retourné entre mes mains, lisant les notes, du moins ce qu'un disque scellé pouvait laisser entrevoir. Par chance, le nom des musiciens figurait au dos du boîtier et quelques noms connus comme Stephen Bruton, Tish Hinojosa ou Richard Bowden (tous fleurant bon le Texas), quelques instruments sympathiques (mandolin, fiddle, steel Guitar, dobro) finirent par emporter ma décision. Et puis, autre élément important, le disque avait été enregistré à Austin, Texas, pas à Nashville! Et me voici déballant le précieux objet pour l'insérer dans le lecteur CD de ma voiture; trois quarts d'heure de route pour rentrer du boulot, c'était la durée idéale.

Le premier effet fut la surprise en entendant la voix de ténor, haut perchée, nasillarde. Très country mais aussi très originale, elle aurait pu faire office de repoussoir. Et puis il y avait les mélodies, les rythmes, souvent de ces valses que les Texans adorent, une instrumentation hors pair... Bref, avant d'arriver, j'étais conquis.





Le soir, je parcourus avidement le livret avec cinq pages traçant la biographie de Jimmie Dale Gilmore. C'est ainsi que j'appris la brève existence, vingt ans auparavant, de son groupe, The Flatlanders, avec Butch Hancock et Joe Ely. Les Flatlanders renaitront par la suite, mais c'est une autre histoire. Ce qui est certain, c'est que ce disque, "After Awhile", m' aouvert des portes qui ne se sont jamais refermées...

Liste des titres:
  1- Tonight I Think I'm Gonna Go Downtown (Jimmie Dale Gilmore / John Reed)
  2- My Mind's Got A mind Of Its Own (Butch Hancock)
  3- Treat Me Like A Saturday Night (Jimmie Dale Gilmore)
  4- Chase The Wind (Jimmie Dale Gilmore)
  5- Go To Sleep Alone (Jimmie Dale Gilmore)
  6- "After Awhile" (Jimmie Dale Gilmore)
  7- Number 16 (Jimmie Dale Gilmore)
  8- Don't Be A Stranger To Your Heart (Jimmie Dale Gilmore / Rick Smith / David Hammond)
  9- Blue Moon Waltz (Jimmie Dale Gilmore)
10- These Blues (Jimmie Dale Gilmore)
11- Midnight Train (Jimmie Dale Gilmore)
12- Story Of You (Jimmie Dale Gilmore)

Musiciens et chanteurs:
Jimmie Dale Gilmore / Stephen Bruton / Wes Starr / Keith Carper / James Pennebaker / Ponty Bone / Richard Bowden / Bill Ginn / Paul Glasse / Butch Hancock / Tish Hinojosa / Teddy Roddy / Jesse Taylor / Steve Williams

Discographie de Jmmie Dale Gilmore:

- En solo:
"Fair & Square" (1988)
"Jimmie Dale Gilmore" (1989)
"After Awhile" (1991)
"Spinning Around The Sun" (1993)
"Braver Newer World" (1996)
"One Endless Night" (2000)
"Come On Back" (2005)
"Heirloom Music" by The Wronglers with Jimmie Dale Gilmore (2011)

- Avec The Flatlanders:
"The Odessa Tapes" (2012, enregistré en 1972)
"All American Music" (publié en 1972 sous forme de cartouche 8 pistes, réédité par la suite sous divers titres comme "Unplugged" ou "More A Legend Than A Band")
"Live At One Nite, Austin TX" (2004, enregistré en public en 1972)
"Now Again" (2002)
"Wheels Of Fortune" (2004)
"Hills And Valleys" (2009)

- Avec Butch Hancock:
"Two Roads" (1990, enregistré en public en Australie)